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LIBAN Qui est responsable ?

Les responsables immédiats sont bien évidemment le Hezbollah et le Hamas. Mais Israël a utilisé des moyens disproportionnés que la communauté internationale a condamnés à juste titre.



Le Liban vat-il partir en fumée ?
Le Liban vat-il partir en fumée ?
Si les Israéliens ont la légitime intention d’assurer leur sécurité sur le territoire national, leurs dirigeants au demeurant très médiocres utilisent des méthodes militaires peu adaptées à la situation. Emprisonnés dans une logique à courte vue (tu me cherches, je te tape point final ! tu m’en tues 5, je t’en tue 40, comme Shimon Perés, murés dans des schémas tactiques des guerres précédentes.
Il faut dire que les transformations géopolitiques sont rapides et de grande ampleur dans la région. Les peuples humiliés ne choisissent plus les représentants légitimes de leurs frustrations des Etats comme l’Egypte, l’Irak ou l’URSS naguère mais des organisations hors la loi.
Première erreur des Israéliens : avoir poussé au déclenchement de la guerre en Irak prétextant de l’importance des armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein. Ce calcul était erroné et contreproductif pour l’équilibre de la région. Les ennemis étaient Al-Quaida et le Hezbollah en autres et non plus les baasistes d’Irak. Les attentas suicides à Bagdad ont relancé le mouvement kamikaze en Palestine tandis que la rébellion irakienne a valorisé le Hamas.
Le pauvre Bush quand il dit « qu’ils cessent de semer la merde et ce sera fini », ne répond pas à la question essentielle pourquoi le Hamas, pourquoi le Hezbollah, pourquoi cette influence ravageuse de l’Iran, pourquoi ce rôle de la Syrie ?
Pour commencer de répondre un exemple sera le bienvenu. Lorsque la France menait la guerre contre le FLN, le gouvernement de Guy Mollet pointait du doigt l’Egypte de Nasser, l’Union Soviétique et la Tunisie de Bourguiba. Les responsables étaient bien désignés mais encore une fois pourquoi ? Le fond du problème c’était l’aspiration des algériens à l’indépendance. Les bombes ne réglèrent pas le problème.
Pour le Proche-Orient la question est de savoir qui a contribué à créer la situation qui correspond à ce point aux intérêts de l’Iran, du Hezbollah, et du Hamas ?
Et là on est bien obligé d’instruire le procès des erreurs des gouvernements israéliens depuis Sharon et Bush. L’Autorité Palestinienne dominée par le Fatah « modéré » et « raisonnable » a été systématiquement diabolisé, discrédité, marginalisé et humilié. L’administration, les infrastructures, les forces de sécurité de cet embryon d’Etat ont été très amoindries et de fait le Hamas a pu se développer, être crédible dans l’opinion palestinienne et dans les urnes. Les opérations de représailles de Gaza et Ramallah a affaibli le « sage » président Mahmoud Abbas totalement dépassé et ridiculisé. Sharon dans un premier temps avait jugé utile de favoriser le Hamas pour contrer l’OLP d’Arafat…
Sharon quand il arrivé au pouvoir a pris des décisions néfastes pour le rétablissement de la paix dans la région : liquider les accords d’Oslo, mettre fin aux tentatives de Camp David et de Taba et bloquer la feuille de route qui devait permettre l’émergence d’un état palestinien dès 2005. Nous sommes en 2006…
Israël a-t-elle gagné pour autant en sécurité ?
Rappelons-nous les arguments de l’Etat Hébreux. Tout était de la faute d’Arafat, Arafat n’est plus là ! De Saddam Hussein ? Il est en prison ! De la présence des Syriens au Liban ? Ils en sont partis !
Quand Arafat quitta le sud du Liban, au prix des horreurs que l’on connaît : objectif atteint. Mais Israël hérita d’une radicalisation des populations chiites jusqu’alors modérées et de l’émergence des radicaux du Hezbollah.
Quand Israël quitta le Sud Liban, la décision était bonne mais la faute était de na pas négocier ce retrait.
Quand les Syriens ont quitté le bilan, pour Israël l’objectif a été également atteint mais partiellement aussi. Mais du coup le Hezbollah n’était plus modéré par les Syriens et était ainsi en mesure de se développer sans aucun contrôle.

Du côté américain, c’est également le grand flop. Elle avait toutes les cartes en main. Son erreur a été son alignement unilatéral avec Israël sans exiger, en tant qu’ « hyperpuissance », l’ouverture de négociations entre les belligérants. Du coup, elle perdu son rôle d’arbitre. Elle aussi perdu sa capacité a faire peur dans la région, enlisée dans le confit irakien, défiée par l’Iran et la Corée du Nord. Yossi Beilin (ancien ministre israélien) : « l’aggravation du conflit au Proche-Orient est le symbole de l’affaiblissement de la puissance américaine ».

