Rebelote. Construit un peu vite en 1998, sans autorisation pour les dauphins, le bassin de Planète sauvage n'a que des otaries, faute de mieux. Mais commercialement, c'est pas top. Le parc de Port-Saint-Père de l'époque avait tenté le fait accompli. Les services officiels avaient refusé tout net. Deuxième round. Nouvelle demande.
Spécialiste des domaines skiables, diversifié dans les parcs de loisirs, la Compagnie des Alpes a croqué 54 % du capital de Planète sauvage en 2005, et ne tient pas du tout à faire plomber sa cote au second marché par des comptes d'exploitation la tête sous l'eau. On est comme ça, à la Compagnie des Alpes : pour ramener les bilans à des sommets, il faut des dauphins sauteurs. Quatre, pour commencer. Douze selon la demande, en comptant sur de futures naissances en captivité. Enfin, si les dauphins veulent vraiment léguer à leurs mômes un avenir entre quatre parois en béton, eux qui sont habitués à nager 60 km par jour, au large.
Étourneaux persifleurs
Au-delà des exigences financières, le projet est mené par Martin Böye, le scientifique de Planète sauvage, qui planche en parallèle sur sa thèse de doctorat, dirigée par un spécialiste des primates et de psychologie comparée homme-animal, et un chercheur travaillant sur les pigeons et les adolescents. Le show des dauphins l'arrangerait bien pour avoir des dauphins cobayes à demeure. Tout le dossier de présentation appuie sur l'aspect recherche, en partenariat avec un labo de l'Université de Rennes, bien content de trouver un budget privé pour co-financer ses activités en imaginant une étude comparant les sifflements des dauphins et des étourneaux.
Un alibi peu crédible, pour faire passer l'attraction des dauphins savants, protestent les delphinologues. L'Anglaise Cathy Williamson, de la Whale and dolphin conservation society, estime que «l'étude proposée contient nombre d'erreurs qui semblent impossibles à rectifier, notamment parce qu'elle assimile la communication des dauphins captifs à celle des dauphins libres». Monika Wilke, du centre d'études hydrobiologiques de Banyuls, ne voit pas d'intérêt scientifique au projet soumis à enquête, d'autant qu'il ne garantit pas de bonnes conditions de captivité aux dauphins. Elle a noté qu'on a masqué la part spectacle, sachant bien que ces numéros n'ont pas la cote chez les amis des animaux. Diplomatiquement, mais aussi parce c'est désormais obligatoire, le dossier a mis l'accent sur la recherche et la pédagogie, même si les experts doutent de la présentation concrète «des grandes étapes de la vie d'un groupe de dauphins» hors de son milieu naturel, au large. Depuis plus de trente ans, les recherches en delphinarium sont abandonnées au profit d'observations en mer.
Depuis Halifax, au Canada, une sommité mondiale ès dauphins, le biologiste David Lusseau, trouve que l'objet de la recherche n'a rien de convaincant : elle peut se faire avec d'autres dauphins, déjà en captivité ou en liberté en mer. Et le projet a trop peu de dauphins pour des résultats pertinents. Il rappelle qu'observer la communication non vocale des dauphins n'a pas d'intérêt dans des aires restreintes, «si bien que, contrairement à ce qui est avancé, le projet proposé ne parviendra pas à la moindre compréhension de la communication non vocale». Pour récuser ces gêneurs, Planète sauvage a la parade : tout ce qu'on a établi jusqu'ici ne vaut pas un clou. «Depuis quelques années, la recherche sur la communication des dauphins est dans un cul-de-sac. Nous, avec notre partenaire, l'université de Rennes, voulons repartir de zéro», dit Martin Böye* sans rigoler.
Les opposants à la mise en boîte des dauphins, l'association One Voice, et sa présidente France, la nantaise Muriel Arnal, l'asso SOS Grand Bleu, rappellent qu'en Europe, la tendance est plutôt à fermer les delphinariums qu'à en créer de nouveaux. En France, il y en a deux, Antibes, créé en 1970 et le parc Astérix ouvert en 1988. Aucune autorisation depuis.