J'ai commencé à prescrire le Baclofène à l'automne 2009. J'avais lu quelques mois avant un article sur ce médicament et lu le livre d’Olivier Ameisen.

Jusqu'alors, je n'avais jamais vu, avec les traitements existants, de résultat positif sur les personnes alcooliques. Je pratique la psychothérapie en libéral depuis le début des années 80. Auparavant j’avais travaillé une dizaine d’année en psychiatrie publique comme interne puis médecin vacataire.

Pour moi, la découverte d’un traitement efficace sur l’alcoolisme ne pouvait être qu'une bonne nouvelle et j’ai voulu prescrire ce traitement et en constater moi-même les effets. J'ai donc laissé un message sur le site du professeur Olivier Ameisen et pris contact avec l’association AUBES qui cherchait des médecins-prescripteurs.
C’est ainsi que j’ai reçu mes premiers patients pour ce traitement.
Par la suite, plusieurs articles de presse sont sortis dans lesquels je suis intervenue. Mon adresse mail se trouvant facilement sur Internet, les patients ont commencé à affluer…

Cet été j'ai travaillé sur les dossiers de mes patients-baclofene, comme je les appelle. Le résultat confirme ce qui a été déjà dit par Olivier Ameisen et Renaud de Beaurepaire.
Voici quelques une de mes conclusions.

J'ai ouvert 152 dossiers (*) depuis aout 2009 jusqu’au 14 juillet 2011, date à laquelle j’ai commencé l’étude.
Je n’ai pas fait de sélection des patients, j’ai accepté de donner un RV à tous ceux qui le demandait, dans la mesure de mes disponibilités. Le contrat de départ était de venir pour une première consultation d’une heure pour établir le contact et prescrire le traitement et ensuite tous les 15 jours lors d’une consultation d’une demi-heure pendant 2 mois minimum, pour adapter le traitement

Les consultations tous les 15 jours permettaient de gérer le dosage du médicament en fonction des résultats positifs et des effets secondaires et de faire une thérapie de soutien jusqu’à obtention du résultat. Celui-ci a été obtenu rapidement pour certains (2 mois) pour d’autres après plusieurs mois.

Ensuite, le traitement a été poursuivi par le renouvellement d’ordonnance tous les mois, puis pour 1 mois renouvelable 2 fois. La dose nécessaire pour le traitement continue est en général bien moindre que celle qui a été nécessaire pour atteindre le palier de guérison. Par exemple de 300mg/jour à 40mg/jour cela passe à 120/160. Et quelque soit la dose d’entretien, c’est une dose « confortable » où la personne de ressent quasiment pas d’effets secondaires.

Une moitié des patients n’a eu besoin de rien d’autre que cet accompagnement : la molécule a fait son effet.
L’autre moitié a suivi une psychothérapie hebdomadaire ou bi-mensuelle pendant quelques mois.

Le protocole de départ a été de commencer avec 20 mg par jour et d’augmenter de 20mg tous les 3/4 jours avec une ordonnance de 15 jours. Ensuite la progression est adaptée à chaque cas, en fonction des résultats positifs et des effets secondaires gênants ressentis. La plupart ont suivi le traitement sans cesser de consommer de l’alcool au début. Pour les cas réussis, cette consommation a progressivement diminué jusqu’à l’arrêt total ou une prise occasionnelle très modérée pour les autres.

J’ai réparti les dossiers en 4 catégories :
1. ceux qui ont abandonné le traitement dés le premier mois : 31 personnes
2. ceux qui l'ont poursuivi plus de 2 mois et pour qui la prescription est un échec (pour l’instant, car ils peuvent revenir à la charge) : 19 personnes
3. ceux pour qui l'alcool n'est plus un problème, soit qu'ils n'en boivent plus, soit qu'ils le fassent très modérément, sans compulsion : 57 personnes
4. ceux dont le traitement est en cours depuis plus de 3 mois et qui n’ont pas atteint l’état désiré : 24 personnes

Si je fais le pourcentage de succès et d’échecs chez ceux qui ont suivi le traitement, c'est à dire qui sont venus aux rendez-vous et ont pris le médicament plus de 2 mois, j’additionne 2) et 3) soit = 76 personnes.

• Résultats Ok = 75%
• Résultats Non = 25%

Je reste en contact avec les personnes dont le résultats est OK afin de vérifier l’évolution à long terme, ce qui modifiera peut-être un peu les données, certaines, considérées comme échec, pouvant être suivies avec succès par un autre médecin et d’autres, considérées comme OK vis à vis de l’alcool, ayant rechuté sans m’en informer…

J’ai étudié les facteurs qui peuvent permettre de prévoir les cas qui répondront facilement ou non au traitement. Et comment accompagner mieux ceux pour qui le traitement a été un échec.

