ECHAUFFEMENT :
Le lever n' a pas été facile à 4h10. J'ai du me bouger pour me dire que c'est le jour J, ça y est. Une bonne douche pour finir le réveil et direction le petit déjeuner. Le matin de la course, les organisateurs avaient prévus un petit déjeuner dans une grande salle. Café noir et retour dans la chambre pour finir les préparatifs avec au passage un détour dehors pour sentir la température extérieure. Il fait déjà une bonne dizaine de degrés à 5h du matin, la nuit est encore bien présente. Rendez vous à 5h30 dans le hall de l'hôtel pour notre départ en bus. 2h avant la course et ceci malgré que nous soyons à 200m du départ. Sécurité oblige, nous devons tous partir ensemble en bus pour se rendre dans une tente près du départ. Un "school bus", nous emmène, vous savez ce fameux bus jaune que l'on voit dans tous les film et séries américains. Et en plus escortés par les policiers en voiture, sirènes à tue tête dans les rues de Chicago à 5h du matin. 15' de trajet le temps de passer toutes les barrières de sécurité. Nous sommes dans une tente sur des chaises et attendons pour aller nous échauffer. Chacun se prépare. Surprise pour l'échauffement : nous tournons en rond dans l'aire de départ avec une amplitude de 300m environ. C'est la première fois que j'ai aussi peu d'espace pour m'échauffer mais tous les athlètes sont au même rang, Shobukhova compris. 7h15, nous devons être sur la ligne de départ pour les présentations à la télévision américaine. Quelques athlètes dont je fais parti sont appelés et doivent faire un pas en avant devant la caméra. Il ne reste que quelques minutes avant le départ, le temps de l'hymne américain chanté à capella. Ceci est aussi un moment d'émotion avec tous les américains qui chantent en choeur sur la ligne de départ. Tout les coureurs sont heureux d'être là et de participer à ce marathon. La corne de brume retentit c'est le départ...
Départ-5 km :
Dès les 200 premiers mètres, je ne vois plus aucune fille. Elles sont parties très vite et des garçons me dépassent. Un peu noyé dans la masse, j'essaye de trouver mon rythme de croisière. Pas trop lent, pas trop vite avec l'influence des hommes. Les repères kilométriques chaque kilo ne sont pas toujours fiables car c'est un bénévole qui porte une pancarte. Il peut être décalé et encore faut-il le reconnaitre parmi les spectateurs. Seuls les miles avec un chrono officiel et tous les 5 kms sont fiables. 1er repère le 5 km arrive : 16'55. Un poil rapide mais rien de bien grave. Je n'ai pas de bonnes sensations. Je n'ai pas les jambes d'un grand jour. Mais il faut attendre, peut être que je serais mieux plus tard. Je suis avec des hommes mais il est difficile d'avoir un groupe qui ait une allure régulière. Soit ils vous dépassent comme des fous, soit ils font du vite lent vite ou ils ne tiennent pas la distance. 1er ravitaillement râté : je suis passée 7è position et les filles qui m'avaient précédées, avaient fait un strike avec ma gourde. Je n'ai pas pu la prendre au passage. Pas d'affolement ce n'est que le premier. Mais il fait très chaud donc attention.
5-10 km
J'essaye de prendre un groupe quitte à accélérer un peu pour m'accrocher. Je ne dois pas me retrouver seule un instant. Cependant, ce n'est pas facile. 5-6 athlètes d'un même groupe (ils avaient le même maillot) m'ont doublé trop vite et là je n'ai pas pu m'accrocher. Dommage car je pense que 1 ou 2 athlètes auraient pu m'aider. Par contre d'autres ont craqué et je les ai passé quelques kilomètres plus loin. 33'59 soit 17'04 pour cette tranche de 5 kms. Encore dans les bases et j'ai mon rythme de croisière. J'ai un gars qui s'est positionné à ma droite pour qu'on ait une allure commune. Nickel.
10-15 km
Je relance dans les virages, je suis bien et là je ne comprends pas. Je regarde la montre et je viens de ralentir de 5" entre le 10è et le 11è kilo. L'athlète m'endort il sur un faux rythme ? Je décide de relancer mais le passage au 15è est surprenant : 51'25 soit 17'26. Apparemment, tous les athlètes ont fléchi sur cette portion. La faute au parcours certainement moins facile. Je ne me souviens pas de celui-ci. Je me laissais guider au fil des rues.
15-20 km :
Ca y est je suis seule. Plus personne à mes côtés, personne devant. Encore 27 km à faire avec comme objectif les JO et un chrono de 2h27 voir le record de France. Je suis encore sur les bases. 1h08'28 (17'03). Je me suis bien relancée mais toujours aucune fille en vue. Je suis 7è.
