Extrait du Guide de Prescription de Baclofene.


La prescription d’un médicament en dehors de ses indications reconnues et habituelles est largement pratiquée en médecine quelle que soit la spécialité considérée (Médecine Générale, Pédiatrie, Psychiatrie, ...). Il est souvent arrivé que l’on découvre qu’une molécule puisse avoir des propriétés insoupçonnées dans un champ thérapeutique inattendu (aspirine en cardio, carbamazépine comme stabilisateur de l’humeur, antidépresseurs dans les douleurs chroniques, etc.).

Le législateur a prévu cette situation et l’a encadrée (13,14). La prescription hors AMM (hors autorisation de mise sur le marché) est permise sous conditions :
- de données scientifiques pouvant justifier cette prescription
- de nécessité thérapeutique motivée par des échecs des traitements 
conventionnels bien conduits
- d’information complète du patient sur les bénéfices et risques 
potentiels du traitement
- de consentement éclairé du patient et de son acceptation écrite à 
prendre ce traitement en toute connaissance
- de suivi médical approprié
- de possibilité de non remboursement de la prescription 




13. Paoletti O. La prescription hors AMM. Neurologie, 2003 ; 6 :46-48


14. Rolland B, Deheul S, Danel T, Bordet R et Cottencin O. Un dispositif de
prescriptions hors-AMM : exemple du baclofène. Thérapie 2010; 65 (6): 511– 518
Annie Rapp 23/04/2012

Infographie
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Neurotransmetteur essentiel au bon fonctionnement cérébral, le gaba se fixe sur deux types de récepteurs, gaba A et gaba B. Quand une personne consomme de l’alcool, celui-ci se fixe sur les gaba A. En cas de déficience au niveau des gaba, une mauvaise conformation des molécules par ex ou un défaut dans leur production, cela se traduirait par des troubles du système nerveux, comme une anxiété pathologique. Trouble que le malade soignerait par la prise d’alcool afin d’occuper les récepteurs gaba A laissés vacants. Sans alcool, l’anxiété reviendrait car tous les récepteurs ne seraient plus occupés. Le baclofène aurait une action unique en se fixant sur les récepteurs gaba B. Pour des raisons encore inconnues, la dépendance à l’alcool mais également semble-t-il à certains stupéfiants comme les opiacés ou les benzodiazépines, entretiendrait un lien étroit avec ce récepteur B des gaba.

Annie Rapp 23/04/2012

Invitée à contribuer à la rédaction d'un "Guide de Prescription du Baclofene dans l'Alcoolisme", j'ai ajouté d'autres commentaires à mon précédent article sur le bilan de 2 ans de prescription du baclofene dans l'alcoolisme.


Plusieurs catégories d’alcooliques

En accompagnant un grand nombre de personnes alcoolo-dépendantes, je me suis rendu compte que toutes les catégories sociales, psychologiques et psychopathiques étaient représentées mais qu’il existait deux groupes de patients, certains correspondant aux stéréotypes de l’alcoolique et d’autres non, à tel point qu’ils sont invisibles pour la société. Parfois leurs proches et leur médecin ne reconnaissent pas leur problème et même le dénient : « tu n’es (vous n’êtes) pas un alcoolique ! »

Est-ce que les personnes qui guérissent facilement se trouvent en majorité dans cette dernière catégorie ? Oui en effet, mais des patients gravement perturbés depuis des années par une consommation extrême peuvent guérir eux aussi en quelques semaines.


La place des Forum sur Internet

Les forums s’adressant aux personnes alcooliques, apportent des informations précieuses, un soutien aux patients pendant la phase d’augmentation des posologies, l’entraide entre patients et la célébration des succès…
Certains patients y seront très assidus à long terme ou simplement au début de leur traitement. Ensuite, ils s’éloigneront, reprenant leur cours de leur vie, le médicament faisant partie de leur habitudes.
AUBES : www.baclofene.fr
Association Baclofene : www.baclofene.com

Récemment est né un forum réservé aux médecins (AUBES).


