Inscription à la newsletter
|
"Lutte contre les sectes : illusion et poudre aux yeux" d'Arnaud Esquerre, sociologue (Libération)
La lutte contre les sectes fait partie des causes qui mobilisent les énergies nationales avec unanimité. Qui pourrait ne pas souscrire à l’idée qu’il faut protéger les êtres humains, et en particulier les plus faibles d’entre eux, contre des entreprises systématiques d’exploitation et de destruction psychiques ?
Personne ne peut et ne doit rester insensible à la détresse humaine. Néanmoins, il est possible que quelqu’un dont la réflexion ne serait pas entièrement suspendue par la sensibilité, nourrisse quelques interrogations, sinon des étonnements, en examinant de plus près la question, à commencer par la diversité des problèmes soulevés.
En effet, la lutte contre les sectes peut, en France, se revendiquer à la fois d’un procès fait pour escroquerie à des membres de l’Eglise de scientologie, d’une nouvelle proposition de réglementation du titre de psychothérapeute (votée dans le cadre de la loi portant réforme de l’hôpital) et de propositions pour prévenir les dangers d’écouter de la musique black metal. Pour comprendre cette polymorphie, il est nécessaire de rappeler que depuis la fin des années 1970, une «secte» est, dans l’usage courant, une organisation dans laquelle les membres sont manipulés mentalement. Or, une secte n’est pas une structure transhistorique. Elle est toujours le produit de conditions locales et datées.
Avant le milieu des années 1970, les sectes étaient désignées principalement par l’Eglise catholique. Une secte n’était rien d’autre qu’une société de plusieurs personnes qui s’écartent des dogmes généralement reçus dans la religion à laquelle ils appartiennent et qui soutiennent des opinions erronées. Lorsque des associations de victimes et l’Etat se sont engagés dans la lutte contre les sectes dans les années 1980, il leur aurait été difficile de continuer à se référer à la Bible pour pointer celles-ci. Il leur a fallu trouver un nouveau point d’appui et ce fut la «manipulation mentale». La conséquence a été de déplacer la lutte contre les sectes sur le territoire du psychisme, nécessitant des professionnels (psychiatres, psychologues) pour expertiser la manipulation mentale, et élargissant soudainement la liste des groupes qui pouvaient être concernés des communautés se revendiquant de la religion à d’autres affirmant être philosophiques, thérapeutiques ou politiques.
La manipulation mentale, ce concept mou regroupant des procédés hétérogènes, est un mode d’action fort répandu là où les rapports de pouvoir ne sont pas réductibles à l’obéissance à une autorité. La conséquence de cette transformation est que l’action de l’Etat pour lutter contre les sectes, dès lors qu’elle suit le chemin de l’éradication de la manipulation mentale, tombe toujours à côté de la plaque.
Faute d’un délit visant spécifiquement la manipulation mentale, la «sujétion psychologique», introduite comme une solution miracle en 2001 dans un article déjà existant du code pénal et condamnant l’abus sur personne en état de faiblesse, est utilisée notamment dans les cas où une personne âgée et fortunée se ferait déposséder de ses biens par une autre plus jeune qu’elle.
La réglementation du titre de psychothérapeute, censée permettre la disparition des fausses psychothérapies et des charlatans, aura pour effet principal de créer un nouveau corps de professionnels organisés par l’Etat, laissant sur le côté les savoirs et les savoir-faire psychothérapeutiques qui ne seront pas agréés par ceux qui contrôleront la distribution du titre, tandis que continueront à prospérer toutes sortes d’appellation s’affirmant thérapeutiques.
Attentif à toute dérive potentielle, le dernier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (la Miviludes) s’inquiète, en outre, du satanisme qui menacerait la population française. Grâce à la manipulation mentale, voici donc dans le même sac les scientologues, les amateurs de musique black metal (supposés adeptes de Satan) et les psychothérapeutes. Le principal reproche fait aux satanistes est la dégradation de cimetières, de lieux de cultes et de calvaires. Or, sur 266 d’entre eux touchés, seulement 22 présentent un caractère satanique avéré en 2008.
Que l’Etat s’alarme de dégradations de biens en général, voilà qui est compréhensible. Mais pourquoi ne pas s’inquiéter en priorité des dégradations qui n’ont pas été commises par des satanistes, puisqu’il s’agit de 90 % d’entre elles ? Loin d’avoir le moindre doute sur le fait qu’un Etat laïque doit se préoccuper autant du satanisme, le rapport de la Miviludes conclut que «le principe de précaution s’applique avant tout pour les mineurs, tant ce qui concerne la navigation sur Internet, que l’adoption de la culture gothique et de la musique black metal».
Comme l’on est jamais trop précautionneux, une interdiction aux moins de 18 ans du prochain film Harry Potter, pétri de culture gothique, ne serait pas illégitime. Le spectre de drames spectaculaires (le Temple du Peuple : 914 morts en 1978 au Guyana ; les Davidiens : environ 80 morts en 1993 à Waco aux Etats-Unis ; l’Ordre du temple solaire : 69 morts en 1994 et 1995 en Suisse, au Québec et en France) alimente toujours la crainte fondée de morts collectives. Il faut rappeler, par ailleurs, que certains membres de sectes sont d’abord dangereux pour les mêmes raisons que n’importe quel délinquant ou criminel : ils pratiquent des escroqueries, des viols, des exhibitions, l’exercice illégal de la médecine, l’exploitation à caractère pornographique de l’image d’un mineur, etc.
