Le blog de Pierre PASCALLON

LE BLOG de Pierre PASCALLON

23/03/2015 - 11:35

V- l' A.P.D.A.

Pierre PASCALLON
 

Ancien Député-Maire d’ISSOIRE
Professeur Agrégé de Faculté (honoraire)
 
 HOMMAGE à JEAN MICHARDIERE
 
            ● Pour nous, Jean MICHARDIERE, est bien avant tout « l’homme », le « chef d’orchestre » du « Plan Massif Central  et c’est à ce titre que l’on veut lui rendre hommage.
 
            - C’est en effet le Commissaire à l’Aménagement du Massif Central qu’il est depuis Juin 1974 qui va, pour beaucoup, préparer ce plan et l’avant projet de discours du Président Valéry GISCARD d’ESTAING, le 29 Septembre 1975 au cours d’une visite surprise au PUY EN VELAY devant le Conseil Régional d’Auvergne. C’est en fait – on s’en souvient – le 12 Mai 1975 que Monsieur GISCARD d’ESTAING , Président, avait demandé à M. Jacques CHIRAC – alors Premier Ministre – de préparer un « programme pluriannuel de développement du Massif Central, l’importance qui s’attache au développement équilibré des régions françaises impliquant qu’un effort particulier soit entrepris à l’égard du Massif Central ». Ce programme a été élaboré dans le plus grand secret par les services de l’Elysée, de Matignon et de la DATAR, Jean MICHARDIERE – on l’a dit – étant au cœur de l’élaboration. Il sera examiné sans qu’il en soit fait mention officiellement par le Conseil des Ministres du 24 Septembre 1975 avant qu’il ne soit dévoilé on l’a vu le 29 Septembre  dans la capitale de la Haute-Loire.
 
             - Jean MICHARDIERE, au centre donc de la construction du Programme Massif Central, sera bien sûr aussi au cœur de sa mise en œuvre et du suivi de cette mise en œuvre, en veillant à ce que soient bien respectés les objectifs et les moyens de ce Plan. Les objectifs du programme pluriannuel de développement du Massif Central ? Le Plan Massif  Central se veut une réponse au phénomène très inquiétant de vieillissement et de décroissance de la population des zones rurales du Massif Central tel que révélé par le dernier recensement de 1975 : « Ne plus perdre un jeune actif, un jeune ménage est une nécessité impérieuse » affirme Jean MICHARDIERE. L’objectif principal du Programme Massif Central est donc bien de mettre un « garrot » à cette évolution démographique inacceptable, de mettre un terme à  « l’agonie » du Massif Central, de faire en sorte que les jeunes puissent désormais rester avec des raisons d’espérer sur la terre où ils sont nés, en rompant définitivement l’isolement du Massif Central, en l’amenant à participer à la puissance industrielle du pays dans son ensemble, en faisant fond sur les fortes capacités dont il dispose sur le plan de l’artisanat, en développant et en valorisant les ressources de son sol et de son sous-sol. Mais ceci nous amène déjà aux moyens d’action de ce programme. Les moyens du programme pluriannuel de développement du Massif Central ? Ce programme – on le sait – comprend quelques 40 mesures groupées en 3 chapitres : 1) les grands équipements pour le désenclavement ; 2) la mise en valeur optimale des ressources pour la création d’emplois ; 3) l’amélioration des conditions de vie et des services publics du milieu rural. Le gros « morceau » du programme est le désenclavement devant à la fois améliorer les relations internes propres au Massif et faciliter la traversée de l’ensemble afin, selon l’expression de Jean MICHARDIERE, de ne plus être « pris comme dans un casse-noisette ». Dans ce cadre, l’ambition est de construire un grand carrefour autoroutier, une « croix autoroutière » à Clermont-Ferrand.
 
            ● On ne soulignera jamais assez les mérites de ce « Plan Massif Central » qui est – on vient de le souligner – la « grande œuvre » de Jean MICHARDIERE, sans aucun doute le sommet de son parcours professionnel éblouissant.
 
            - Il est sûr -, pour reprendre là encore les termes de l’ancien Directeur de Cabinet de Michel COINTAT (Ministre de l’Agriculture en 1971) -, que « c’est la première fois dans l’histoire de l’aménagement du territoire qu’on prend ainsi une région – une région  aussi vaste – à bras le corps ». Le programme pluriannuel de développement du Massif Central a en effet une extension géographique considérable à l’image, grossièrement approchée, de l’extension géologique du Massif : cinq régions de programme sont concernées par le Plan. Notons surtout pour nous ici, à CLERMONT-FERRAND, que deux y sont intégralement incluses : l’Auvergne et le Limousin. Le programme touche 17 départements : dix en leur entier et sept autres pour partie ; il intéresse près de 3 millions d’habitants.
 
