II faut choisir : ça dure ou ça brûle ; le drame, c'est que ça ne puisse pas à la fois durer et brûler. A. Camus

Le dossier « Qu’est-ce qu’être beau » de Philosophie Magazine ne pouvait passer inaperçu aux prémices de l’été. C’est une vraie question, tant nous sommes canardés d’injonctions de minceur, de jeunesse, de seins pulpeux… Nous nageons en plein conformisme esthétique, alors que notre société regorge d’individualisme, n’est-ce pas en définitive complètement paradoxal ?


Le débat entre Pascal Bruckner et Elsa Zylberstein tend vers le même constat : la beauté plastique n’est pas forcément synonyme de beauté, car la beauté ne se résume pas à l’harmonie, « laquelle risque de paraître fade ». Comme le fait remarquer également l’actrice, « la chirurgie esthétique produit une norme, des physique en série qu’on reconnaît tout de suite et qui finissent par paraître « monstrueux » ». Il ne faut pas non plus confondre le « sexy » avec la « beauté », qui est plus froide et moins accessible. Ainsi, n’en déplaise à Alexandre Lacroix qui explique dans son édito que la beauté pour lui, serait plutôt synonyme de perfection et d’absence totale de défauts (d’ailleurs, une conception un peu sage pour un ancien Nietzschéen…), mais les anomalies, les défauts peuvent être parfois des atouts pour révéler la beauté. Comme le souligne Pascal Bruckner « la ligne de partage entre le beau et le laid est devenue incroyablement incertaine, brouillée… Les cernes, la mauvaise mine, les rides, surtout pour les hommes, peuvent être des atouts (…). La beauté nous demande désormais d’être actifs ».

Autre question que soulève l’article de Gwenaëlle Aubry (p. 49 du même numéro), la laideur active peut être plus belle que la beauté figée… L’auteur donne l’exemple de Socrate et Gainsbourg, qui séduisent par leur vitalité et leur mouvement. Comme disait Plotin, « Un homme laid, s’il est vivant, sera toujours plus beau que la plus belle des statues ». Certes, la vie sera toujours plus belle que la mort… Car poussée à l’extrême, la beauté parfaite n’est ni plus ni moins que la négation de la vie. Refuser de vieillir, c’est tout simplement refuser le temps et ses effets. Or la vie sans le temps, est-ce toujours la vie ? Vouloir figer ses traits, n’est-ce pas une façon de nier une partie de soi ?

Bref, vous me direz que tout cela est bien beau comme discours, mais pas très pragmatique et surtout peu réaliste, car les « beaux » réussissent mieux que les « laids » dans la vie. Et qu’il faut être plus talentueux quand on est laid… Alors faut-il rejeter vraiment la beauté plastique ? Ainsi que la chirurgie esthétique pour corriger les inégalités naturelles ? Ok, ok… Mais les canons de beauté n’ont pas toujours été les mêmes selon les époques. Ainsi, il serait temps d’accepter une part de polythéisme dans nos critères esthétiques ! D’ailleurs même les magazines de mode font le même constat. Pardonnez-moi par exemple d’avoir lu Grazia :-) et d’avoir déniché un article intéressant sur la mode : « l’éthique au secours du chic » d’Adrienne Ribes-Tiphaine, qui s’indigne contre le porno chic et la mode facile « Overdose de seins dévoilés et de fesses affichées », « trop de platform shoes d’épaules agressives, de lolitas lascives ». « Tant de ressources, de résonances, d’idées cachées sous les poncifs imposés par le fric et le conformisme. Adieu les idéologues, voici le temps des archéologues du présent, connaisseurs du passé, passionnés d’avenir. Il y a de l’être au-delà du paraître, cela aurait pu faire un sujet au bac » ! Comme quoi, la mode et la philosophie peuvent parfois se rejoindre.

Retenons donc le message : Vivent les archéologues du passé et du futur ! Vivent le temps et le rythme !

Il y a donc de l’être au-delà du paraître, une phrase à méditer sur le sable chaud où s’étirent des corps dénudés désireux de rejoindre le conformisme du ton hâlé…

Pour en savoir plus :
- Philosophie Magazine n°40, juin 2010
- Grazia du 16-22 juillet 2010 (p. 62)

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 18 Juillet 2010 à 14:23 | Commentaires (2)

En mars dernier, Philosophie Magazine a consacré un dossier sur "Pourquoi fait-on des enfants ?". Question que l'on se pose rarement, tellement l'enfantement paraît naturel et un acte altruiste. Il est souvent la suite logique du couple, le résultat de pulsions chimiques, de l'amour ou du poids des traditions et de la société … Il peut même arriver par accident. Devoir ou plaisir, les individus s'interrogent donc rarement sur la cause de leur reproduction. Mais, les philosophes, pour ne pas faillir à leur fidèle réputation de "prise de tête", eux s'interrogent !


La tendance

Le plus célèbre antinataliste reste le nihiliste Schopenhauer dont la citation, "L'ascète sauve de la vie des générations entières; les femmes ne l'ont pas voulu; c'est pourquoi je les hais" ne peut plus être ignorée. Enfanter reviendrait-il à reproduire le mal et la souffrance ? C'est ce que pensait Schopenhauer et continuent à fredonner certains de ces disciples comme Rolland Jaccard qui a sciemment renoncé à la paternité : "donner la vie m'est clairement apparu comme un acte mauvais, voire criminel".

Nancy Huston, une adepte de la maternité, estime que l'absence d'enfantement de la plupart des philosophes a eu "un effet dramatique sur la pensée occidentale". En effet, ne faut-il pas s'inquiéter que la plupart des philosophes occidentaux n'aient pas souhaité donner la vie ? Quelle conception avaient-ils réellement de l'existence ? Ressentaient-ils du dégoût ? Ou doit-on en déduire que trop philosopher éloigne de l'existence… Dans tous les cas, refuser d'enfanter témoigne davantage d'une vision pessimiste de l'existence que de grands élans optimistes. Mais le refus de se reproduire, c'est aussi accepter l'idée qu'il y ait une fin. Ce qui est rarement facile à admettre.