Les facteurs de succès sont d’après mes premières conclusions :
• la prise en charge complètement autonome de la décision et du traitement par la personne elle-même,
• avant traitement le fait qu’elle contrôlait socialement son alcoolisation (alcoolisation du soir à la maison, solitaire ou discrète),
• qu’elle ait des projets de vie,
• quelques fois, qu’elle ait déjà traité avec succès ses problèmes psy et que seule subsiste l’addiction biologique.
Ce qui implique que les meilleures chances de guérison concernent des personnes dont l'alcoolisme ne correspond pas aux stéréotypes et qui ne sont pas repérées comme alcooliques. Parfois ce sont leurs proches et leurs médecins qui dénient leur alcoolisme.

Comme il a déjà été dit, les principaux facteurs d’échec sont :
• l’absence de motivation personnelle,
• la gravité de la pathologie psychiatrique associée,
• la dégradation intellectuelle et physique,
• l’utilisation de l’alcoolisation massive dans des rapports conflictuels avec l’entourage,
• le fait que l’alcool soit toujours ressenti par la personne comme le meilleur anxiolytique.
• la crainte des effets secondaires ou de devenir "dépendant" d'un médicament qui doit se prendre à vie, dans l'état actuel de nos connaissances.

Cette étude me permettra de mieux appréhender la prise en charge des patients « en cours » de ma cohorte et ceux qui viendront.

Pour l’instant, j’étudie les moyens d’obtenir un bon résultat avec ceux qui, bien que présentant des rechutes, souhaitent continuer de prendre le traitement car il leur permet de limiter leur consommation sans les rendre indifférents à l’alcool.
Au début, j’ai tenté d’augmenter les doses de baclofene en espérant atteindre le palier de guérison.
Mais cette méthode ne me laissait pas tranquille… et je craignais les conséquences. Alcool + baclofene à hautes doses + parfois psychotropes = danger. D’ailleurs une de ces personnes (+ de 300 mg) s’est endormie au volant… Heureusement sans conséquences dramatiques.
D’autre part, il ne me paraît pas utile de demander aux personnes de supporter des effets secondaires vraiment gênants. Je leur donne toujours la consigne de redescendre d’un ou plusieurs paliers jusqu’à une dose plus confortable. Ensuite elles peuvent recommencer à augmenter les doses prudemment.
A noter que les personnes qui atteignent des doses élevées autour de 300mg et plus sont souvent exemptes d’effets secondaires. C’est même incroyable.
Par contre, certaines sont très perturbées avec seulement 2 ou 4 comprimés et préfèrent renoncer au traitement!

Devant ces situations de non–réponses rapides et faciles au traitement chimique, je me tourne vers le coté psychologique, tout en continuant d'augmenter les doses de baclofene. Après tatonnement, j'en suis arrivé à la conclusion que la priorité devait être donnée à la guérison de l'alcoolisme grâce au médicament plutôt qu’à la psychothérapie classique sur les autres problèmes et je me concentre sur cet objectif.
Je reporte à plus tard le "travail" psychologique nécessaire. Tant que la personne s'alcoolise, ce travail est difficile et sans effet sur l'alcoolisation.

Trois éléments principaux sont à prendre en ligne de compte, d’après moi, dans ces échecs du traitement :
• l’absence de « décision » ferme de se couper de l’alcool et de ses effets psychotropes,
• les habitudes et rituels liés à la prise d'alcool
• le recours à celui-ci pour faire face aux problèmes de vie et aux stress.

J’utilise des procédures issues de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) et de l’AT (Analyse Transactionnelle) dont les résultats me semblent encourageants.
J’ai entamé avec des collègues, psychothérapeutes pnlistes (non-médecins) une étude sur les applications de la PNL aux traitement des addictions (et des dépendances affectives). Nous testons ces protocoles sur des patients volontaires. A noter que j’avais démarré cette recherche avant de connaître le baclofene. Je n’oppose nullement traitement psy et traitement chimique, je les associe.

Les autres options sont médicales. Au début de ma pratique avec le Baclofene, devant les cas de patients qui rechutaient et/ou ne suivaient pas leur traitement, je me suis tournée vers l’hospitalisation, espérant que la prise du médicament dans un environnement protecteur aurait de bons effets. J'ai hospitalisé plusieurs patients dans une clinique à Paris où des psychiatres acceptent de prescrire le médicament à dose suffisante. Cependant, cette mise à l’abri, si elle est nécessaire pour ceux qui mettent en péril leur santé et parfois leur vie pendant leurs cuites, ne résout pas le problème. Avec ou sans baclofene, les malades rechutent à la sortie de la clinique !

Reste donc le traitement ambulatoire et la prise en charge du patient de son propre traitement. Pour ces cas difficiles, les moyen le plus sur d'obtenir le résultat attendu est de prendre le traitement en abstinence totale telle que le décrit Olivier Ameisen dans son livre. Celle-ci peut être obtenue par plusieurs moyens :

A la demande de certains qui avaient l'expérience de de l'Esperal, j'ai commencé à le prescrire, parallèlement au baclofene. L'Espéral provoque, en cas de prise d'alcool dans les heures qui suivent, des effets extrêmement désagréables et dissuasifs. J'attends les résultats...

