Dimanche 27 Mai
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Critique du "prêt-à-penser sanitaire" de Pryska Ducoeurjoly, journaliste indépendante

Le dernier rapport de la Miviludes vient de sortir. Inutile de revenir ici en détail sur les conclusions, très médiatisées, de la Mission interministérielle de luttes contre les sectes. En deux mots : attention aux charlatans qui pullulerait dans le chamanisme et la nutrition. Rien de nouveau sous le soleil : les médecines douces dans leur ensemble sont pointées du doigt. Ce qui ne change pas non plus, c’est que la médecine « autorisée » n’est jamais épinglée, comme si la relation thérapeutique n’y était jamais pathogène… Je vous propose un décryptage, pour ne plus être dupe de ces rapports, dont les intentions cachées servent surtout à entretenir un amalgame entre médecines douces et dérives sectaires, dans le but de détourner le citoyen de toute « alternative » au dogme médical actuel. Pour preuve: le traitement médiatique qui s’en suit, très « orienté »…



Il est important de prendre conscience de la malveillance des pouvoirs publics à l’égard des thérapies alternatives, hâtivement qualifiée de sectaires (1). Paradoxalement, le discours officiel apparaît tout aussi sectaire à leur égard, ce qui a pour effet de brouiller notre esprit critique. Ne sommes-nous pas là encore victimes d’une énorme manipulation mentale ?
Comme je l’explique dans mon ouvrage La Société Toxique, l’héritage de Pasteur nous mène à l’impasse médicale : une personne sur trois décède d’un cancer, sans que jamais la médecine ne soit accusée de « charlatanisme », ou plus simplement d’ »incompétence »… Cet échec de la médecine conventionnelle est à l’origine de l’engouement général pour les médecines douces. Ces dernières explosent, en dehors de tout cadre officiel, avec les risques de dérives que cela comporte (et ils sont bien réels : l’escroquerie étant commune à tous les sous-groupes de métier).
Pour comprendre l’intérêt potentiel que peut représenter la santé alternative, nous devons d’abord nous libérer du « prêt-à-penser sanitaire » qui tient systématiquement à nous présenter ses techniques comme dangereuses. Sortons du manichéisme médical actuel, qui tend à rejeter en bloc la partie adverse — ce qui ne permet pas de juger des aspects positifs ou négatifs de chaque pratique (conventionnelle ou alternative).

Pourquoi cet acharnement contre la médecine douce ?

Deux raisons principales président au rejet des pratiques « non conventionnelles » par l’État. Premièrement, les médecines douces intègrent souvent la dimension de la spiritualité dans l’être humain et dans leur pratique. Cette notion est particulièrement gênante dans notre société où la laïcité, principe louable, est souvent confondue avec l’athéisme bien pensant au sens large. Même s’ils les dénigrent en privé, les athées respectent les religions officielles (où l’on jeûne aussi, rappelons-le!); ils se montrent cependant beaucoup moins tolérants vis-à-vis des démarches spirituelles « hors cadre » et se sentent plus libres de les critiquer ouvertement. Le partage d’un ensemble de croyances spirituelles qui ne relèvent pas des grandes religions leur paraît encore plus suspect que de croire en Jésus, Bouddha ou Mahomet. C’est ainsi que les praticiens en magnétisme ou en kinésiologie (2) sont qualifiés de sectaires, tout simplement parce que cela échappe à la sacro-sainte raison cartésienne, même si ces thérapeutes n’exercent aucune pression financière ni un quelconque pouvoir mental sur leur clients, ni le moindre prosélytisme, ni n’entraîne la moindre désociabilisation de l’individu.
Qu’y a-t-il en effet de sectaire dans le fait de croire en Dieu ou en une forme de spiritualité, quelle qu’elle soit ? D’envisager une dimension métaphysique dans l’homme ? Ou de penser que le corps humain est organisé selon une force vitale que certains décrivent comme des « énergies » centralisées par des chakras (comme dans l’hindouisme) ou des circuits invisibles (les méridiens de la médecine chinoise) ?
Au-delà du « péché de croyance », le fait que certains individus prennent en main leur santé et s’émancipent à travers des méthodes « psycho-spirituelles » est particulièrement mal vu, car c’est une manière d’échapper à l’uniformisation de la pensée matérialiste dominante ou, plus largement, au contrôle de l’esprit. D’où la défiance commune de l’État et de l’Église, subitement main dans la main dès lors qu’il s’agit d’encadrer les masses…
La deuxième raison de la défiance de l’État vis-à-vis des méthodes alternatives est qu’elles représentent une menace pour la médecine moderne. Cette dernière, finalement peu sûre d’elle, craint que tout écart du protocole officiel des soins (notamment dans la thérapie du cancer) ne porte un coup fatal à son hégémonie déjà mise à mal par ses mauvais résultats et l’absence de prise en compte de l’individu dans sa globalité. Ce n’est donc pas tant notre santé que l’on veut préserver, mais plutôt la permanence d’un système dogmatique. S’il est juste de pointer le chalatanisme de certains praticiens, on peut néanmoins s’interroger sur les intentions sous-tendues de la Miviludes qui démontre un acharnement régulier (annuel) sur les médecines alternatives, alors que les véritables sectes (type scientologie), désormais connues, passent au second plan.

