CONFERENCE DU VENDREDI 04 MAI 07 MAISON DES SERVICES

« COMMENT FAVORISER LE LIEN SOCIAL ET LE VIVRE ENSEMBLE ? »




CONFERENCE DU VENDREDI 04 MAI 07 MAISON DES SERVICES

« COMMENT FAVORISER LE LIEN SOCIAL ET LE VIVRE ENSEMBLE ? »

INTERVENANTS : Gérard LEROY et Ghaleb BENCHEIKH

Intervention de Gérard LEROY

La différence est présupposée par le vivre ensemble. Sommes-nous différents ? Convient-il que nous l’acceptions ? Convient-il de masquer les différences pour mieux nous unir ? Dans un deuxième temps je proposerai quelques pistes pour mieux vivre ensemble que je ferai précéder par quelques freins à ce que j’appelle l’éthique de la relation ; c’est vers une éthique de la relation, c’est à dire une quête de la bonne relation, que nous devons travailler.

On éprouve la tentation, dans une perspective de paix sociale, parfois, de taire ou de masquer nos différences et ceci au prétexte que ce serait la source de conflits et de tensions. Mais c’est un présupposé auquel il convient de réfléchir. Si la différence était source de désunion, sur quoi fonderait-on nos amours ? Croire que nous sommes identiques, c’est refuser la réalité. Rassembler ceux qui nous ressemblent et écarter ceux qui ne correspondent pas à nos critères et à nos moules entraînerait forcément l’éviction, la discrimination, les communautarismes, les ghettos. Le slogan « on est tous pareil » est non seulement idéaliste mais naïf, et en tout cas c’est une manière d’étouffer la richesse que peut apporter autrui. Donc on est différent. Mais il faut bien admettre qu’il est un âge de la vie pendant lequel on cherche à être comme tout le monde. C’est l’adolescence, un âge où la personnalité est encore chrysalide, où on cherche à s’intégrer à une communauté. Pourquoi ? Pour être reconnu par cette communauté, pour exister tout simplement. Alors on le cherche par des attitudes, par le choix des vêtements, par les comportements. On adopte la mode vestimentaire du modèle, blouson perfecto ou santiag. On adopte l’accent du 9-3. On a recourt à d’autres symboles : les tatouages, les scarifications. L’individu, encore inachevé, mime le modèle qui le séduit. On se structure dans le mimétisme. J’insiste sur le « on » ; tant qu’on se structure dans le mimétisme, la singularité se dissout dans la dictature du « on ». Chacun cherche à se conduire comme « on » se conduit. Et c’en est au point que parfois le « qu’en dira-t-on » fait office de régulateur moral. Etre dans la moyenne, c’est la caractéristique existentiale du « on » qui implique le nivellement de toutes les possibilités de l’être. Le « on » est impersonnel, indéfini ; on apprend ça en grammaire : il est neutre, il est surtout irresponsable.

Vient alors le désir d’être soi. Le sujet émerge peu à peu comme un « je » identifiable, singulier, irréductible et cette fois responsable. L’être singulier devient sujet qui dit « je » comme moi et comme moi devient acteur et responsable de ses actes, de sa singularité admise, reconnue. Est-elle respectée ? C’est une autre affaire. Parce que la première condition du vivre ensemble, c’est bien évidemment le respect d’autrui dans sa singularité, à cause même de sa différence. L’autre nous dérange, nous séduit, on traverse la rue pour aller le rejoindre ou pour l’éviter. « L’enfer, c’est les autres » disait Sartre et Platon disait à peu près la même chose puisque l’autre était une subjectivité à réduire, par la force s’il le fallait, alors que pour Epicure l’autre était une subjectivité à réjouir par la jubilation, par la douceur, par l’amitié, par l’amour. Quand on est jeune, on est éduqué à un rapport à l’autre par les parents qui ont déjà des préjugés sur l’autre et qui peuvent empêcher les jeunes d’aller se mélanger à des gens qui représentent des classes sociales inatteignables ou qui sont méprisées. D’où la nécessité lorsqu’on grandit de revérifier ces préjugés à partir desquels on a un rapport à l’autre qui est induit par l’éducation.



