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Gabriel JEUGE
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QUESTIONS ACTUELLES
SAMEDI 06 SEPTEMBRE 2008 : EN ATTENDANT LE PAPE: NOTES SUR LES 'BERNARDINS' - LES 'J.O PARALYMPIQUES'
06/09/2008
PROGRAMME:
- DANS QUELQUES JOURS, LE PAPE BENOÎT XVI SERA EN FRANCE. AVANT D'ALLER À LOURDES, IL SERA À PARIS, OÙ IL CÉLÉBRERA UNE MESSE SUR L'ESPLANADE DES INVALIDES... IL DOIT S'ADRESSER AU MONDE INTELLECTUEL DANS LE COUVENT NOUVELLEMENT RESTAURÉ DES "BERNARDINS" (VOIR LA NOTICE EN FRANÇAIS)
- APRÈS LES J.O DE PÉKIN, ONT LIEU, TRADITIONNELLEMENT, SUR LES LIEUX MÊMES, LES "J.O PARALYMPIQUES", DESTINÉS À DES ATHLÈTES HANDICAPÉS PHYSIQUEMENT. MOINS CONNUS, CES JEUX MÉRITENT CEPENDANT NOTRE ATTENTION, CAR ILS MANIFESTENT L'EXTRAORDINAIRE VOLONTÉ DE VIVRE QUI ANIME CES ATHLÈTES.
UNE VUE DES BERNARDINS
NOTICE SUR LES "BERNARDINS"
Le mot : « Bernardins »
Manière commune de désigner les cisterciens après la réforme de l’ordre bénédictin à partir de 1098 par Robert de Molesme et surtout saint Bernard de Clairvaux. Ce noble bourguignon, entré en 1112 à Cîteaux, a été très vite envoyé à la tête d’un groupe de moines pour fonder une abbaye cistercienne dans la vallée de Langres (« claire vallée », devenue « Clairvaux ») dans laquelle il impose une discipline sévère.
En 1245, Étienne de Lexington, abbé de Clairvaux, achète un domaine au pied de la montagne Sainte-Geneviève à Paris et y construit un collège sur le modèle architectural cistercien. À la Révolution, le collège est vendu comme bien national : il devient prison pour galériens, puis entrepôt, avant d’accueillir successivement une fourrière, une école primaire puis, en 1845, une caserne de sapeurs-pompiers.
L'un des joyaux de l'architecture gothique dans la capitale
En 1245, alors que Notre-Dame n’a pas fini d’élever ses tours, Étienne de Lexington, abbé de Clairvaux, est encouragé par une bulle du pape Innocent IV à envoyer des cisterciens (appelés aussi bernardins, en référence à saint Bernard, leur réformateur) étudier à Paris. Il achète un domaine au pied de la montagne Sainte-Geneviève et y fait construire un collège sur le modèle architectural des abbayes cisterciennes.
À la Révolution, l’église est détruite et le collège vendu comme bien national : il devient prison pour galériens, puis entrepôt, avant d’accueillir successivement les archives de la préfecture, une fourrière, une école primaire puis, en 1845, une caserne de sapeurs-pompiers. On avait envisagé un temps d’y installer l’École des chartes puis un musée, mais aucun de ces projets n’a abouti.
Claire LESEGRETAIN
DISCOURS DU PAPE
Le discours du pape au monde de la culture aura lieu dans le collège des Bernardins
Ce sont 650 invités, écrivains, comédiens, artistes, universitaires, etc., qui ont été conviés par le cardinal André Vingt-Trois à la rencontre avec le pape dans ce nouveau lieu ouvert à la culture de ce temps
Le discours de Benoît XVI au « monde de la culture », vendredi 12 septembre à 17 h 30 au collège des Bernardins, devrait être l’un des temps forts de sa visite en France. La rencontre a un temps été envisagée à l’Institut, quai Conti à Paris, le cardinal Joseph Ratzinger étant, depuis 1992, membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. Mais, pour des raisons essentiellement pratiques, la solution proposée par le diocèse de Paris a été retenue : la grande salle gothique du collège des Bernardins bénéficiera là d’un lancement exceptionnel.