            Ce programme va commencer ainsi à inscrire dans nos opinions publiques ce vaste espace « creux » du Centre de la France en nous rapprochant de la « vraie » région. Il amènera à vivre ensemble nos contrées, en particulier l’Auvergne et le Limousin, en mettant en place pour la « gouvernance » de cet espace des institutions qui vont peu à peu lui donner réalité. La « gouvernance » du Massif Central ?  On a bien en effet désormais, sur le territoire Massif Central – autour et animé par le Commissariat à l’Aménagement du Massif Central[[1]]url:#_ftn1 - une « gouvernance » du Massif avec :
 
                        - le Préfet coordonnateur du Massif (c’est le Préfet du Puy-de-Dôme), le Comité du Massif, …
                        - des instances de programmation du Massif : comité de suivi, comité de programmation, groupes thématiques,  …
                        - de nombreux réseaux structurés, socio-professionnels ou socio-économiques de type associatif ou para-publics : UCCIMAC, ADIMAC, IPAMAC, … MACEO, …
 
            De la « gouvernance », et aussi des moyens, des mesures, des actions, … Il faudrait à ce dernier niveau pour le prouver détailler les moyens, très substantiels, dégagés  et engagés en matière de « revitalisation rurale » … dans le cadre du programme pluriannuel initial – sur 3 ans devenus 5 ans -, jusqu’aux prolongements pour la période récente, avec les programmes 2000-2006, 2007-2014 et l’actuel  programme Massif Central pour la période 2014-2020. C’est bien sûr le volet autoroutier – même s’il y a eu des retards – qui est sans aucun doute l’illustration la plus significative de ce Plan, avec un désenclavement autoroutier devenu réalité dans les années 2010.
 
            - Osera - t’on dire que notre parcours professionnel et politique des années 1970 aux années 2000 a eu pour beaucoup comme repère et appui ce programme Massif Central de Jean MICHARDIERE ;
 
                        - Le parcours professionnel ? Professeur Agrégé à la Faculté des Sciences Economiques de Clermont-Fd depuis 1970, nous avons eu comme universitaire – dans la filiation de François PERROUX -, un volet « régional » important avec pour toile de fonds le Plan Massif Central initial et ses développements ultérieurs. Ainsi en est-il allé de nos travaux – dans le cadre du Centre de recherches en économie régionale que nous avons crée à cette époque – sur les seuils de dépeuplement, sur le désenclavement, l’élevage, l’artisanat, … et ce que nous avons appelé de façon plus large, le « modèle de développement rural modernisé » … Ajoutons que nous avons beaucoup travaillé alors avec nos amis universitaires de Limoges, en allant dans des jurys de thèse dans la capitale du Limousin, en accueillant nos collègues de Limoges pour des colloques à Clermont-Ferrand, …
                        Il en est allé de même pour notre action d’élu, dans le cadre de nos mandats locaux (Maire, …) et nationaux (Député). On a ainsi bataillé avec succès notamment – dans l’esprit du Programme Massif Central qui entend renverser l’évolution qui vide le monde rural de sa substance – pour obtenir la création de la « prime à la jument allaitante » ; nous avons beaucoup travaillé, dans la perspective du Plan Massif Central, pour l’amélioration des dessertes de nos contrées auvergnates vers le Limousin et aussi l’amélioration des relations entre Clermont-Fd et les sous-métropoles régionales : MONLUCON, AURILLAC, …Nous avons souhaité également que l’on donne plus de place au rail, le train étant l’avenir de nos régions difficiles. On s’autorise à rappeler en ce sens que l’on a dès les années 1986 – 1988 – en suscitant le plus souvent l’amusement à l’époque – réclamé un TGV Trans-Massif Central et, par la suite, un « 2 Plan massif Central » centré sur le ferroviaire à grande vitesse, dans le même esprit que le 1 Plan Massif  Central centré, on l’a vu, sur l’autoroutier.
 
            ● Force est pourtant de reconnaître que l’on va assister à partir des années 1995 – 2000 à un certain désintérêt vis-à-vis de cette grande ambition « Plan Massif Central » qui s’étiole ainsi dans l’indifférence générale.
 