La plupart de ceux qui défendent le non enfantement le feraient pour des raisons éthiques : refuser de donner la naissance à un être qui ne connaîtrait que douleurs et misères ; autrement dit, pour éviter que le "mal" ne se reproduise. Selon eux, le monde est trop cruel, anti-écologique, égoïste, sans avenir. Mais, leur raisonnement est résolument fataliste. Le propre de l'homme n'est-il pas de créer et d'essayer de changer le cours de l'histoire ? C'est aussi oublier toutes les joies que procure la vie. N'est-ce pas au fond un acte égoïste, dans la mesure où c'est à chaque être de déterminer si la vie vaut la peine d'être vécue. Aurions-nous aimé que nos parents décident à notre place ?

A la rectitude fataliste des nihilistes, préférons le témoignage frais et spontané de Nancy Huston, qui écrivain avant d'être mère, craignait que le fait d'avoir des enfants gênerait son inspiration artistique. "Au fond, le roman est amoral, tandis que la vie de famille est morale – là est la contradiction". Mais, elle a dépassé largement cette contradiction. La maternité lui a au contraire apporté des nouvelles inspirations. Morale de l'histoire, il ne faut jamais avoir peur de ses contradictions, ce sont elles qui nous font avancer…


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 26 Avril 2009 à 19:35 | Commentaires (1)

PHIL-ANALYSE

L'individualisme, la faute à Nietzsche ?

Mardi 17 Mars 2009

Samedi dernier, j'ai assisté à une conférence débat entre Luc Ferry et André Comte-Sponville, qui portait sur le thème de l'universalité. Deux interventions assurément de qualité, mais qui sont loin d'être rassurantes… Serions-nous en train de vivre dans une société décadente ? Je préfère ne pas le croire. D'autant plus qu'il paraît que l'optimisme permet de vivre plus longtemps ! Je préfère donc rester fidèle à la maxime d'Alain : l'optimisme est de volonté, le pessimisme est d'humeur. Même si, comme l'a fort justement dénoncé Luc Ferry, le pessimisme est vendeur, tous les médias en sont dépendants. Sauf que ce n'est certainement pas le pessimisme qui a créé le sens de l'universalité.


L'individualisme, la faute à Nietzsche ?


Pour en revenir au débat, il n'existe pas de valeur universelle selon André Comte-Sponville. Seule la vérité l'est. Les valeurs induisent un jugement de valeur et relèvent dès lors de la subjectivité. Le vrai se contente juste d'exister, le fait qu'il soit bon ou mauvais demeure un jugement. Pour donner un exemple, André Comte-Sponville utilise l'image de Monica Bellucci : les hommes sont-ils attirés par cette actrice parce qu'elle est belle ou la trouvent-ils belle parce que leur désir les incline vers elle ? Voilà un petit clin d'œil furtif à la théorie de Spinoza selon laquelle le désir crée la beauté. Les attributs que l'on donne aux objets ou êtres humains sont liés à notre désir. Ceci dit, n'en déplaise à Comte-Sponville, cela rappelle aussi la théorie de Nietzsche sur les notions de bien et de mal.


L'individualisme, la faute à Nietzsche ?
Pour Luc Ferry, certaines valeurs comme la justice et la liberté sont universelles. Sauf que ce ne sont pas les idées selon lui qui ont créé les droits de l'Homme, mais l'évolution de la vie privée. "Les droits de l’Homme ne sont pas passés par les idées mais par la vie quotidienne des européens, qui a été pour l’essentiel la vie des familles et, progressivement, la vie des familles fondées sur l’amour". Ainsi, l'évolution du mariage forcé vers le mariage d'amour aurait fait prendre conscience aux européens de la valeur de la liberté et de l'intimité. Tout comme la naissance du salariat : travailler pour gagner un salaire et s'émanciper.

Les valeurs ont donc besoin des hommes pour les faire vivre et donc, de sociétés énergiques. Attention à la fatigue, André Comte-Sponville nous met en garde.


Luc Ferry conclut que les cinquante premières années du XXème siècle ont été dominées par la philosophie de Marx, et que la deuxième moitié par celle de Nietzsche. Nietzsche a participé à la déconstruction de nos idoles, nos figures traditionnelles du sacré. Nietzsche dit dans Le crépuscule des idoles, qu’il faut casser avec son fameux marteau toutes les idoles. Il appelle idoles tous les idéaux quels qu’ils soient, les idéaux qui ont animé la morale, la métaphysique et la religion depuis Platon et la religion chrétienne. Nietzsche pense que nous avons inventé les idéaux, les idoles, pour nier la réalité. Nietzsche incite à se réconcilier avec le réel.

Nietzsche favoriserait par cette injonction à célébrer le réel, l'individualisme et le libéralisme. D'où l'ouvrage collectif dans lequel ont participé Luc Ferry et André Comte-Sponville "Pourquoi nous ne sommes pas Nietzschéens".

Peut-on considérer Nietzsche réellement comme un destructeur d'idoles ? Lui, qui finalement n'a eu de cesse d'en avoir, notamment dans le domaine musical. Il fallait juste qu'il écrase les idoles conformistes de son époque : Dieu, la science et le monde Platonicien.

Car, qui peut vraiment se passer d'idoles ? Là se devine les prémices d'un besoin universel. Aimer, Admirer. Nous en revenons finalement toujours aux mêmes désirs et aux mêmes valeurs.

Mais, comme il n'y a que dans l'adversité que l'on progresse, je vais m'empresser de lire "Pourquoi nous ne sommes pas Nietzschéens"…

b[Intervention de Luc Ferry et André Comte-Sponville à la Mutualité du 14 mars 2009 sur le thème de l'universalité. "Donner du sens à sa vie". ]b
L'individualisme, la faute à Nietzsche ?

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mardi 17 Mars 2009 à 00:01 | Commentaires (0)

PHIL-ANALYSE

Pourquoi l'âge adulte ne fait plus rêver ?

Dimanche 7 Septembre 2008

Cette année, la rentrée s'annonce quelque peu morose… Crise financière, climat grisaillant, pouvoir d'achat titubant, pas d'eldorado en perspective. Point étonnant alors que l'âge adulte ne fasse plus rêver. Grandir, oui, mais pourquoi ?


Pourquoi l'âge adulte ne fait plus rêver ?
Les magazines surfent sur la vague de la crise de l'âge adulte, sur notamment la peur de vieillir. Dans un des derniers "Elle", un philosophe expliquait ce manque d'engouement pour l'âge adulte par le fait que notre société s'est urbanisée et a donc délaissé au passage le bon sens paysan, où vieillir et transmettre avaient un sens. L'esprit de performance n'aiderait pas non plus à accepter l'idée de vieillir. Bref, il existe sûrement de très bonnes raisons sociologiques de ne pas vouloir grandir !