650 invités seront présents, représentant le monde de la culture dans sa diversité : écrivains, comédiens et metteurs en scène, artistes plasticiens, mais aussi éditeurs, universitaires et patrons de presse.
"En aucun cas le caractère confessionnel n’a donc joué"
En pratique, le cabinet du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, s’est chargé des invitations, demandant à chaque diocèse de lui indiquer des noms, ainsi qu’aux personnes chargées, dans l’Église, de l’interface avec la culture (aumôniers des artistes…). Il a également décidé d’inviter certains des intervenants des conférences de Carême de Notre-Dame.
Enfin, certains seront présents « ès qualités », comme les membres de l’Académie des sciences morales et politiques, de l’Académie française, et les dix-huit membres du comité de parrainage du collège des Bernardins, des personnalités – comme Jacques Delors, Michel Camdessus, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, ou encore l’historien et diplomate israélien Elie Barnavi – qui ont apporté leur aide pour la recherche de mécènes. « En aucun cas le caractère confessionnel n’a donc joué », souligne la communication du diocèse.
Une prestigieuse assemblée
Au final, c’est une prestigieuse assemblée qu’a constituée le cardinal Vingt-Trois. Denis Tillinac, Daniel Rondeau ou Daniel Pennac seront quelques-uns des écrivains présents. Valère Novarina, Olivier Py et Henri Tisot, entre autres, représenteront la scène théâtrale.
Aux côtés de Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, et de Jean-Jacques Aillagon, l’un de ses prédécesseurs, siégeront de nombreux professionnels du secteur : Jean de Loisy, critique d’art et commissaire de l’exposition « Traces du sacré » au Centre Pompidou, le président du Musée d’Orsay, Guy Cogeval, le directeur du théâtre du Châtelet à Paris, Jean-Luc Choplin, ou encore Jean-Marie Caplet, le directeur du cinéma parisien l’Arlequin.
De nombreux universitaires ont également accepté l’invitation du pape, comme les philosophes Jean-Luc Marion, Michel Serres, Julia Kristeva, Rémi Brague ou encore Abdelwahab Meddeb.
Enfin, Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, Patrick de Carolis, président de France Télévisions (et membre du comité de parrainage du collège des Bernardins), Étienne Mougeotte, directeur de la rédaction du Figaro, ainsi que Bruno Frappat, président du directoire du groupe Bayard, et Dominique Quinio, directrice de La Croix, seront quelques-uns des représentants du monde des médias.
Anne-Bénédicte HOFFNER
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Le mot : « Bernardins »
Manière commune de désigner les cisterciens après la réforme de l’ordre bénédictin à partir de 1098 par Robert de Molesme et surtout saint Bernard de Clairvaux. Ce noble bourguignon, entré en 1112 à Cîteaux, a été très vite envoyé à la tête d’un groupe de moines pour fonder une abbaye cistercienne dans la vallée de Langres (« claire vallée », devenue « Clairvaux ») dans laquelle il impose une discipline sévère.
En 1245, Étienne de Lexington, abbé de Clairvaux, achète un domaine au pied de la montagne Sainte-Geneviève à Paris et y construit un collège sur le modèle architectural cistercien. À la Révolution, le collège est vendu comme bien national : il devient prison pour galériens, puis entrepôt, avant d’accueillir successivement une fourrière, une école primaire puis, en 1845, une caserne de sapeurs-pompiers.
L'un des joyaux de l'architecture gothique dans la capitale
En 1245, alors que Notre-Dame n’a pas fini d’élever ses tours, Étienne de Lexington, abbé de Clairvaux, est encouragé par une bulle du pape Innocent IV à envoyer des cisterciens (appelés aussi bernardins, en référence à saint Bernard, leur réformateur) étudier à Paris. Il achète un domaine au pied de la montagne Sainte-Geneviève et y fait construire un collège sur le modèle architectural des abbayes cisterciennes.
