Le collège à la maison Lettre aux adhérents décembre 2008



« LE COLLEGE A LA MAISON » : une action mise en place par le collège Georges Brassens , à l'initiative de la Maison des Potes




Cette action est née d'une proposition faite par la MDP aux responsables du collège Georges Brassens afin de rapprocher les 2 partenaires (collège et familles) sachant que certaines familles ne se déplacent au collège que lorsqu'elles sont convoquées et que le collège a du mal à transmettre des informations importantes (l'orientation, le carnet de correspondance, les sanctions etc.). Cette proposition a été faite à la suite d'une journée de travail à la MDP, en présence de M.BOUBAKER et de M.BARRUEL, directeur et chargé de mission de l'ACSE Languedoc Roussillon, à laquelle participaient les responsables du pôle femmes et des mamans de collégiens habitant Razimbaud ou St Jean St Pierre. M.Boubaker avait demandé à la MDP de réfléchir à quelle communication mettre en place entre les familles immigrées d'origine et l'institution scolaire. Selon lui, il y a à construire une communication sociale qui n'est pas donnée d'avance. Il lui semblait que ce pouvait être le rôle de la MDP de mettre en lien, de favoriser la construction d'une communication entre parents et école, de mener une réflexion approfondie sur le rôle des parents, de travailler sur la nature de la relation entre les parents et le collège et sur la représentation de chacun des acteurs, de faire rencontrer ces représentations et de mettre en place des temps et des lieux où ces représentations puissent s'exprimer afin de transformer la défiance en confiance et fabriquer de la connivence et de la coopération.



Après avoir réfléchi, nous avons proposé à M.ROUX, principal du collège Georges Brassens, d'organiser des rencontres collège/familles chez une famille d'accueil sur le modèle des réunions « Tuperware » : une famille reçoit et invite d'autres familles. Pour mettre en place ce type d'action, il faut être suffisamment implanté dans le quartier et reconnu par les différents acteurs, il faut avoir acquis la confiance des familles et des différents partenaires. Nous savions que nous pouvions compter sur l'implatation de Karima, notre médiatrice sociale et scolaire, sur des personnes relais et sur les associations de quartier (Apeser, Arche, Afcan, ABP21).

L'objectif fixé à ces rencontres était de permettre aux parents et à l'équipe éducative de se rencontrer ailleurs qu'au collège, de rétablir un lien de confiance et de compréhension parfois fragile mais indispensable, de lutter contre les représentations négatives réciproques afin de faciliter la réussite scolaire des enfants. Pour permettre l'expression des familles, il avait été décidé que les associations ne participaient pas aux réunions, seule Karima et un interprète en langue turque étaient présents pour assurer la traduction quand c'était nécessaire.

Quatre réunions ont été organisées en janvier/février 08. La première en direction des familles turques qui devait se dérouler dans le centre culturel, rue des Tuileries, a été un échec (aucun participant) car nous avions choisi un mauvais relais. Les 3 autres (une dans le quartier Berre/Cesse, une dans le quartier Pompidor et une à la Cité St Salvayre) ont apporté satisfaction aux participants. Elles ont été animées par M.ROUX, principal du collège, et par Mme TROUSSET, principale adjointe. Ils étaient accompagnés par l'Assistante Sociale et la Conseillère d'Orientation. Une nouvelle réunion en direction des familles turques a pu être mise en place dans une famille, grâce à un autre relais, professeur de français au collège. Chaque famille d'accueil a privilégié la convivialité autour d'un thé à la menthe et de pâtisseries diverses. Au-delà de la réunion d'information, ce fut un temps d'échange, de rencontre.

Une réunion bilan a été organisée au mois de juin au collège avec l'ensemble des participants : familles et associations. C'est le collège qui a invité et offert les gâteaux.

Les familles ont souhaité que l'action soit reconduite durant l'année scolaire 2008/2009.



Nous avons donc relancé le projet dès la rentrée scolaire et une première série de réunions s'est déroulée durant ce mois de novembre 08, toujours selon le même principe et suivant les quatre lieux définis. Le contenu des premières réunions était très généraliste : il s'agissait de donner les infos indispensables (carnet de correspondance, sanctions, procédures d'orientation, travail à la maison, qui est qui et qui fait quoi). Cette année, avec le principal, nous avons reprécisé les contenus : savoir lire un bulletin et connaître le rôle du professeur principal. Le principal et son adjoint se sont fait accompagner chaque fois par un professeur principal pour qu'il explique sa fonction d'interlocuteur prioritaire pour les familles, les élèves et les membres de l'équipe pédagogique.




Il est intéressant de lire l'analyse de M.ROUX, principal du collège, sur cette action ; c'était dans le dernier Narbonne infos : « Dans cette démarche de coéducation, la confiance et la connaissance des règles du jeu (les codes dont parlaient P.Bourdieu) sont indispensables. Or qu'en est-il ? Les parents les plus modestes, les plus en difficultés sociales et économiques voire linguistiques, ont un rapport de méfiance avec l'institution scolaire. D'une part l'échec de leur enfant les renvoie à leur propre scolarité et aux difficultés qu'ils ont pu rencontrer. D'autre part, quand ils sont convoqués au collège, c'est pour s'entendre reprocher le comportement de leur enfant. Il faut tenter de rétablir la confiance. Pour cela, on a essayé de passer de la « convocation » à l' « invitation », d'autant qu'elle est inversée puisque ce sont les familles qui invitent chez elles les responsables du collège. Ce faisant, en allant partager un moment avec des parents d'élèves dans leur cadre familial, l'objectif demeure : permettre la réussite des élèves. En effet, expliquer dans un cercle restreint de parents et dans une salle à manger familiale, comment lire un carnet de liaison, comment comprendre un bulletin, comment gérer les heures que les enfants passent devant la télévision, sont autant de points d'appui pour le travail en classe. »




Pour nous MDP, il s'agit bien d'avancer vers les objectifs que nous nous sommes fixés à savoir : mettre en place les conditions pour permettre aux familles qui se sentent le plus à la marge socialement d'accéder et de comprendre les informations leur permettant d'être actrices de la scolarité de leur enfant, de considérer l'institution scolaire comme un partenaire en qui elles peuvent avoir confiance, de ne plus se sentir victimes et condamnées à l'échec. Dans ce cadre là, notre volonté d'accompagner certaines de ses familles à devenir délégués parents élus au CA du collège, pour devenir de vrais acteurs de la vie sociale, commence à se concrétiser.



Marie RENNES

Paru dans La Lettre aux Adhérents de décembre 2008




Lu 442 fois

accompagnement social et scolaire

Lutte contre les discriniminations | Point Information Jeunesse | accompagnement social et scolaire | Femmes du monde | Accompagnement scolaire | Solidarité internationale

Recherche





Galerie
Narbonne Underground - Un documentaire de Max Knorth et Vincent Diderot