Christine Bergin, une ancienne résidente confirme : "Le directeur dit souvent aux femmes : "quand on allume le feu, faut savoir l’éteindre !" Pour lui, toutes les femmes sont des allumeuses. Mais franchement, quand on entre là, on pense pas au sexe, on est trop mal dans sa peau". Dès son admission à la résidence, elle découvre que le directeur a déjà raconté aux pensionnaires son passé, ses difficultés avec son mari ; tout ce qu’il a appris à l’entretien d’accueil. Cette manière d’étaler sa vie privée est vécue comme une stratégie de l’humiliation. "D’une autre femme, il nous a dit qu’elle avait fait de la prison, qu’elle avait travaillé comme maquerelle quai de la Fosse. Même si c’est vrai, on n’a pas à le savoir ! On est déjà assez jugé comme ça. Ou cette autre femme, qui buvait; elle était malade, avait besoin de soutien : il l’a renvoyée à la rue !" De colères en renvois immédiats, il mène son petit monde comme un bataillon disciplinaire. Président départemental de la société St-Vincent-de-Paul, Gérard Trichereau trouve l’affaire "ennuyeuse" obligeant à "défendre l’image de l’institution, si éventuellement on se rend compte qu’on a embauché une brebis galeuse. Mais en l’absence de constat d’huissier, c’est la parole de Mlle Gadais contre celle de notre directeur. C’est vrai, M. Le Bourgeois est un homme à poigne, assez dur, mais aussi très humain, qui emmène parfois des résidents au bord de la mer." Il se rassure : "s’il y avait quelque chose de grave, ça serait allé beaucoup plus vite".
Une française sur cinq dit avoir subi un harcèlement sexuel au boulot*. Jusqu’à présent, c’était un sujet de plaisanterie, les Français prônant la gauloiserie comme un art de vivre. La loi Neiertz est appliquée depuis 1994, mais c’est aux femmes plaignantes d’apporter la preuve du délit, souvent commis entre quatre z’yeux.* Pas toujours facile, pour la loi de faire oublier le vieux droit. De cuissage.
* Selon une étude du Bureau international du travail en 1996, citée par L’Express n° 2497, 13 mai 1999.