Vous tenez la semaine prochaine l’université d’été de Debout la République. Quel message entendez-vous faire passer ?
Nous allons rassembler nos cadres gaullistes et républicains pour faire entendre une voix libre dans l’océan de conformisme et de superficialité que nous avons connu cet été, où le débat politique a été réduit aux coups médiatiques et aux couvertures de magazine, comme si nous avions élu à l’Elysée la famille de Monaco ! Derrière toute cette agitation people, des choix essentiels ont été faits, sans être commentés ni débattus. Des choix qui s’éloignent malheureusement des promesses de campagne du président de la République.
Que lui reprochez-vous notamment ?
Comme beaucoup de Français, j’ai fait confiance à Nicolas Sarkozy pour s’attaquer à la pensée unique qui abîme la France depuis vingt ans. Certaines réformes ont été positives, comme le service minimum, la loi sur la récidive ou la baisse de l’impôt sur les successions, et je les soutiens. Malheureusement, sur les grands dossiers européens, le président a totalement abandonné ses promesses. La Constitution européenne dont il avait promis la mort lors du débat avec Ségolène Royal a été ressuscitée sous la forme du minitraité, et pire, le peuple ne sera pas consulté par referendum. La lutte contre l’euro fort, condition de la réussite de sa politique économique, est passée aux oubliettes. Si on continue ainsi, la croissance française sera inférieure à 2% et le fameux paquet fiscal se terminera en fiasco budgétaire, avec un déficit colossal. Et maintenant, comble de tout, la France accepte l’ouverture des chapitres de négociation avec la Turquie, pour son entrée dans l’Europe. Pour les 55% des Français qui avaient voté non au referendum de 2005 et qui avaient cru dans le discours de Nicolas Sarkozy, c’est une vraie douche froide.
Vous l’avez pourtant soutenu au second tour de l’élection présidentielle, et l’UMP a soutenu votre candidature lors des législatives…
Je l’ai soutenu, malgré mes inquiétudes, car je ne voulais pas voir revenir au pouvoir une gauche si catastrophique que par le passé. J’ai aussi bénéficié, il est vrai, du soutien de l’UMP dans ma circonscription. Mais j’ai toujours dit à mes électeurs que je ne cautionnerais jamais une politique européenne qui reviendrait sur le vote de 2005. Et dans un système de cour jamais égalé sous la 5ème République, où le Président voit tout, fait tout, sait tout, c’est un devoir d’oser dire « Monsieur le Président, vous allez trop loin ! ». Si cela pouvait au moins inciter l’Elysée à écouter un peu plus les députés, notamment au sein de l’UMP, qui ne disent rien aujourd’hui, mais qui commencent à s’inquiéter. J’en connais un certain nombre…
Lors de son discours de Besançon, Nicolas Sarkozy s’est inscrit sous le parrainage du général De Gaulle. Est-il gaulliste à vos yeux ?
Non. Et ce n’est d’ailleurs pas un déshonneur. Ce qui le serait, ce serait de se parer des habits du gaullisme pour mener une politique aux antipodes des principes gaullistes auxquels demeurent attachés beaucoup de nos concitoyens. Je pense à l’indépendance de notre pays que va mettre en péril le minitraité, à la politique étrangère qui ne doit pas s’aligner sur les Etats-Unis, comme le Président a commencé à le faire. Dans la crise irakienne, le Président avait l’occasion extraordinaire de recevoir les fruits de l’attitude visionnaire de Jacques Chirac en 2003. Je regrette qu’en passant ses vacances aux Etats-Unis, il n’en ait pas aussi profité pour rencontrer Hillary Clinton et tous ces Américains majoritaires aux Etats-Unis qui donnent raison aujourd’hui à la France. Pourquoi soutenir George W. Bush au moment où tout le monde prend de plus en plus ses distances avec lui ?
Votre position semble cependant bien isolée dans un paysage politique dans l’ensemble bienveillant à l’égard de Nicolas Sarkozy…
Loin de moi l’idée de nier la très forte personnalité du Président et son pouvoir d’attraction. Mais les Français n’attendent pas des intrigues politiciennes, ils veulent des résultats. Et ils seront vite lassés des coups médiatiques à répétition. Plus que jamais la France a besoin d’un mouvement gaulliste et libre. C’est pourquoi Debout la République, même modeste au démarrage, s’affirme aujourd’hui comme un parti politique indépendant. Autrefois parti associé à l’UMP, nous n’avons plus aucun lien financier avec ce parti. Beaucoup de gens, qui ne recherchent pas des fromages ministériels nous rejoignent, de droite comme de gauche. C’est un devoir de dire les choses, de tirer le signal d’alarme pour faire ce quinquennat et éviter à la France un échec qu’elle ne peut se permettre.