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POURQUOI AI-JE CREE L’ASSOCIATION LYONNAISE TEILHARD DE CHARDIN ? par J.P. Frésafond
Vendredi 18 Avril 2008Mon livre paru en mars 2007, intitulé Teilhard de Chardin à la rencontre des non-croyants, a provoqué des réactions de réprobation de la part de deux éminents Pères Jésuites, membres de l’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin. Nulle provocation de ma part car ce livre avait été écrit deux ans avant le colloque de Firminy, époque où je ne connaissais pas l’organisation Teilhard. Mon but était de permettre au plus grand nombre possible de personnes de connaître et d’intégrer la pensée du Père Teilhard, à travers son livre qui doit être lu en premier, Le Phénomène Humain que je considère comme le plus important de son œuvre pour toucher les non-croyants ; il est aussi le plus difficile à lire et donc le moins lu. Dans le meilleur des cas, la plupart des lecteurs atteignent la cinquantième page et ferment définitivement le livre. Les croyants lisent tous Le Milieu Divin car il correspond au dogme Chrétien et l’enrichit, mais peu d’entre eux lisent Le Phénomène Humain lequel, outre sa difficulté de lecture, remet en question plusieurs points fondamentaux du dogme Chrétien. C’est, entre autres, à cause de ce dernier point que le Saint Office a publié un Monitum en 1962, qui interdit aux prêtres, quelles que soient leurs fonctions, mais aussi et surtout aux enseignants de diffuser la pensée de Teilhard de Chardin, invoquant « les erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine chrétienne ».
Il faut bien reconnaître aussi que dans ce livre, Teilhard réglait quelques comptes avec l’humour cinglant qui le caractérisait.
Quant à la nature de son livre, Teilhard ne laisse planer aucun doute et je le cite : « Pour être bien compris, le livre que je présente ici demande à être lu, non pas comme un ouvrage métaphysique, encore moins comme une sorte d’essai théologique, mais uniquement et exclusivement comme un mémoire scientifique. Le choix même du titre l’indique. Rien que le phénomène. Mais aussi tout le phénomène. » (cf p. 21 du livre originel Le Phénomène Humain, début de la partie « Avertissement » qu’il faut lire totalement.
Teilhard a dit lui-même que ce livre ne s’adressait pas exclusivement aux chrétiens, mais à la multitude. Il n’y a donc rien de sacrilège à mettre ce livre à la portée de tous, c’est même un devoir de chrétien que de diffuser sa pensée car elle démontre que la vie a un sens et que l’évolution a un but suprême.
Pendant le colloque de Firminy en avril 2007 j’ai appris qu’il existait des antennes Teilhard dans toutes les grandes villes de France, sauf à Lyon où l’antenne s’était éteinte quelques années auparavant . J’étais d’ailleurs le seul lyonnais présent dans la salle et c’est quelques jours après que j’ai proposé à Michel Aubin de créer une Association Teilhard à Lyon, mais j’ajoutais une condition sine qua non à ce projet (je suis chrétien depuis toujours et ma recherche remonte à plus de cinquante ans en arrière. Ma foi chrétienne ne peut donc pas être mise en doute) : j’ai précisé au Président National de l’Association Teilhard que l’objet de notre association lyonnaise serait de faire connaître la pensée de Teilhard dans les milieux athées et agnostiques. Ma lettre n’a pas eu de réponse écrite, mais orale par l’intermédiaire de Michel Aubin. J’en conclue que huit mois de faits et d’usages officiels valent titre.
Quelle est la situation de l’Europe et de la France en particulier, que reste-t-il de la culture chrétienne d’origine ? Il reste environ 10% seulement des populations qui pratiquent leur religion. Il en est de même pour les autres confessions. Il y a donc 90% des populations qui sont livrées aux sectes, aux philosophies nihilistes. Malgré ce bilan catastrophique, il règne en Europe un ordre moral et un ordre social qui peuvent mis à l’actif de la culture chrétienne d’origine, mais pour combien de temps encore face à l’influence du libéralisme sauvage et des philosophies nihilistes qui entretiennent, chez les personnes faibles, une angoisse existentielle, laquelle est la cause de l’usage des « paradis artificiels » et de la jouissance animale ? Tout cela motivé par un fatal « A quoi bon ! » ; formule très utilisée par certains intellectuels et ceux qui s’en inspirent. (On ne connaîtra jamais l’ampleur du mal induit par J.P. Sartre).