Pour autant, les va-t-en guerre, ceux qui pensent à la guerre en Iran, essayent de tirer profit du conflit actuel.
Déjà l’agression du Hezbollah provoque une relance de la guerre civile entre chiites qui soutiennent le Hezbollah et les sunnites radicaux d’un coté, et les sunnites modérés, les chrétiens et les Druzes de l’autre.
Cette politique n’a, me semble-t-il, qu’un but précipiter la recomposition du Moyen-Orient suivant les schémas de Washington.

Imaginons ce pourrait être le coup d’après.

Si Walid Joumblatt, le chef de file druze, pense que le test du Hezbollah est une « répétition générale de l’attaque future de l’Iran contre Israël », si les puissances arabes modérées ou alliées aux Etats-Unis ( Arabie séoudite, Egypte, Jordanie) avivent leurs critiques à l’égard du Hezbollah et, en pointillé, désignent l’Iran, c’est que le centre névralgique de l’impérialisme chiite s’y trouve et constitue une menace plus précise que jamais pour Israël .On peut en effet dire que la mise hors d’état de nuire du Hezbollah et le contrôle de son commanditaire, l’Iran, et de son complice, la Syrie, sont des étapes incontournables sur le chemin de la sécurité de l’État hébreu et de la paix. Force est également de constater que les autorités libanaises n’ont rien fait jusqu’à présent, entre incapacité, veulerie et complicité passive, pour contribuer à éradiquer le foyer fanatique. Alors que la résolution 1559 du conseil de sécurité de l’ONU ( 2 septembre 2004), tendait à rétablir la pleine souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire, l’Iran, avec l’aide de la Syrie, concentre toujours, avec application, des armes et des combattants dans le sud du pays. Le Liban n’est que le malheureux théâtre de substitution pour cet affrontement qui oppose Washington, via Tsahal, à Téhéran, via le Hezbollah, en attendant un combat plus frontal qui, dans la contexte actuel, finira bien par avoir lieu.

Dans un premier temps, il faut éviter cette escalade et une généralisation du conflit à l’Iran et pour éviter qu’ Israël et les EU sèment, depuis déjà des décennies et particulièrement depuis 5 ans, génération après génération, des nouvelles graines de fanatisme dont l’éclosion fane un peu partout les fleurs de la démocratie.
La solution urgente est de régler une fois pour toute la question palestinienne en favorisant l’émergence d’un Etat palestinien souverain, soutenu par des aides structurelles et contrôlées pour qu’il puisse se construire durablement, remettre les nationalistes de l’OLP et reconnaître à Israël un véritable droit de riposte. Enfin appliquer les résolutions de l’ONU et toutes les résolutions.

Le général américain David Petraeus qui fut l’un des meilleurs chefs militaires en Irak a dit « plus on utilise la force, moins elle est efficace. Une opération qui tue 5 insurgés est contre-productive si les effets collatéraux entraînent le recrutement de 50 nouveaux rebelles… »

Et puis l’on voit réapparaître les clivages qui étaient apparus lors de la guerre en Irak

La « communauté internationale » se partage de nouveau entre, d’un côté, les partisans du « choc des civilisations » et de la « croisade » lancée par George Bush contre l’impérialisme islamique et, de l’autre, les partisans du « dialogue des civilisations » et de la recherche d’un équilibre territorial, politique et économique négocié avec les puissances du Proche et du Moyen-Orient.
Las, bien que l’on puisse se réjouir que la France ait été présente dès les premiers soubresauts pour se ranger dans ce le second camp en réclamant le cessez-le-feu et en invitant les parties à emprunter la voie diplomatique, a démontré que son influence dans la région, si elle demeure, par héritage, dans certaines couches de la population, s’est dissipée dans les milieux gouvernementaux.
Restent l’action au sein des organisations internationales. La France doit jouer cette carte jusqu’au bout. L’enjeu dépasse largement le sort des Libanais ; il porte sur le modèle que l’on veut pour le Proche-Orient : celui où des régimes laïques forts mais éclairés pourraient garantir la paix par le développement économique et la construction d’un réseau régional d’échanges commerciaux incluant Israël, ou bien celui où des régimes sans assise ni emprise sur les peuples mèneraient la région à une totale décomposition et à la foire d’empoigne ethnique. Les colonisateurs du XIXe et du XXe siècle n’ont rien fait d’autre pour mieux asseoir leur domination et les États-Unis sont en train d’y parvenir aujourd’hui en Irak ; est-ce vraiment cela que l’on veut ?
Derrière les images toujours très dures, on voit toujours s’opposer les adeptes d’un équilibre international fondé sur la pureté ethnique à ceux qui défendent l’idée — qui eut ses heures de gloire en Irak, au Liban, en Syrie — de nations laïques où pourraient cohabiter, moyennant l’appui actif de l’Occident, la mosaïque de cultures et de religions qui se côtoient depuis l’aube de l’histoire dans cette région.

frederic bobard
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Tags : liban

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