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Les classes moyennes encore perdantes

Les riches de plus en plus riches, les pauvres plus nombreux mais bénéficiaires de dispositifs sociaux qui amortissent les chocs. Au milieu une classe moyenne déclassée par la crise et pressurisée par les réformes



Un ménage sur deux

ll parait que l'UMP veut défendre les classes moyennes, une blague ?
ll parait que l'UMP veut défendre les classes moyennes, une blague ?
Un pavillon en banlieue ou un appartement correct en ville acheté à crédit et remboursé à l’orée de la cinquantaine ; deux boulots, deux enfants, deux voitures, deux livrets d’épargne, deux semaines à la mer ou à la montagne en été…
A quelques variantes près, la représentation de la classe moyenne en France, c’est monsieur et Madame tout le monde. Un ménage sur deux. Fonctionnaires, salariés du privé, commerçants : entre les nantis des beaux quartiers qui ont les moyens de dépenser sans compter et les populations des HLM en galère dès le 15 du mois, ces Français, vivent correctement, voient leur niveau de vie augmenter au fil des carrières, payent l’impôt sur le revenu, remboursent leurs crédits et font tourner la machine de la consommation.
La classe moyenne, dans sa strate inférieure comme dans sa couche supérieure, c’était la France tranquille. « Or elle n’est plus sereine depuis la crise.
Le sentiment de déclassement existait avant.
Il s’accélère » constate l’économiste Pascal Perri en commentant un sondage Ifop sur les attentes de ces familles qui gagnent entre 2 300 euros et 5 300 euros nets par mois, aides sociales inclues. Traduction concrète de ce malaise, le chariot du supermarché : selon l’enquête Ifop 68 % font très attention aux prix et 39 % privilégient les achats en hard-discount. Paradoxalement, les revenus de la classe moyenne restent stables. Ils ont en réalité nettement augmenté chez les seniors et baissé chez les jeunes.

Un pouvoir d'achat en baisse

Selon l’observatoire des conjonctures économiques, « le pouvoir d’achat de la classe moyenne a été néanmoins entamé depuis 2001 par les flambées de l’immobilier et de l’énergie très supérieures à l’inflation et à la progression des salaires : le coût du logement atteint 30 % des revenus contre 22 % en 2001.
Pour Dominique Reynié directeur du Fondapol, c’est moins une question d’argent que de moral : « Depuis la crise, l’avenir leur fait peur. Ils redoutent de régresser socialement eux mêmes et redoutent le futur pour leurs enfants ».
La montée du chômage, la mondialisation et son cortège de délocalisation, les menaces sur les systèmes de santé, de retraites, d’éducation, l’instabilité familiale minent la confiance de ces ménages qui se croyaient à l’abri de tout. Nouveauté dans le sondage Ifop : comme la classe populaire, la classe moyenne revendique un contrôle accru de l’immigration. Les réformes des gouvernements Fillon nourrissent aussi cette anxiété : « Les classes moyennes ont le sentiment qu’on ne demande rien aux classes populaires parce que ces dernières n’ont rien, et qu’on ne demande rien aux riches parce que leur influence est forte.

Un tiers prêt à se tourner vers les extrêmes

En ce sens, l’instauration du bouclier fiscal a eu un impact psychologique que l’on ne soupçonne pas. La revendication, c’est de mieux partager l’effort pour les impôts, les retraites, la santé.
Ces ménages ont apprécié les abattements sur les successions, une des mesures les concernant », explique Pascal Perri qui estime « vitale pour l’économie la bonne santé financière et psychologique de la classe moyenne ».
Et politiquement ? Jusqu’à présent, équilibrant ses bulletins entre gauche et droite selon sa famille ou sa région d’origine, la classe moyenne n’a jamais eu un poids électoral conforme à son poids démographique. « Les élections présidentielles ont toutes été tranchées par les retraités modestes et les classes populaires ». Cette fois, cela pourrait changer selon Dominique Reynié : « Un tiers est prêt à se tourner vers les extrêmes parce qu’il ne trouve pas les réponses à ses angoisses. Politiquement, ils seront décisifs ». Une bonne raison de plus de les soigner enfin.
Pascal Jalabert



fred debone
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