Mais, le plus grave est que si l'on rejette l'âge adulte, c'est parce que nous considérons qu'aucun type de bonheur n'est associé à cet âge. Pourtant, les philosophes ne cessent de nous répéter que la sagesse permet d'être plus heureux. Question alors : l'âge adulte serait-il devenu un âge sans aucune sagesse ? Un âge encore plus idiot que l'adolescence ? Un âge caricaturé par "métro, boulot dodo", robotisé et sans âme.

La cause de la crise de l'âge adulte peut aussi s'expliquer par le fait que nos sociétés sont globalement pessimistes. L'immédiateté de notre existence n'est pas suffisante pour combler notre incessante interrogation de savoir où nous allons. Le livre de Corinne Maier "No kid" est révélateur de l'état d'esprit de notre société, on plonge carrément dans la philosophie de Schopenhauer…

En France, grandir signifie "se placer". Ce constat vient de la sociologue, Cécile Van de Velde, auteure de "Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe". En Angleterre, l'âge adulte consiste "à s'assumer", ce qui est déjà plus valorisant car c'est la voie de l'indépendance. Quant au Danemark, il s'agit de "se trouver", ce qui est bien plus palpitant !

L'âge adulte paraît plus solitaire que la jeunesse tribale. Cette coupure de lien reste peu attractive. Et plus on vieillit, plus on se rapproche de la mort, cette coupure de lien fatale… Bref, un panorama a priori très sinistre… Pourtant, vieillir c'est aussi gagner en sagesse, en sérénité, en accomplissement… Alors pourquoi refuser cette authenticité ? Sommes nous trop conditionnés par le jeunisme et l'esprit de compétition ?

Dans tous les cas, le succès de "La consolante" d'Anna Gavalda semble indiquer que nous sommes bel et bien entrés dans une période de repli. Vers les bonheurs simples. Le goût des gens simples… Peut-être arriverons-nous petit à petit à redorer l'âge adulte, en percevant d'autres types de bonheur...


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 7 Septembre 2008 à 18:32 | Commentaires (2)
ouvrage Hannah Arendt
ouvrage Hannah Arendt
Récemment, j’ai lu un livre sur les échanges épistolaires entre Hannah Arendt et Karl Jaspers, pour mieux comprendre sa conception du totalitarisme et de la banalité du mal. En résumé, le totalitarisme naîtrait d’une coupure du lien social entre les individus et de l’automatisation des tâches. Plus réflexion par soi-même, plus de conscience de ses actes... Le totalitarisme est alors rendu possible dès lors «que l'on élimine toute "unpredictability", qui du côté des hommes, correspond à la spontanéité ». Bizarrement, j’ai eu l’idée furtive que la théorie d’Hannah Arendt sur les causes du totalitarisme pourrait s’appliquer au milieu de l’entreprise et à son management. Mais, trouvant la comparaison un peu extrême, je n’avais pas osé écrire un article sur ce phénomène… Car il peut paraître indécent de comparer les causes d’un génocide à celles d’un mal être des temps modernes... C’est alors que je viens de voir dans le dernier Philosophie Magazine (du mois de novembre), un article justement dédié à cette problématique, «Barbare l’entreprise ? », pour déterminer si le concept de superfluité de l’homme, développé par Hannah Arendt, est applicable à l’entreprise.

Car, quelle est la cause profonde du sentiment de superfluité ? Un salarié peut se sentir superflu lorsqu’il a rompu tout lien social. Un salarié isolé, placardé, est bien plus vulnérable qu’un salarié soudé dans un esprit d’équipe. L’entreprise, dans un esprit tayloriste, cherche parfois à développer des automatismes chez ses salariés. Or, qui dit automatisme, dit perte de spontanéité, et donc, perte de notion de responsabilité… J’entends souvent dans le milieu de l’entreprise, que ces dernières aiment les « bon petits soldats ». D’ailleurs, il n’est pas rare qu’en plus des anglicismes dont se gausse Corinne Maier dans son livre «Bonjour paresse », que l’entreprise utilise quelques expressions du langage militaire pour illustrer ses discours.

Le problème de l’automatisme et du profil de l’exécutant est qu’ils écrasent toute notion de responsabilité. Lorsqu’une erreur est commise, qui est responsable ? Dans le maillon de la chaîne, c’est souvent celui ou celle qui se trouve en première ligne qui saute…

Dans l’article de Philosophie Magazine, le sociologue Guillaume Erner, à la différence du psychiatre Christophe Dejours, refuse tout rapprochement entre le processus de l’idéologie nazie et le management d’entreprise. Il est vrai qu’il est difficile de comparer deux réalités aussi éloignées. Mais, ce n’est pas pour autant qu’il faille entièrement rejeter l’applicabilité de la théorie d’Hannah Arendt sur le management en entreprise : en automatisant les tâches, l’entreprise détériore les conditions de travail de ses salariés. Les salariés n’ont plus de lien social. Sans lien social, l’enfer n’est alors pas loin… Rappelons-nous du huis clos sartrien…

« Dégraissage », « killer », « nettoyeurs », le vocabulaire utilisé en entreprise n’est pas doux. La violence morale n’est alors pas loin. Mais, à la différence de certains sociologues ou philosophes, je ne mettrais pas cette violence sur le compte du capitalisme, ce dernier a trop souvent bon dos. Les entreprises, ainsi que leurs salariés, sont responsables aussi. Si des personnes se suicident sur leurs lieux de travail, il est nécessaire que les entreprises s’interrogent sur la façon de gérer les hommes. Faire souffrir une personne, au point que le salarié se pende au porte-manteaux de son bureau, est absolument anormal.

Les concepts de socialement responsable et de développement durable concernent aussi le management en entreprise. Il est temps d’instaurer plus d’éthique et de loyauté, et le sens de l’esprit d’équipe. Car, malheureusement, l’individualisme n’est pas toujours source de performance. Les injonctions comme des slogans « just do it » ou les « impossible is nothing » peuvent être motivants comme paralysants… Les nuancer avec du « I am what I am » ou « because I worth it » peuvent aussi apporter de la positivité…

Heureusement toutes les entreprises ne se ressemblent pas ! Et certaines sont même pourvues d’excellents managers. L’idéal serait de pouvoir choisir celles dont les valeurs nous correspondent le mieux… Mais, seule une meilleure conjoncture économique peut garantir ce choix…

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 4 Novembre 2007 à 21:41 | Commentaires (3)

PHIL-ANALYSE

Le paradoxe d'être une femme (2ème partie)

Lundi 26 Février 2007

Pourquoi ne pourrait-on pas avoir une femme "sainte" dans un corps de seins?


