« Jeu de regard pour actrice, scaphandre autonome et installation sonore », tel est le sous-titre du fascinant spectacle "Crise de nerfs - Parlez-moi d'amour -", de l'écrivain et metteur en scène Jean Lambert-Wild et du compositeur Jean-Luc Therminarias.
Créé pour le Festival d'Avignon en 2003, il tourne régulièrement à l'étranger et a été repris en mai 2009 à la Comédie de Caen (CDN).
(Photo Jeanne Vales)
« Sous un scaphandre, rêve d'étanchéité contre des agressions intérieures et extérieures, un être à vif dérive au gré de dangers réels ou imaginés. Relié à son lit par un tuyau vital, où circulent sons, air et fluides, ce scaphandrier raconte le monde qu'il a perdu et celui qu'il ne peut aujourd'hui appréhender. » (dossier de presse)
Dispositif scénique
Le parti-pris, radical, est celui du confinement. La scène, de plan circulaire, réduite à son minimum, est focalisée sur la scaphandrière rivée à son lit, cernée en croix grecque par le public. Plongé dans le noir absolu - celui des grandes profondeurs - le spectateur est immergé dans un univers sonore composé de pulsations cardiaques, titanesques grincements, signaux électroniques issus de l'univers hospitalier. Partition où fait parfois surface la mélodie ténue de l'enfance perdue. Le monologue de cet être avec lui-même se déroule à huis clos dans la pesanteur de son scaphandre, oscillant entre élégie, aspiration à l'amour et arrachement à sa condition.
Scaphandre métaphorique
Le scaphandre recouvre dans cette « Confession » un champ sémantique large - caractéristique de l'écriture de Jean Lambert-Wild - centré sur la notion de "peau" en tant que membrane, paroi - physiologique, métaphysique, artificielle, envelop- pante, étanche, protectrice…
Le scaphandre que s'est tissé le personnage de cette pièce lui est devenu une double peau - carapace de protection, mais aussi bulle d'enfermement. Tel un fœtus à la tête énorme, en retrait à l'abri du monde, son scaphandre semble presque tenir du sarcophage. D'où cet être ne saurait sortir qu'au terme d'une lutte éreintante, au prix d'un écorchement assumé, sublimé.
« Je cultive l'humour du désespoir.[…] Ce que je vois du monde me bouscule. Je voudrais en proposer sur scène une traduction poétique.[…] Traverser en scaphandre cette vallée de larmes, c'est déjà un bon moyen de s'en sortir… » (interview de Jean Lambert-Wild par Pierre Notte, 2003)
Le scaphandre recouvre dans cette « Confession » un champ sémantique large - caractéristique de l'écriture de Jean Lambert-Wild - centré sur la notion de "peau" en tant que membrane, paroi - physiologique, métaphysique, artificielle, envelop- pante, étanche, protectrice…
Le scaphandre que s'est tissé le personnage de cette pièce lui est devenu une double peau - carapace de protection, mais aussi bulle d'enfermement. Tel un fœtus à la tête énorme, en retrait à l'abri du monde, son scaphandre semble presque tenir du sarcophage. D'où cet être ne saurait sortir qu'au terme d'une lutte éreintante, au prix d'un écorchement assumé, sublimé.
« Je cultive l'humour du désespoir.[…] Ce que je vois du monde me bouscule. Je voudrais en proposer sur scène une traduction poétique.[…] Traverser en scaphandre cette vallée de larmes, c'est déjà un bon moyen de s'en sortir… » (interview de Jean Lambert-Wild par Pierre Notte, 2003)
Marsyas, le scaphandre
Par un paradoxe qui fait sens, le scaphandre de scène conçu pour ce spectacle avec l'Université Technologique de Basse-Normandie a été prénommé Marsyas, du nom du satyre de la mythologie grecque qui fut écorché vif par Apollon pour avoir rivalisé de talent avec lui à la double flûte. "Son orgueil lui fait perdre sa peau (…) l'un de ses principes d'humanité" explique le metteur en scène.