À la Révolution, l’église est détruite et le collège vendu comme bien national : il devient prison pour galériens, puis entrepôt, avant d’accueillir successivement les archives de la préfecture, une fourrière, une école primaire puis, en 1845, une caserne de sapeurs-pompiers. On avait envisagé un temps d’y installer l’École des chartes puis un musée, mais aucun de ces projets n’a abouti.
Claire LESEGRETAIN
DISCOURS DU PAPE
Le discours du pape au monde de la culture aura lieu dans le collège des Bernardins
Ce sont 650 invités, écrivains, comédiens, artistes, universitaires, etc., qui ont été conviés par le cardinal André Vingt-Trois à la rencontre avec le pape dans ce nouveau lieu ouvert à la culture de ce temps
Le discours de Benoît XVI au « monde de la culture », vendredi 12 septembre à 17 h 30 au collège des Bernardins, devrait être l’un des temps forts de sa visite en France. La rencontre a un temps été envisagée à l’Institut, quai Conti à Paris, le cardinal Joseph Ratzinger étant, depuis 1992, membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. Mais, pour des raisons essentiellement pratiques, la solution proposée par le diocèse de Paris a été retenue : la grande salle gothique du collège des Bernardins bénéficiera là d’un lancement exceptionnel.
650 invités seront présents, représentant le monde de la culture dans sa diversité : écrivains, comédiens et metteurs en scène, artistes plasticiens, mais aussi éditeurs, universitaires et patrons de presse.
"En aucun cas le caractère confessionnel n’a donc joué"
En pratique, le cabinet du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, s’est chargé des invitations, demandant à chaque diocèse de lui indiquer des noms, ainsi qu’aux personnes chargées, dans l’Église, de l’interface avec la culture (aumôniers des artistes…). Il a également décidé d’inviter certains des intervenants des conférences de Carême de Notre-Dame.
Enfin, certains seront présents « ès qualités », comme les membres de l’Académie des sciences morales et politiques, de l’Académie française, et les dix-huit membres du comité de parrainage du collège des Bernardins, des personnalités – comme Jacques Delors, Michel Camdessus, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, ou encore l’historien et diplomate israélien Elie Barnavi – qui ont apporté leur aide pour la recherche de mécènes. « En aucun cas le caractère confessionnel n’a donc joué », souligne la communication du diocèse.
Une prestigieuse assemblée
Au final, c’est une prestigieuse assemblée qu’a constituée le cardinal Vingt-Trois. Denis Tillinac, Daniel Rondeau ou Daniel Pennac seront quelques-uns des écrivains présents. Valère Novarina, Olivier Py et Henri Tisot, entre autres, représenteront la scène théâtrale.
Aux côtés de Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, et de Jean-Jacques Aillagon, l’un de ses prédécesseurs, siégeront de nombreux professionnels du secteur : Jean de Loisy, critique d’art et commissaire de l’exposition « Traces du sacré » au Centre Pompidou, le président du Musée d’Orsay, Guy Cogeval, le directeur du théâtre du Châtelet à Paris, Jean-Luc Choplin, ou encore Jean-Marie Caplet, le directeur du cinéma parisien l’Arlequin.
De nombreux universitaires ont également accepté l’invitation du pape, comme les philosophes Jean-Luc Marion, Michel Serres, Julia Kristeva, Rémi Brague ou encore Abdelwahab Meddeb.
Enfin, Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, Patrick de Carolis, président de France Télévisions (et membre du comité de parrainage du collège des Bernardins), Étienne Mougeotte, directeur de la rédaction du Figaro, ainsi que Bruno Frappat, président du directoire du groupe Bayard, et Dominique Quinio, directrice de La Croix, seront quelques-uns des représentants du monde des médias.
Anne-Bénédicte HOFFNER
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UN GYMNASTE UNIJAMBISTE
Les JO paralympiques, belle compétition sportive
Retour à Pékin pour l’autre compétition olympique qui commence ce samedi.