Les consultations collectives

Spécialisée en psychothérapie de groupe, j'ai démarré récemment des consultations où je reçois plusieurs patients dans le même horaire. L'objectif est avant tout le suivi du traitement avec le baclofene : la gestion des effets secondaires et des ambivalences.
Cette formule est optionnelle, proposée en parallèle aux consultations individuelles.
Je ne la définis pas comme une psychothérapie de groupe car elle vise la bonne observance du traitement et non l'exploration des problèmes psys.


Conclusions sur la prise en charge des malades alcooliques

Suivant mes réflexions d’aujourd’hui (mars 2012), dans l’avenir je pense que :
• beaucoup de ces personnes pourront être suivies en ambulatoire et guéries grâce à la prise du baclofene prescrit suivant un protocole personnalisé adapté à chacun, par des médecins spécialement formés à cette prescription.
• certains auront besoin, en plus, d’une psychothérapie brève, de soutien et de motivation ou d’une psychothérapie approfondie, par des spécialistes.
• d’autres, présentant une pathologie psychiatrique, recevront le traitement adapté en ambulatoire ou suivront le parcours des cures et des associations.
• quand la santé physique des patients est perturbée, les pathologies médicales devront être prises en charge par des médecins avertis des interactions du baclofene avec les autres prescriptions.

J’ai constaté qu’en France, un grand effort a été fait pour prendre en charge les alcooliques. Il existe de nombreuses consultations d’alcoologie et des lits d’hospitalisation. Ajouter systématiquement le baclofene à cet arsenal résoudrait enfin efficacement les conséquences de l’alcoolisme.

Tout cet arsenal est-il menacé de disparition par l’arrivée du baclofene ? On se rappelle que les sanatoriums ont tous fermé avec la découverte de la pénicilline…
Il est bien possible en effet que beaucoup de services d’alcoologie ferment.
Ces services devaient être recyclés en services de psychiatrie accueillant les patients présentant un alcoolisme dans le cadre d’une maladie psychiatrique et en leur offrant une prise en charge multiple médico-psycho-sociale.
De tels services devraient également être proposés dans les prisons afin de faire bénéficier les alcooliques incarcérés de ce traitement pendant leur mise à l’écart forcée…

Annie Rapp 25/03/2012
J'ai commencé à prescrire le Baclofène à l'automne 2009. J'avais lu quelques mois avant un article sur ce médicament et lu le livre d’Olivier Ameisen.

Jusqu'alors, je n'avais jamais vu, avec les traitements existants, de résultat positif sur les personnes alcooliques. Je pratique la psychothérapie en libéral depuis le début des années 80. Auparavant j’avais travaillé une dizaine d’année en psychiatrie publique comme interne puis médecin vacataire.

Pour moi, la découverte d’un traitement efficace sur l’alcoolisme ne pouvait être qu'une bonne nouvelle et j’ai voulu prescrire ce traitement et en constater moi-même les effets. J'ai donc laissé un message sur le site du professeur Olivier Ameisen et pris contact avec l’association AUBES qui cherchait des médecins-prescripteurs.
C’est ainsi que j’ai reçu mes premiers patients pour ce traitement.
Par la suite, plusieurs articles de presse sont sortis dans lesquels je suis intervenue. Mon adresse mail se trouvant facilement sur Internet, les patients ont commencé à affluer…

Cet été j'ai travaillé sur les dossiers de mes patients-baclofene, comme je les appelle. Le résultat confirme ce qui a été déjà dit par Olivier Ameisen et Renaud de Beaurepaire.

Voici quelques une de mes conclusions.

J'ai ouvert 152 dossiers (*) depuis aout 2009 jusqu’au 14 juillet 2011, date à laquelle j’ai commencé l’étude.
Je n’ai pas fait de sélection des patients, j’ai accepté de donner un RV à tous ceux qui le demandait, dans la mesure de mes disponibilités. Le contrat de départ était de venir pour une première consultation d’une heure pour établir le contact et prescrire le traitement et ensuite tous les 15 jours lors d’une consultation d’une demi-heure pendant 2 mois minimum, pour adapter le traitement

Les consultations tous les 15 jours permettaient de gérer le dosage du médicament en fonction des résultats positifs et des effets secondaires et de faire une thérapie de soutien jusqu’à obtention du résultat. Celui-ci a été obtenu rapidement pour certains (2 mois) pour d’autres après plusieurs mois.