J’ai pensé que le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie étaient deux livres susceptibles de redonner le goût de vivre à ces gens-là ; encore fallait-il qu’ils les lisent. C’est pourquoi je me suis lancé dans ce travail de contraction de texte, réduisant 350 pages en 120 pages, le tout entrecoupé de commentaires personnels représentant une cinquantaine de pages par livre. J’accepte la critique pour mes commentaires personnels. Je suis franc-maçon de haut grade (30e du REAA dans la seule Obédience régulière de France) et à ce titre je milite pour la liberté absolue de conscience et la croyance en Dieu.
Quant à la contraction de texte, j’ai été fidèle à Teilhard (rigueur maçonnique oblige) et la seule remarque que l’on puisse me faire est de me demander pourquoi j’ai choisi telle phrase plutôt que telle autre dans le texte original. Je répondrai alors ceci : Teilhard développe une idée sur plusieurs pages en utilisant un certain point de vue, un certain canal de sensibilité, puis il développe à nouveau la même idée sur plusieurs autres pages en développant un autre canal, sans compter les digressions … alors le lecteur perd le fil et ferme le livre. En réduisant le texte d’un tiers, le lecteur ne perd pas le fil rouge et lit le livre en entier.
Mon travail était-il utile ? Cinq cent livres ont été vendus et le livre est réédité, avec un autre titre, mieux adapté. En un an, combien les Editions du Seuil ont-elles vendu de Phénomène Humain ? Avec un coefficient de lecture de 2 on peut dire que 1000 personnes qui n’auraient jamais lu le texte original ont eu accès, par mon travail, à la pensée de Teilhard. Je n’accepterai jamais que Teilhard soit réservé à une petite élite.
Les livres Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie ne sont pas en contradiction avec le phénomène Christique, bien au contraire car ils l’expliquent.
Il faut que l’Eglise admette qu’il y a deux messages à faire passer à l’humanité : l’un aux chrétiens et cela elle le fait très bien, et l’autre aux non-croyants et cela elle peut difficilement le faire car, tel que je le conçois, il risque de déplaire aux fidèles qui ne comprennent pas qu’il faille tenir un autre langage pour les non-croyants. Faire su social c’est très bien mais ce n’est plus suffisant et toutes les structures laïques en font aussi. Alors, ce message aux non-croyants, l’Eglise doit charger les laïques de s’en occuper et elle retrouvera éventuellement par la suite les brebis qui auront été récupérées par les laïques. C’est un devoir de chrétien de ramener la brebis à la bergerie et c’est aussi la mission la plus importante que le Christ nous a confiée.
Tous les teilhardiens savent qu’il y avait deux hommes différents en Teilhard, ce fut le drame de sa vie car il n’a jamais voulu trahir son serment. A la fin de sa vie il s’en ouvrit au Père Valensin en lui écrivant à peu près cà cereci « Le gosse que j’étais à dix huit ans et qui s’engagea dans la voie ecclésiastique ne pouvait prévoir l’état d’esprit qui serait le sien après quarante années de recherche scientifique. »
Mais venons-en au fond du problème que Teilhard pose à l’Eglise. Quelles sont « ces erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine chrétienne. » ?