La fête durera deux semaines. On attend une bonne prestation des Français
Ils sont presque tous là , les sélectionnés français pour les Paralympiques, ce samedi 30 août, à la Fédération handisport, à Paris. Les judokas en jaune, les pongistes en bleu, les athlètes en blanc et les nageuses en rose et blanc. Tous tendus, réservés, discrets. Heureux de se revoir, mais sans effusion. Déjà concentrés sur leur épreuve, ils concèdent quelques instants aux journalistes venus les interroger.
Les plus anciens regrettent que la presse ne s’intéresse pas plus à eux et que La Croix soit le seul journal qui ait demandé à la Fédération une accréditation pour suivre ces Jeux olympiques des personnes handicapées.
La tension se sent dans les regards. Certains ont les nerfs à vif. « Même les politiques nous ignorent », tempête Xavier Le Draoullec, qui va tenter de décrocher une médaille en saut en longueur. Lui, l’ancien militaire amputé de la jambe gauche après avoir sauté sur une mine au Liban, ne décolère pas. « Chirac, au moins, il savait faire. Il était venu nous encourager avant notre départ pour Sydney et pour Athènes, et ce geste-là était très important pour nous, mais aujourd’hui, pas de président, pas un ministre. Ils se fichent de nous. » Le secrétaire d’État aux sports, Bernard Laporte, est tout de même là , le lendemain soir, pour saluer ceux qui n’étaient pas partis, et la secrétaire d’État à la solidarité, Valérie Létard, a rappelé dans un communiqué que « chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte ». Service minimum.
Tous les deux seront à Pékin pendant la première semaine pour encourager les Français.
Car ces très jeunes sportifs sont fragiles, capricieux et susceptibles, comme tous les athlètes de haut niveau.
Que nul ne se méprenne ! Les Jeux paralympiques ne relèvent ni du mérite ni du courage. « Nous ne sommes pas des handicapés qui font du sport mais des sportifs qui veulent gagner une médaille pour nous, pour la France, pour notre ville ou notre région et notre entraîneur », dit Emeric Martin, capitaine de l’équipe de France. C’est dire qu’à ce niveau, le sport pour handicapés a dépassé l’image qu’il avait au départ. Il n’est plus une thérapie pour surmonter les séquelles de l’accident ou pour aider à assumer le handicap, mais une grande épreuve, certes spectaculaire, mais sportive avant tout.
À observer leur entraînement tout au long de l’année, le nombre de stages et de compétitions, force est de constater que plus rien ne distingue un athlète de haut niveau valide ou handicapé. « Nous avons le même type de préparation et les mêmes exigences, que ce soit au niveau physique, mental et psychologique.
Les Jeux olympiques pour valides et pour handicapés demandent des qualités comparables », ajoute Joël Jeannot, médaillé d’or à Athènes sur 10 000 m en fauteuil.
Jusque dans les années 1970, on regardait la différence, on voyait plus l’exploit du handicapé que la performance sportive. Maintenant, ces athlètes sont souvent des jeunes très sportifs avant d’avoir un accident et qui, en fauteuil, poursuivent leur sport ou un autre. « Ce qui est difficile à percevoir pour le grand public, c’est la notion de performance, explique Christian Paillard, directeur technique national, grand ordonnateur de la préparation. Quand un tétraplégique lance le poids de 4 kg à trois mètres, comment pouvezvous savoir si c’est une bonne performance ? Moi je peux l’apprécier parce que je sais que ses biceps et ses triceps ne sont plus fonctionnels et qu’il a réussi ces trois mètres par le déclenchement rapide de l’épaule, par la force d’inertie et par une technique très travaillée, mais cela ne saute pas aux yeux. L’image du sportif handicapé change quand le public apprend que, pour arriver à ce niveau, certains ont effectué 18 stages nationaux. »
La belle histoire des Paralympiques commence à la fin de la dernière guerre mondiale. D’anciens aviateurs de la Royal Air Force, blessés et devenus paraplégiques, sont alors en rééducation près de Londres. Le directeur de
l’établissement, le docteur Ludwig Guttman, neurochirurgien, pense qu’ils seront sûrement mieux dans leur peau de handicapé s’ils font du sport. Il monte des équipes de basket et de tir à l’arc, et, le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, en 1948 , il organise dans son centre de rééducation des compétitions en fauteuils roulants. C’était la préfiguration des Paralympiques. Mais il a fallu attendre les Jeux olympiques de Rome, en 1960, pour qu’aient lieu les premiers Jeux officiels pour personnes handicapées. Depuis les Jeux de Séoul, en 1988, les Paralympiques ont lieu dans la même ville, quelques jours après les JO des valides. D’ailleurs, le mot
« paralympiques » vient de para qui signifie « à côté de ». Pour ces Jeux de Pékin, l’équipe de France a de bonnes chances de médailles. Les six premières nations à Athènes (lire ci-contre) seront sûrement intouchables et on s’attend à une razzia de la Chine.