Technologie et scénographie
Instrument qui tient à la fois de l'appareil high-tech par son efficience scénique et du prototype artisanal par son principe de fonctionnement, le scaphandre de « Crise de nerfs - parlez-moi d'amour - » a été mis au point avec l'Université de Technologie Belfort-Montéliard.
Il est constitué d'une double coque de plexiglas alimentée en fluides, son et éclairage par un ombilical, et d'une tunique. Le procédé de coloration du heaume transparent tient à la simple gravité des fluides et à un entretien minutieux du matériel.
En revanche, la mise en phase du jeu poignant de l'actrice (Laure Wolf), du Chœur qui lui fait écho (Bénédicte Debilly), de la manipulation de l'appareil et de la scénographie sonore, lumineuse et cinétique, relève d'une subtile et puissante alchimie.
Par un paradoxe qui fait sens, le scaphandre de scène conçu pour ce spectacle avec l'Université Technologique de Basse-Normandie a été prénommé Marsyas, du nom du satyre de la mythologie grecque qui fut écorché vif par Apollon pour avoir rivalisé de talent avec lui à la double flûte. "Son orgueil lui fait perdre sa peau (…) l'un de ses principes d'humanité" explique le metteur en scène.
Technologie et scénographie
Instrument qui tient à la fois de l'appareil high-tech par son efficience scénique et du prototype artisanal par son principe de fonctionnement, le scaphandre de « Crise de nerfs - parlez-moi d'amour - » a été mis au point avec l'Université de Technologie Belfort-Montéliard.
Il est constitué d'une double coque de plexiglas alimentée en fluides, son et éclairage par un ombilical, et d'une tunique. Le procédé de coloration du heaume transparent tient à la simple gravité des fluides et à un entretien minutieux du matériel.
En revanche, la mise en phase du jeu poignant de l'actrice (Laure Wolf), du Chœur qui lui fait écho (Bénédicte Debilly), de la manipulation de l'appareil et de la scénographie sonore, lumineuse et cinétique, relève d'une subtile et puissante alchimie.
« Ægri somnia », une performance aquatique aux échos verniens
Jean Lambert-Wild, dans l'imaginaire duquel lequel l'eau est un élément omniprésent, est aussi l'auteur d'une performance en scaphandre autonome doté d'un micro, au fond d'une piscine : Ægri somnia (2002). Le titre est emprunté à un chapitre de « Vingt Mille Lieues sous les mers », où le professeur Aronnax, sous l'emprise des somnifères que lui a fait administrer le capitaine Nemo (lequel s'apprête à saborder un vaisseau anglais), est pris de cauchemars.
Cette Calenture* est ponctuée d'interludes où sont lus des passages de « Vingt Milles Lieues… », mettant en regard et en abîme les deux univers poétiques.
Une installation hydrophonique invite le public à alterner écoute aérienne et écoute subaquatique de ce monologue onirique mais sans concession, où gestuelle, panaches d'air et gonflement des draperies matérialisent les sensations et les émotions qui traversent le corps et la conscience de l'artiste.
*nom donné au délire hallucinatoire qui s'empare des marins lors de la traversée de la zone tropicale et les pousse à se jeter à la mer.
Pour plus d'informations
Jean Lambert-Wild, dans l'imaginaire duquel lequel l'eau est un élément omniprésent, est aussi l'auteur d'une performance en scaphandre autonome doté d'un micro, au fond d'une piscine : Ægri somnia (2002). Le titre est emprunté à un chapitre de « Vingt Mille Lieues sous les mers », où le professeur Aronnax, sous l'emprise des somnifères que lui a fait administrer le capitaine Nemo (lequel s'apprête à saborder un vaisseau anglais), est pris de cauchemars.
Cette Calenture* est ponctuée d'interludes où sont lus des passages de « Vingt Milles Lieues… », mettant en regard et en abîme les deux univers poétiques.
Une installation hydrophonique invite le public à alterner écoute aérienne et écoute subaquatique de ce monologue onirique mais sans concession, où gestuelle, panaches d'air et gonflement des draperies matérialisent les sensations et les émotions qui traversent le corps et la conscience de l'artiste.
*nom donné au délire hallucinatoire qui s'empare des marins lors de la traversée de la zone tropicale et les pousse à se jeter à la mer.
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