Comme quiconque qui a bien intégré Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie, je pense que ce jugement sans appel du Saint Office est, soit une erreur, soit une application du « principe de précaution » et je pencherais plutôt pour la seconde option. Il est écrit quelque part dans les Evangiles «qu’il ne faut pas donner des perles aux pourceaux. Le mot est trop fort et il convient de l’interpréter dans le sens de « on ne livre pas une pensée juste et profonde à un grand public qui, dans son ensemble, n’est pas préparé pour la recevoir, pour la bonne raison qu’il n’a pas encore jugé nécessaire de réfléchir sur certaines questions d’ordre religieux ». Le grand public n’aime pas réfléchir aux questions religieuses car étant considérées comme une pulsion pour lutter contre l’idée de mort, penser à la religion équivaut à penser à sa propre mort. Livrer les fondements des religions au grand public peut avoir des conséquences graves : la publication de la Bible au XVe siècle a induit la naissance de la Réforme et a généré les guerres de religion.
D’un autre point de vue, si on se réfère à un certain passage de l’évangile qui déclare que « la lumière ne doit pas être cachée sous le boisseau » l’Eglise ne devrait pas mettre un frein à la vulgarisation de la connaissance… Il faut qu’elle trouve un juste milieu en suscitant des actions parallèles à la science ; ce qui lui laisserait la possibilité de les récuser si cela s’imposait. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait un peu avec Teilhard.
Voici comment pourrait se résumer très succinctement la pensée de Teilhard, :
-La matière initiale est chargée d’une information (le « dedans » des choses) qui la pousse à se complexifier , à s’organiser, à évoluer en passant de l’atome à la molécule, puis au monde vivant, puis en suscitant l’apparition de nombreux phyla parmi lesquels certains dépassent les autres, opérant ainsi une sélection naturelle.
-C’est ainsi qu’apparaît qu’apparut le phylum des préhominien , des hominiens et enfin celui des hommes. Il y a peut-être eu pendant un bref instant un premier homme mais, en fait, c’est un phylum tout entier qui a surgi discrètement, sans laisser de traces pérennes au début.
-A partir d’un certain nombre d’individus, après un temps assez long, , grâce à l’effet d’échelle, des traces ont subsisté en résistant au temps. Elles ont été découvertes quelques dizaines de milliers d’années après lorsqu’un seuil critique d’envahissement a été franchi, jouant comme un facteur accélérateur de tendance qui permit l’expansion du phylum humain.
-Des traces de rites funéraires nous ont indiqué le moment où s’est produit le pas de la réflexion. A ce moment là nous en sommes environ à moins quelques milliers d’années avant notre ère de référence entre cette période et l’époque contemporaine se situe à la préhistoire et l’histoire de l’humanité.
-La peur de la mort a induit la pulsion religieuse, laquelle résulte du refus de la mort et du désir d’éternité.
Ah, cette pulsion religieuse de l’humanité primitive, elle n’a pas fini de faire parler d’elle, surtout quand mutera sous la forme de pulsion identitaire …
-A ce moment là sont apparus des prophètes qui, tous, annoncèrent la venue d’un Rédempteur. Puis ce Rédempteur est né en chair et en os dans la Personne du Christ qui apporta la preuve que l’Esprit peut survivre après la mort physique.
-Vingt siècles plus tard, arrivé Teilhard de Chardin qui proposa une hypothèse selon laquelle, nos âmes en s’intégrant au Grand Esprit de l’Univers, et en fréquentant les autres âmes, se renforçaient mutuellement dans cet échange, à la fois s’unissant et s’individualisant davantage. Elles créaient ainsi la force et la synergie pour converger vers le Point Omega que le Père Martelet nomme « le Christ Omega ».
-Le phénomène humain opérant cette « distillation » du « dedans des choses », celui-ci retourne « glorifié » vers son Créateur.
Alors, que peut-on penser du résultat que produit la pensée de Teilhard ?
Un néophyte de cette pensée va peut-être dire : « Il n’y a donc plus de premier Homme ni de première Femme ? Il n’y a plus ni chute, ni faute originelle, donc il n’y a plus besoin de Rédempteur ? et ainsi pourrait-on craindre que tout le dogme chrétien devienne obsolète … Mais il n’en est rien, pour Teilhard il n’y a pas de chute originelle mais, au contraire, il y a une montée en puissance du Souffle de l’Esprit qui s’est investi dans la matière afin de la pousser à devenir ce qu’elle est, multiple, complexe et intelligente jusqu’au sublime, jusqu’à ce qu’apparaisse le Christ qui n’aura pas à effacer une faute qui n’a pas eu lieu mais, au contraire, prouvera par sa vie et par sa mort que l’Esprit est plus fort que la matière.
