En dehors de l'état de désuétude des structures, le manque chronique de personnel, les perturbations occasionnées par les différentes crises sociales qui ont marqué le pays, l'instabilité dans les nominations des responsables de ce département, d'autres faits interviennent gravement dans le fonctionnement du département et influencent négativement la qualité de formation et d'éducation fournie aux jeunes Centrafricains. Formation au rabais, monnayage de notes, droit de cuissage, l'attribution des notes sur fond d'appartenance politique et ou régionale, tels sont entre autres les maux qui gangrènent le secteur de l'éducation. Pourtant la République Centrafricaine, qui a souscrit aux engagements d'épargner les secteurs sociaux (éducation et santé) du circuit de la corruption, n'est pas près de traduire cet engagement dans les faits. Le cas qui nous occupe concerne l'admission au sein de cet établissement de formation des cadres de l'éducation. Nul n'ignore que l'Ecole Normale Supérieure (ENS) est rattachée à l'université de Bangui. Elle est spécialisée dans la formation des professeurs de collège, de lycée et d'autres cadres de l'éducation. L'accès à l'école est soumis à un test. Pour cette année scolaire 2007-2008, l'établissement a organisé le test pour le cycle de CAPES et CAPPC, qui concerne les professeurs de collèges et de lycées. Le test organisé avait fait l'objet de beaucoup de tractations, tant dans le milieu de l'éducation, de la haute structure de l'Etat, des relations des responsables de cette structure, de l'université de Bangui et que sait-on encore ? Au lendemain du test, les responsables de l'ENS ont enregistré des listes venant de la direction des examens et concours, de la Convergence KNK, du cabinet de l'éducation, de l'université et autres. Ces listes étaient accompagnées de consignes fermes : on leur demandait de les faire admettre sans autre forme de procès.
Des personnalités mouillées dans la magouille
Selon les informations en notre possession, les noms qui ont figuré sur ces listes seraient accompagnés de contreparties en espèces sonnantes et trébuchantes pour certains, et pour d'autres par pure influence du pouvoir. L'administration de l'ENS également aurait sa liste de candidats à soutenir. Le montant des mesures d'accompagnement s'élèverait à plusieurs dizaines de milliers de Fcfa. Des poulets, des cabris, bref tous les moyens possibles ont été mobilisés par les candidats pour faire partie des admis. Beaucoup de personnalités cupides et véreuses, professeurs du supérieur, responsables de service se seraient faits mouiller dans ce réseau, et certains sont connus pour ne pas être à leur première participation à de tels réseaux. Malheureusement pour certains candidats, après la délibération, leur nom n'est pas retenu. Mais là où le bât blesse, c'est qu'après plusieurs semaines de reprise, l'administration de l'ENS aurait encore organisé un circuit pour racketter certains candidats malheureux. En fait, comme ces voraces brillent souvent par l'imagination, certains responsables de l'ENS auraient estimé qu'il y avait beaucoup de désistements parmi les nouveaux étudiants retenus. Ils se seraient dits qu'il fallait combler le vide. Bonne initiative en fait, compte tenu du besoin croissant des enseignants dans les collèges et lycées de la place. Rapidement, certains étudiants seront mis au parfum. Au moment où nous mettons sous presse, un candidat a été retenu et a déjà débuté les cours avec ses condisciples. Une liste d'autres attend toujours dans les mains de ces responsables, qui semble-t-il, attendent les effets financiers pour passer à l'acte. Cela ressemble à une histoire de quelqu'un qui veut gagner plus que les autres.
Culture invétérée de la médiocrité
Cette histoire dénote de la déliquescence du système éducatif dans le pays, du fait qu'elle est responsable de la baisse de niveau dans les établissements scolaires de nos jours. Comment comprendre que des cadres qui seront appelés à former les futurs cadres du pays, pour être admis à leur formation, doivent débourser de l'argent ? Ce qui sous tend que même pour leur permettre de passer à des niveaux supérieurs, ils doivent mettre la main à la poche ? Où es-tu intégrité qui était la vertu des enseignants ?
Si on continue avec ces pratiques insipides, l'éducation n'aura plus sa raison d'être dans ce pays de Barthélemy Boganda. Ce comportement inique des responsables de l'éducation en République Centrafricaine encourage plutôt la culture de la médiocrité qui risque de compromettre l'avenir du pays, si rien n'est entrepris pour l'arrêter. On comprend aisément pourquoi certains des cadres issus de cet établissement sont incapables de tenir une classe, ou bien se versent, comme leurs encadreurs, dans la pratique qui consiste à monnayer les notes.