SEMI MARATHON : 1h12'13
Déception je suis tout juste sur les bases du record voir en dessous mais je ne perds pas espoir. Je continue encore et encore.
20-25 km :
Un peu d'air frais, je passe la russe Konolokhova et 1 kilomètre plus loin, Tafa, l'éthiopienne qui a gagné le marathon de Paris en 2007. Je remonte 5è. Pourquoi pas encore mieux. Le fait de dépasser les filles me redonne une bouffée d'oxygène. Je poursuit ma marche en avant. Bon passage au 25è : 1h25'36 (17'08). Je vais peut être retrouvée des filles sur mon chemin. J'ai le temps il reste 17 kilomètres.
25-30 km :
Les filles ne se sont pas accrochées alors je retrouve ma solitude qui me pèse de plus en plus. Du moins pour être dans le bon tempo. C'est dur de relancer seule. Je ne suis pas portée par un groupe. Je rattrape des gars mais ils sont cuits. Donc commence la descente vertigineuse des chronos. 1h43'14 ( 17'38). Je me bats malgré tout il y a toujours quelque chose au bout. Je positive au max mais je vois bien que je ne suis pas aussi efficace que je le souhaite. Mes supporters qui ont sillonné Chicago à vélo pour me retrouver aux kilomètres stratégiques m'encouragent, me poussent mais sentent bien que seule c'est difficile.
30-35 km :
Je ne vois toujours pas de filles et d'ailleurs ni de garçons à l'horizon. Tant bien que mal, je fais tourner les jambes au sol. Je me ravitaille bien car le soleil brille de plus en plus. J'ai pu prendre tous mes ravitaillements après celui du 5è raté. Je ne peux pas dire que j'ai souffert de la chaleur. Certes, il faisait chaud pour un marathon mais rien de méchant pour nous élite qui finissions de bonne heure. Après 2h30 soit 10h du matin, le thermomètre commençait par contre à bien monter. Les douleurs commencent à arriver ainsi que quelques petits échauffements aux pieds. La chaleur qui a fait gonflé les pieds car d'habitude je n'ai pas de soucis de ce côté là. Mon rythme a encore baissé (2h01'09) (17'55)
35-40 km :
J'entends Cédric qui me dit que les filles craquent devant, il y a moyen d'en reprendre. Alors je relance du moins je pense. Je pousse, pousse. Mentalement, je garde espoir j'y vais. Mais les kilomètres passent et pas de filles. Je me rappelle Paris où 2 années de suite j'ai passé une adversaire au 41è donc rien n'est perdu. L'hécatombe continue au niveau des garçons. J'ai dû commencé la course environ 80è et je termine 51è. Je ne m'effondre pas puisque je fais un 5 km quasi identique (17'53) soit un passage en 2h19'02.
40 km- arrivée :
Je ne lâche pas l'affaire si près du but mais je ne sais pas où j'en suis par rapport au chrono final. J'essaye de calculer mais les neurones sont bien entamés. Je donne tout, je ne pourrais pas me reprocher d'avoir donné le max. Je relance, j'y vais. Je continue cette longue ligne droite interminable de 5 kms. Mais quand va t on tourner à droite pour rentrer dans les derniers 800 mètres ? Ouf, je tourne. Il me reste ce pont à passer avec sa montée redoutable comme si les jambes n'étaient pas assez chargées. La descente, je tourne à gauche et dernière ligne droite. 300m, je fixe le chrono, je ne le quitte pas des yeux. Je l'ai fait 2h26'41...
SENTIMENTS A CHAUD :
Déception...Le fait d'avoir été seule les 3/4 de la course m'a pénalisée mais je me suis battue. Je ne suis jamais rentrée sur la 4è alors qu'elle a fini au ralenti. J'avais 1' de retard au 40è et je finis avec 20''. 2h26'41 pas de record, pas de podium.
REACTION A FROID, 10 JOURS APRES :
Je suis qualifiée pour les JO, mes 2è après ceux de Pékin. J'avais une seule chance et j'ai réussi. Alors merci à tous ceux et celles qui m'ont entourée pour que je gagne ce challenge. Je me félicite aussi d'avoir eu la force de me battre jusqu'au bout pour aller chercher ce précieux sésame. Les marathoniens comprendront ce que je ressens. Je suis heureuse. Ce chrono est mon 3è temps sur les 8 avec de mauvaises sensations. Pas si mal. Je suis 5è d'un major marathon. Régulière à ces places. La joie prend petit à petit le dessus sur la déception.
Maintenant, en route vers Londres. Rendez vous le 5 Août 2012...