Couverture de Philosophie Magazine
Couverture de Philosophie Magazine

Si j’ai cherché à décrire brièvement la nature masculine, c’est non pas pour la critiquer, mais juste pour mieux cerner la dialectique dans laquelle la nature féminine est emportée. L’homme a voulu satisfaire son désir de puissance en créant une nature féminine inoffensive. Il a refusé et refuse encore dans certains pays une nature immatérielle pour les femmes. Elle est soit blanche soit noire, mais jamais grise…

Dans l’inconscient collectif, il y a comme deux natures de femme qui se battent en duel : d’un côté la femme mère reliée à un foyer et à des gros gâteaux en chocolat… Et d’un autre côté, la femme objet, objet de désir, un peu plus lunaire. Si vous voulez en grossissant le cliché, c’est l’opposition entre une femme à l’allure "jupe écossaise", cheveux bien tirés par un serre tête et une diablesse, à la lingerie noire, rouge pulpeux, regard félin… Bien sur cette opposition est une fausse opposition, et l’objectif de cet essai serait de démontrer que ces deux femmes font partie de la même nature.

Beaucoup d’intellectuelles femmes critiquent celles qui sont plongées dans leurs pots de crème et maquillage… Elles ont le même réflexe masculin envers leurs semblables : "les femmes aiment trop les accessoires, la futilité, elles sont comme des fleurs végétatives…". Mais le leurre c’est de croire que l’apparence en soi est dénuée d’intérêt. Ce qui est néfaste c’est de ne vivre qu’à travers l’apparence, mais jouer avec l’apparence fait partie de la vie. La vie est apparence aussi. "la vie est femme" comme dirait Nietzsche.

Pour illustrer ce faux combat inspirons nous de la démarche marketing "Apple" : cette marque vient de sortir un nouveau design d’ordinateur plus rond, plus féminin, moins austère… On pourrait y voir à première vue l’opposition classique goût masculin (symbole de puissance et d’agressivité) et goût féminin plus sensuel. Mais une journaliste a cherché à être plus fine dans son analyse, elle pense que ce peut être aussi une rupture avec la tradition protestante ( toujours sombre et sobre par souci d’efficacité et de refus de futilité) pour un sens de l’esthétique plus latin.

Dès lors la futilité n’est pas qu’un attribut féminin, mais l’aboutissement d’un choix esthétique.

Par ailleurs tout en restant dans le domaine esthétique, pourquoi dans la haute couture, une mode filiforme, squelettique, plate s’est imposée à l’image de la femme. Comme si la mode cherchait à remplacer l’éthique des ascètes en sacralisant un état anorexique de la femme. Oui ce n’est qu’une mode, mais peut-être pas une mode sans signification…

Toute la confusion vient des seins…

La femme est la seule femelle du monde mammifère à avoir une glande permanente proéminente et supérieure. Par conséquent sa poitrine n’a pas qu’une fonction nourricière comme chez les autres femelles. Certains psychologues pensent que comme l’ étymologie du terme "sein", "sinus" en latin qui signifie le petit espace entre les seins, les seins pourraient aussi représenter une nidation externe. Mais retenons l’idée d’une multifonctionnalité du sein.

Les seins reflètent le paradoxe féminin, à la fois connotés de lait maternel et de rondeur sensuelle, ils ne forment qu’une nature. Donc pourquoi les hommes cherchent-ils à diviser ces seins en des seins "saints" et des seins aussi dangereux que des pointes d’oursins.. Peut-être parce que les hommes ont peur de l’attrait qu’ils ont pour les femmes, et que la meilleure façon de briser une attirance ou de "rompre un charme" c’est de classer les femmes en les dénaturant, les bonnes et les mauvaises… J’ai même vu récemment un site anglophone virtuel créé par des "machos" ayant pour finalité de résister à la "sexploitation" de la femme"!

C’est le même paradoxe que l’on retrouve dans une oeuvre de Prospère Mérimée " Il y a deux vénus sous mon toit, l’une je l’ai trouvée dans la terre comme une truffe; l’autre descendue des cieux…". Cette méthode de classer chère à la démarche scientifique est comme une construction abstraite salvatrice qui permet d’échapper aux ruses de la nature.

Mais il est temps de prendre conscience qu’il n’existe pas de femmes pures ou femmes impures. Sein ou pas sein, la femme ne devrait pas changer de nature.

La femme n’a jamais vraiment eu une place privilégiée dans la métaphysique parce qu’elle a été jugée trop impure, trop charnelle, trop proche de la vie finalement. C’est d’ailleurs pour cela que Schopenhauer a écrit à ce sujet " l’ascète sauve de la vie. Les femmes ne l’ont pas voulu c’est pourquoi je les hais."

Nietzsche bien que misogyne, dans son combat contre la morale chrétienne, a conçu une philosophie qui dévoile un "dieu" plus féminin, plus proche de la terre. A-t-il vraiment tuer dieu ou le dieu des hommes pour le remplacer par Dionysos un dieu plus féminin?

Dionysos : une métaphysique au féminin?

Chez Nietzsche, on retrouve grossièrement une vénération de la beauté et une reconnaissance de la fertilité. La femme rassemble ces deux attributs en elle : belle et fertile. Dionysos, tout comme l’ivresse, est double. Le buveur est incapable de se libérer de cette dualité, entre le sublime et l’abîme. Il y a donc une dialectique dans l’ivresse dionysienne, une solidarité des contraires.

On retrouve paradoxalement dans Dionysos l’envie de terre, de vignes, de fertilité et en même temps une quête du sentiment d’apesanteur. L’ivresse cherche à nier les lois de la gravité tout en restant dans les limites d’un corps humain. Finalement avec Nietzsche on change de diable, pour lui le diable c’est la pesanteur, un monde bloqué dans l’espace et dans le temps. Il oppose à une vérité mécanique une vérité esthétique qui prône pour plus de futilité, d’apparence. Donc dans Dionysos il y a une volonté inlassable d’échapper à un monde abstrait où tout est prévisible.