Ensuite, le traitement a été poursuivi par le renouvellement d’ordonnance tous les mois, puis pour 1 mois renouvelable 2 fois. La dose nécessaire pour le traitement continue est en général bien moindre que celle qui a été nécessaire pour atteindre le palier de guérison. Par exemple de 300mg/jour à 40mg/jour cela passe à 120/160. Et quelque soit la dose d’entretien, c’est une dose « confortable » où la personne de ressent quasiment pas d’effets secondaires.

Une moitié des patients n’a eu besoin de rien d’autre que cet accompagnement : la molécule a fait son effet.
L’autre moitié a suivi une psychothérapie hebdomadaire ou bi-mensuelle pendant quelques mois.

Le protocole de départ a été de commencer avec 20 mg par jour et d’augmenter de 20mg tous les 3/4 jours avec une ordonnance de 15 jours. Ensuite la progression est adaptée à chaque cas, en fonction des résultats positifs et des effets secondaires gênants ressentis. La plupart ont suivi le traitement sans cesser de consommer de l’alcool au début. Pour les cas réussis, cette consommation a progressivement diminué jusqu’à l’arrêt total ou une prise occasionnelle très modérée pour les autres.

J’ai réparti les dossiers en 4 catégories :
1. ceux qui ont abandonné le traitement dés le premier mois : 31 personnes
2. ceux qui l'ont poursuivi plus de 2 mois et pour qui la prescription est un échec (pour l’instant, car ils peuvent revenir à la charge) : 19 personnes
3. ceux pour qui l'alcool n'est plus un problème, soit qu'ils n'en boivent plus, soit qu'ils le fassent très modérément, sans compulsion : 57 personnes
4. ceux dont le traitement est en cours depuis plus de 3 mois et qui n’ont pas atteint l’état désiré : 24 personnes

Si je fais le pourcentage de succès et d’échecs chez ceux qui ont suivi le traitement, c'est à dire qui sont venus aux rendez-vous et ont pris le médicament plus de 2 mois, j’additionne 2) et 3) soit = 76 personnes.

• Résultats Ok = 75%
• Résultats Non = 25%

Je reste en contact avec les personnes dont le résultats est OK afin de vérifier l’évolution à long terme, ce qui modifiera peut-être un peu les données, certaines, considérées comme échec, pouvant être suivies avec succès par un autre médecin et d’autres, considérées comme OK vis à vis de l’alcool, ayant rechuté sans m’en informer…

J’ai étudié les facteurs qui peuvent permettre de prévoir les cas qui répondront facilement ou non au traitement. Et comment accompagner mieux ceux pour qui le traitement a été un échec.

Les facteurs de succès sont d’après mes premières conclusions :
• la prise en charge complètement autonome de la décision et du traitement par la personne elle-même,
• avant traitement le fait qu’elle contrôlait socialement son alcoolisation (alcoolisation du soir à la maison, solitaire ou discrète),
• qu’elle ait des projets de vie,
• quelques fois, qu’elle ait déjà traité avec succès ses problèmes psy et que seule subsiste l’addiction biologique.
Ce qui implique que les meilleures chances de guérison concernent des personnes dont l'alcoolisme ne correspond pas aux stéréotypes et qui ne sont pas repérées comme alcooliques. Parfois ce sont leurs proches et leurs médecins qui dénient leur alcoolisme.

Comme il a déjà été dit, les principaux facteurs d’échec sont :
• l’absence de motivation personnelle,
• la gravité de la pathologie psychiatrique associée,
• la dégradation intellectuelle et physique,
• l’utilisation de l’alcoolisation massive dans des rapports conflictuels avec l’entourage,
• le fait que l’alcool soit toujours ressenti par la personne comme le meilleur anxiolytique.
• la crainte des effets secondaires ou de devenir "dépendant" d'un médicament qui doit se prendre à vie, dans l'état actuel de nos connaissances.
• la nostalgie des effets d'ivresse,spécialement chez les jeunes patients.

