Extrait N°3

"Entre rage et désespoir" (éditions Kirographaires)



   Les vacances scolaires approchaient à grands pas. Cela faisait un moment que j’y pensais. Bientôt, Léa et les enfants occuperaient la maison toute la journée, de quoi chambouler le train-train quotidien : un bouleversement majeur en perspective, une formidable profusion de vie, de l’agitation, du chahut, des éclats de rires, des cris aussi. Un changement profond pour un apprenti ermite, souvent seul à la maison.
   Toujours pas de départ en vacances, mais nous attendions ce moment ensemble avec impatience.
 
   Quelqu’un sonna. Un individu moustachu, plutôt grand, les cheveux châtains bouclés, se dressait derrière la porte. L’homme, la cinquantaine élégante, vêtu d’une veste ocre et d’un pantalon crème, se présenta. Il tenait à la main une la serviette en cuir brun caramel.
   - M. Bertrand, Huissier de Justice, vous êtes bien M. Célon ?
   - Oui. 
   - Je détiens un document qui vous est destiné, dit-il avec fermeté, savez-vous de quoi il s’agit ? 
   La question me surprit. Peut-être était-ce une pratique expérimentale dans la profession. Je ne pensais pas qu’il venait me remettre la cagnotte de la tombola, on ne jouait pas. Je ne pensais pas non plus que les pouvoirs publics mandataient des huissiers pour délivrer aux contrevenants une amende pour excès de vitesse. D'ailleurs, ma vieille guimbarde était bien trop fatiguée pour commettre ce genre de folie. Non vraiment, je ne voyais pas pourquoi cet homme, à la serviette assortie aux chaussures, se trouvait là. L’espace d’un instant, j’ai cru que sortirait, par derrière lui, un copain tordu de rire de la plaisanterie potache qu’il venait de me faire. Ne voyant rien venir, je répondis : 
   - Non. 
   Peut-être le gracieux pensa-t-il que je manquais de vocabulaire et que j’appartenais à la catégorie des « bêtas », ce qui expliquerait pourquoi il répliqua pince-sans-rire : 
   - Vous ne savez pas ce que vous faites ! 
   Je trouvais la remarque déplacée, mais je ne répondis pas. Il en faut un peu plus pour m’échauffer – même si je ne l’avais pas vu venir !
Finalement l’huissier m'avisa qu’il s’agissait d’une citation à comparaître, deux mois et demi plus tard, devant le Tribunal de Louvres.
   Cette fois, j’y étais ! Pourquoi n’y avais-je pas songé plus tôt ? Pris de nausée, j’attrapais la lettre, signais le reçu et raccompagnais le coquet vers la sortie, sans rien dire. Inutile d’en rajouter, un nouvel acte allait bientôt se jouer…

"Entre rage et désespoir ", éditions Kirographaires


                                                         Sommes-nous égaux devant les tribunaux ?
Extrait N°3

Lundi 20 Février 2012
Martial LOCO



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