Plusieurs patients ont choisi l'abstinence totale et suivent les réunions des groupes d'entraide tels que Vie Libre et les Alcooliques Anonymes.

Une prise en charge à la maison avec l’aide d’un proche qui supervise la prise des médicaments, empèche l'alcool d'entrer dans la maison et apporte un soutien affectif au malade a permis à deux personnes d'aller bien.

Certains malades présentant un pathologie médicale que je ne sais ni évaluer ni traiter, je travaille actuellement en collaboration avec un autre médecin prescripteur du baclofene, le Dr Françoise Faisandier qui est un excellent médecin généraliste.
Je fais appel à elle lorsque des effets secondaires gênants persistent. Bien souvent la cause vient d'une mauvaise répartition des doses dans la journée ou d'effets secondaires d'autres prescriptions, car beaucoup d'alcooliques recoivent également des anti-depresseurs, des tranquillisants, des somnifères et des médicaments pour des pathologies diverses.

La principale cause d'échec, pour ceux qui sont volontaires pour poursuivre le traitement malgré les résultats insuffisants, sont les pathologies psychiatriques associées : les troubles bi-polaires et border-line en particulier. L'alcoolisme ou les toxicomanies appartiennent à leur symptomatologie. J'ai constaté que l'arrêt de l'alcoolisation pouvait révéler un état depressif sévère en cas de bi-polarité. C'est dans les pathologies border-line que j'ai rencontré de sur-consommations massives de baclofene, utilisé pour obtenir un état modifié de conscience, associé ou non à de hautes doses de benzodiazépines et d'alcool! Et des bouffées délirantes.
Pour ceux-la, je ne me sens pas habilitée en tant que psychothérapeute en cabinet à les suivre et je préfère les adresser à un psychiatre ou à un service de psychiatrie-alcoologie prescrivant le baclofene.


Dr. Annie Rapp, psychothérapeute


(*) aujourd'hui 180 patients
Annie Rapp 28/09/2011

En 2009, Annie Rapp, psychothérapeute, découvre les effets positifs du Baclofène sur les personnes souffrant d'alcoolisme. Ce myorelaxant, à l'origine réservé aux patients atteints de sclérose en plaques, a déjà convaincu une partie du corps médical.


Pourtant, sa mise sur le marché n'a toujours pas été autorisée pour cette vertu curative. Le Dr Rapp fait front à cette interdiction en continuant depuis deux ans de prescrire ce « médicament-miracle ».

Rue89 : Comment décide-t-on de devenir médecin-prescripteur du Baclofène ?
Annie Rapp : J'ai commencé à prescrire le Baclofène à l'automne 2009. J'avais lu quelques mois avant un article sur ce médicament. Jusqu'alors, je n'avais jamais vu, avec les traitements existants, de résultat positif sur les personnes alcooliques.
Pour un médecin, une telle découverte ne peut être qu'une bonne nouvelle. J'ai donc pris contact avec l’association AUBES et le docteur Olivier Ameisen [cardiologue qui a établi que le Baclofène est le seul médicament qui supprime complètement la dépendance à l'alcool, ndlr *], qui cherchaient des médecins-prescripteurs.

A quelles sanctions professionnelles vous exposez-vous en prescrivant un médicament qui n'a pas obtenu l'autorisation de mise sur le marché (AMM) contre l'alcoolisme ?
Prescrire hors-AMM n'est pas interdit en France. C'est même une pratique courante dans le traitement de l'alcoolisme. Personne ne s'en offusque. Cependant, dés le début, des médecins faisant autorité ont exprimé leur réserve vis-à-vis du Baclofène dans le traitement de l'alcoolisme, ce qui fait que beaucoup de médecins hésitent à le prescrire.
Quant à moi, j'ai estimé que je ne risquais pas grand-chose à le faire. Il suffit de bien superviser les patients et surveiller les effets secondaires gênants. A mon âge, je pourrais être à la retraite. Donc si j'ai des ennuis, je m'arrêterai simplement de travailler. Ce n'est pas comme si j'étais au début de ma carrière professionnelle.

Quels sont les arguments des médecins qui refusent de prescrire le Baclofène ?
Je n'en ai pas rencontré personnellement, mais j'ai eu plusieurs échos de patients. Ces médecins s'appuient sur le fait que le Baclofène n'a pas encore été testé officiellement. D'autres ne croient simplement pas à son efficacité. Ils pensent que si un médicament-miracle existait, ça se saurait. Ils préfèrent croire à l'abstinence.
Lors du colloque du 14 mai 2011 « Baclofene, pour ou contre » les principaux arguments des « contre » insistaient sur les effets secondaires du traitement. Effets pourtant réversibles quand on adapte la dose du médicament. Et bien peu dangereux, comparés aux effets de l'alcoolisation chronique !