Cette étude me permettra de mieux appréhender la prise en charge des patients « en cours » de ma cohorte et ceux qui viendront.

Pour l’instant, j’étudie les moyens d’obtenir un bon résultat avec ceux qui, bien que présentant des rechutes, souhaitent continuer de prendre le traitement car il leur permet de limiter leur consommation sans les rendre indifférents à l’alcool.
Au début, j’ai tenté d’augmenter les doses de baclofene en espérant atteindre le palier de guérison.
Mais cette méthode ne me laissait pas tranquille… et je craignais les conséquences. Alcool + baclofene à hautes doses + parfois psychotropes = danger. D’ailleurs une de ces personnes (+ de 300 mg) s’est endormie au volant… Heureusement sans conséquences dramatiques.
D’autre part, il ne me paraît pas utile de demander aux personnes de supporter des effets secondaires vraiment gênants. Je leur donne toujours la consigne de redescendre d’un ou plusieurs paliers jusqu’à une dose plus confortable. Ensuite elles peuvent recommencer à augmenter les doses prudemment.
A noter que les personnes qui atteignent des doses élevées autour de 300mg et plus sont souvent exemptes d’effets secondaires. C’est même incroyable.
Par contre, certaines sont très perturbées avec seulement 2 ou 4 comprimés et préfèrent renoncer au traitement!

Devant ces situations de non–réponses rapides et faciles au traitement chimique, je me tourne vers le coté psychologique, tout en continuant d'augmenter les doses de baclofene. Après tatonnement, j'en suis arrivé à la conclusion que la priorité devait être donnée à la guérison de l'alcoolisme grâce au médicament plutôt qu’à la psychothérapie classique sur les autres problèmes et je me concentre sur cet objectif.
Je reporte à plus tard le "travail" psychologique nécessaire. Tant que la personne s'alcoolise, ce travail est difficile et sans effet sur l'alcoolisation.

Trois éléments principaux sont à prendre en ligne de compte, d’après moi, dans ces échecs du traitement :
• l’absence de « décision » ferme de se couper de l’alcool et de ses effets psychotropes,
• les habitudes et rituels liés à la prise d'alcool
• le recours à celui-ci pour faire face aux problèmes de vie et aux stress.

J’utilise des procédures issues de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) et de l’AT (Analyse Transactionnelle) dont les résultats me semblent encourageants.
J’ai entamé avec des collègues, psychothérapeutes pnlistes (non-médecins) une étude sur les applications de la PNL aux traitement des addictions (et des dépendances affectives). Nous testons ces protocoles sur des patients volontaires. A noter que j’avais démarré cette recherche avant de connaître le baclofene. Je n’oppose nullement traitement psy et traitement chimique, je les associe.

Les autres options sont médicales. Au début de ma pratique avec le Baclofene, devant les cas de patients qui rechutaient et/ou ne suivaient pas leur traitement, je me suis tournée vers l’hospitalisation, espérant que la prise du médicament dans un environnement protecteur aurait de bons effets. J'ai hospitalisé plusieurs patients dans une clinique à Paris où des psychiatres acceptent de prescrire le médicament à dose suffisante. Cependant, cette mise à l’abri, si elle est nécessaire pour ceux qui mettent en péril leur santé et parfois leur vie pendant leurs cuites, ne résout pas le problème. Avec ou sans baclofene, les malades rechutent à la sortie de la clinique !

Reste donc le traitement ambulatoire et la prise en charge du patient de son propre traitement. Pour ces cas difficiles, les moyen le plus sur d'obtenir le résultat attendu est de prendre le traitement en abstinence totale telle que le décrit Olivier Ameisen dans son livre. Celle-ci peut être obtenue par plusieurs moyens :

A la demande de certains qui avaient l'expérience de de l'Esperal, j'ai commencé à le prescrire, parallèlement au baclofene. L'Espéral provoque, en cas de prise d'alcool dans les heures qui suivent, des effets extrêmement désagréables et dissuasifs. J'attends les résultats...

Plusieurs patients ont choisi l'abstinence totale et suivent les réunions des groupes d'entraide tels que Vie Libre et les Alcooliques Anonymes.

