LE GAULLISME SANS DE GAULLE par Dominique LAPORTE, Président du club 'Debout La République' de Vence.
Le 27 Avril 1969, une majorité de Français rejetait le projet alors soumis à referendum et portant sur la régionalisation et la réforme du sénat.
Le 28 Avril, dans la matinée, un communiqué lapidaire tombait sur les télescripteurs :
« Je cesse d’exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. »
C’est donc ainsi que le Général de Gaulle mettait un terme définitif à son action politique : se posait alors la question de savoir si nous entrions dans l’ère de l’après gaullisme ou simplement dans celle de l’après de Gaulle
le club dlr de vence
Un certain nombre d’observateurs ou d’hommes politiques considéraient alors qu’il ne pouvait y avoir de gaullisme sans celui qui en avait été l’inspirateur. André Malraux n’avait- il pas déclaré qu’il ne pouvait y avoir de gaullisme contre de Gaulle ?
Si on analyse le Gaullisme uniquement comme une épopée conduite par un être d’exception, il va de soi que le gaullisme ne peut survivre à son fondateur. A la satisfaction d’un certain nombre, et pas seulement à gauche, le gaullisme ne serait alors qu’une glorieuse parenthèse dans notre Histoire.
Certes, il n’est pas illégitime de se poser la question à condition qu’on le fasse honnêtement et pas seulement pour éliminer enfin un mouvement qui n’entrait pas dans le jeu traditionnel des partis. Il est exact que la personnalité du Général de Gaulle était d’un poids considérable et que l’on peut à juste titre se demander si ses partisans étaient capables de porter un tel héritage et soutenir une politique d’une telle exigence. Par ailleurs, une fois le fédérateur absent, les gaullistes sauraient-ils rester unis pour continuer à compter dans la vie nationale ? Cette analyse a heureusement ses limites dans la mesure où, par essence, l’action et le sentiment gaulliste puisent d’abord leur force et leur légitimité dans le peuple avant que d’être représentés par un parti politique. Autrement dit, le gaullisme ne s’exprime pas exclusivement au travers d’une structure organisée, le peuple pouvant être directement porteur de ses valeurs.
D’autre part, le Général, lui-même, allait trancher la question et nous donner la réponse à trois occasions :
Le 9 septembre1968, dans une conférence de presse, le Général de Gaulle déclare : « On voit donc quel est, pour longtemps, le devoir de cohésion et de résolution de ceux qui, à mesure du temps, ont adhéré, adhèrent ou adhèreront à l’entreprise de rénovation nationale qui a le service de la France pour raison d’être, pour loi et pour ressort. Cette entreprise, si on l’appelle gaullisme depuis 1940, n’est donc que la forme contemporaine de l’élan de notre pays, une fois de plus ranimé, vers un degré de rayonnement, de puissance et d’influence, répondant à sa vocation humaine au milieu de l’Humanité »
Le Général de Gaulle n’attachait donc pas le gaullisme à sa personne, puisqu’en réalité il le resituait dans la continuité de tous les élans nationaux qui ont jalonné notre Histoire.
On pourrait donc dire qu’il y a eu un gaullisme avant de Gaulle et qu’il peut y avoir un gaullisme après lui.
La deuxième référence qu’il est utile à rappeler est tout aussi explicite puisqu’on connaît cette fameuse citation « Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard une source d’ardeurs nouvelles après que j’aurai disparu.»
Enfin, lors de sa dernière intervention télévisée le Général annonce solennellement qu’en cas d’échec au referendum il quitterait le pouvoir et ce « quels que soient le nombre et l’ardeur de ceux qui le soutiennent et qui de toute façon détiennent l’avenir de la Nation.»
C’est dire qu’il ne voyait pas le gaullisme disparaître en même temps que lui-même et qu’il souhaitait ardemment que ses partisans restent aux commandes !
Voilà pourquoi, il y a bien un gaullisme qui peut survivre au Général et l’objet de ce texte est d’en définir l’actualité.