D’abord parce que le pays compte plus de 80 millions de personnes handicapées, ensuite parce qu’il a investi dans des installations sportives adaptées à couper le souffle, enfin parce que le handisport est devenu une cause nationale. La France restera dans le deuxième wagon, probablement dans les 10 premières places car elle n’est présente que dans 13 disciplines sur 20. Mais il faudra se méfier de pays comme la République tchèque et la Pologne qui ont fait beaucoup d’efforts, et le Mexique progresse dans la discrétion.
« Notre potentiel a monté en quatre ans. Les athlètes ont beaucoup plus travaillé et on a complètement changé parce qu’on s’entraîne avec nos collègues valides. On fait des stages avec eux, on bénéficie de leur encadrement, de la logique olympique et cela nous booste énormément », constate Christian Paillard. Le rapprochement avec les valides s’est produit grâce à Jean-François Lamour, ancien ministre des sports et ancien médaillé d’escrime. C’est lui qui a provoqué un déclic grâce à une grande complicité entre escrimeurs valides et handicapés.
Avec des primes alignées sur celles des valides (50 000 € pour une médaille d’or, 20 000 € pour l’argent et 13 000 € pour le bronze), avec une pression de plus en plus grande et un niveau de plus en plus élevé, les dirigeants devront être encore plus vigilants sur le mal qui ronge le sport de haut niveau : la tentation du dopage.
Le sportif le plus dopé de France était un haltérophile handicapé. Il essayait tous les produits interdits. Pour voir. Les dirigeants l’ont convaincu d’arrêter la compétition il y a deux ans. Heureusement, les sportifs paralympiques doivent respecter la même réglementation que les valides et subissent les mêmes contrôles inopinés que les sportifs de haut niveau.
« Récemment, confie le président de la Fédération handisport, Gérard Masson, on en a pris trois qui fumaient des joints en pensant que cela leur ferait du bien. D’autres un peu trop…. d’aspirine. On les a engueulés et ils ont vite arrêté. Nous sommes et serons d’autant plus vigilants que nous savons bien qu’un jeune handicapé est quelqu’un qui vit souvent seul, passe l’essentiel de son temps à regarder la télé et qu’il peut être tenté de trouver des aides artificielles quand la prime est à 50 000 €. »
Quant à la triche au handicap, elle est devenue quasi impossible depuis qu’existent des classificateurs internationaux qui jugent le degré de handicap de chaque sélectionné, et si trois athlètes contestent la classification d’un concurrent il doit repasser devant la commission. « Cependant, de temps en temps on s’interroge », lâche Gérard Masson. Quant au président du Comité français paralympique, André Auberger, il rappelle que ces athlètes paralympiques sont amateurs – sauf quatre ou cinq tennismen et autant de basketteurs professionnels – et qu’ils peuvent pratiquer leur sport uniquement parce que leur employeur leur accorde des allègements d’horaires. Pour la première fois, toutes les entreprises ont détaché à 100 % les sélectionnés français depuis six mois. C’est dire que jamais nos athlètes n’ont d’aussi bonnes conditions avant des JO. C’est bon signe.
DOMINIQUE GERBAUD
Retour à Pékin pour l’autre compétition olympique qui commence ce samedi.