Une prise en charge à la maison avec l’aide d’un proche qui supervise la prise des médicaments, empèche l'alcool d'entrer dans la maison et apporte un soutien affectif au malade a permis à deux personnes d'aller bien.

Certains malades présentant un pathologie médicale que je ne sais ni évaluer ni traiter, je travaille actuellement en collaboration avec un autre médecin prescripteur du baclofene, le Dr Françoise Faisandier qui est un excellent médecin de médecine interne.
Je fais appel à elle lorsque des effets secondaires gênants persistent. Bien souvent la cause vient d'une mauvaise répartition des doses dans la journée ou d'effets secondaires d'autres prescriptions, car beaucoup d'alcooliques recoivent également des anti-depresseurs, des tranquillisants, des somnifères et des médicaments pour des pathologies diverses.

La principale cause d'échec, pour ceux qui sont volontaires pour poursuivre le traitement malgré les résultats insuffisants, sont les pathologies psychiatriques associées : les troubles bi-polaires et border-line en particulier. L'alcoolisme ou les toxicomanies appartiennent à leur symptomatologie. J'ai constaté que l'arrêt de l'alcoolisation pouvait révéler un état depressif sévère en cas de bi-polarité. C'est dans les pathologies border-line que j'ai rencontré de sur-consommations massives de baclofene, utilisé pour obtenir un état modifié de conscience, associé ou non à de hautes doses de benzodiazépines et d'alcool! Et des bouffées délirantes.
Pour ceux-la, je ne me sens pas habilitée en tant que psychothérapeute en cabinet à les suivre et je préfère les adresser à un psychiatre ou à un service de psychiatrie-alcoologie prescrivant le baclofene.


Dr. Annie Rapp, psychothérapeute


(*) aujourd'hui 180 patientsl[
Annie Rapp 28/09/2011

En 2009, Annie Rapp, psychothérapeute, découvre les effets positifs du Baclofène sur les personnes souffrant d'alcoolisme. Ce myorelaxant, à l'origine réservé aux patients atteints de sclérose en plaques, a déjà convaincu une partie du corps médical.


Pourtant, sa mise sur le marché n'a toujours pas été autorisée pour cette vertu curative. Le Dr Rapp fait front à cette interdiction en continuant depuis deux ans de prescrire ce « médicament-miracle ».

Rue89 : Comment décide-t-on de devenir médecin-prescripteur du Baclofène ?
Annie Rapp : J'ai commencé à prescrire le Baclofène à l'automne 2009. J'avais lu quelques mois avant un article sur ce médicament. Jusqu'alors, je n'avais jamais vu, avec les traitements existants, de résultat positif sur les personnes alcooliques.
Pour un médecin, une telle découverte ne peut être qu'une bonne nouvelle. J'ai donc pris contact avec l’association AUBES et le docteur Olivier Ameisen [cardiologue qui a établi que le Baclofène est le seul médicament qui supprime complètement la dépendance à l'alcool, ndlr *], qui cherchaient des médecins-prescripteurs.

A quelles sanctions professionnelles vous exposez-vous en prescrivant un médicament qui n'a pas obtenu l'autorisation de mise sur le marché (AMM) contre l'alcoolisme ?
Prescrire hors-AMM n'est pas interdit en France. C'est même une pratique courante dans le traitement de l'alcoolisme. Personne ne s'en offusque. Cependant, dés le début, des médecins faisant autorité ont exprimé leur réserve vis-à-vis du Baclofène dans le traitement de l'alcoolisme, ce qui fait que beaucoup de médecins hésitent à le prescrire.
Quant à moi, j'ai estimé que je ne risquais pas grand-chose à le faire. Il suffit de bien superviser les patients et surveiller les effets secondaires gênants. A mon âge, je pourrais être à la retraite. Donc si j'ai des ennuis, je m'arrêterai simplement de travailler. Ce n'est pas comme si j'étais au début de ma carrière professionnelle.