Respecter l’altérité ne consiste pas seulement à respecter des règles de politesse mais à montrer de l’intérêt pour des convictions étrangères, même si ça dérange. Tenter de dépasser ses préjugés dont on fait souvent des vérités est une nécessité quand on va à la rencontre de l’autre. Aujourd’hui, l’autre est un autre beaucoup plus différent de nous que jamais auparavant. C’est ce qui fait que nous accédons à ce phénomène social important que nous appelons la pluralité. Nous vivons aujourd’hui dans une société ethnique bigarrée, un véritable kaléidoscope, à l’intérieur de localités qui se caractérisaient jadis par une homogénéité culturelle, linguistique, comportementale, morale, religieuse. Il n’y a pas si longtemps, dans les bourgs, tous les dimanches, les cloches sonnaient l’office et tous les gosses allaient au « caté ». Tout ça, c’est fini. Aujourd’hui partout nous croisons des gens qui ne nous ressemblent pas, qui ne se ressemblent pas ; on rencontre des gens qui ne parlent pas la même langue, qui n’observent pas les mêmes rites, qui ne suivent pas les mêmes rythmes, qui ne partagent pas les mêmes symboles et qui n’ont pas les mêmes réflexes culturels. Ce monde est pluriel ; bien entendu ce monde a toujours été pluriel, il a toujours été diversifié mais si nous le savions nous ne l’expérimentions pas. Voilà la grande différence aujourd’hui. Désormais partout il y a la pluralité des cultures, des langues, des nations, des religions. Nous sommes entrés dans ce qu’Edgar Morin appelle une civilisation planétaire, le 4ème âge de l’humanité, l’ère planétaire qui est marquée par le rayonnement et l’entrecroisement de foyers, de faisceaux culturels qui estompent aujourd’hui les frontières géopolitiques de jadis.

Je suis ici en tant que chrétien, en tant que quelqu’un qui essaye de l’être. Pour les chrétiens la question qui se pose sur la pluralité est celle-ci : Est-ce que nous avons à faire à une pluralité de fait c'est-à-dire à une contingence, à un accident de l’histoire, ou est-ce que la pluralité a été voulue par le Créateur ? Le Coran est assez clair là-dessus, la Bible pas. L’hypothèse d’un pluralisme de droit, c'est-à-dire un pluralisme voulu par le Créateur, est tout de même assez audacieuse. Mais ce serait adopter la politique de l’autruche que d’ignorer la situation présente et les questions que cette situation soulève. Les chrétiens ont 2 textes à leur disposition pour répondre à leur question : la construction de la Tour de Babel d’une part, et le récit qui relate la fête de Pentecôte à Jérusalem d’autre part. Ce sont 2 textes dont l’étude permet d’aboutir à la conviction que nous avons à faire à un pluralisme de droit, que Dieu a voulu cette création multiple, que Dieu a voulu du multiple. Dans cette société plurielle, nous sommes appelés à vivre ensemble et si possible bien.

Pour vivre ensemble, il y a un cadenas à faire sauter, il y a 2 réflexes à abandonner tout de suite, 2 vieux démons : le démon de l’inclusion et le démon de l’exclusion. Le démon de l’inclusion, qu’est-ce que c’est ? C’est celui qui consiste à dire à l’autre : « Viens dans mon mouvement, dans mon parti, dans mon église, viens chez moi parce que là est la vérité et qu’elle ne peut être que là. » Le réflexe de l’inclusion ne se soucier pas de la nuance que peut apporter l’autre. Et puis il y a le démon de l’exclusion qui consiste à dire : « Tu as voulu être dans l’erreur et bien restes-y, je ne veux plus te voir. » On ne peut pas vivre ensemble si on est animé spontanément par le démon de l’inclusion et celui de l’exclusion.

Je vais vous présenter quelques barrières ou freins qui bloquent les conditions du vivre ensemble. Le choix que j’ai fait est arbitraire, il n’est pas limitatif, on peut en trouver d’autres. Ensuite je vous présenterai les quelques 2 ou 3 conditions qui peuvent favoriser le vivre ensemble dans la reconnaissance de la différence, de la singularité de chacun :

- Le premier frein au vivre ensemble m’apparaît être la réduction d’autrui ; il nous arrive souvent de juger autrui et de le réduire à ce qu’il a de plus bas, aux actes mauvais qu’il a commis, aux idées nocives qu’il a pu propager sans penser un seul instant qu’il a pu évoluer, qu’il a pu se repentir. On voudrait que le criminel ne soit que criminel, que le prisonnier ne soit que prisonnier et qu’il ne soit pas considéré comme potentialité capable d’être autrement qu’il est jugé par l’opinion. On l’épuise dans ce qu’il est et du coup il est déterminé à le rester. L’opinion le détermine à rester criminel, à rester prisonnier. Pourquoi ? Le philosophe Hegel avait une réponse très simple à cette question. Il disait : « parce que la pensée abstraite ne voit dans l’assassin rien d’autre que cette qualité abstraite et détruit en lui tout le reste de son humanité ». Considérer comme stalinien à vie celui qui l’a été, comme salaud à vie celui qui a commis une vilenie, c’est ce que Nietzsche appelle « la moraline ». La « moraline » c’est comme le canada dry, ça voudrait être de la morale, ça y ressemble, mais ça n’en est pas. La « moraline », c’est la simplification et la rigidification morale coupées de toute compréhension. Quand on s’indigne sans réfléchir, quand on disqualifie quelqu’un, quand on réduit quelqu’un à un acte qu’il a commis, on fait de la moraline. La moraline est péremptoire, exécutoire, elle refuse de penser, d’analyser, d’ouvrir à l’intelligibilité non seulement de l’acte mais de la personne qu’on disqualifie. On croule aujourd’hui sous l’inflation des jugements moraux qui culpabilisent, sous l’inflation des indignations, de la réprobation, de la condamnation, de la dénonciation ô combien vertueuse : « On n’a pas idée de faire ça, jamais je n’aurais fait ça ». Sous entendu, moi je suis bien, les autres pas. Or il faut se souvenir que l’être humain, en dehors de toutes les définitions qu’ont pu donner les philosophes et qui ne rendent pas tout à fait compte de ce qu’il est, n’est pas figé dans tel ou tel mode d’être. Ce n’est pas parce qu’il est hooligan à 25 ans qu’il doit être considéré comme tel à 50 ou 60 ans. Pourquoi ? Parce que l’homme a la capacité de se dépasser sans cesse. Nous sommes par delà ce que nous sommes, nous avons à être. L’humain a à être comme projet au devant de soi. « L’humain a à être », c’est Heidegger qui disait ça et Levinas le rejoignait dans cette approche de l’humain. Nous avons à être dans un champ infini de possibles. St Paul disait cela aux Corinthiens, dans le chapitre 11 de la première lettre. Il disait quelque chose d’incompréhensible : « Devenez du pain sans levain vous qui êtes sans levain ». Ce qu’il voulait dire, c’est : « Devenez ce que vous êtes par votre identification au Christ par le baptême » ; autrement dit : « Il ne suffit pas que vous ayez reçu le sacrement de baptême qui vous fait chrétien, il vous faut encore le devenir ». A la grâce, ajoutez la liberté. La liberté et la grâce doivent se conjuguer et non pas s’opposer. Réduire autrui est un frein au vivre ensemble.