Je ne pense pas qu’il y a contradiction entre le dogme chrétien et la pensée de Teilhard car l’ésotérisme chrétien existe (les bûchers en témoignent) si on sait lire dans les Evangiles et en particulier dans celui de St.Jean. La pensée ésotérique n’est qu’apparemment cachée et elle est faite pour être découverte par ceux qui veulent bien la chercher, c’est cela la quête initiatique et personne ne peut le décider à notre place. Esotérisme et exotérisme ne s’adressent pas au même public, c’est pourquoi les deux niveaux de message sont nécessaires, complémentaires et compatibles. Cela concerne aussi le message de Teilhard qui ne correspond pas à l’ésotérisme puisqu’il est issu de la recherche scientifique, mais il est difficile d’accès et c’est ce qu’il a de commun avec l’ésotérisme.
Pour aller dans le même sens voici ce que m’écrivit le Père François Euvé le 17 août 2007 à propos de mon livre et de nos échanges épistolaires : Il est important de dégager la pensée de Teilhard d’un certain « confessionnalisme », dans la mesure où lui-même cherchait à s’en libérer. Cela dit, on ne peut oublier non plus que l’ensemble de sa réflexion a une visée globale indissociable de sa foi chrétienne. C’est justement une bonne occasion de donner de celle-ci une autre présentation que celle qu’ont souvent les non-croyants honnêtes. C’est là une des difficultés, mais aussi des richesses de la pensée teilhardienne : ne pas pouvoir être ramenée à des schèmes habituels, qu’ils soient « religieux » ou « non religieux ». Cela demande, de la part du public, une capacité à se laisser déplacer dans son « bien connu ».
Allant dans le même sens, voici ce que m’écrivait le Père Martelet dans sa lettre du 14/02/08, suite à notre long entretien du 10/02/08 à la Communauté Jésuite de Lyon, qui avait, entre autres sujets, la préparation de la conférence qu’il doit venir nous présenter le 5 juin 2008 à Brignais : (…) Nous gardons contact d’ici la date du 5 juin à Brignais et restons fidèles au soucis qui est le vôtre et le mien : Que Teilhard soit pris comme un pionnier et un guide de la recherche, irremplaçable à notre temps ; et dans le respect de la variété, retenir des points de départ et des points d’arrivée, sans parler de celle des chemins possibles (…)
Et pour terminer sur une information, voici ce que fait l’Association Lyonnaise Teilhard de Chardin :
Elle réunit tous les derniers vendredis de chaque mois d’une quinzaine d’adhérents qui présentent leur travail de deux pages maximum qui leur a été demandé le mois précédant. Ils le lisent, on en discute, puis on le publie sur notre site internet que je vous invite à visiter (www.associationlyonnaise-teilhard.com). La première année, nous travaillons exclusivement sur Le Phénomène Humain. L’année suivante nous travaillerons sur L’Activation de l’Energie. La Troisième année, nous serons peut-être capables de tenir un langage acceptable pour les agnostiques, et nous partirons « à la pêche ».