Quels sont ces effets secondaires dont vous parlez ?
La plupart du temps, ce sont des effets de somnolence. Une envie irrésistible de fermer les yeux et de s'endormir. Mais c'est une sensation qui disparaît en quelques minutes, puis s'estompe avec le temps.
Il y a aussi divers effets transitoires : perte d'équilibre, troubles digestifs… S'ils ne disparaissent pas, il faut alors baisser la dose prescrite pour adapter le corps à ces changements. Puis une fois habitué, on augmente à nouveau jusqu'à ce que la personne ne ressente plus l'envie de boire. Le traitement est réussi quand elle devient libre de boire ou pas.

Qu'est-ce qui freine aujourd'hui la reconnaissance du Baclofène par les institutions médicales ?
Jusqu'à aujourd'hui, les laboratoires pharmaceutiques ont refusé de faire des études sur le Baclofène et ses vertus sur la dépendance à l'alcool. J'imagine que comme le Baclofène est déjà « génériqué », ils n'ont aucun intérêt à faire des recherches pour le développer. Ils ne gagneraient pas d'argent avec un tel produit. C'est la logique financière qui prime.
Les pouvoirs publics sont ceux qui devraient financer ce projet. Beaucoup de choses ont été faites pour soutenir la recherche sur le cancer, Alzheimer… mais pas pour l'alcoolisme.

Comment prescrivez-vous ce médicament ?
J'ai décidé de le prescrire à tous ceux qui me le demandent et qui ont un réél problème avec l'alcool. J'observe ensuite l'évolution du patient. Dans l'ensemble, il y a de bons résultats. Il faut savoir que c'est un traitement à vie, mais qu'il est généralement bien accepté. Si le patient arrête, le besoin d'alcool revient.
Ce médicament n'agit que sur une partie du problème, le besoin d'alcool, de drogue, ce que l'on appelle le « craving ». Mais il n'a pas systématiquement d'effets sur les composantes psychologiques, surtout psychiatriques, de la maladie.

Les demandes sont-elles nombreuses ?
J'ai dû avoir au moins 80 demandes de prescriptions sur deux ans. Mais tous les patients n'ont pas été suivis. Certains ont abandonné pour des raisons diverses, d'autres en sont pleinement satisfaits.
Les médecins-prescripteurs sont-ils nombreux ?
Je rencontre d'autres médecins-prescripteurs, on se concerte, on compare les résultats. J'ai obtenu beaucoup de conseils de personnes plus expérimentées. Mais il est difficile de savoir exactement le nombre de professionnels qui prescrivent aujourd'hui du Baclofène. Nous ne nous sommes pas tous déclarés.
En 2010, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a recensé à peu près 20 000 prescriptions de Liorésal [appellation commerciale du Baclofène, ndlr] de plus qu'en 2009. Et elles seraient, compte tenu des posologies utilisées, probablement en rapport avec l'alcoolo-dépendance.


* "Le dernier verre" d'Olivier Ameisen. Ed Denoël.

http://www.rue89.com/2011/05/28/alcoolisme-elle-na-pas-attendu-pour-prescrire-du-baclofene-206284 http://www.rue89.com/2011/05/28/alcoolisme-elle-na-pas-attendu-pour-prescrire-du-baclofene-206284

Annie Rapp 28/05/2011

Depuis la sortie du livre, en 2004, du Dr. Olivier Ameisen, relatant son expérience ce guérison d'un alcoolisme sévère grâce à la prise de Baclofène à haute dose, les études cliniques tardent à être mises en place dans notre pays. Aussi, un certain nombre de médecins français, constatant les excellents résultats de ce traitement dans cette indication, ont commencé de prescrire ce médicament sans attendre l'autorisation de mise sur le marché dans l'indication de l'alcoolisme. Avec le Dr. Ameisen, ils ont exposé leur expérience lors de deux colloques qui se sont tenus à Paris en mai et en juin 2010.
Lire : « Le dernier verre » Dr. Olivier Ameisen. Edition Denoël


Annie Rapp a expliqué qu'elle pratiquait la psychothérapie en libéral et qu'elle avait débuté en tant que médecin en psychiatrie.
Comme praticienne elle a choisi la psychothérapie plutôt que la psychiatrie mais prescrit des médicaments en parallèle à la thérapie verbale. Elle pratique une thérapie interprétative, humaniste, cognitivo-émotionnelle avec de la Programmation Neuro Linguistique (PNL).

C'est elle même qui s'est proposée comme prescripteur après avoir lu le livre d'Olivier Ameisen.
Jusque là, ses tentatives de traitement de l'alcoolisme s'étaient toutes soldées par des échecs à l'exception d'un cas, si bien que comme beaucoup, elle avait renoncé à prendre en charge des patients alcoolo-dépendants.

Le baclofène lui a apporté l'espoir de pouvoir enfin soulager ces malades, quitte à être éventuellement désavouée par les instances ordinales. Mais sachant que ce médicament était prescrit depuis plus de 40 ans à haute dose sans présenter de danger sérieux, elle n'a pas hésité à se lancer dans la prescription, cette donnée étant une garantie pour la sécurité de ses patients.
C'est le propre de la démarche compassionnelle, (cf intervention de Renaud de Beaurepaire.)
A partir de novembre 2009 , elle a commencé à traiter au baclofène quelques patients sur le mode psychothérapeutique d'une séance par semaine en adaptant ses tarifs afin de n'exclure personne du traitement pour des raisons financières.