- Le deuxième frein c’est le manque d’amour. Notre monde souffre d’insuffisance d’amour et de « mal amour » comme on souffre de sous nutrition ou de mal nutrition. Nous souffrons de perversion d’amour, d’illusion d’amour et d’amour pour les illusions. Comment faire comprendre que l’amour se dévoue aux mortels fragiles, vulnérables, éphémères, qui partagent la condition de tout un chacun : d’être pour la mort ? Je crois que nous oublions trop vite cela et si nous nous en souvenions, peut-être que nous entrerions moins spontanément dans les conflits.

- Le troisième frein, c’est l’incompréhension de culture à culture. Voilà pourquoi l’objectif de la Maison de Potes est un objectif noble en ce qu’il appelle à réfléchir sur la différence mais aussi sur l’interculturalité. Sartre disait : « Nous sommes jetés dans le monde où il y a déjà de l’autre ». C’est vrai que quand commencent les premiers balbutiements on est entouré de gens qu’on n’a pas choisi. Nous appartenons à ce monde ambiant avec sa culture, sa langue, ses représentations, ses pratiques sociales, ses symboles, ses préjugés. Et tout ça imprègne notre propre culture, façonne et structure nos mentalités. Parfois au point que ce qui provient d’une autre culture, les coutumes, les préjugés, les pratiques sociales, tout cela apparaît faux et mensonger en regard de nos propres préjugés que l’on n’a pas vérifiés. Voilà pourquoi l’incompréhension de culture à culture est l’une des causes principales des conflits. Il faut que les individus mettent à plat leurs préjugés et qu’ils réfléchissent sur les préjugés pour pouvoir avoir des relations qui ne soient pas barrées par ces préjugés.

- Le dernier frein au vivre ensemble est minoritaire. Il arrive qu’on se fasse serviteur et jouet de ses propres dieux qu’on a projetés bien souvent subjectivement à partir de son angoisse, et à partir de son désir d’absolu. C’est un phénomène minoritaire mais qui cause des dégâts considérables qui viennent de ceux qui sont convaincus d’obéir à une vérité transcendantale, un dieu, une mythologie, un système, une idéologie, et qui, au nom de leur allégeance massacrent l’infidèle et le hors la loi. Ces gens-là sont les soldats d’une idée qui les sert ; ils sont dotés de la structure psychanalytique du fanatique. Ce que je dis là, je le tiens d’une étude faite par des psychanalystes et des philosophes. Ces gens là sont dotés d’une structure psychanalytique qui est marquée par une identification avec une idée qu’ils défendent avec une passion aveugle et terriblement simplificatrice. L’idée qu’ils défendent, elle est une, elle est simple, elle est claire, elle ne souffre pas d’alternative, elle est inébranlable. Et c’est pour ça que le fanatique est quelqu’un d’entêté, d’inflexible, qui ne supporte pas un instant d’avoir tort, parce qu’il lutte pour le bien, le vrai, le sien. Par conséquent, je vous engage à vous protéger contre les esprits simplificateurs qui sont naturellement habités du démon de l’inclusion. Fuyez les simplificateurs !

