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Pierre Messmer était-il un homo-politicus comme les autres ?

Pierre Messmer, qui est mort le 29 août, à l'âge de 91 ans, était un homme de combat

Triste nouvelle pour notre pays. Pierre Messmer vient de mourir. Et comme il est de coutume, la mort ravive et amorce soudainement le flot de louanges. Si parfois cette unanimité est excessive, pour l’ancien premier ministre cette reconnaissance unanime n’est pas surfaite comme les commentaires récents suscités par la mort d’un autre ancien Premier Ministre : Raymond Barre.



Les Français orphelins

Premier Ministre 1972-1974
Premier Ministre 1972-1974

A l’heure où notre pays continue à plier devant les difficultés, la perte d’une grande figure du gaullisme laisse encore davantage orphelin les Français.

Je retiendrai à son sujet qu’il n’est pas un homme politique comme les autres. Son échec électoral de 1988, aux législatives de Sarrebourg, l’a profondément blessé mais lui a commandé de démissionner de tous ses mandats comme son grand maître Charles de Gaulle en 1969. Quelle grandeur ! Un échec au referendum de 2005 n’a jamais empêché Jacques Chirac de continuer à exercer son mandat, un échec de François Mitterrand en 1986 lui a permis de cohabiter avec une majorité de droite, pour même rebondir et gagner l’élection présidentielle.
Pierre Messmer aurait pu se présenter à l’élection de 1974, pourtant n’écoutant que le service de l’intérêt général, il a préféré soutenir Jacques Chaban-Delmas, deux gaullistes concurrents quelle ineptie !

Un homme politique comme les autres...

Messmer le combattant
Messmer le combattant

Cet homme à l’allure fière a fait preuve d’un courage physique exemplaire, les tristes péripéties de François Mitterrand résistant ne sont qu’anecdotiques. Sa jeunesse, sa détermination et son amour de la France le pousse à agir pendant la Seconde Guerre mondiale. Celui qui deviendra le Général Simon et Grand Chancelier de la Légion d’honneur détournera en Méditerranée, avec ses amis un cargo italien, qu’il mettra à disposition des autorités de la France Libre. Quel courage !

Il aimait les décorations

Messmer Académitien
Messmer Académitien

Notre homme a agit sans caméra, sans télévision, sans plan média, n’écoutant que son courage. En lisant sa vie on a l’impression de replonger dans les récits d’Antoine de Saint-Exupéry.
Sa rigueur quelque fois pourtant frôlait la rigidité notamment quand il a déclaré : « j’ai choisi la légion étrangère pour faire la guerre avec des gens sérieux et professionnels ». Je ne suis pas loin de penser comme de Gaulle : « la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires ». On ne peut pas avoir raison sur tout.

Il se rapproche sur un point, me semble-t-il, de l’homo politicus, c’est par sa propension à collectionner les honneurs. Militaire, il enregistra un nombre considérable de faits d’armes et de médailles. Dans le civil, il sera maintes fois distingué, en particulier comme gardien de la flamme gaulliste : président de l’Institut Charles de Gaulle, puis Président de la fondation Charles de Gaulle, Chancelier de l’Ordre de la Libération en 2006, en 1988 élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques puis secrétaire perpétuel, en 1999 il est élu membre de l’Académie française, en 1999/2005, chancelier de l’Institut de France puis Président.

Jacques Barrat (1), qui fut l’un de ses proches collaborateurs depuis 1986, dit de lui qu’ « il était bon, généreux et amical derrière sa cuirasse de légionnaire. Il était d’une grande modestie et d’une humanité surprenante avec ses amis et ses collaborateurs ».

Contre une Europe fédérale

Une europe des Nations
Une europe des Nations

Avec son phrasé inégalable et posé, il s’exprimait avec la rigueur et la clarté d’un homme de conviction qui voulait dessiner un destin à la France, sans contorsion et sans coup fourré.
Sur les institutions européennes, il n’aurait jamais cautionné la page peu glorieuse que le gouvernement français tente d’écrire pour servir docilement les europiomanes de Bruxelles, en s’excusant même de la majorité de NON qui s’est exprimée clairement en 2005.
Piétiner ainsi le suffrage universel, les intérêts français et européens, pour faire avaler la constitution européenne sous une forme qui sera présentée « aseptisée » aux parlementaires français dans les semaines qui viennent, est plus qu’une contorsion politique.
C’est une faute majeure d’une politique étrangère qui n’a comme étendart que ce triste sire Kouchner, ministre des affaires étrangères de son état. L’habillage d’une politique ouverture politique généreuse et tolérante n’est en fait qu’une approche diabolique pour obtenir coûte que coûte la majorité des trois cinquièmes au Congrès de Versailles.
Car Pierre Messmer était fermement opposé à l’élaboration d’une structure fédérale en Europe dont le « Traité Simplifié » n’est que le cheval de Troie. Il était un politique qui posait clairement les enjeux géopolitiques. Il savait que l’Europe fédérale ne pouvait qu’être davantage encore inféodée à l’Hyper Puissance américaine pour créer un déséquilibre dangereux pour la sécurité du monde, même si cette soumission à l’Oncle Sam est déjà bien réelle avec le revirement spectaculaire de la politique étrangère française emmenée par l’ineffable Bernard Kouchner qui joue au « va-t’en guerre » en particulier sur le dossier du Proche-Orient.

Pour conclure, Pierre Messmer homme de fidélité et de conviction n’aurait sans doute pas sa place dans le monde politique actuel.



(1) Lettre mensuelle d’information sur l’Europe et la politique étrangère et de sécurité commune. Septembre 2007.

frederic bobard
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