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Le Confident
 

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Vendredi 10 Février 2012
10:36
SOCIETE

Un rescapé de la baleinière ''Bébé Kéro'' témoigne.


Le transport des personnes et de marchandises sur le fleuve Oubangui pose présentement à l’Etat et à des nombreuses familles centrafricaines de sérieux problèmes. Pas plus tard que mercredi 27 octobre 2004, une baleinière baptisée ‘’Bébé Kéro’’ qui partait de Bema (Mbomou) à Bangui, a chaviré au niveau de Djoukou, causant ainsi 43 morts et la perte de marchandises et de biens. Même des centaines de millions de Francs des commerçants se trouvant à bord de ladite baleinière ont été engloutis sous l’eau.
Reste que ni les décès des passagers à bord ou encore la perte des biens et l’argent ne seront dédommagés, parce que le trafic des baleinières n’est pas réglementé par le département des Transports. A ce problème s’ajoutent les tracasserie des hommes en tenue qui rackettent de façon systématique sans tenir compte de l’état d’âme de la victime comme en témoigne ici Senni Gabin Dinitre, l’un des miraculeux survivants de ce naufrage.



Un rescapé de la baleinière ''Bébé Kéro'' témoigne.

Le Confident (LC) : Vous êtes l’une des victimes du naufrage de la baleinière ‘’Bébékero’’. Combien y a-t-il des morts et des survivants?

SENNI Gabin Dinitre (SGD) : Nous sommes 27 personnes à échapper bel et 43 autres ont trouvé la mort à la suite de ce naufrage.

LC : Ce naufrage a eu lieu à partir de quelle heure, et comment?

SGD : Tout a commencé à partir de Djoukou aux environs de 17 h 00. A cette heure précise, la baleinière allait accoster au port pour les contrôles de routine des FACA. Mais à 100 m du port, subitement, le moteur s’est éteint et la baleinière repartait au milieu du fleuve. Pendant tout ce temps, le ciel était clair et il n’y avait pas de vague sur l’eau. Sans la conduite du moteur, la baleinière poursuivait son voyage en plein milieu du fleuve. Aux environs de 23 h 00, il y a eu de remous fluvial avec un vent tempétueux. La peur d’un chavirement et celle de la mort ont poussé les uns à pleurer et les autres à prier Dieu pour un sauvetage miraculeux. Tout en priant, nous jetâmes à l’eau des sacs de manioc afin de faire équilibrer la baleinière et éviter que l’eau ne la remplisse, mais c’est un effort inutile.
A 23 h 00, la baleinière s’est renversée. Ceux qui savaient nager se sont débrouillés pour rattraper la baleinière et les autres se sont noyés. Nous sommes restés dans cette position de 23 h 00 jusqu’à 5 h du matin, l’heure à laquelle les pêcheurs nous ont secouru. Je vous assure que c’est par miracle que nous avons été sauvés. Nous avons crié fort pour être secouru au niveau de Possel tout comme dans les villages environnants, mais personne ne nous écoutait et nous sommes restés dans l’eau jusqu’à 5 h 00.

LC : Le poids des marchandises ne serait pas à l’origine de cet accident ?

SGD : A mon avis, ce n’est pas le poids des marchandises. C’est plutôt un événement extraordinaire qui dépasse mon entendement. Le moteur n’est pas en panne, mais il s’est éteint. On démarrait et redémarrait sans succès. Même pendant les remous fluviaux, on a jeté des sacs de manioc à l’eau pour équilibrer la baleinière, mais ça n’a pas empêché le pire d’arriver.

LC : Avez-vous quelque chose à ajouter par rapport à ce désastre ?

SGD : Je n’ai rien à dire, mais je suis plutôt ému par la disparition de ceux avec qui, nous nous sommes familiarisés dans cette baleinière et qui ont trouvé la mort. Je suis peiné et chagriné de ne pas avoir la possibilité de sauver certaines personnes qui ne savaient pas nager. Je formule le vœu que l’Etat assiste les familles des disparus. Quant à nous, commerçants, qui avons tout perdu, je dis que rien ne vaut plus que la vie.

LC : La suite du voyage s’est bien passé?

SGD : Après l’accident, nos compatriotes qui sont dans la baleinière ‘’Malembé’’ nous ont soutenu. Mais ce qui m’a gêné et troublé, c’est qu’en dépit de cette situation vécue, nous avons été passés au contrôle des FACA avec racket pour des gens qui ont tout perdu. C’est inhumain. Les pleurs des uns et des autres ne leur ont pas ému. La même scène s’est produite encore non loin de Ouango-Bangui. C’est pourquoi, je saisis cette occasion pour dire aux éléments des FACA et tous les porteurs de tenue qui font souvent la même chose de ne pas être insensibles au deuil des autres, de ne pas rechercher seulement que de l’argent et de pleurer aussi avec ceux qui pleurent. D’ailleurs la bible le recommande vivement.


Propos recueillis par Aimé Placit
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Mardi 2 Novembre 2004

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