Ainsi la femme n’est ni la vie, ni une beauté éternelle, elle est double. Elle est un rythme. On a trop demandé à la femme de s’immobiliser, de se sédentariser. A travers Isadora Duncan, cette danseuse passionnée par la culture grecque antique, on peut pressentir en elle une femme dionysiaque. Mais les hommes pourraient nous rétorquer qu’elle est morte de son trop plein de futilité: morte étranglée par sa propre écharpe si longue, qu’elle s’est accrochée à la roue de sa voiture… Mort tragique ou comique, cette défunte aura laissé les traces d’un rythme. A travers la musique, on pressent une "pulsation transparente du monde". La femme lorsqu’elle est enceinte a deux rythmes dans son corps : les battements de son cœur et ceux du bébé. Et Dionysos est une sorte de dieu du cœur.

Comme on n’imagine pas une ivresse carrée, on n’imagine pas le corps d’une femme carré, mais plutôt hyperbolique, souple. La conception du temps échappe aussi à la linéarisation du temps, il devient un retour à l’identique, un rythme renaissant sans cesse.

Donc s’il devait exister une métaphysique au féminin, je pense que ce serait à la fois cette quête de la vie à travers le rythme et cet amour de l’apparence qui embellit la vie. Il est clair que la métaphysique d’un ascète parait peu compatible avec une éthique dionysiaque. Il ne s’agit pourtant pas de détruire le dieu mathématique ou un dieu abstrait qui légifère, mais simplement de cohabiter avec une métaphysique du rythme et d’apparence.

Par ailleurs cette nature métaphysique n’est pas réductible à un corps de femme, les hommes peuvent aussi se complaire dans cette conception du monde, tels les poètes, les artistes en règle général. Tout comme les femmes, les poètes (exclus du monde platonicien) ont été ridiculisés.

Grâce à l’image de la femme, on pourrait enfin reconnaître le caractère essentiel d’une éthique de la création, qui s’opposerait au caractère nihiliste de l’instinct de domination. On ne devrait pas déprécier les littéraires ou les artistes par rapport aux scientifiques, les uns sont aussi nécessaires que les autres, bien qu’ils ne participent pas à la même métaphysique, ils se complètent, comme les femmes ont complété les hommes. Et j’insiste particulièrement sur le fait que la reconnaissance d’une nature féminine permettrait d’éviter un deuxième Hiroshima.



J’ai préféré insister sur le côté métaphysique et non sur le côté politique mais il a existé et existe encore une telle confusion entre la métaphysique et la politique, qu’en modifiant la conception immatérielle de la femme, on peut changer son rôle social. Je suis convaincue que le progrès d’une société dépend de l’émancipation de la femme, qui n’est autre que la reconnaissance de sa vraie nature.

Même si la beauté de la femme est un de ses attributs, elle n’est pas réductible à un objet et on ne peut pas lui dire comme Dalí :

"la moindre chose que l’on peut demander à une statue c’est de ne pas bouger".

De quel droit l’homme déprécierait la femme ou la répudierait lorsqu’elle s’avère trop vieille?!

On ne peut pas lui demander non plus un rôle d’esclave inintéressant à l’heure de la technique avancée, la femme ménagère est dorénavant remplacée par des petits robots.

Par ailleurs si ces arguments ne sont pas convaincants, on peut aussi rajouter que dans l’éducation de l’enfant, la mère a toujours eu un rôle important. Donc pour le bien de l’enfant, il est préférable d’avoir une mère cultivée, ouverte au monde, souple. C’était déjà l’argument invoqué par Stendhal au XIXème siècle "Comme mères elles donnent aux enfants males, la première éducation, et cette influence" à 4 ou 5 ans est assez déterminante. Donc quel intérêt l’humanité aurait-elle à dévaloriser la femme?

Après le paradis d’Eden, le paradis artificiel de Baudelaire ne serait-il pas la femme?

" je sais que je te dois la vie. Je sais ce qu’il t’en a coûté de labeur et de soleil sur les épaules. Tu m’as donné la vie, je t’en récompenserai (…) car j’éprouve une joie extraordinaire."

A la question de Virginia Woolf "pourquoi les hommes boivent-ils du vin et les femmes de l’eau?"

Baudelaire répond :

" un homme qui ne boit que de l‘eau a un secret à cacher à ses semblables"…

La femme a caché en effet pendant des siècles une belle nature source d’optimisme.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 26 Février 2007 à 21:25 | Commentaires (1)

PHIL-ANALYSE

Le paradoxe d'être une femme (1ère partie)

Lundi 26 Février 2007

(1ère partie de l'essai "le paradoxe d'être une femme", primé en 2000 et publié par le journal "le vilain petit canard")

"Pourquoi les hommes boivent-ils du vin et les femmes de l’eau" s’interrogeait Virginia Woolf.


Le paradoxe d'être une femme (1ère partie)
Cette question en elle même n’a rien de pertinent, mais imprégnons nous surtout du ton de cette phrase: ton sans rancune, sans révolte, juste une tentative de comprendre certains clichés, ces petits vestiges de l’Histoire.

Quand on voit l’automne engourdir la nature, les feuilles tomber des arbres, elles sont si frêles, si légères, si ovales, qu’on a l’impression qu’elles tombent avec l’allure d’une femme. Allure d’une femme… J’ai une appréhension qui s’agrippe à ma main: Pourquoi toutes les femmes auraient-elles la même allure? Je me rappelle du sentiment amer que m’avait provoqué cette petite phrase de Kierkegaard "La femme ressemble a une fleur, comme les poètes aiment à le dire et même la spiritualité a en elle un caractère de végétatif."

Même si l’art a loué la candeur féminine, immortalisé leur peau de pêche par des peintures à huile, sculpté leurs seins dans la froideur d’une pierre et fait cracher des fontaines par des lèvres pulpeuses de sirènes… On ne peut pas réduire la femme à un instrument poétique.

"Femmes végétatives", "Animal domestique", " par nature destinée a obéir", toutes ces expressions qui animalisent la femme sont comme des coups de hache.

Comment rester imperturbable, continuer a boire mon café sur une terrasse ombragée, et du bout de mes doigts faire des anglaises avec mes cheveux.

A la question "existe-t-il une nature féminine?", par ressentiment, j’ai envie de répondre NON.