Quels sont les arguments des médecins qui refusent de prescrire le Baclofène ?
Je n'en ai pas rencontré personnellement, mais j'ai eu plusieurs échos de patients. Ces médecins s'appuient sur le fait que le Baclofène n'a pas encore été testé officiellement. D'autres ne croient simplement pas à son efficacité. Ils pensent que si un médicament-miracle existait, ça se saurait. Ils préfèrent croire à l'abstinence.
Lors du colloque du 14 mai 2011 « Baclofene, pour ou contre » les principaux arguments des « contre » insistaient sur les effets secondaires du traitement. Effets pourtant réversibles quand on adapte la dose du médicament. Et bien peu dangereux, comparés aux effets de l'alcoolisation chronique !

Quels sont ces effets secondaires dont vous parlez ?
La plupart du temps, ce sont des effets de somnolence. Une envie irrésistible de fermer les yeux et de s'endormir. Mais c'est une sensation qui disparaît en quelques minutes, puis s'estompe avec le temps.
Il y a aussi divers effets transitoires : perte d'équilibre, troubles digestifs… S'ils ne disparaissent pas, il faut alors baisser la dose prescrite pour adapter le corps à ces changements. Puis une fois habitué, on augmente à nouveau jusqu'à ce que la personne ne ressente plus l'envie de boire. Le traitement est réussi quand elle devient libre de boire ou pas.

Qu'est-ce qui freine aujourd'hui la reconnaissance du Baclofène par les institutions médicales ?
Jusqu'à aujourd'hui, les laboratoires pharmaceutiques ont refusé de faire des études sur le Baclofène et ses vertus sur la dépendance à l'alcool. J'imagine que comme le Baclofène est déjà « génériqué », ils n'ont aucun intérêt à faire des recherches pour le développer. Ils ne gagneraient pas d'argent avec un tel produit. C'est la logique financière qui prime.
Les pouvoirs publics sont ceux qui devraient financer ce projet. Beaucoup de choses ont été faites pour soutenir la recherche sur le cancer, Alzheimer… mais pas pour l'alcoolisme.

Comment prescrivez-vous ce médicament ?
J'ai décidé de le prescrire à tous ceux qui me le demandent et qui ont un réél problème avec l'alcool. J'observe ensuite l'évolution du patient. Dans l'ensemble, il y a de bons résultats. Il faut savoir que c'est un traitement à vie, mais qu'il est généralement bien accepté. Si le patient arrête, le besoin d'alcool revient.
Ce médicament n'agit que sur une partie du problème, le besoin d'alcool, de drogue, ce que l'on appelle le « craving ». Mais il n'a pas systématiquement d'effets sur les composantes psychologiques, surtout psychiatriques, de la maladie.

Les demandes sont-elles nombreuses ?
J'ai dû avoir au moins 80 demandes de prescriptions sur deux ans. Mais tous les patients n'ont pas été suivis. Certains ont abandonné pour des raisons diverses, d'autres en sont pleinement satisfaits.
Les médecins-prescripteurs sont-ils nombreux ?
Je rencontre d'autres médecins-prescripteurs, on se concerte, on compare les résultats. J'ai obtenu beaucoup de conseils de personnes plus expérimentées. Mais il est difficile de savoir exactement le nombre de professionnels qui prescrivent aujourd'hui du Baclofène. Nous ne nous sommes pas tous déclarés.
En 2010, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a recensé à peu près 20 000 prescriptions de Liorésal [appellation commerciale du Baclofène, ndlr] de plus qu'en 2009. Et elles seraient, compte tenu des posologies utilisées, probablement en rapport avec l'alcoolo-dépendance.


* "Le dernier verre" d'Olivier Ameisen. Ed Denoël.

http://www.rue89.com/2011/05/28/alcoolisme-elle-na-pas-attendu-pour-prescrire-du-baclofene-206284 http://www.rue89.com/2011/05/28/alcoolisme-elle-na-pas-attendu-pour-prescrire-du-baclofene-206284