J’ai pris pour devise cette phrase de Teilhard : Arrière les pusillanimes et les sceptiques, les pessimistes et les tristes, les fatigués et les immobilistes. La vie est perpétuelle découverte. La vie est mouvement. (cf. L’avenir de l’Homme p.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 18 Avril 2008 à 13:25
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TOME 1 (nouvelle édition) AUBIN Editeur
Préface de Bernard PIERRAT,Vice-Président de l'association des Amis de Pierre Teilhard De Chardin, Président de l'Académie d'Alsace
___
Teilhard de Chardin, s’adresse à tous ceux, croyants et non-croyants, qui cherchent un sens à l’aventure humaine. Faut-il rappeler les nombreux témoignages perçus lors de la célébration du centenaire de
naissance de Teilhard, en 1981 à l’UNESCO ? Nous découvrions alors que l’ouvrage était enseigné dans certaines universités de l’Union Soviétique et des Etats-Unis, pays aux idéologies diamétralement opposées. A partir du moment où une oeuvre trouve un écho multiple, les différentes approches reflètent forcément des sensibilités différentes, sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Un juif et un chrétien n’ont pas la même position face à la Bible. Les chrétiens eux-mêmes se sont déchirés, parce qu’ils étaient en désaccord sur l’interprétation des textes fondateurs. De même, un libéral abordera la pensée marxiste d’une autre façon qu’un marxiste convaincu et vis versa. Si un juif entre dans les subtilités d’un chrétien et un libéral dans celles d’un marxiste, il sera lui-même chrétien ou marxiste.
D’une manière générale, l’analyse de la pensée d’un chercheur ne peut pas être réservée aux seuls initiés. Ce serait l’enfermer dans un cocon dont l’enveloppe serait imperméable à la curiosité des autres.
Il est courant de dire que nous vivons une époque où les Hommes ne croient plus en rien. Qu’en est-il réellement?
Si les idéologies du XXe siècle se sont effondrées, si les religions historiques s’essoufflent, d’innombrables croyances sauvages nourrissent l’irrationnel et connaissent un essor considérable. Elles débouchent sur deux extrêmes : le fanatisme ou la crédulité.
Les kamikazes qui se jettent dans la foule en se faisant exploser, ne sont nullement des nihilistes
l’image des révolutionnaires russes du XIXe siècle. Ils sont animés d’un “trop plein” de croyance qui
pousse à tuer ceux qu’ils considèrent comme des impies. Ils sacrifient leur propre vie, pour accéder
félicité suprême auprès d’Allah. Cette croyance poussée au paroxysme, forme également l’ossature
sectes dures dont certaines conduisent leurs adeptes au sacrifice de leur vie.
A l’opposé de ce “trop plein “ de croyance, apparaît un vide sidéral où évolue l’incroyance qui résulte d’une insatisfaction véhiculée par les religions traditionnelles que Teilhard stigmatise “Autour
nous, un certain pessimisme s’en va répétant que notre monde sombre dans l’athéisme. Ne faudraitil pas plutôt dire que ce dont il souffre, c’est de théisme insatisfait? “ (T.7,p.248)
Comment se présente la “ non-croyance “ aujourd’hui ? Elle n’a pas forcément quitté l’irrationnel.
sociétés démocratiques sont à l’origine d’une liberté que les Hommes n’avaient jamais connue et
en l’absence de tout repère débouche le plus souvent sur un individualisme exacerbé. Pour un grand nombre, la croyance est devenue crédulité et le religieux a basculé dans la superstition et l’ésotérisme. Pour eux, le gourou, le chaman et l’astrologue ont pris la relève du prêtre, du pasteur ou du rabbin. Les horoscopes apportent les réponses à l’angoisse existentielle de ceux qui veulent savoir mais ne savent
qu’ils ne font que croire.
Le retour à un monde de croyance gouverné par un pouvoir religieux développant des valeurs supérieures “, n’est plus accepté par les démocraties. Par contre, ce retour se manifeste sur le terreau
l’intégrisme. Les théocraties modernes offrent un exemple sinistre de ces résurgences qui rappellent
temps archaïques, que l’on croyait à jamais révolus.
Le passage du XXe au XXIe siècle est marqué par l’abandon des croyances dogmatiques qui ne se diluent pas dans la “ non-croyance “, mais s’éparpillent dans une nébuleuse de croyances. Les vérités définies jadis, par les religions révélées et par les grandes philosophies, ne sont plus perceptibles. Un doute profond s’est généralisé et devant ce désarroi, une anarchie s’est installée qui consiste à croire tout et n’importe quoi. Les ouvrages ésotériques sont en constante augmentation dans les librairies. Ils dépassent largey ment le nombre d’ouvrages classés sous la rubrique “ Religion” et “ Philosophie “. S’imaginant émancipés,
nouveaux croyants butinent de tous côtés et certains, déçus de ne pas trouver de réponses à leur
angoisse, finissent par se réfugier à l’abri d’une secte ou d’une communauté intégriste.
