On nous avait présenté la mise en place des 10 lignes de chronobus comme l’investissement majeur pour les infrastructures de transports de ce mandat.
Si dans un premier temps, nous avions trouvé cette annonce légère, compte tenu des promesses électorales, nous avons fini par nous faire à l’idée de ce réseau de transports intermédiaires permettant de rationnaliser les lignes actuelles.
Cette solution, qui devrait permettre d’attirer de nouvelles personnes dans les bus, grâce notamment au développement de l’amplitude horaire et l’accroissement du cadencement, avait le mérite de répondre à cette trop grande différence qui existe entre les lignes de bus classiques et le réseau dit structurant composé des lignes de tramways et de busway.
Mais ce projet comporte de trop nombreuses limites :
- Tout d’abord en ce qui concerne la méthode de concertation.
Les contestations sont nombreuses. Puisqu’après Sainte-Luce, le centre-ville de Nantes, ce sont les habitants de Thouaré à présent qui remettent en cause le tracé des premières lignes, en raison du fort impact de l’aménagement urbain sur certains secteurs.
Cela aurait dû être l’occasion de mettre en place une véritable concertation. Pourtant de tous les points de vue, celle-ci a été un échec.
Ainsi, aucune information ou discussion n’a été organisée dans les assemblées démocratiques.
Ensuite, les réunions publiques d’information n’ont été organisées que lorsque la loi les rendait obligatoires. Et une fois de plus, elles consistaient à prévenir les habitants sur des décisions déjà prises
A Nantes, seuls étaient invités les habitants ayant reçu l’information dans leurs boites aux lettres, dont la distribution avait été très sélective selon les quartiers et les rues. De plus, l’information a été peu relayée par la presse ou le site internet de Nantes Métropole. Pourquoi ne pas diffuser une information claire dans tous les quartiers pour réunir l’ensemble des habitants impactés par ces nouveaux aménagements ? Cela aurait permis de mener ces travaux dans la plus grande transparence.
Enfin, les Conseils de quartiers nantais n’ont pas été consultés.
Faute d’avoir associé les habitants et usagers de la ville, on ne s’étonne plus des itinéraires abracadabrantesques proposés par des techniciens et des élus qui ne connaissent ni la vie de quartier ni les transports en commun et qui s’appuient sur ces comptages réalisés en période de vacances scolaires ou pendant l’été. Car la réalité du terrain est simple : la plupart des artères du centre-ville de Nantes sont des rues étroites. Pourquoi faire prendre à des bus accordéons des virages à 90° ? Pourquoi s’entêter alors à y instaurer un double sens et à faire se croiser des bus dans des rues telles que l’avenue Camus ou la rue des Dervallières ?
- D’autre part, en ce qui concerne le coût du projet Chronobus. Votée par le Conseil Communautaire de Nantes Métropole, l’enveloppe de plus de 54 millions d’euros, doit déjà être augmentée de 11 millions d’euros supplémentaires (+ 20%). Il impacte donc particulièrement les finances de la Communauté Urbaine que nous savons contraintes. Et pour quelle finalité ? Gagner quelques minutes sur des parcours d’usagers qui ne dépassent que rarement les 20 minutes de trajet. L’enjeu valait-il cet investissement ?
La question mérite d’être posée.
Le principe d’aménagement est d’intervenir sur la ligne de chronobus aux endroits où les bus se trouvent englués dans la circulation, notamment à travers la mise en place de feux prioritaires ou des stations verrous. Cependant sur les axes contraints et touchés régulièrement par des embouteillages comme les voies d’accès au centre-ville, de tels agencements entraineront immanquablement des bouchons supplémentaires dans lesquels seront pris à leur tour les chronobus.
- Enfin, troisième limite, la restructuration de la voie publique. Les travaux d’aménagement seront réalisés à minima sans prise en compte de l’ensemble des modes de transports, notamment doux. Rien n’est prévu pour les vélos, alors que les circulations vélo et piétons devaient être prises en compte. Sans doute une nouvelle illustration du plan Vélo.
Pourtant, le passage du chronobus aurait pu être l’occasion d’une refonte complète de la ville en général et du boulevard Guist’hau en particulier. Pour cet axe important de la circulation nantaise, il est simplement prévu la sécurisation des arrêts de bus. Il s’agira uniquement d’élargir les trottoirs à ces endroits et de supprimer une voie de circulation. Rien n’est prévu pour requalifier le boulevard et ses trottoirs de 80 cm de large. Mais en réalité cette situation n’est que provisoire. Car tout sera repris dans quelques années. A Nantes, on investit à court terme et on multiplie les travaux et les coûts, comme c’était le cas par exemple au bout de la rue de la Bastille où le carrefour avait été revu pour faciliter l’accès des bus. Avec l’arrivée du chronobus ce carrefour n’accueillera plus la ligne 22. N’existe-t-il pas une vision d’ensemble et d’avenir pour les transports à Nantes permettant d’éviter d’entreprendre des travaux régulièrement sur les mêmes axes ? Les riverains et les contribuables seront ravis d’apprendre qu’ainsi que les aménagements de cette année donneront lieu à de nouveaux travaux l’année suivante.
Face à ce constat d’échec, les élus de l’opposition nantaise voteront contre cette délibération.