Si nous en revenons à l’immédiat après de Gaulle, au lendemain du 27 Avril 1969, on peut dire que la succession immédiate ne posa pas de problèmes majeurs tant Georges Pompidou, pour une très large majorité d’électeurs et de militants gaullistes, apparaissait comme le successeur légitime. Néanmoins, dès cet instant on dut compter des défections. En effet trois éléments conjugués entraînèrent la critique et la désaffection d’un certain nombre de gaullistes à l’égard de Pompidou.
D’abord, le style
Il était évident que le nouveau Président ne ressemblait pas à la statue du commandeur et d’ailleurs très honnêtement et intelligemment il refusa de « singer » le général. Les plus attachés à la personne et au style du général s’éloignèrent.
Ensuite, les déclarations que Georges Pompidou avaient faites à Rome, en Janvier1969. Il avait alors déclaré à un journaliste, que « si Dieu le voulait, il pourrait avoir un destin national.» Cela avait été interprété, par la presse comme une candidature ouverte à la succession du Général de Gaulle, ce qui pour certains gaullistes était iconoclaste d’autant que cela pouvait faire perdre des voix dans la perspective du referendum. L’Élysée avait même répliqué par un communiqué précisant que le Général de Gaulle n’avait pas l’intention d’abandonner ses fonctions. Ceci, étant, même s’il faisait allusion à cette déclaration sous forme d’un reproche, le Général de Gaulle avait approuvé la candidature de Georges Pompidou. Néanmoins, certains proches du Général ne le pardonneraient jamais.
Enfin, il était patent que Pompidou ne croyait pas à la « participation » en tant que modèle de système social. Il pensait que la croissance devait profiter à tous, mais dans le cadre d’un régime libéral redistributeur, puisque l’époque le permettait encore. Ceci lui créa une opposition frontale et virulente de ceux que l’on appelait les « gaullistes de gauche.» Capitant, qui démissionna du gouvernement en même temps que de Gaulle quitta le pouvoir, et Louis Vallon, auteur d’un célèbre pamphlet « L’anti de Gaulle », furent les leaders de cette opposition.
Vint 1974 ou Chaban, que la tendance la plus conservatrice de l’UDR avait contesté lorsqu’il était Premier Ministre fut, avec l’appui massif des militants, le candidat gaulliste. Ce fut alors une véritable scission, puisque 43 parlementaires menés par Jacques Chirac soutinrent Giscard d’Estaing dès le 1er tour ce qui fut analysé comme une véritable trahison, Giscard ayant participé très activement à l’échec du referendum en avril 1969. D’ailleurs, à ce moment là, et dès 1974, les gaullistes se divisèrent schématiquement en trois groupes : les plus nombreux restèrent à l’UDR, le 2ème groupe, minoritaire en nombre mais comptant quelques personnalités de valeur rejoignit la gauche et les gaullistes du 3ème groupe rentrèrent purement et simplement dans leur foyer.
Les gaullistes se rassemblent derrière un chef.
Mais, comme le disait Charles Pasqua à l’université d’été de « Debout la République » : les gaullistes se rassemblent derrière un chef. Jacques Chirac sut très vite en endosser l’attitude et le discours et créant le RPR, il réussit à maintenir la cohésion du plus gros des troupes. On peut estimer que si le RPR ne fut pas toujours en totale adéquation avec l’idéal gaulliste, il faut tout de même reconnaître que c’était là où, pendant longtemps, on retrouva le plus grand nombre de gaullistes au m2.
D’après Péguy : « un mouvement politique vit de sa mystique et meurt de sa politique.» Ceci s’applique pleinement au RPR. En effet, beaucoup, en 1995, avait vu en l’élection de Jacques Chirac à l’Élysée, le retour du gaullisme au pouvoir. Un certain nombre fut rapidement déçu, si bien que des gaullistes de conviction abandonnèrent le navire pour rejoindre Charles Pasqua au sein du mouvement qu’il avait créé, le RPF, qui rencontra un certain succès, en particulier aux élections européennes quand, allié à Philippe de Villiers, il battit la liste conduite par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin.