Fait concordant : l’État souhaite désormais contenir, surveiller et limiter les pratiques de santé alternative. De nombreux journaux spécialisés ont déjà fait l’objet de ses foudres et se sont vus radier de la Commission paritaire (organisme qui accorde des avantages fiscaux non négligeables aux supports de presse). Ce fut le cas des revues Pratiques de santé et Votre Santé, et du magazine Nexus. Ce dernier, après un dossier sur la vaccination, a été jugé « coupable de remettre en cause les acquis de la science et d’inquiéter les esprits les plus fragiles ». Il ne manque plus qu’un autodafé, comme à la belle époque de l’Inquisition ! Vous avez dit liberté d’expression ?

La nouvelle chasse aux sorcières

C’est maintenant au tour des praticiens eux-mêmes de faire l’objet d’une surveillance étroite : le 3 février 2009, un arrêté du ministère de la Santé a créé un « groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique » (les médecines douces).
Ce groupe a pour mission « d’exercer auprès du Directeur général de la Santé une fonction consultative d’aide à la conception, à la mise en œuvre et au suivi de la politique de lutte contre les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dangereuses, et de repérage des pratiques prometteuses [on appréciera l'ordre des priorités du ministère, NdA], de participer à l’élaboration des critères permettant d’apprécier et de hiérarchiser la dangerosité éventuelle d’une pratique non conventionnelle, ou son caractère prometteur, de participer à la conception et au suivi d’actions d’information et de prévention en direction du public ».
Fait caractéristique d’une méthode sectaire : les représentants des pratiques non conventionnelles ont été exclus ! La liste des membres nommés sous la houlette de la Direction de la santé en dit long sur les intentions de l’État à l’égard des thérapies alternatives : un représentant du ministère de la Justice (Direction des affaires criminelles et des grâces), un représentant de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) et un représentant de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ».
Viennent ensuite, entre autres, l’Afssaps, le Conseil de l’Ordre des médecins, l’Académie de médecine, un praticien cancérologue, un rhumatologue et un psychiatre. Autant d’esprits consanguins qui auront du mal à apprécier la portée de pratiques non conventionnelles, étant donné qu’ils y sont par nature opposés… Nul doute que si un praticien non conventionnel venait à être nommé, il se sentirait bien isolé dans ce landernau pasteurien… Il ne faut se faire aucune illusion : la chasse aux sorcières contre les médecines alternatives se durcit, et les travaux de ce groupe serviront à la légitimer…


Notes :

(1) Qu’est-ce qu’une secte ? Je reprends à mon compte la définition de Wikipédia : « Le mot secte a d’abord désigné soit un ensemble d’hommes et de femmes partageant une même doctrine philosophique, religieuse, etc., soit un groupe plus ou moins important de fidèles qui se sont détachés de l’enseignement officiel d’une Église et qui ont créé leur propre doctrine. En ce sens, ce mot n’a rien de péjoratif. Cependant ce terme a pris une dimension polémique, et désigne de nos jours un groupe ou une organisation, le plus souvent à connotation religieuse, dont les croyances ou le comportement sont jugés obscurs ou malveillants par le reste de la société. Cette connotation négative de « secte » est récusée par la plupart des groupes visés, ainsi que par certains juristes et sociologues. Pour dénoncer des activités éventuellement néfastes de certains groupes, l’expression « dérive sectaire » est devenue récemment la formule officielle de certaines structures gouvernementales comme la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Enfin, le mot « sectaire » est passé dans le langage courant et désigne une personne fermée à toute discussion, prompte à rejeter autrui, à le mépriser et à le catégoriser. »

(2) Le Dr Goodheart, un chiropracteur américain, a utilisé le premier le test musculaire dans les années 1960, pour déterminer les blocages vertébraux de ses clients. Le principe de base de la kinésiologie est que le tonus musculaire s’affaiblit dès que quelque chose nous perturbe, que ce soit sur le plan structurel, biochimique ou psychologique. Le praticien évalue la réponse énergétique du muscle et non sa force.


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Dimanche 18 Avril 2010
Pryska Ducoeurjoly
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