J’en termine avec les facteurs favorables au vivre ensemble : les relations d’individu à individu sont aujourd’hui gangrenées par la malveillance, les malentendus, la méconnaissance de soi et de l’autre, par les incompréhensions. Comment sortir de notre barbarie civilisée ? Comment fraterniser les humains ? Je vous propose trois pistes :

- Celle qui vient tout de suite à l’esprit, qui est incontournable, c’est la tolérance. C’est une piste favorable au vivre ensemble. Mais attention, la tolérance on la plaque comme une vertu aux actes, aux gens, mais elle a ses limites. On ne tolère pas un système meurtrier, on ne tolère pas une passion aveugle. Tolère-t-on la haine ? Tolère-t-on l’injustice ? Tolère-t-on le déni de l’humain ? La tolérance est une vertu, c’est vrai, mais à la condition qu’elle ouvre à l’autre. En revanche, c’est une contrainte quand elle traduit la dépendance et qu’elle étend le champ de la liberté de l’autre aux dépens de sa propre liberté. Aimer son prochain comme soi-même, ça ne signifie ni la négation partielle, ni l’abnégation de soi-même, ni la mise en application de la négation de l’autre. La tolérance est applicable aux individus mais pas aux systèmes. Le système relève du jugement, on s’adapte en attendant l’amélioration.

- La deuxième piste favorable au vivre ensemble, c’est l’éthique de la relation. Je l’appelle l’auto éthique ; le terme est d’Edgar Morin. Il s’agit de bien se penser soi-même, chacun étant l’autrui de l’autre. L’humain n’est pas immunisé contre le non humain. On ne surmonte pas sa propre barbarie intérieure sans s’engager dans une auto éthique. C’est une sorte d’introspection qui consiste à bien se penser pouvoir s’objectiver, un peu comme on le ferait devant une glace. C’est un long travail d’apprentissage de la réflexivité où il faut s’attendre quand même à rencontrer la complexité des profondeurs, les indulgences que l’on s’accordera, les oublis voulus par une mémoire sélective qui dégage en touche tout ce qui l’encombre. Il faut bien avouer que la matrice cérébrale tend constamment à s’innocenter. L’introspection nous avertit des mille et une petites failles de crétinisme en chacun de nous. Ce travail psychique est une hygiène qui maintient, un peu comme la gymnastique du matin maintient la forme physique, la conscience en éveil, qui entraîne à la compréhension d’autrui, qui aide aussi à résister à l’intimidation, à dépasser nos peurs et à assumer nos propres pensées. Chemin faisant nous nous acceptons et nous acceptons aussi de n’être pas au centre du monde comme le dictateur qui dicterait à tout le monde sa vérité. Nous ne sommes pas juges du monde et de ses humains. On cesse de dire qu’un tel est un salaud. Voilà des termes bannis de notre vocabulaire par la modestie à laquelle entraîne l’introspection.

- Enfin dans le prolongement de cette démarche, il en est une autre qui consiste à bien se comprendre entre nous. L’incompréhension entretient la barbarie des rapports humains. En revanche, la compréhension refoule la barbarie. Un vieux philosophe, mort il y a 4 ans, disait : « Comprendre, c’est reconstruire », comme lire c’est réécrire. La compréhension use de la rationalité et bien sûr de l’affectivité. Elle use de la connaissance objective et de la connaissance subjective. Il s’agit de comprendre ce que dit l’autre et l’autre qui le dit. Ce sont 2 choses. Comprendre l’autre dans sa complexité exige d’aller au contexte (ce que dit l’autre) et au complexe (ce qu’est l’autre). Et si on veut parvenir à faire coller au plus près notre perception de ce que dit notre interlocuteur et son intentionnalité, alors il va s’agir de penser la pensée d’autrui comme par empathie sans nécessairement la partager. On doit toujours avoir à l’esprit cette question : « Qu’est-ce qu’il veut me dire ? Qu’est-ce que ça signifie ? » Et si la compréhension s’envisage c’est en raison d’un présupposé que les consciences s’inscrivent sur un même horizon : la vérité, et que la vérité se fraie un chemin à travers l’échange et le dialogue. Comprendre, ce n’est pas tout expliquer, c’est s’affranchir des freins psychologiques et dynamiser une potentialité de fraternisation entre individus bien entendu, entre groupes humains si possible, entre nations mais ça c’est une autre affaire.



Qu’est-ce qui est visé dans tout ce que je viens de vous dire ? Je conclurai par ça. Ce qui est visé, c’est le bien vivre ensemble. On espère tous un monde harmonieux, plus serein, apaisé. On s’entend dire : « Puissé-je être heureux ! Puissiez-vous être heureux ! » Que signifie ce souhait sinon le souci de soi et le souci de l’autre ? Ce souhait, en ce qu’il embrasse dans un même regard soi et autrui, inaugure la démarche éthique. Il s’agit de vivre bien avec et par les autres ; on appelle ça la sollicitude, ce beau mot de sollicitude qui plaisait tant à Paul Ricoeur, qu’on peut remplacer par le mot compassion mais qui est un trop connoté religieusement. Vivre bien avec et pour autrui, c’est cela la sollicitude. Pourquoi cette quête de la vie bonne ne se refermerait-elle pas sur soi, sur le seul souci de soi ? Et bien tout simplement parce que dire soi implique un autre que soi. On ne peut pas envisager la singularité sans envisager aussitôt la particularité, qui correspond au monde ambiant auquel nous appartenons, laquelle ne s’envisage pas en faisant l’impasse sur l’universalité. Il n’y a pas de « je » sans « nous ».

