Le camp de Wapniarka, région de Vinnitsa, Ukraine - par Fanny CHASSAIN-PICHON
Le camp de Wapniarka est un camp situé dans la région de Vinnitsa en Ukraine qui entra en service du 22 octobre 1941 jusqu’au mois de mars 1944. Il se trouvait entre les fleuves du Dniestr et du Bug, point ferroviaire important sur la ligne de chemin de fer reliant Schmerinka et Odessa. Ce camp était composé essentiellement de Juifs de Bukovine, de Roumanie venant d’autres camps comme par exemple le camp de travail forcé de Tiraspol ou celui de Tirgul-Jiu en Roumanie. Comme le rapporte le témoin juif Eliyahu Mokowitsch : « il y avait au camp de Wapniarka entre 1200 et 1500 détenus dont environ 80%de Juifs. Le reste était composé s’Ukrainiens et d’autres personnes. La plupart des Juifs étaient originaires de Moldavie et de Roumanie. Le camp de Wapniarka se divisait en gros bâtiments et était un village de population ukrainienne vivant de l’agriculture (…) mon travail consistait à réparer la toiture du toit »
Les témoins comme par exemple le docteur Arthur Kessler ou le citoyen juif originaire de Suisse demeurant en Roumanie, Izschak Feinstein , se souviennent tous deux des noms des commandants de camp. Ainsi, Feinstein se rappelle : « Le commandant du camp était un major de la gendarmerie ou de l’armée nommé Murgescu. (…) le second commandant était un capitaine de l’armée roumaine ou de la gendarmerie nommé Buradescu (...) Après lui, le commandant fut un haut lieutenant retraité roumain de la gendarmerie nommé Popovici. Les relations étaient meilleurs avec celui là. » Si ce camp est moins connu que celui d’Auschwitz ou de Dachau, il est particulièrement important de l’étudier notamment à cause des atrocités qui y ont été commises. En effet, ce camp de travail sur le papier, s’est avéré être en fait un véritable camp d’extermination même si la méthode de tuerie employée n’était pas le gazage des Juifs. Le camp de Wapniarka accueillit plusieurs milliers de Juifs principalement de Czernowitz. Ces derniers étaient emmenés par la police roumaine, passant parfois par la case prison, sans aucune raison valable, avant d’être transférés à Wapniarka à partir de 1942 selon les témoignages dont nous disposons. Comme un témoin le rapporte, plusieurs convois comptant parfois plus de 1000 individus vinrent garnir le camp : « Notre convoi qui comptait 1200 Juifs, arriva à Wapniarka le 16 septembre 1942. Il y avait des gens de tous les âges plus particulièrement des jeunes gens âgés de 19 à 45 ans. A notre arrivée, je pus observer sur le mur des baraques des inscriptions en langue roumaine et yiddish et je compris que d’autres avaient déjà été là avant nous ». Parmi les détenus du camp, ces derniers travaillant le plus souvent à l’extérieur, il fallait compter 18 médecins juifs internés dont le docteur Heinrich Aufleger (voir la citation précédente) et le docteur Arthur Kessler. Ce dernier écrivit un livre peu de temps après sa libération en 1946 intitulé Un médecin dans le camp dans lequel il livre précisément les détails des atrocités que nous évoquions plus haut. Ainsi, par exemple, il raconte comment les détenus étaient tués en masse par un moyen dissimulé : la nourriture empoisonnée. Les détenus étaient ainsi tués de mort lente et dans la dissimulation la plus totale grâce à des haricots pour chevaux empoisonnés. Selon le docteur Kessler, des wagons entiers étaient remplis de cette nourriture désastreuse pour l’organisme. Ce dernier, spécialiste des maladies du système nerveux central, reconnut presque immédiatement dans ces haricots les fameux lathyrus satirus soit une sorte d’haricots cuisinés avec de l’eau et du sel : « Notre convoi arriva le 16 septembre 1942. On reçut le jour de l’arrivée une ration journalière se composant de 400 grammes de lathyrus satirus et 200 grammes de pain d’orge contenant 20% de paille. Les suites immédiates de cette alimentation se traduisirent par des désordres intestinaux, des gaz, des flatulences, de sorte que de tels symptômes m’apparurent aussitôt comme dangereux pour la santé ». Le témoin Moskowitsch se souvient comment un jour alors qu’il se trouvait à l’extérieur du camp, un caporal roumain l’avertit du danger qui rôdait dans le camp de Wapniarka : « Le caporal roumain me prit à part et me dit en confiance : je ne suis pas détesteur de Juifs et je n’en ai jamais tué un seul. Avant vous, il y en avait d’autres qu’on a nourri avec des haricots empoisonnés pour les affaiblir. Ils ne pouvaient plus marcher et se déplaçaient à quatre pattes. Les Roumains leur jetaient des morceaux de pain. Ils marchaient jusqu’au pain et là les gendarmes roumains leur tiraient dessus » Comme en atteste le docteur Kessler, dès le 5 janvier 1943, des détenus tombèrent malades des suites de cet empoisonnement et dix d’entre eux furent même paralysés. A la demande d’Arthur Kessler qui créa même un hôpital pour essayer d’aider les victimes même si ce dernier ne disposait d’aucun médicament pour les aider, et des autres médecins juifs du camp un rapport fut rédigé et envoyé à la haute autorité afin de dénoncer cet empoisonnement des détenus. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps, qu’une commission de médecins allemands et roumains vinrent au camp vraisemblablement en 1943 afin d’observer les dégradations sur la santé des détenus. Abram Solomovici, un témoin juif détenu au camp, se souvient de la venue de la commission de médecins : « Je suis tombé malade durant le passage de l’année 1942 à 1943 (…) Je fus également ausculté par la commission de médecins. Il s’agissait de médecins allemands qui se faisaient traduire par un traducteur. Ils firent plusieurs examens : ponctions lombaires, prises de sang, et des injections. Ils distribuèrent des médicaments dans le but de faire des expériences pas de soigner. Lors de leur seconde visite, ils amenèrent des lapins et des souris de laboratoire avec lesquels ils firent les mêmes tests effectués au préalable sur les détenus. » Comme en atteste le même témoin qui était un bon sportif avec une excellente forme physique, s’il ne trouva pas la mort comme beaucoup d’autres détenus, il resta invalide à 90% tout le témoin Moskowisch à cause de cette nourriture, synonyme de mort lente. Selon le docteur Kessler on peut parler de meurtres dans le sens où cette tuerie silencieuse entraîna dans de terribles souffrances de surcroit la mort de milliers de Juifs Fanny CHASSAIN-PICHON
Mercredi 30 Novembre 2011
Marie Moutier
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