Ses premières conclusions sont que les résultats positifs sont réels et enthousiasmants.
Certains ayant atteint , avec une facilité déconcertante, la sobriété et l'indifférence à l'alcool, retrouvant ainsi la santé et reprenant leur vie en main.
Pour d'autres, les effets secondaires à certains paliers ont été intenses, mais en persévérant sur une durée plus longue, ils ont finit par, eux aussi, atteindre l'objectif de l'indifférence.
Le postulat d' Annie Rapp est que certains doivent cesser toute activité et être en arrêt de travail pendant un mois ou deux, afin d'être sans autre obligation que de se consacrer entièrement à leur guérison pour éviter les inconvénients des somnolences, lorsqu'elles sont trop handicapantes en activité.

Selon elle, la motivation joue un rôle majeur dans la réussite du traitement. D'un point de vue psychologique, pour parvenir au succès, il faut avoir fait le « deuil » de l'alcool et des anciennes raisons qui avaient motivées sa consommation comme :
-les effets festifs et transgressifs
-la suppression de la timidité
-l'appartenance à un milieu de consommateurs
-le goût du flirt avec la mort
-la révolte et le défi.
(Une pathologie psychiatrique associée peut également empêcher l’observance du traitement et l’obtention du résultat désiré.)

La demande de prescription doit donc être réfléchie et volontaire, une fois sorti du déni, la prise de conscience de la maladie et de la perte de contrôle étant admises.
Le patient doit s'être informé, avoir lu le livre d'Olivier Ameisen et compris la méthode.
Parmi ses patients, qui tous se reconnaissaient alcooliques, certains étaient des buveurs plus « modérés » que d'autres mais ayant besoin d'une consommation quotidienne et d'autres des buveurs excessifs ayant besoin de très fortes alcoolisations de façon plus ponctuelle.
Dans la première catégorie, l'entourage familial ou même médical ne reconnaissait pas forcément la maladie, car ces personnes buvaient seules et n'incarnaient pas l'image stéréotypée de l'alcoolique.
Certains ont quitté la thérapie sans donner de nouvelles, sans doute culpabilisés par des rechutes et l’arrêt du traitement.
Certains autres ont fait une ou plusieurs rechutes avec alcoolisation massive pendant plusieurs jours avant d'atteindre la dose-seuil et l'indifférence.

Tous ont perdu le goût et le plaisir de boire de l'alcool et ne boivent plus que pour accompagner des moments conviviaux. Un seul verre leur suffit, ils ne touchent plus au second, la vue des bistrots ou des rayons alcools ne leur fait plus aucun effet.

La thérapie proposée par Annie Rapp peut être une simple psychothérapie de soutien pour accompagner le traitement jusqu'à obtention de l'indifférence ou se poursuivre après la guérison pour accompagner le retour à la lucidité, parfois difficile et à un état physique et psychique satisfaisant.
Dans le premier cas, le psychothérapeute est le témoin bienveillant de la reprise en main de sa vie par le patient. Dans le deuxième, (outre la poursuite des médicaments, anti-dépresseurs ou anti-psychotiques,) c'est une psychothérapie classique qui traite les cas de dépressions sous-jacentes, liées aux traumas d'enfance, qui peuvent refaire surface lorsque l'effet anesthésiant procuré par l'alcool a disparu.
Selon elle, le baclofène traite essentiellement la compulsion mais ne procure pas forcement bien-être et euphorie, ce qui témoigne du fait qu'il n'est donc pas un produit addictif.
Contrairement à l'expérience racontée par Olivier Ameisen, tous ses patients n'ont pas vu disparaître leur anxiété et leur mal-être. (Dans les questions-réponses, Olivier Ameisen propose dans ce cas de continuer à augmenter les doses même si l'indifférence est atteinte afin de vaincre l'anxiété persistante).

Quoiqu'il en soit le traitement apporte un éclairage nouveau sur les comportements addictifs qui ne sont donc pas soumis à la volonté des patients mais au fonctionnement de leurs neurones. L'alcool étant perçu comme un « médicament » pouvant soulager une souffrance.
Le protocole pratiqué par Annie Rapp, est encore plus progressif que celui de Renaud de Beaurepaire, pourtant dit « lent ».Elle augmente les doses d'un ou deux comprimés de 10mg par semaine, proposant des paliers plus longs jusqu'à disparitions des effets secondaires si ils sont persistants.
Elle a noté que les effets secondaires étaient souvent majorés par une alcoolisation massive concomitante.
Les réussites les plus spectaculaires et rapides ont eu lieu chez des patients déjà sobres, volontairement, avant le début du traitement et qui ont vu leur efforts se transformer très vite en indifférence.