Il n’y a pas de vie bonne en dehors du rapport à autrui. La sollicitude participe nécessairement à la vie bonne. Aristote disait : « Un homme heureux a besoin d’amis ». La quête de la vie bonne exige, par delà cette dynamique à vivre bien ensemble, des institutions justes. Cela implique que la visée du vivre bien enveloppe le sens de la justice et par conséquent la notion de l’autre. L’autre comme soi, dont l’existence libre repose sur des institutions qui sont justes en tant qu’elles respectent cette liberté et qu’elles la font respecter. Derrière les institutions abstraites, il y a toujours des visages concrets, des personnes de chair et d’os. Réfléchir à l’éthique de la relation, réfléchir à la quête de la vie bonne entre nous, c’est réfléchir à l’articulation de 3 dimensions que nous partageons tous : l’universel humain auquel nous appartenons, le particulier culturel d’où nous venons et enfin le singulier, c'est-à-dire la personne que nous sommes. Et nous ne faisons que boiter si nous ne considérons pas ces 3 dimensions. Ce qui signifie que tout être humain peut voir en un autre être humain un semblable, un frère, ou un rival. « L’autre, disait Levinas, n’est ni un moyen, ni une caution, ni de la pâte à modeler, ni un faire valoir, ni une courte échelle. L’autre déborde tout projet d’assimilation ». Il n’est pas enfermé dans la sphère du même. Il se laisse découvrir comme appel, comme singularité, comme exigence éthique qui nous met en demeure de répondre à la question : « Qu’as-tu fait de ton frère ? L’as-tu seulement reconnu comme tel ? »

Pour moi, la relation éthique s’inaugure par une attitude toute simple à la portée de tous, c’est la courtoisie. Les salutations ont une vertu de civilisation. Elles tendent d’abord à désamorcer l’hostilité, à établir la cordialité. Edgar Morin a écrit que « la courtoisie est la face individuelle de la civilité ». Les ravages de l’incivilité sont des facteurs de barbarie. La civilité était enracinée autour de réflexes acquis dès l’enfance. La civilité, aujourd’hui, relève de l’auto éthique ou de l’introspection. L’auto éthique est une discipline, et l’éthique une aventure aléatoire, jamais achevée. C’est l’aventure de l’universalisation du respect d’autrui et de la solidarité. Cette aventure doit garder l’idée de Lessing que l’humanité est améliorable, sans pour autant croire qu’elle va nécessairement s’améliorer. Autrement dit la balle est dans notre camp.

Intervention de Ghaleb BENCHEIKH

Je suis heureux de m’adresser à vous. Nous allons mettre à profit cette rencontre pour sortir enrichis. A chaque fois qu’on laisse la place à l’écoute, à la compréhension, à la volonté de découvrir autrui, c’est un temps fort. Je place cette rencontre sous les auspices de la compréhension.

Le thème, ce soir, c’est le lien social et le vivre ensemble. Le lien social paraît délité, distendu voire inexistant dans certains cas. Le vivre ensemble ? On est déjà ensemble. Mais est-ce qu’on vit mieux ensemble ? A l’issue de notre rencontre, comment allons-nous trouver des pistes, avec celles évoquées par Gérard, pour que notre lien social soit consolidé et pour que nous vivions mieux ensemble ? Le lien social ne sera pas consolidé par des directives politiques, ça peut y contribuer mais il me semble que c’est beaucoup plus par une adhésion intime, spontanée de tous les citoyens, de tous ceux qui partagent ensemble l’espace de la cité. C’est comment faire que le citoyen, autrui, l’autre puisse avoir droit de cité. Nous y reviendrons tout à l’heure. Le mieux vivre ensemble ? Là aussi, me semble-t-il, ça obéit à quelques points, à commencer par : s’acquitter de ses devoirs de citoyens pour être fondé d’en réclamer les droits qui eux sont inaliénables car même si on ne s’est pas acquitté de ses devoirs de citoyens ce n’est pas pour autant que les droits doivent être bafoués. Il se trouve que le droit et le devoir sont l’endroit et l’envers d’une même effigie et qu’on ne peut pas éthiquement parlant, décemment parlant, prétendre exiger d’avoir des droits sans s’acquitter de ses devoirs. Enfin, l’ensemble des citoyens doit avoir à cœur de ne pas abîmer, de ne pas aliéner la dignité d’autrui, ça me paraît fondamental.