                        - il est vrai que le Commissariat ne va cesser de perdre de sa substance et de ses moyens (plus d’agence à Limoges, …)
                        - les relations et les échanges de tout ordre entre les deux régions essentielles du Massif Central : l’Auvergne et le Limousin, dépérissent ; les deux capitales : Clermont-Fd  et Limoges « vivent » chacune leur « vie », en animant avant tout leur pôle d’attraction respectif ;
                        - il n’y a plus beaucoup d’élus à croire à cette grande affaire Massif Central tant du côté du Limousin que du côté de l’Auvergne lorsque ces édiles ne sont pas étrangères sinon hostiles à cette démarche ;
 
                        - les opinions publiques ne sont plus « branchées » sur cette perspective Massif Central qui n’a plus aucun écho pour eux et l’émergence d’une conscience régionale « Massif Central » est bien retombée : qui sait encore qu’il existe à Clermont-Fd un « Commissariat à l’aménagement, au développement et à la protection du Massif Central » ? Qui connaît les programmes Massif Central, les derniers en particulier ? Qui serait capable de parler du « groupement d’intérêt public Massif Central » ; …
 
                        - Pourquoi tout cela s’est ainsi anémié avec les deux capitales du Massif Central Clermont-Fd et Limoges qui ne se regardent plus ou presque, Clermont-Fd se tournant de plus en plus en effet aujourd’hui vers Lyon et Rhône Alpes[[2]]url:#_ftn2 tandis que Limoges se rapproche désormais de plus en plus de l’Ouest et de l’Atlantique ? Les raisons de cet affaiblissement de « l’horizon Massif Central » étaient déjà pour certaines en pointillé dans les développements précédents. Reprenons les plus en clair encore. D’abord, peut être – contrairement à ce que l’on a sans doute laissé à penser -, le « Plan Massif Central » - son « appareil », ses « réseaux socio-professionnels », … n’ont pas eu une force et une capacité suffisantes pour supplanter, s’imposer aux structures pré-existantes. Le Massif  Central, notait en ce sens Christian JAMOT, « n’est pas ou est peu un espace d’action et peine à devenir un espace de réflexion et de propositions » … ; on en est « resté à des regroupements d’institutions diverses sans grand pouvoir et transversales par rapport aux actuels pouvoirs régionaux ». Ensuite et surtout on a laissé peu à peu en déshérence la grande et véritable politique d’aménagement du territoire que portait le Plan Massif Central. Il est vrai – et c’est l’essentiel – que la politique volontariste d’aménagement du territoire qui a fait chez nous l’objet à partir des années 1954 d’amples et nombreuses mesures législatives va être engloutie dans la grande vague du capitalisme financier mondialisé des années 1985 – 2005 régi par la logique infernale du prix le plus bas, mieux par la « dictature » du prix le plus bas, la recherche toujours plus accentuée de la compétitivité et de la rentabilité, …
 
            ● Qu’il paraît loin ainsi en 2015 le temps gaulliste du Plan et de l’Aménagement du territoire – cette « géographie volontaire » dont aimait à parler Jérôme MONOD -, avec ces dates qui nous trottent dans la tête : 3 Janvier 1946 : création par le Général DE GAULLE du « Commissariat Général du Plan » ;  8 Mai 1961 : déclaration du Général DE GAULLE sur « l’ardente obligation » du Plan ;  14 Février 1963 : création par le Général DE GAULLE de « la délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale » (DATAR)[[3]]url:#_ftn3 .
            Qu’il paraît bien loin en 2015 le temps du Plan Massif Central de Jean MICHARDIERE qui mettait ses capacités et sa volonté dans les années 1974-1975 à préparer une saison nouvelle pour nos contrées, une saison vraiment plus souriante avec un aménagement puissant du territoire répondant aux exigences d’une « nouvelle croissance », plus juste, plus humaine et plus équilibrée.
 
                        C’est pourtant grâce à ces souvenirs qui éclaboussent nos consciences et nos âmes que nous espérons trouver la force pour aujourd’hui et pour demain – à l’heure de la réforme territoriale régionale – continuer à travailler au renforcement de notre agglomération clermontoise élargie au Val d’Allier : une grande métropole « Clermont-Val d’Allier » - soucieuse de devenir à plein – c’est sa vocation – à l’horizon 2025 – 2030 la capitale européenne de l’espace central français, le « Massif Central » formidable terre d’avenir -
 
           
 
 
[[1]]url:#_ftnref1 Exactement : « Commissariat à l’Aménagement, au développement et à la protection du Massif Central ».
[[2]]url:#_ftnref2 tout ceci étant facilité par le désenclavement autoroutier vers la capitale des Gaules aujourd’hui terminé
[[3]]url:#_ftnref3 on se permet de renvoyer à P.PASCALLON : la planification de l’économie française. Préface de P.MASSE. Masson 1974

Pierre PASCALLON

V- l' A.P.D.A.