Mais je repense à Virginia, ce n’est pas pour rien que je l’ai citée en premier: NE PAS écrire, NE JAMAIS écrire sous l’impulsion de la Vengeance.

Non je ne veux pas faire comme Schopenhauer, parler d’un millions de femmes à partir d’une mauvaise mère.

Il est clair que les hommes sont loin d’avoir écrit sous la conduite de la méthode cartésienne "ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment pour telle"... Ils ont taché beaucoup de livres par leurs instincts, leurs émotions, et leurs ressentiments. Donc la tache qui incombe à cet essai n’est pas de discourir sur la supériorité de l’homme ou de la femme, puisque de toute façons toutes ces conclusions passées dérivent de l’ignorance. N’épuisons plus notre pensée à savoir : si l’homme ou la femme est supérieure, laissons plutôt ces enfantillages aux gens frustrés.

Ce faisant, le passé me met en garde, employer le terme de nature est dangereux. Dans le terme nature, il se cache un caractère immuable, qui ne peut pas être transformé par les Hommes. La nature a une connotation de prison, de loi absolue qui enchaîne. Certaines femmes ont la nausée de cette expression "nature féminine" car elles ont l’impression de se piquer à du fil barbelé, peur de tomber sur un anthropologue qui énoncera "rien dans la nature n’est sans signification", ou encore peur de se faire poursuivre par des religieux fanatiques qui emploieront le terme "la femme moderne est contre nature". Autant dire que la nature féminine est un piège. Pourtant je pense qu’on peut affirmer un dualisme sans tomber pour autant dans le leurre de la subordination. De toute façon "chassez les seins, et ils reviennent au galop…"

Plutôt que de lire ce qu’ont écrit les hommes, je préfère marcher dans la rue, et contempler ces jupes qui flirtent avec le vent et ces pantalons qui n’ont plus l’exclusivité masculine. Mon regard tombe sur une poussette d’enfants puis se cogne à une pervenche. Puis je m’arrête devant une cathédrale. Elle sent le moyen age et a un air très hautain. Je me sens écrasée. Cet écrasement me rappelle quelque chose…. Comme une phrase de Stendhal "toutes nos idées sur les femmes nous viennent en France du catéchisme de 3 sous…"

Près de cet endroit, je pressens une déchirure… Oui je repense vaguement aux philosophes de la métaphysique, à Kant, Saint Augustin, à la religion en général et j'ai comme l'impression qu'ils ont estropié la nature féminine. Ils l’ont cassée en deux: d’un côté la femme mère qui enfante et d’un autre côté la femme sensuelle, être de désir qui dévoie l’homme. Oui les hommes ont scindé la femme en deux. Diviser pour mieux régner, dit-on… Seul le rôle de mère a été sacralisé et le reste diabolisé. Alors s’est proliféré le paradoxe féminin. La femme oscille entre son côté maternel et son envie d’être reconnue en tant que "femme en soi".

La religion ne lui a accordé qu’un seul rôle, celui d’une mère, et le modernisme lui a accorde le second, celle de la femme émancipée. Mais la fêlure reste.

Je dis bien fêlure et non pas aliénation. Il ne s’agit pas de l’intrusion d’un élément étranger dans la femme, mais plutôt d’une sorte de dédoublement. L’homme lui, ne connaît pas ce paradoxe. Il ne connaît pas ce contraste de femme d’intérieur et de femme active, cette lutte entre l’envie de rejeter l’ascétisme tout en conservant le sentiment maternel… Je pense que la femme vit mal cette fêlure, et qu’elle aimerait réconcilier ses deux natures pour se retrouver entière.

Donc je ne m’en prendrai pas à la politique (surtout pas après la loi sur la parité…), ni à la disparité des salaires, ni encore a notre langage qui a eu du mal a accepter la féminisation du terme écrivain (on ne va tout de même pas se battre sur des e ou des a, et le fait que le masculin l’emporte sur le féminin en grammaire…).

Mais je pense que ce n’est pas un hasard si en Europe la pratique de la religion a subi un déclin lors de l’émancipation des femmes.

Pourquoi la métaphysique a-t-elle dénaturé la femme?

Pour cela je vous invite à vous replonger dans le passé, non dans un passé exhaustif, mais pour survoler quelques petits vestiges de la métaphysique qui a transformé la nature en un univers abstrait où la femme a été déchue. La philosophie comme l’astrophysique actuelle manque "de seins", si je puis me permettre.

Apres avoir effleuré ce monde abstrait en papier, moniste et monotone, nous nous arrêterons au XX siècle, ce siècle ayant sacralisé trois marqueurs importants pour l’histoire de la femme: Freud, Marx, Nietzsche ( même si celui-ci ne l’a pas fait exprès…). Ces trois philosophes ont remis en cause la vision moniste de l’homme. En effet à travers ces trois philosophes "du soupçon", se révèleront la fêlure de la nature féminine ainsi que le détrônement de la toute puissance masculine.

Mais la femme n’attend qu’une chose: maintenant qu’elle a toutes les pièces du puzzle, il faut qu’elle se reconstruise une identité, non pour s’enraciner mais juste pour exister…
















I. Un monde abstrait sans la rotondité terrestre…





L’origine du monde.

Rappelez vous de ce tableau "l’origine du monde" de Gustave Courbet, où une femme écarte les cuisses et où l’on voit une drôle de foret noire… Oui c’est vrai que l’on pourrait fermer les yeux car avouons le : c’est obscène. Pourtant c’est de là que nous sommes sortis. Oui vous tous, nous tous, ne sommes malheureusement pas sortis de la cuisse de Jupiter mais d’une femme. Oui c’est toujours le même scénario: un bébé joliment fripé sort de la sueur d’une femme et puis on coupe le cordon ombilical. Oui je répète: on coupe le cordon ombilical, non pour me prêter des accents freudiens mais pour faire retentir cette déchirure qui ne me parait pas anodine. Alors, apparaît en grandissant le sentiment d’absurdité, cette souffrance de la séparation. Cette absurdité qui est l’une des causes de la quête métaphysique.

L’homme n’est pas satisfait d’une origine charnelle, cela n’est pas assez abstrait et surtout le conduirait a une dépendance vis a vis de la femme, que lui "maître et possesseur de la nature" ne puit tolérer. Alors pourquoi ne pas masculiniser l’origine du monde en la noyant dans l’abstraction?