Alors comment articuler tout ça dans notre nation, ici en France, et pourquoi ne pas donner quelques exemples pour le reste du monde, sans prétention d’ailleurs ?
- Les devoirs des citoyens, c’est d’abord au-delà de cette civilité nécessaire et des droits civiques (le fait d’investir le champ politique quel qu’il soit et nous en avons eu un exemple au 1er tour des élections présidentielles par cet afflux massif aux urnes), une volonté affichée par les parents de faire en sorte que les générations à venir puissent être dans des dispositions pour acquérir le savoir, l’instruction, la connaissance, la culture. Et ça n’est pas une simple affaire de parents, c’est aussi l’institution, l’Education Nationale, qui doit s’acquitter de son rôle, de sa responsabilité de former les futurs citoyens. Hélas, je ne suis pas sûr, sans vouloir jeter l’anathème d’une manière un peu abusive sur cette grande institution, qu’elle s’en acquitte de la meilleure façon. L’école est en crise. On le voit dans ce qui se passe par ci par là dans les cités dont on ne sait plus comment les appeler : cités sensibles, quartiers populaires, difficiles. Il y a un problème de vocabulaire, or il faudrait savoir nommer les choses.
- L’autre devoir, c’est de participer ensemble, quel que soit l’apport culturel, à valoriser l’héritage culturel, historique, le patrimoine de la patrie dans laquelle on se trouve.

Je commence par parler de tout ça parce que c’est important de le préciser, de le souligner de façon théorique. Comment y parvenir de façon pratique, surtout lorsque de larges franges de la population sont ignorées ou minorées ? Pour pouvoir appliquer le discours, il faudrait établir un diagnostic précis de la situation sociale. Et ceci nous amène au débat sur l’identité nationale. Pour certains, l’identité nationale est monolithique et établie une bonne fois pour toute. Elle est monocolore sur le plan confessionnel et éthique. Il faudrait se tenir sur le seuil, demander l’autorisation avant de pénétrer et malheur à celui qui ose rentrer par effraction. Pour d’autres, l’identité nationale se résume à quelques emblèmes : drapeaux tricolores ou chant de l’hymne national. D’aucuns ont parlé de ces thèmes en disant qu’ils sont minés, que ce sont des concepts mal définis, que ça mènerait à une névrose, que ça nécessiterait plutôt une thérapie de groupe et pour cela il valait mieux ne pas s’atteler à cette vaste entreprise qui consiste à définir l’identité nationale. Pour ma part, si je dois m’approprier ce terme comme citoyen, je dirai que notre identité nationale, en France, n’est pas un bloc monolithique mais une sédimentation sur une roche mère qui a connu une stratification par la suite par des apports culturels qui ont façonné cette nation. Et la nation française devient une mosaïque humaine au sein de laquelle il y a osmose, symbiose, interactivité. Cette mosaïque humaine, de par les énergies qu’elle suscite, doit faire en sorte, sous le parapluie de la laïcité sous lequel nous nous abritons tous, la laïcité considérée comme la catalyse de l’alchimie du vivre ensemble permettant le débat, les rencontres, que se construise et se consolide une société fraternelle, solidaire, égalitaire et libre. Ce n’est pas le cas malheureusement. Alors sans pleurnicheries, sans jérémiades, sans lamentations, il y a lieu de dire, comme je l’ai souligné déjà, que de larges franges de la population se trouvent être ghettoïsées, marginalisées, défavorisées, banlieusardisées, déshumanisées, je pourrais continuer l’énumération. Et là aussi, c’est un énorme travail à mener sur les mentalités, sur les sensibilisations du citoyen. Pas uniquement comme une œuvre politique, c’est une œuvre citoyenne à laquelle s’attellent tous les acteurs : les églises d’une manière générale pour ceux qui sont croyants, l’institution éducation nationale bien entendu, peut-être les grandes formations politico-syndicales, les associations et nous en avons un exemple ce soir ; toutes ces instances oeuvrent et conjuguent leurs efforts pour sensibiliser le citoyen afin qu’il entre en résonance avec son concitoyen.