Enfin, en 2002, le RPR se saborde pour disparaître dans l’UMP, mouvement qui ne revendique plus de filiation gaulliste mais qui, personne ne peut en douter, à l’approche des échéances électorales va probablement se retrouver quelques affinités avec l’Homme du 18 Juin. D’ailleurs qui nous dit que le candidat ou la candidate socialiste ne fera pas de même, la conquête de l’Élysée autorisant toutes les revendications de paternité !
Voilà très rapidement brossés les avatars des partis qui, peu ou prou, se réclamèrent de la pensée du Général de Gaulle
Et bien curieusement nulle part ou plutôt partout.
« Ce n’est pas la gauche, la France ! Ce n’est pas la droite, la France ! … Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter le France au nom d’une fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. »
Voilà qui en disqualifie un certain nombre pour la course à l’Élysée !
Mais s’il n’est ni à droite, ni à gauche, le Gaullisme serait-il du centre ? Certainement pas, tant il est vrai que le centre n’a toujours été en France qu’un appoint à toutes les combinaisons et n’a jamais été étranger aux faiblesses des gouvernements. Le centre a d’ailleurs cette particularité de n’être jamais central et de toujours finir par basculer d’un côté ou de l’autre.
Cela signifie simplement que le gaullisme transcende ces notions de droite et de gauche, à la fois défendeur de l’ordre parce que, comme le disait Péguy, « l’ordre seul fait en définitive la liberté ; le désordre fait la servitude », et partisan du mouvement, parce que la France doit toujours s’adapter pour épouser son temps.
Aron considérait qu’être de droite ou être de gauche, c’était être hémiplégique.
Et bien le Gaullisme n’est ni de droite, ni de gauche ou il est à la fois la droite et la gauche. « Le Gaullisme, c’est le métro à 5 heures du soir », disait Malraux
Le Gaullisme c’est le rassemblement de tous les Français qui veulent s’unir, par delà les partis et les idéologies, dans le seul intérêt de la France.
Bien sûr il y a des gaullistes qui se sentent plus proches de l’ordre et de la tradition et d’autres davantage préoccupés par le progrès social ou l’adaptation à l’évolution des moeurs. Mais, c’est un peu comme la langue française, on peut la parler avec l’accent provençal ou avec l’accent chtimi ; avec l’accent lyonnais ou l’accent catalan, l’accent alsacien ou celui des faubourgs de Paris, mais c’est toujours la langue française. Et bien, c’est la même chose pour le Gaullisme !
On retrouve donc des gaullistes dans tous les partis qui se revendiquent comme étant de droite : UMP, de moins en moins, il est vrai mais il y en a encore quelques uns !chez Philippe de Villiers voire, même si c’est paradoxal, au Front National. Et puis, il y a des gaullistes à gauche, en particulier au Parti Socialiste ou dans des organisations qui gravitent autour du PS, je pense en particulier à ceux qui ont rejoint Chevènement. Il y a aussi des mouvements spécifiquement gaullistes et d’importances diverses, qui défendent, chacun à leur manière l’idéal gaulliste, il y a bien sûr beaucoup de gaullistes dans les mouvements souverainistes, en particulier au RIF.
Et, il y a « Debout la République », mouvement auquel j’appartiens, qui est présidé par Nicolas Dupont –Aignan, et qui représente aujourd’hui, de mon point de vue, l’expression politique la plus active du gaullisme, c’est à dire la plus présente et la plus engagée dans le débat et le combat politiques quotidiens.
Et tous ces gaullistes, avec leurs particularités quelquefois trop cultivées, se retrouvent dès lors qu’ils estiment que le destin de la France est remis en cause ; on l’a bien vu lors du dernier referendum sur le projet de constitution européenne, quand, derrière tous les gaullistes historiques sans exception, ils ont fait, en commun, campagne pour le non.
Il est certain que cet éparpillement n’aide pas à l’audience des idées gaullistes dans la vie nationale. Et pourtant, confrontées aux réalités de notre vie politique, il est absolument stupéfiant de voir combien les valeurs gaullistes correspondent aux besoins du temps et aux aspirations des Français.
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Mais à part çà Mme la Marquise...
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