La négation de l’origine du monde.

" Au commencement Dieu créa le ciel et la terre…"

Arrêtons nous la. Le dualisme ne fait que commencer. La terre, imprégnée d’un fort côté maternel, et le ciel symbolisant la place masculine, on peut déjà remarquer la place subordonnée de la terre…

Et cette conception n’est pas qu’occidentale. Pour Confucius, la terre est un "réceptif" et le ciel "un créateur". Autrement dit remplacez terre par mère, et ciel par père, et voila qu’en ressort une nature féminine passive, non plus origine du monde mais porteuse du monde.

Sous l’Antiquité…

Bien que le polythéisme était beaucoup plus favorable a un symbolisme diversifié de la femme, il n’en reste pas moins que les mythes n’ont pas toujours révélé la femme comme le foyer de la vie… Considérons le mythe de Prométhée et de Pandore. Prométhée a sauve les hommes en leur redonnant le feu volé a Zeus. Zeus dans sa fureur a puni les hommes en leur envoyant Pandore ce "beau mal" qui n’était pas un male mais une femme. Pandore était porteuse de toutes les maladies, fatigue, désespoir, elle leur a apporte la mort. Voyez comment la femme fait un bond d‘Eros a Thanatos…

Dans l’univers de notre Platon géomètre…


Platon était peut-être plus sensible aux angles droits qu’aux rondeurs… Sur terre, la vérité n’est pas visible, le monde sensible est un trompe l’œil. Des lors Il nous incite a sortir de la caverne ( la caverne serait-elle d’ailleurs le symbole du ventre de la femme?), pour aller rejoindre la vraie lumière, celle du monde intelligible. Nos sens nous trompent, Platon méprise l’apparence en ce qu’elle est fallacieuse. Conséquence: la beauté naturelle de la femme en prend un coup, elle aussi, elle est fausse.

C’est vrai que c’est Diotime, une femme qui a délivré l’art de l’amour spirituel a Socrate. Je ne cherche pas a dénigrer la sagesse socratique, mais simplement a mettre en relief le fait qu’en créant un monde abstrait, le corps pourtant source de vie s’est transformé en une prison. Et Dionysos, dieu de l’ivresse et des forces productrices, est mort. Et la femme active avec… D’ailleurs dans la mythologie la divinité de Dionysos était mise en doute, comme celle de la femme, sorte de déesse boiteuse. Pourtant Socrate utilisait bizarrement la méthode de l’accouchement pour assagir les hommes…

Quand Eve croqua la pomme…

Naquit le concept de la mort. Dieu, furieux, a puni l’humanité en la chassant du paradis d’Eden. "Tu enfanteras dans la douleur" dit-il a la femme. Et tout cela pour une pomme, une fausse rondeur de sein… La femme devient alors a son tour le fruit défendu. Le concept de la femme devient alors un clonage de femme-mère.

Ou intervient alors la scission?


La femme n’est plus qu’un "réceptacle", elle est coincée dans un schéma de subordination. Elle reçoit simplement la semence de l’homme "créateur" mais n’engendre pas véritablement, elle ne fait que couver. Ce n’est pas elle qui possède l’"idée", car seule l’intelligence de l’homme modèle le monde. Des lors la femme est un être statique, elle étouffe dans le cliché de la pureté, et se congèle dans l’innocence. Il ne faut surtout pas qu’elle se fasse remarquer, la pudeur est son destin. Elle doit cacher son côté fallacieux. Puisque que son destin est d’être mère et d’enfanter dans la douleur, elle se cogne a la finitude. Pour elle, le temps n’existe pas. La femme devient alors insipide, et ce qui fait encore plus bondir c’est d’entendre l’écho de Don juans se plaindre "ah, l’amour d’une femme n’est qu’habitude et faiblesse"… L’homme lui, préfère la puissance et l’infini. Cet infini qui me permet de faire la transition avec le côté métaphysique de la science pure.

<b>L’astrophysique : construction de l’univers, fantasme d’auto-enfantement de l’homme? </b>

Ne trouvez-vous pas que la phrase "oui mais cela a été prouvé scientifiquement…" est comme une parole sacrée, une certitude, une formule polie qui vous invite gentiment a "vous écraser". Apres le dieu historique, le dieu prouvé mathématique…

"une brève histoire du temps" de Stephen Hawking, ce livre manque de sexe, comme le souligne christian Magnan. C’est vrai que finalement vouloir enfermer la nature dans des lois, est un discours typiquement masculin. Car tout expliquer permet de dominer... Bien que j'aime la saveur optimiste de "maître et possesseur de la nature" de notre cher Descartes, l’on peut néanmoins reconnaître que cette phrase est imbibée d’instincts masculins, de cet esprit de conquête donjuanesque, comme un Napoléon en manque d’espace. L’homme a toujours vu grand, voire trop grand. Il oublie que la nature n’est pas qu’un objet a soumettre mais aussi un don. Par ailleurs vouloir réduire les lois de l’univers a une seule équation est de la prétention masculine. Cette seule équation qui permettrait alors de se projeter dans une vérité universelle… Oui l’homme a la tendance du machinisme. Il veut toujours tout systématiser, que rien ne lui échappe. C’est la raison pour laquelle par exemple le concept de l’âme, concept non traduisible en logique est souvent juge absurde.

L’homme prête a l’univers les mêmes attributs qu’il utilise pour décrire son dieu : "Un et Unique, Indivisibilité, éternité, puissance, totalité, immanence, transcendance". Donc nous retrouvons ce concept de l’infini, qui pourtant n’est qu’un concept mathématique non éprouvable dans le monde empirique. D’ailleurs au passage, c’est par ce concept de l’infini que Descartes en déduit l’idée de dieu, comme c’est étrange…

L’homme se croit plus infini que la femme, qui elle, a été souvent réduite a un organe reproducteur.

Les hommes se sont construits un univers qui ne nous concerne pourtant pas directement, et oublient la vraie nature, celle dans laquelle ils respirent, cette terre dont ils abusent juste pour assouvir leur puissance.

Ils ont eu le même comportement envers la femme : la femme engendre des enfants pour qu’ils aillent servir une "Patrie" (une sorte de père), et gîser sur des champs de bataille. Tout cela pour dominer quoi? Avoir une puissance sur quoi? Tout cela fait partie d’un fantasme masculin que la nature féminine a du mal a pardonner.