Alors très concrètement, comme tout à l’heure Gérard nous a présentés appartenant à 2 confessions, chrétienne et musulmane, c’est le citoyen musulman qui parle en disant que jamais la question islamique n’a été posée avec autant d’acuité que ces temps-ci, entre la surmédiatisation et la méconnaissance. C’est ce qui donne d’un côté l’islamophobie et de l’autre le péril vert. D’aucuns se plaignent d’une peur irraisonnée, pathologique de l’Islam. D’autres craignent ce péril vert après un péril rouge évanescent et un péril jaune plus que menaçant et dans le spectre des couleurs, c’est le spectre de la peur qui est brandi. Pour régler tout de suite cette question, je dirais que s’il devait y avoir une quelconque crainte de l’Islam ce serait sinon justifié au moins explicable par le comportement ignominieux, inacceptable, inqualifiable d’illuminés autoproclamés seuls procurateurs de Dieu, défenseurs exclusifs de ses droits alors qu’ils ne cessent de le bafouer. Et nous devons, qui que nous soyons, condamner, récuser, dénoncer, fustiger ces dérives meurtrières que rien n’autorise. Qui dit dénoncer, dit aussi annoncer : aucune cause, aussi noble soit-elle, n’implique le massacre des innocents, aucune révolte, si légitime soit-elle, n’implique la terreur. Et nous devons, qui que nous soyons, être du côté du droit et de la justice. Quant au fameux péril vert, il est inacceptable que les vedettes célébrissimes du 20h continuent à asséner, à marteler, par des raccourcis hâtifs, par des préjugés, par des lieux communs, par des stéréotypes, des clichés, des inepties, des idioties. On oppose l’Islam à l’Occident sans qu’on connaisse ce qu’il y a derrière ces deux entités : l’Occident est une identité aux contours mal définis, un concept dont on ne sait plus ce qu’il veut dire de nos jours. Sincèrement est-ce que le Vénézuela fait partie de l’Occident, est-ce que le Mexique fait partie de l’Occident, est-ce que Chypre fait partie de l’Occident ? D’un autre côté, on parle de l’Islam, ce mot valise, ce mot sac dans lequel il y a tout et le contraire de tout. Si je dis l’Islam, est-ce qu’il s’agit de l’Indonésie, est-ce qu’il s’agit du Sénégal, de Médine, est-ce qu’il s’agit de l’Islam intériorisé dans nos cœurs, est-ce qu’il s’agit de l’Islam du Prophète, est-ce qu’il s’agit de l’Islam de Ben Laden, de l’Islam des patineuse bosniaques à Sarajevo, de l’Islam des hommes et des femmes qui tranquillement vaquent à leurs occupations ? C’est pour vous dire que nous avons besoin de rigueur intellectuelle quand on parle de ces questions là. En fait, il s’agit d’une réalité complexe de société humaine travaillée par le fait religieux dans sa coloration monothéiste abrahamiste. On pourra revenir sur tout cela dans le débat.

Je dis simplement que nous autres musulmans, notamment nous qui bénéficions d’un ciel clément et démocratique, avons à nous atteler à des chantiers titanesques qui sont le pluralisme, la liberté, la laïcité, la séparation du temporel et du spirituel, l’égalité fondamentale de tous les citoyens, hommes ou femmes, l’égalité ontologique entre les êtres. Nous avons à désacraliser la violence, à ne pas croire qu’elle puisse être commandée par une quelconque transcendance. Voilà l’énorme travail que les intellectuels, les théologiens, les penseurs doivent mener. A un moment donné de l’histoire, ça a été possible, ça le sera maintenant. Il est nécessaire de faire beaucoup plus qu’un simple aggiornamento, nous devons entreprendre une refondation de la pensée, une production intellectuelle et anthropologique sur ces questions.

Pour revenir ici en France au lien social et au mieux vivre ensemble, on peut partir de 2 idées :
- La première, c’est ce qu’on appelle en termes techniques le monogénisme, l’unité du genre humain. Alors que certains parlent de l’eugénisme qui sélectionne le meilleur de l’homme, moi je parlerai du monogénisme, de l’unité du genre humain parce qu’on procède tous d’une même réalité et du coup la dignité d’un seul homme est consubstantielle à la dignité de l’humanité toute entière. Quand on touche à un homme, on a touché par là à la dignité de l’humanité concentrée dans cet homme. Qui dit monogénisme ne dit pas clonage : il y a, de facto, une diversité, diversité de langues, de cultures, de couleurs de peau, de traditions religieuses, d’options métaphysiques, d’orientations. Et il se trouve que cette diversité là est à la fois une source de bonheur incommensurable et aussi une source de problèmes et de frictions inexplicables. Alors quand est-ce que la diversité devient une source de problèmes ? C’est lorsque malheureusement on donne libre cours à l’hégémonie, à l’ego, à la cupidité, à l’arrogance, à la suffisance ; dans ces cas là, la diversité devient effectivement source de problèmes. L’homme est un loup pour l’homme, on n’y peut rien. « Si tu veux la paix, prépare la guerre » disait le centurion. Et c’est ainsi depuis les guerres puniques jusqu’à Georges Bush. Parler de paix relève d’une naïveté obtuse, parler de concorde entre les êtres est considéré comme une mièvrerie. La loi est avec celui qui détient la force et malheur aux vaincus. C’est comme ça et on n’y peut rien. En revanche, lorsqu’on traverse le mur des craintes, lorsqu’on apprivoise la peur, lorsqu’on exorcise les hantises, lorsqu’on fait des obstacles de départ le lieu de la médiation et de la rencontre, on finit par aimer ces obstacles de départ car ils révèlent la part de mystère que recèle tout un chacun. Tout à l’heure Gérard parlait de l’altérité, reprenant les paroles de Sartre, et bien dans la vie il y a de l’autre en tant qu’autre pour soi et surtout il y a soi-même, autre pour l’autre. Nous devons avoir un regard décentré et ne pas tout ramener à soi. C’est cette fameuse révolution copernicienne qu’il y a lieu de mener. On ne se met plus au centre, ni soi-même, ni sa tradition, ni sa vérité, on laisse le mystère de l’autre ou de Dieu ou de la croyance. Et nous tous, qui que nous soyons, gravitons autour, pas dans une tolérance qui trahit, dans une attitude snobinarde et condescendante, le fait de vouloir supporter autrui malgré soi, mais plutôt dans une exigence de respect, de sollicitude, d’amour, de tendresse, d’estime, d’amitié. Voilà les valeurs dont nous avons vraiment besoin. C’est ainsi qu’on découvrira, dans l’espace laissé à ces valeurs, à ces sentiments, qu’il y a un enrichissement mutuel. Ce fameux kaléidoscope présenté par Gérard émet une lumière et nous tous, qui que nous soyons et qui le formons, reflétons, telles des facettes de ce kaléidoscope, cette lumière.