Annie Rapp 28/05/2011

Depuis la sortie du livre, en 2004, du Dr. Olivier Ameisen, relatant son expérience ce guérison d'un alcoolisme sévère grâce à la prise de Baclofène à haute dose, les études cliniques tardent à être mises en place dans notre pays. Aussi, un certain nombre de médecins français, constatant les excellents résultats de ce traitement dans cette indication, ont commencé de prescrire ce médicament sans attendre l'autorisation de mise sur le marché dans l'indication de l'alcoolisme. Avec le Dr. Ameisen, ils ont exposé leur expérience lors de deux colloques qui se sont tenus à Paris en mai et en juin 2010.
Lire : « Le dernier verre » Dr. Olivier Ameisen. Edition Denoël


Annie Rapp a expliqué qu'elle pratiquait la psychothérapie en libéral et qu'elle avait débuté en tant que médecin en psychiatrie.
Comme praticienne elle a choisi la psychothérapie plutôt que la psychiatrie mais prescrit des médicaments en parallèle à la thérapie verbale. Elle pratique une thérapie interprétative, humaniste, cognitivo-émotionnelle avec de la Programmation Neuro Linguistique (PNL).

C'est elle même qui s'est proposée comme prescripteur après avoir lu le livre d'Olivier Ameisen.
Jusque là, ses tentatives de traitement de l'alcoolisme s'étaient toutes soldées par des échecs à l'exception d'un cas, si bien que comme beaucoup, elle avait renoncé à prendre en charge des patients alcoolo-dépendants.

Le baclofène lui a apporté l'espoir de pouvoir enfin soulager ces malades, quitte à être éventuellement désavouée par les instances ordinales. Mais sachant que ce médicament était prescrit depuis plus de 40 ans à haute dose sans présenter de danger sérieux, elle n'a pas hésité à se lancer dans la prescription, cette donnée étant une garantie pour la sécurité de ses patients.
C'est le propre de la démarche compassionnelle, (cf intervention de Renaud de Beaurepaire.)
A partir de novembre 2009 , elle a commencé à traiter au baclofène quelques patients sur le mode psychothérapeutique d'une séance par semaine en adaptant ses tarifs afin de n'exclure personne du traitement pour des raisons financières.

Ses premières conclusions sont que les résultats positifs sont réels et enthousiasmants.
Certains ayant atteint , avec une facilité déconcertante, la sobriété et l'indifférence à l'alcool, retrouvant ainsi la santé et reprenant leur vie en main.
Pour d'autres, les effets secondaires à certains paliers ont été intenses, mais en persévérant sur une durée plus longue, ils ont finit par, eux aussi, atteindre l'objectif de l'indifférence.
Le postulat d' Annie Rapp est que certains doivent cesser toute activité et être en arrêt de travail pendant un mois ou deux, afin d'être sans autre obligation que de se consacrer entièrement à leur guérison pour éviter les inconvénients des somnolences, lorsqu'elles sont trop handicapantes en activité.

Selon elle, la motivation joue un rôle majeur dans la réussite du traitement. D'un point de vue psychologique, pour parvenir au succès, il faut avoir fait le « deuil » de l'alcool et des anciennes raisons qui avaient motivées sa consommation comme :
-les effets festifs et transgressifs
-la suppression de la timidité
-l'appartenance à un milieu de consommateurs
-le goût du flirt avec la mort
-la révolte et le défi.
(Une pathologie psychiatrique associée peut également empêcher l’observance du traitement et l’obtention du résultat désiré.)

La demande de prescription doit donc être réfléchie et volontaire, une fois sorti du déni, la prise de conscience de la maladie et de la perte de contrôle étant admises.
Le patient doit s'être informé, avoir lu le livre d'Olivier Ameisen et compris la méthode.
Parmi ses patients, qui tous se reconnaissaient alcooliques, certains étaient des buveurs plus « modérés » que d'autres mais ayant besoin d'une consommation quotidienne et d'autres des buveurs excessifs ayant besoin de très fortes alcoolisations de façon plus ponctuelle.
Dans la première catégorie, l'entourage familial ou même médical ne reconnaissait pas forcément la maladie, car ces personnes buvaient seules et n'incarnaient pas l'image stéréotypée de l'alcoolique.
Certains ont quitté la thérapie sans donner de nouvelles, sans doute culpabilisés par des rechutes et l’arrêt du traitement.
Certains autres ont fait une ou plusieurs rechutes avec alcoolisation massive pendant plusieurs jours avant d'atteindre la dose-seuil et l'indifférence.