Malgré ce vieux réflexe métaphysique repris par la science pure, notre XXeme siècle a été celui de l’époque du soupçon. Certes ce fut aussi un siècle gorgé de crimes et de terreur, mais n’est-ce pas le signe que l’homme voyant sa puissance mordue par de nouvelles théories a eu peur… Et il s’est finalement rendu en 1945 en accordant le droit de vote aux femmes. Freud, Marx, Nietzsche, ces philosophes qui sont encore a l’apogée de controverses interminables, ont été d’ailleurs récemment qualifiés par Jean Paul II lors de sa visite a Yad Vashem des trois philosophes de "la mort de dieu". Cette "mort de dieu"qui, a-t-il dit, a préparé la "mort de l’homme". Mais le problème est de savoir, homme avec un grand H ou petit h…


II. la mort de l’homme

(ou la redécouverte d’une autre nature féminine)

Les vents tournent à la fin du XIX aime siècle ( au tour de l’homme de se faire "casser"?…). Ce n’est pas de la vengeance, mais simplement le fait que les hommes inventent de nouvelles théories qui n’ont plus le reflet souhaité, ou alors est-ce Narcisse qui se noie dans sa propre image…

Le concept de l’homme n’a plus l’aspect d’une toute puissance, il chute: un peu comme la pomme de Newton, il faut qu’il reconnaisse que lui aussi est soumis au champ de pesanteur. C’est un peu comme la chute d’Icare, son père lui avait dit de ne voler ni trop haut ni trop bas et il a fini par perdre ses ailes. L’homme n’a jamais voulu reconnaître ses limites. Certes, Il a raison de vouloir repousser ses limites, mais il confond "repousser" et "anéantir"... A force de vouloir nier ses propres limites, il en ressort un côté fortement tinté de nihilisme. De toute façon je ne cherche pas a plaider pour la mesure, pour la sagesse socratique du "connais toi même". Mais cela dit l’homme a toujours cherché a enfermer la femme dans des définitions, sans jamais s’inclure. Mais avec Freud, l’homme prend conscience d’un sentiment d’altérité. Il reconnaît le petit bout de femme (sa mère) qui est en lui ou encore ce chromosome X qu’il partage avec Y. Et par Marx, il abandonne l’idée d’une femme "propriété privée". Et c’est a partir de cette révélation que la nature de la femme se re dévoile sans pour autant se recoller.

1. Conscience déchirée.

L’homme, de la même façon qu’il avait imaginé son dieu "Un et Unique", se croyait indivisible, au contraire de la femme qui elle, se démultiplie (métaphoriquement) pour donner naissance à un bébé. Freud a osé écorcher ce caractère indivisible en mettant fin à l’empire d’un MOI absolu. Oui, l’inconscient, cette sorte de petit diable, vient aliéner l’homme. Désormais l’homme n’est pas le seul maître en son royaume, mais doit coopérer avec une sorte de monstre à deux pattes (le ça et le surmoi). Finalement cette dualité le replonge dans la même dualité qu’il avait connu avec son homologue féminin. Cet inconscient est "bisexuel", c’est à dire qu’il est à la fois le monstre invisible du père et de la mère. L’homme apprend non seulement qu’il a un adversaire, mais aussi un complexe, ce fameux complexe d’Oedipe... Il a en lui non l’origine du monde dont il avait tant rêvé, mais celle un peu bâtarde, charnelle, cette peau, ce parfum de femme qui n’est autre que sa mère. Beaucoup d’écrivains n’ont pas renié cet attachement profond à leur mère, que ce soit Albert Cohen dans "le livre de ma mère", ou Gide qui à la mort de sa mère s’est écrié "désespéré mais libéré" il existe en littérature une nostalgie de la mère comme il existe une aspiration à la liberté à travers la mer.

Qu’importe que la psychanalyse soit une pseudo-science ou une fantaisie littéraire, ce qui nous intéresse est qu’elle ait réintroduit dans l’homme cette présence féminine pourtant si redoutée dans les caractères donjuanesques.

L’homme aussi a un intérieur qu’il ne peut pas fuir. Mais il doit aussi accepter l’idée qu’il ne peut posséder ses fantasmes...

2. Propriété déchirée

Marx et Engels avaient fait naître un courant féministe communiste, par l’idée que la société divisée en deux classes n’était que le prolongement de la scission familiale, entre la mère incapable de jouir d’une propriété et l’homme patriarche de la famille. La femme, en tant que "machine" ou "organe reproducteur", n’était que la propriété privée de l’homme, et cette dualité s’est profilée dans un schéma d’exploitation Patron/Ouvrier. Certains pensent que c’est la propriété qui a créé le concept de fidélité : l’homme transmettant son héritage à ses rejetons voulait s’assurer de sa paternité, à cette fin il exigeait de la femme une fidélité irréprochable (autant dire que le mythe de l’amour en prend un coup et rejette l’idée de fidélité comme preuve d’amour, ou encore la phrase bordée de romantisme "veux-tu m’appartenir?", se voit transmuter en un concept matérialiste.) Mais si l’on prend le point de vue de Schopenhauer, ce serait le femme qui a créé la fidélité pour emprisonner l’homme inconstant dans un foyer qu’il aurait quitté aussitôt la femme déplumée par la vieillesse... Comme si l’homme avait le droit de posséder la beauté...

C’est vrai qu’à travers la propriété, on retrouve le principe de la monogamie. Mais est-ce que la propriété en est la seule cause? Je soumets juste cette question pour se rendre compte du fait qu’en donnant à la femme le droit de posséder des biens on pouvait prévoir que cela allait quelque peu briser la solidité du mariage : la femme ne dépendant plus du pouvoir matériel de son mari. Il est vrai que pour que la monogamie subsiste (j’entends par la une monogamie absolue, c’est a dire l’union d’une femme et d’un homme durant tout une vie), l’amour devra être plus fort que le confort matériel. C’est vrai que maintenant le concept de l’amour doit s’extérioriser du concept de la possession, et je pense que c’est encore une transition difficile pour notre époque. Quel est le rapport de l’amour avec la femme? Et bien comme l’amour, la femme délivrée de son étiquette de propriété privée, doit retrouver une unité, une autonomie. Elle n’appartient désormais qu’à même, et c’est justement là où son paradoxe apparaît.



Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 26 Février 2007 à 19:57 | Commentaires (1)

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