A l'inverse du docteur Renaud de Beaurepaire, Annie Rapp a finit par demander à ses patients qui continuaient à s'alcooliser massivement, de faire un effort de volonté pour réduire ou même arrêter l'alcool le temps que la molécule fasse effet. Ce sont d'ailleurs souvent les patients eux-mêmes, qui après certaines « cuites » prenaient la décision de la sobriété volontaire pendant 8, 15 ou 20 jours.
Annie Rapp a rappelé qu'il est important pour l'estime de soi que le patient contribue ainsi à sa propre guérison.

Elle a ensuite fait des suggestions pour les actions à venir en proposant d'organiser des formations de médecins prescripteurs pour apprendre à gérer le protocole, les effets secondaires et ceux du sevrage alcoolique. Sans cela, il est normal selon elle, que certains n'osent pas se lancer dans la prescription. Elle se propose en tant que psychothérapeute de former ses confrères à l'accompagnement psychologique du traitement.
Elle souhaiterait que l'on ouvre des centres de jours ou des cliniques spécialisées dans l'accompagnement des patients sous baclofène ou que les structures déjà existantes puissent le faire : en effet, pour certains patients dont la dérive alcoolique entraîne une dé-socialisation de type « SDF » qui nuit forcément à la prise correcte du traitement, l'hospitalisation est nécessaire et il est à noter que quelques structures s'y mettent d'ailleurs.

Voir les vidéo du Colloque de juin sur le site Alcool et Baclofene.
http://www.forum-baclofene.fr/portail.html

Site d'Olivier Ameisen : http://www.olivierameisen.com/fr
Annie Rapp 12/11/2010

17 juin 1942

Profil Annie Rapp

Au fait c’est mon anniversaire aujourd’hui! et je n'ai pas encore atteint selon moi l’age de la retraite...
Mais tout le monde n’a pas la chance de faire un métier qu’il adore et de s’organiser en toute liberté comme moi...


Annie Rapp 17/06/2009

En ce qui me concerne, je suis arrivée à la conclusion qu’une dérive sectaire est à l’oeuvre quand le groupe fonctionne sur le mode de la violence (psychologique, verbale, sociale, financière, sexuelle etc.) entrainant des phénomènes d’emprise chez les membres du groupe et leur isolement du reste de la société.


Outre la violence, l’intimidation et la peur, une forte idéologie, quelle soit politique, religieuse ou autre est un facteur grandement facilitant pour le maintien au pouvoir de quelques uns sur les autres.
Comme on le voit dans les violences conjugales, même l’amour et les valeurs familiales peuvent soutenir des dérives ressemblant trait pour trait aux dérives sectaires telles qu’elles sont décrites par les mouvements anti-sectes.

Faire de la non-scientificité et de l’irrationnel l’indicateur principal de la dérive sectaire est une erreur de jugement qui sert surtout les intérêts d’une certaine médecine académique occidentale.
Je crois pour ma part que, dans les approches actuellement non reconnues, il y a déjà des solutions thérapeutiques précieuses même si elles ne sont pas comprises scientifiquement. Il est possible également qu'elles contiennent en germe des avancées pour la science.

Pour répondre à la question “Comment éviter les dérives sectaires...?” posée par le GEMMPPI, je pourrais dire qu’il faudrait, avant tout, sensibiliser les gens aux dangers de supporter des comportements violents ou irrespectueux de leurs droits élémentaires, sous couvert de bons sentiments ou d’idéologies, et les mettre en garde contre une soumission à une autorité dans la mesure où celle-ci met en danger leur vie ou leur intégrité et qu'elle les coupe des autres.

En fait il faudrait fonder la prévention sur la responsabilisation des citoyens pour leur propre protection et la répression sur des faits avérés avec les moyens de la justice.
Annie Rapp 23/12/2008

Lire un article qui rend compte d'une enquête sur les répercussions des violences conjugales sur la santé des femmes des Côtes-d’Armor. Ces femmes sont atteintes d'une véritable "maladie mentale" liée à ces violences et maltraitances. Il est temps de le reconnaître.
Cependant le même constat devra être fait concernant les auteurs de ces violences car eux-aussi sont atteints d'une véritable "maladie mentale" dont le traitement devra être psycho-socio-judiciaire.
Il faudra reconnaître également qu'un couple et une famille structurés par cette violence constituent un système pathologique grave à traiter. La solution n'est pas seulement dans la séparation du couple.
Les enfants sont les victimes en première ligne de cette pathologie de leurs parents avec des conséquence évidentes sur les générations futures.



Violences conjugales. La santé des femmes prise en compte

Le centre d’information sur les droits des femmes des Côtes-d’Armor (Cidf) a dévoilé, jeudi, les résultats d’une enquête réalisée de septembre 2007 à février 2008 afin d’évaluer les répercussions des violences conjugales sur la santé des femmes costarmoricaines. « On s’était aperçu que les problèmes de santé des femmes victimes de violences n’étaient pas assez pris en compte », indique Bernadette Vanden Driessche, chargée de mission départementale aux droits des femmes et à l’égalité, et animatrice de la commission départementale de lutte contre les violences faites aux femmes qui a diligenté cette enquête.