Cependant, que l’Etat en profite pour exercer une tutelle sur ses sujets, au nom de leur santé mentale et en prétendant débusquer la manipulation des esprits, ne devrait pas non plus laisser insensible.
Dernier ouvrage paru : La manipulation mentale. Sociologie des sectes en France, Paris, Fayard, 2009.
Source : Libération 10/07/2009
---------------------------------------------------------------------------------
Arnaud Esquerre
La manipulation mentale : sociologie des sectes en France
Fayard - 4 mai 2009
Comment lutter contre les dérives possibles des groupes sectaires ? Quand
les membres de sectes sont victimes d'escroquerie, d'atteintes à leur
personne, de séquestration ou d'autres types de délits connus, l'État
dispose d'un arsenal juridique efficace pour mener des actions et, après
procès, obtenir d'éventuelles condamnations. Hors de ces délits
caractérisés, la lutte contre les sectes relevait jusqu'aux années 1960 de
la seule Église catholique, soucieuse de combattre de « fausses églises ».
Mais à partir des années 1970, cette lutte s'est émancipée du giron de
l'Église et a changé de nature. Il s'est agi de lutter contre la
manipulation mentale que feraient subir ces groupes à leurs adeptes, les
privant de tout libre arbitre. L'État, qui s'est fait le relais de ce combat
initié par des groupes de victimes et de proches de victimes, a donc cherché
à qualifier juridiquement la manipulation mentale.
Dans les années 2000, cette lutte a abouti à la création d'un délit pénal
punissant la sujétion psychologique. Mais comment peut-on qualifier une
situation de manipulation mentale ? Qui peut l'expertiser ? Cette sujétion
psychologique est-elle réservée aux sectes ou s'applique-t-elle dans
d'autres situations ? Et agir par le droit a-t-il permis de faire
disparaître ou de réduire les manipulations mentales ?
Arnaud Esquerre a mené l'enquête pendant plusieurs années auprès de toutes
les parties concernées : victimes, proches des victimes, membres de sectes,
représentants de l'État, juges, etc. Il raconte en sociologue comment la
France a inventé le délit de « sujétion psychologique ». Il montre ses
implications pour nous tous : ces combats contre la manipulation mentale
sont autant d'agencements à travers lesquels l'État exerce un pouvoir sur le
psychisme des êtres humains. Un pouvoir particulièrement inquiétant parce
qu'il laisse à ceux qui en ont la maîtrise une marge d'arbitraire très
grande.
---------------------------------------------------------------------------------------
Sous influences d'Arnaud Esquerre
Par ERIC AESCHIMANN
«Sous influences» d'Arnaud Esquerre La Manipulation mentale, sociologie des sectes en France Fayard, 372 pp., 20 €.
Les sectes font partie des épouvantails du monde moderne et, rien qu’à ce titre, il est salubre que le discours dont elles sont l’objet soit l’objet d’une analyse serrée. Arnaud Esquerre observe ce qu’il est dit des sectes depuis l’abbé Grégoire, qui, en 1810, publia une Histoire des sectes religieuses, jusqu’au halo de frayeur qui entoure depuis plusieurs décennies les Enfants de Dieu, les Raëliens ou la secte Moon. La secte, c’est l’autre et «l’accusation d’en être une n’est jamais un acte anodin». Aux Etats-Unis, la secte est le symbole de la liberté de conscience : à chacun son Dieu. En France, elle est l’objet, depuis les années 70, d’une surveillance voire une répression d’Etat. Derrière le souci de protéger les individus, Esquerre détecte un véritable «psychopouvoir», c’est-à-dire la volonté de l’Etat d’encadrer la vie intérieure de ses sujets, quitte à recycler à son profit le thème de la manipulation mentale, introduit dans l’espace public par les contestataires post-68 justement pour critiquer la propagande d’Etat… Vers la fin de l’ouvrage, l’auteur énumère les conditions que devrait remplir, pour ne pas être vue comme une secte, une communauté aspirant à proposer un nouveau mode de vie. Il cite la possibilité d’y entrer et d’en sortir, d’avoir des activités en dehors, l’absence de chefs, la discussion théorique permanente, etc. «Mais cela n’empêchera jamais l’Etat, ou toute autre institution qui se sentirait menacée par un mode de vie lui échappant, de combattre une telle communauté, en essayant de lui donner malgré les évidences la forme d’une "secte".»
Psyreso
|
Trouver un psy
|
Conférences, Colloques, Congrès, Salons
|
Baclofene, alcool et addictions.
|
PNL et addictions
|
Ateliers de Développement Personnel. Groupes de Psychothérapie.
|
PNL. Programmation Neuro-Linguistique
|
Psychothérapie Neuro-Lingusitique : formation
|
Conseils de Psys par July Rapp
|
Conseils de Dave Perso
|
Paroles de Sages
|
Lectures
|
Psychiatrie
|
25/03/2012
Les problèmes qui existent dans le monde aujourd'hui ne peuvent être résolus par le niveau de pensée qui les a créés.
Albert Einstein
09/12/2011
La légende du Colibri. Légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi.
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.
Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.
Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »
www.colibris-lemouvement.org
11/11/2011
L'homme raisonnable s'adapte au monde ; l'homme déraisonnable s'obstine à essayer d'adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l'homme déraisonnable.
George Bernard Shaw
23/10/2011
Le champion tire les leçons du passé, concrétise le présent, pense le futur.
Luis Fernandez
20/08/2011
L’intention est l’action elle-même décrite dans son aspect mental.
Vincent Descombes
|