- Alors pour pouvoir vivre véritablement cette découverte de l’autre, je reviendrai à l’Education Nationale pour dire sans vouloir me pâmer de satisfaction devant l’œuvre des anciens, ni caresser un passé mythique et dévolu, ni dire que nous fûmes grands, que je suis étonné de voir que l’honnête homme, selon la définition des siècles derniers, s’intéresse à l’art du Pérou, à l’art primitif Massaï à la mode avec le musée du quai Branly, s’émerveille devant une estampe de l’art nippon et se trouve ignare devant les miniatures persanes. Et l’affaire dite des caricatures a montré l’indigence culturelle et intellectuelle sur ce qui fonde une civilisation multiséculaire et qui n‘est ni étrangère, ni allogène, ni incongrue. Il est vraiment étonnant de priver nos concitoyens de cet apport, de cette connaissance. Il est étonnant d’avoir une représentation mutilée et mutilante. Qu’est-ce que ça veut dire ? Si je prends l’exemple de l’astronomie, on nous fait croire que depuis Ptolémée jusqu’à Dipograé il n’y avait pas d’astronomie, en tout cas nos jeunes concitoyens ne l’apprennent pas. Tous les observatoires de Samarcande, de Tachkent, d’Istambul, du Caire, toute l’œuvre scientifique et astronomique est occultée et ce n’est pas normal. On nous fait croire que depuis Gallien et Hippocrate jusqu’à l’école de Salerne il n’y avait rien alors que le canon d’Avicenne est enseigné à la faculté de Montpellier jusqu’au 18ème siècle. Depuis Héraclite et les pré-socratiques jusqu’à Sartre, c’est comme s’il n’y avait pas eu de philosophie amenée par les philosophes hellénisants et dont l’apport fut déterminant. Ces philosophes hellénisants sont Al Kindi, Averroès, Avicenne et d’autres. Et c’est cette mutilation de l’histoire qui fait que notre identité nationale, bien qu’on veuille la présenter comme monolithique, ne l’est pas.
Elle a connu des apports très enrichissants à travers l’histoire.

- Dernier point sur lequel j’arrêterai : on nous présente la civilisation occidentale comme bâtie sur des valeurs judéo-chrétiennes. Sur le plan culturel, civilisationnel d’abord, il s’agit d’une civilisation euro-méditerranéenne et je souligne le trait d’union entre euro et méditerranéenne. Je tiens à souligner aussi dans cette affaire que le trait d’union entre judéo et chrétien est beaucoup plus récent dans l’histoire que le trait d’union entre judéo et islamique d’un côté et islamo et chrétien de l’autre. Le trait d’union entre judéo et chrétien date au mieux de la seconde guerre mondiale. La distance culturelle entre un juif de Fés et un musulman de Fés est nulle. La différence entre un musulman de Fés et un musulman de Peshawar est immense. Notre civilisation occidentale est gréco-arabe. De Pampelune jusqu’à l’Indus on parlait arabe entre le IXème et le XIIIème siècle.

Pour finir trois ou quatre mots sur des aspects sociétaux et sur l’enseignement du fait religieux :
- Il ne faut pas mélanger immigration et Islam.
- Il y a une présence séculaire arabe autour de la méditerranée comme en atteste la présence d’une mosquée à Narbonne dès le début du VIIIème siècle.
- La venue massive d’hommes et de femmes pour des raisons économiques a posé des problèmes sociétaux qui n’ont pas été traités comme tels. C’est une démission de la République.
- On ne peut pas encore parler de citoyens issus de l’immigration quand on est à la 3ème ou 4ème génération.

Comment enseigner le fait religieux à l’école ?
- Il y a une méconnaissance de fait religieux. Or pour appréhender la peinture comme la littérature, une connaissance religieuse est indispensable.
- On ne peut bâtir une société commune sans connaître les fondamentaux religieux de chacun.
- Il est nécessaire d’enseigner le fait religieux de façon transversale. Pour cela, il faut revoir les manuels scolaires, il faut former les enseignants.


Le texte religieux est révélé dans les termes où le peuple de l’époque peut le recevoir. Mais ce qui est atemporel, c’est la solidarité verticale et horizontale, avec Dieu et avec les hommes. Il est indispensable que nous réfléchissions ensemble à consolider le lien social par la solidarité, l’entraide pour former une seule communauté de citoyens prospère et fraternelle.

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