La fête durera deux semaines. On attend une bonne prestation des Français
Ils sont presque tous là , les sélectionnés français pour les Paralympiques, ce samedi 30 août, à la Fédération handisport, à Paris. Les judokas en jaune, les pongistes en bleu, les athlètes en blanc et les nageuses en rose et blanc. Tous tendus, réservés, discrets. Heureux de se revoir, mais sans effusion. Déjà concentrés sur leur épreuve, ils concèdent quelques instants aux journalistes venus les interroger.
Les plus anciens regrettent que la presse ne s’intéresse pas plus à eux et que La Croix soit le seul journal qui ait demandé à la Fédération une accréditation pour suivre ces Jeux olympiques des personnes handicapées.
La tension se sent dans les regards. Certains ont les nerfs à vif. « Même les politiques nous ignorent », tempête Xavier Le Draoullec, qui va tenter de décrocher une médaille en saut en longueur. Lui, l’ancien militaire amputé de la jambe gauche après avoir sauté sur une mine au Liban, ne décolère pas. « Chirac, au moins, il savait faire. Il était venu nous encourager avant notre départ pour Sydney et pour Athènes, et ce geste-là était très important pour nous, mais aujourd’hui, pas de président, pas un ministre. Ils se fichent de nous. » Le secrétaire d’État aux sports, Bernard Laporte, est tout de même là , le lendemain soir, pour saluer ceux qui n’étaient pas partis, et la secrétaire d’État à la solidarité, Valérie Létard, a rappelé dans un communiqué que « chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte ». Service minimum.
Tous les deux seront à Pékin pendant la première semaine pour encourager les Français.
Car ces très jeunes sportifs sont fragiles, capricieux et susceptibles, comme tous les athlètes de haut niveau.
Que nul ne se méprenne ! Les Jeux paralympiques ne relèvent ni du mérite ni du courage. « Nous ne sommes pas des handicapés qui font du sport mais des sportifs qui veulent gagner une médaille pour nous, pour la France, pour notre ville ou notre région et notre entraîneur », dit Emeric Martin, capitaine de l’équipe de France. C’est dire qu’à ce niveau, le sport pour handicapés a dépassé l’image qu’il avait au départ. Il n’est plus une thérapie pour surmonter les séquelles de l’accident ou pour aider à assumer le handicap, mais une grande épreuve, certes spectaculaire, mais sportive avant tout.
À observer leur entraînement tout au long de l’année, le nombre de stages et de compétitions, force est de constater que plus rien ne distingue un athlète de haut niveau valide ou handicapé. « Nous avons le même type de préparation et les mêmes exigences, que ce soit au niveau physique, mental et psychologique.
Les Jeux olympiques pour valides et pour handicapés demandent des qualités comparables », ajoute Joël Jeannot, médaillé d’or à Athènes sur 10 000 m en fauteuil.
Jusque dans les années 1970, on regardait la différence, on voyait plus l’exploit du handicapé que la performance sportive. Maintenant, ces athlètes sont souvent des jeunes très sportifs avant d’avoir un accident et qui, en fauteuil, poursuivent leur sport ou un autre. « Ce qui est difficile à percevoir pour le grand public, c’est la notion de performance, explique Christian Paillard, directeur technique national, grand ordonnateur de la préparation. Quand un tétraplégique lance le poids de 4 kg à trois mètres, comment pouvezvous savoir si c’est une bonne performance ? Moi je peux l’apprécier parce que je sais que ses biceps et ses triceps ne sont plus fonctionnels et qu’il a réussi ces trois mètres par le déclenchement rapide de l’épaule, par la force d’inertie et par une technique très travaillée, mais cela ne saute pas aux yeux. L’image du sportif handicapé change quand le public apprend que, pour arriver à ce niveau, certains ont effectué 18 stages nationaux. »
La belle histoire des Paralympiques commence à la fin de la dernière guerre mondiale. D’anciens aviateurs de la Royal Air Force, blessés et devenus paraplégiques, sont alors en rééducation près de Londres. Le directeur de
l’établissement, le docteur Ludwig Guttman, neurochirurgien, pense qu’ils seront sûrement mieux dans leur peau de handicapé s’ils font du sport. Il monte des équipes de basket et de tir à l’arc, et, le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, en 1948 , il organise dans son centre de rééducation des compétitions en fauteuils roulants. C’était la préfiguration des Paralympiques. Mais il a fallu attendre les Jeux olympiques de Rome, en 1960, pour qu’aient lieu les premiers Jeux officiels pour personnes handicapées. Depuis les Jeux de Séoul, en 1988, les Paralympiques ont lieu dans la même ville, quelques jours après les JO des valides. D’ailleurs, le mot
« paralympiques » vient de para qui signifie « à côté de ». Pour ces Jeux de Pékin, l’équipe de France a de bonnes chances de médailles. Les six premières nations à Athènes (lire ci-contre) seront sûrement intouchables et on s’attend à une razzia de la Chine.