Etat dépressif persistant
Sur les 52 femmes du département interrogées, 17 ont évoqué leur dépression, 28 la crainte pour leur propre vie et 24 pour la sécurité de leurs enfants. Plus troublant : sur les 35 femmes qui ne sont plus victimes aujourd’hui de violences conjugales, il apparaît que les séquelles traumatologiques sont importantes, que l’anxiété et l’auto-dévalorisation persistent et sont difficiles à traiter.
Les troubles digestifs s’avèrent les troubles psychosomatiques les plus récurrents, du fait de l’angoisse et de l’état de pression dans lesquels elles se trouvent. Près de la moitié de ces femmes souffrent de fatigue intense, de troubles du sommeil, de difficultés de concentration et d’attention et reconnaissent avoir recours à des médicaments. Plus de la moitié d’entre elles s’avouent, même encore aujourd’hui, dépressives.

Mise en réseau de professionnels
La commission départementale de lutte contre les violences faites aux femmes souhaite que cette enquête « serve de tremplin à un travail sur la santé de ces femmes ; permette une meilleure connaissance des problématiques de santé de ces femmes ; une mise en réseau des professionnels de santé ainsi qu’une mise en lien entre eux, les travailleurs sociaux, les associations qui accompagnent les femmes victimes et le réseau judiciaire », explique Bernadette Vanden Driessche.

Source


Annie Rapp 20/09/2008

Ce discours prononcé par une jeune fille à l'ONU sur l'Environnement m'a profondément ému... et donné de l'énergie pour défendre l'avenir des enfants et celui de notre monde.


Annie Rapp 14/08/2008
En sport, rien n'est jamais acquis,dans le couple non plus. La relation se cultive.
En sport, rien n'est jamais acquis,dans le couple non plus. La relation se cultive.
Ces sportifs ont accepté d'être les têtes d'affiche de la première campagne nationale contre la violence conjugale dans le canton du Jura.
«Dans le sport comme dans le couple, les brutalités sont des coups bas. Ils sont interdits par la loi». C’est l’ex-pilote de F1 Marc Surer qui le dit, sur une affiche en format mondial.
Avec quatre autres sportifs, les skieurs Didier Duche (photo) et Bruno Kernen, le lutteur Thomas Sutter et le footballeur Murat Yakin, il participe ainsi à la campagne «Stop à la violence conjugale» de la Fédération Solidarité femmes Suisse et Liechtenstein.
Des affiches formal mondial seront visibles durant deux semaines dans le canton du Jura.

Annie Rapp 15/11/2006

Qui sont ces hommes violents ?

Textes sur les Violences

Rapport du docteur Roland Coutanceau publié le lundi 29 mai 2006.


Obligation de soins pour les hommes violents.

La victime, la femme comme l’auteur des coups, mari ou compagnon, tous doivent être suivis pour s’évader de la spirale de la violence conjugale.

Un groupe de travail a mené une réflexion “sur la prise en charge des hommes violents”. Le rapport “Auteurs de violence au sein du couple : prise en charge et prévention” remis le 21 mars par le docteur Roland Coutanceau à Catherine Vautrin, la Ministre déléguée à la Cohésion Sociale et à la Parité, souligne qu’"un petit nombre de sites ont mis en place un suivi des hommes acteurs de violences, alors qu’il y a un véritable intérêt à développer cette prise en charge, car elle peut très nettement réduire les cas de récidives".

Les profils d’auteurs de violences

En ce qui concerne les auteurs de violence, cette étude distingue 3 profils : "l’immature qui reconnaît la violence, l’égocentrique qui la banalise et le paranoïaque ou le pervers qui souvent la nie".

En parallèle poursuit cette étude, il est nécessaire de mener des actions sur 3 fronts : le judiciaire avec notamment la garde-à-vue de l’auteur des faits, l’obligation de suivi et sa participation à des groupes thérapeutiques. Pour le docteur Roland Coutanceau, "la violence est un phénomène à considérer sur divers plans : psychologique, éducatif et sociétal". Il précise "choisir de la traiter comme de la prévenir implique une prise en compte de cette complexité".

Éduquer dès l’école

Cette analyse "s’est intéressée aux messages. Ceux qui pourraient être délivrés dans la société pour prévenir l’aggravation de ces violences et inciter à rompre le silence qui règne trop souvent en ce domaine". Les messages destinés aux victimes doivent les inciter à refuser la violence et à ne pas attendre que la situation devienne trop difficile pour parler. Pour leurs auteurs, on procède en "deux temps : la violence est intolérable et si cela vous arrive, nous pouvons vous aider". Il s’agit de convaincre la victime de ne pas culpabiliser sur son état. Ce n’est pas elle la coupable. Il est donc important qu’elle s’adresse aux organismes et associations qui peuvent l’aider.

