Asterix y croit-il ?
Des livres sérieux sur les héros de Uderzo et Goscinny sont parus récemment en librairie. Je suis surpris que des universitaires se penchent sur le contenu réel du message délivré par les célèbres bulles francophones.
La thèse de Rouvière (1) est que le monde d’Astérix, entre le village gaulois, l’hégémonisme romain et les poussées barbares transfigure trois formes du politique : démocratique, absolutiste, autoritaire.
César, incarnerait le pouvoir aristocratique. Face à lui, les Goths et les Normands symboliseraient le contre modèle caricatural où l’individu serait sacrifié au nom d’un collectif illusoire qui ne travaillerait qu’au service d’un seul chef. Enfin, dans notre village gaulois, s’épanouirait la démocratie, un peu cacophonique mais dans lequel les pouvoirs sont séparés et où l’individu ne serait pas étouffé par les tentations plébiscitaires modernes ni par un individualisme pernicieux.
Pour penser les séquelles de la guerre, le Général de Gaulle voulait fédérer les Français autour de l’idée de réconciliation nationale. Les aventures de nos deux héros gaulois participent à la mise ne modèle de la mémoire collective où la résistance serait devenue une vertu nationale : comme l’écrit Nicolas Rouvière « les habitants du village gaulois sont les représentants du pays authentique, celui qui résiste en toutes circonstances à l’oppression. La vraie Gaule en laquelle chacun peut se reconnaître, c’est le village. Et puisque ce dernier résiste toujours à l’envahisseur, l’honneur est sauf. »
Astérix a donc regonflé le moral des Français dépités et divisés.
L’auteur va même plus loin en expliquant que la célèbre BD fut un formidable ambassadeur de la politique étrangère gaulliste. La position antiaméricaine de de Gaulle ressemble étrangement à la lutte contre l’impérialisme romain. Le « Rome sweet home » du chef gallo-romain vendu aux idées impérialistes, dans le combat des chefs, participe au combat gaullien pour l’indépendance nationale. En fait une simple bulle fait autant que de longs discours emphatiques et creux.
Les voyages en Europe d’Astérix finissent toujours par un pacte d’amitié entre les peuples nous rappelant étrangement les relations étroites que de Gaulle et le chancelier allemand Adenauer ont nouées entre la France et l’Allemagne, les anciens ennemis.
Dans les différentes BD, dans leur évolution au fil des années, le politique cède le pas au pouvoir technocratique, la société se faisant de plus en plus individualiste. Le village d’Uderzo et Goscinny se transforme en lieu de résistance contre ces tentations modernes. L’album le domaine des dieux qui caricature la création de la ville de Praly II dénonce un monde qui renie la puissance de ses symboles au profit des valeurs marchandes. Un menhir n’a vraiment pas de prix. L’Armorique devient un parc d’attractions.
Astérix annonce aussi les grandes les grandes évolutions de la société : le conflit entre les générations incarné par Goudurix dans Astérix et les Normands. De la même manière, si de Gaulle se méfiait d’un pouvoir politique noyauté par les énarques, les célèbres dessinateurs ont dénoncé l’avènement d’un marketing politique et technocratique.
Il ne faudrait pas commettre l’erreur d’un Astérix qui doit succès au seul réflexe nostalgique et identitaire alors qu’il est porteur d’un message humaniste. Il reste le pourfendeur d’un ethnocentrisme dangereux, il défend une exception humaniste face à un modèle social de plus en plus globalisant et déroutant.
L’humanisme est vraiment une idée fixe chez Astérix.
(1) Astérix ou les lumières de la civilisation, de Nicolas Rouvière,PUF,225 p, 25 €
La thèse de Rouvière (1) est que le monde d’Astérix, entre le village gaulois, l’hégémonisme romain et les poussées barbares transfigure trois formes du politique : démocratique, absolutiste, autoritaire.
César, incarnerait le pouvoir aristocratique. Face à lui, les Goths et les Normands symboliseraient le contre modèle caricatural où l’individu serait sacrifié au nom d’un collectif illusoire qui ne travaillerait qu’au service d’un seul chef. Enfin, dans notre village gaulois, s’épanouirait la démocratie, un peu cacophonique mais dans lequel les pouvoirs sont séparés et où l’individu ne serait pas étouffé par les tentations plébiscitaires modernes ni par un individualisme pernicieux.
Pour penser les séquelles de la guerre, le Général de Gaulle voulait fédérer les Français autour de l’idée de réconciliation nationale. Les aventures de nos deux héros gaulois participent à la mise ne modèle de la mémoire collective où la résistance serait devenue une vertu nationale : comme l’écrit Nicolas Rouvière « les habitants du village gaulois sont les représentants du pays authentique, celui qui résiste en toutes circonstances à l’oppression. La vraie Gaule en laquelle chacun peut se reconnaître, c’est le village. Et puisque ce dernier résiste toujours à l’envahisseur, l’honneur est sauf. »
Astérix a donc regonflé le moral des Français dépités et divisés.
L’auteur va même plus loin en expliquant que la célèbre BD fut un formidable ambassadeur de la politique étrangère gaulliste. La position antiaméricaine de de Gaulle ressemble étrangement à la lutte contre l’impérialisme romain. Le « Rome sweet home » du chef gallo-romain vendu aux idées impérialistes, dans le combat des chefs, participe au combat gaullien pour l’indépendance nationale. En fait une simple bulle fait autant que de longs discours emphatiques et creux.
Les voyages en Europe d’Astérix finissent toujours par un pacte d’amitié entre les peuples nous rappelant étrangement les relations étroites que de Gaulle et le chancelier allemand Adenauer ont nouées entre la France et l’Allemagne, les anciens ennemis.
Dans les différentes BD, dans leur évolution au fil des années, le politique cède le pas au pouvoir technocratique, la société se faisant de plus en plus individualiste. Le village d’Uderzo et Goscinny se transforme en lieu de résistance contre ces tentations modernes. L’album le domaine des dieux qui caricature la création de la ville de Praly II dénonce un monde qui renie la puissance de ses symboles au profit des valeurs marchandes. Un menhir n’a vraiment pas de prix. L’Armorique devient un parc d’attractions.
Astérix annonce aussi les grandes les grandes évolutions de la société : le conflit entre les générations incarné par Goudurix dans Astérix et les Normands. De la même manière, si de Gaulle se méfiait d’un pouvoir politique noyauté par les énarques, les célèbres dessinateurs ont dénoncé l’avènement d’un marketing politique et technocratique.
Il ne faudrait pas commettre l’erreur d’un Astérix qui doit succès au seul réflexe nostalgique et identitaire alors qu’il est porteur d’un message humaniste. Il reste le pourfendeur d’un ethnocentrisme dangereux, il défend une exception humaniste face à un modèle social de plus en plus globalisant et déroutant.
L’humanisme est vraiment une idée fixe chez Astérix.
(1) Astérix ou les lumières de la civilisation, de Nicolas Rouvière,PUF,225 p, 25 €



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