Tous ont perdu le goût et le plaisir de boire de l'alcool et ne boivent plus que pour accompagner des moments conviviaux. Un seul verre leur suffit, ils ne touchent plus au second, la vue des bistrots ou des rayons alcools ne leur fait plus aucun effet.

La thérapie proposée par Annie Rapp peut être une simple psychothérapie de soutien pour accompagner le traitement jusqu'à obtention de l'indifférence ou se poursuivre après la guérison pour accompagner le retour à la lucidité, parfois difficile et à un état physique et psychique satisfaisant.
Dans le premier cas, le psychothérapeute est le témoin bienveillant de la reprise en main de sa vie par le patient. Dans le deuxième, (outre la poursuite des médicaments, anti-dépresseurs ou anti-psychotiques,) c'est une psychothérapie classique qui traite les cas de dépressions sous-jacentes, liées aux traumas d'enfance, qui peuvent refaire surface lorsque l'effet anesthésiant procuré par l'alcool a disparu.
Selon elle, le baclofène traite essentiellement la compulsion mais ne procure pas forcement bien-être et euphorie, ce qui témoigne du fait qu'il n'est donc pas un produit addictif.
Contrairement à l'expérience racontée par Olivier Ameisen, tous ses patients n'ont pas vu disparaître leur anxiété et leur mal-être. (Dans les questions-réponses, Olivier Ameisen propose dans ce cas de continuer à augmenter les doses même si l'indifférence est atteinte afin de vaincre l'anxiété persistante).

Quoiqu'il en soit le traitement apporte un éclairage nouveau sur les comportements addictifs qui ne sont donc pas soumis à la volonté des patients mais au fonctionnement de leurs neurones. L'alcool étant perçu comme un « médicament » pouvant soulager une souffrance.
Le protocole pratiqué par Annie Rapp, est encore plus progressif que celui de Renaud de Beaurepaire, pourtant dit « lent ».Elle augmente les doses d'un ou deux comprimés de 10mg par semaine, proposant des paliers plus longs jusqu'à disparitions des effets secondaires si ils sont persistants.
Elle a noté que les effets secondaires étaient souvent majorés par une alcoolisation massive concomitante.
Les réussites les plus spectaculaires et rapides ont eu lieu chez des patients déjà sobres, volontairement, avant le début du traitement et qui ont vu leur efforts se transformer très vite en indifférence.

A l'inverse du docteur Renaud de Beaurepaire, Annie Rapp a finit par demander à ses patients qui continuaient à s'alcooliser massivement, de faire un effort de volonté pour réduire ou même arrêter l'alcool le temps que la molécule fasse effet. Ce sont d'ailleurs souvent les patients eux-mêmes, qui après certaines « cuites » prenaient la décision de la sobriété volontaire pendant 8, 15 ou 20 jours.
Annie Rapp a rappelé qu'il est important pour l'estime de soi que le patient contribue ainsi à sa propre guérison.

Elle a ensuite fait des suggestions pour les actions à venir en proposant d'organiser des formations de médecins prescripteurs pour apprendre à gérer le protocole, les effets secondaires et ceux du sevrage alcoolique. Sans cela, il est normal selon elle, que certains n'osent pas se lancer dans la prescription. Elle se propose en tant que psychothérapeute de former ses confrères à l'accompagnement psychologique du traitement.
Elle souhaiterait que l'on ouvre des centres de jours ou des cliniques spécialisées dans l'accompagnement des patients sous baclofène ou que les structures déjà existantes puissent le faire : en effet, pour certains patients dont la dérive alcoolique entraîne une dé-socialisation de type « SDF » qui nuit forcément à la prise correcte du traitement, l'hospitalisation est nécessaire et il est à noter que quelques structures s'y mettent d'ailleurs.

Voir les vidéo du Colloque de juin sur le site Alcool et Baclofene.
http://www.forum-baclofene.fr/portail.html

Site d'Olivier Ameisen : http://www.olivierameisen.com/fr
Annie Rapp 12/11/2010