D’abord parce que le pays compte plus de 80 millions de personnes handicapées, ensuite parce qu’il a investi dans des installations sportives adaptées à couper le souffle, enfin parce que le handisport est devenu une cause nationale. La France restera dans le deuxième wagon, probablement dans les 10 premières places car elle n’est présente que dans 13 disciplines sur 20. Mais il faudra se méfier de pays comme la République tchèque et la Pologne qui ont fait beaucoup d’efforts, et le Mexique progresse dans la discrétion.
« Notre potentiel a monté en quatre ans. Les athlètes ont beaucoup plus travaillé et on a complètement changé parce qu’on s’entraîne avec nos collègues valides. On fait des stages avec eux, on bénéficie de leur encadrement, de la logique olympique et cela nous booste énormément », constate Christian Paillard. Le rapprochement avec les valides s’est produit grâce à Jean-François Lamour, ancien ministre des sports et ancien médaillé d’escrime. C’est lui qui a provoqué un déclic grâce à une grande complicité entre escrimeurs valides et handicapés.
Avec des primes alignées sur celles des valides (50 000 € pour une médaille d’or, 20 000 € pour l’argent et 13 000 € pour le bronze), avec une pression de plus en plus grande et un niveau de plus en plus élevé, les dirigeants devront être encore plus vigilants sur le mal qui ronge le sport de haut niveau : la tentation du dopage.
Le sportif le plus dopé de France était un haltérophile handicapé. Il essayait tous les produits interdits. Pour voir. Les dirigeants l’ont convaincu d’arrêter la compétition il y a deux ans. Heureusement, les sportifs paralympiques doivent respecter la même réglementation que les valides et subissent les mêmes contrôles inopinés que les sportifs de haut niveau.
« Récemment, confie le président de la Fédération handisport, Gérard Masson, on en a pris trois qui fumaient des joints en pensant que cela leur ferait du bien. D’autres un peu trop…. d’aspirine. On les a engueulés et ils ont vite arrêté. Nous sommes et serons d’autant plus vigilants que nous savons bien qu’un jeune handicapé est quelqu’un qui vit souvent seul, passe l’essentiel de son temps à regarder la télé et qu’il peut être tenté de trouver des aides artificielles quand la prime est à 50 000 €. »
Quant à la triche au handicap, elle est devenue quasi impossible depuis qu’existent des classificateurs internationaux qui jugent le degré de handicap de chaque sélectionné, et si trois athlètes contestent la classification d’un concurrent il doit repasser devant la commission. « Cependant, de temps en temps on s’interroge », lâche Gérard Masson. Quant au président du Comité français paralympique, André Auberger, il rappelle que ces athlètes paralympiques sont amateurs – sauf quatre ou cinq tennismen et autant de basketteurs professionnels – et qu’ils peuvent pratiquer leur sport uniquement parce que leur employeur leur accorde des allègements d’horaires. Pour la première fois, toutes les entreprises ont détaché à 100 % les sélectionnés français depuis six mois. C’est dire que jamais nos athlètes n’ont d’aussi bonnes conditions avant des JO. C’est bon signe.
DOMINIQUE GERBAUD
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