Mais pour freiner ce fait de société, selon le docteur Roland Coutanceau, "la lutte contre les faits de violences doit débuter à l’école par un enseignement effectif à l’égalité entre les filles et les garçons ainsi qu’au respect entre les sexes. En outre, l’ensemble de la société doit être sensibilisée afin de briser le silence autour du sujet, toujours tabou, des violences conjugales". ?Peut-être faudrait-il introduire, dans les programmes scolaires, des cours chargés de sensibiliser les jeunes filles et jeunes garçons à une meilleure compréhension entre eux, et pour lutter contre cette violence que certains trouvent... naturelle ?

Jean-Fabrice Nativel

Agressées au-delà du foyer

Une enquête nationale sur les violences envers les femmes en France métropolitaine (ENVEFF) réalisée en 2000 auprès de 6.970 femmes âgées de 20 à 59 ans “a permis de mesurer l’ampleur des violences, souvent mésestimée”. En effet, “prés d’1 femme a été victime de violences conjugales (verbales, psychologiques, physiques, sexuelles) au cours des 12 derniers mois. Plus d’1 femme sur 10 a subi une agression sexuelle au cours de sa vie. Prés de 2 femmes sur 10 dénoncent les pressions psychologiques sur leur lieu de travail. 1 femme sur 5 est victime de violences dans l’espace public (insultes, vue d’exhibitionniste, importunée sexuellement ou suivie dans ses déplacements)".


Annie Rapp 12/06/2006

Pourquoi cette violence ?

Textes sur les Violences

Texte de Michèle Bourgon sur le site québécois Sisyphe.


Hier soir à Gatineau, une femme a été assassinée par son mari. Il s’est ensuite suicidé. Il y a un mois, à Ottawa, un homme a tué ses trois enfants et sa femme avant de s’enlever la vie. Une autre épouse, à Québec, tuée à coups de hache. Et combien d’autres en trois mois, en six mois, en un an...On a l’impression, à chaque fois, de revivre le même cauchemar. Même scénario : une femme annonce à son mari qu’elle le quitte. Lui, décide qu’ils ne se quitteront jamais... LUI, dirige leur destinée. LUI choisit d’enlever la vie de l’autre. Il est le Maître. L’autre, qui jadis, lui a donné de l’amour, de la tendresse, de l’attention, des enfants, l’autre mérite de mourir... Pourquoi ? Parce qu’elle lui appartient ? Pourquoi cette violence innommable, absolue, irréparable, sans limite ? Quand un homme décide de quitter sa conjointe, arrive-t-il souvent que sa compagne le tue ? La semaine dernière, les manchettes ont parlé de cette dame d’ici accusée d’avoir tué son époux, mais il la battait..

Les hommes nous abandonnent souvent pour d’autres femmes, plus jeunes, plus belles, plus séduisantes. Notre ego à nous aussi en souffre, mais après la peine intense, la plupart d’entre nous se réorganisent, se reconstruisent. Pourquoi chez plusieurs hommes, la seule solution semble-t-elle être le meurtre ? Les hommes ne seraient-ils plus aussi forts qu’avant ? Pourtant, des milliers de femmes divorcées, célibataires, attendent l’arrivée d’un homme dans leur vie. Elles sont prêtes à rouvrir les bras. La vie après une rupture est possible. On a le droit de se tromper. C’est douloureux, mais refaire sa vie, c’est possible. Alors pourquoi ? Comment l’entourage n’a-t-il pas vu cela venir ? Ces hommes ont eu des mères, ils ont des sœurs, ils ont été aimés. Ils ont aussi eu des pères, des frères.
Pourquoi ?

Dès qu’une femme reçoit une première taloche, une première menace verbale, elle devrait réagir. Mais comment ? La détresse de ces femmes est si grande la plupart du temps qu’elle n’ose pas se confier ou encore, même la famille proche au courant des menaces et des coups a peur d’être attaquée. D’une certaine façon, nous sommes souvent complices de ces carnages. Malgré nous. Parce qu’on a peur, nous aussi. On entend les cris, mais on se dit : ça ne me regarde pas.
Et si, au contraire, ça nous regardait tous. À chaque année, on ajoute des ressources pour les femmes battues, des centres d’hébergement d’urgence, des centres d’écoute, etc...Et pourtant, le bilan s’alourdit. Ne devrait-on pas chercher à aider aussi ces hommes aux prises avec leur violence incontrôlable, leur détresse abyssale ? Je ne sais pas, je cherche. Peut-être que si on faisait encore plus de prévention, peut-être que si on s’en parlait entre nous, peut-être que si on tendait la main, l’oreille, peut-être que l’on sauverait des êtres humains.

Vous les frères, les pères, les amis, soyez sensibles aux signaux. Soyez vigilants. Conseillez, réconfortez si cela est possible, mais protégez ces femmes qui ont le malheur d’ « appartenir » à quelqu’un.
Hommes et femmes, ensemble. Pour celles qui sont mortes, pour celles qui vont encore mourir de violence, pour ces enfants qui perdront la vie dans les mois qui viennent, parce que leur père les aura tués, essayons tous ensemble de trouver des solutions pour éviter le pire.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 12 mai 2006

Source
Sisyphe 15/05/2006
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