échoué, parce qu’elles allaient à l’encontre de la notion de transcendance qui pousse l’Homme à se dépasser lui-même. “ L’Homme passe infiniment l’Homme “ s’exclamait Pascal. Les religions historiques ont-elles pris suffisamment en compte ce vide qui taraude l’être humain? Ont-elles situé Dieu au-delà de tout concept, comme “étant” et non comme” existant “, selon le message de Yahvé à Moïse “Je suis celui qui suis” ?
Le savoir a permis au croire de situer la transcendance au coeur de l’évolution dans la direction d’une complexité toujours croissante. Cette complexité ne peut s’abîmer dans l’absurde, à moins de rendre absurde le processus de complexification qui, partie de la matière la plus inorganisée est devenue vivante, puis pensante. Répondant à Sartre pour qui “l’homme est une passion inutile “, Jean Guitton s’écria “Entre l’absurde et le mystère, j’ai choisi le mystère à cause de l’absurdité de l’absurde “.
Ce que recherchent les Hommes au fond d’eux-mêmes, sans en être toujours conscients, c’est la vérité par rapport à leur propre réalité, mais aussi par rapport au monde. Une vérité qui donne sens à leur vie. Aujourd’hui, la vérité ne se présente plus sous une forme intangible et définitive, mais au contraire, comme un ordre à créer par l’Homme en vue, non seulement de son plus grand épanouissement, mais surtout de son plus grand accomplissement. Cette démarche est à l’opposée des croyances sauvages qui, par leur incohérence, donnent des arguments à l’agnosticisme et au nihilisme. Une relation étroite doit s’instaurer entre la recherche de la vérité et la découverte d’une désillusion qui accompagne Souvent le progrès Or, le progrès n’est au service de l’être humain que s’il induit une augmentation de conscience, donc de responsabilité qui est le corollaire de la liberté.
Teilhard de Chardin définit clairement le progrès comme une “montée de conscience “. Il restera un des grands visionnaires de cette quête toujours recommencée, jamais achevée qui ne peut enrichir l’Homme qu’à travers un équilibre subtil entre croire et savoir, le rôle du savoir étant de décaper le croire de ses archaïsmes: “La marque spécfïque de la Vérité est de pouvoir se développer indéfiniment, non seulement sans jamais développer de contradiction interne, mais encore en formant un ensemble positivement construit, où les parties se supportent et se complémentent toujours mieux mutuellement.
(T. 11, p.1 82) Dans ce cheminement, l’être humain est appelé à renoncer à deux tentations : s’isoler ou devenir le rouage passif d’une communauté. Pour éviter ces deux pièges : l’individualisme et le communautarisme, il importe que chacun prenne conscience que le “je “ne devient “ moi “qu’à travers l’autre “. Teilhard nous rappelle que “Pour être pleinement nous-mêmes, c’est dans le sens d’une convergence avec tout le reste, c’est en direction de l’Autre qu’il nous faut avancer.” (T.1, p292)
La démarche de Jean-Pierre Frésafond est importante, parce qu’elle essaie de décrypter la question essentielle que pose Teilhard à tout Homme, qu’il soit croyant ou non-croyant : comment sommes- nous devenus ce que nous sommes ? Ce n’est pas la première fois qu’un franc-maçon s’intéresse à Teilhard. En 1960, Ernest Kahane, secrétaire général de “l’Union Rationaliste “ avait publié un livre intitulé “ Teilhard de Chardin “. J’ai moi-même été invité plusieurs fois par différentes obédiences maçonniques, à donner des conférences sur Teilhard de Chardin. Chaque fois j’ai rencontré des frères et des soeurs attentifs, curieux et ouverts, parce qu’ils étaient sans présupposés.
Dans un monde angoissé, déroutant et privé de repères, Jean-Pierre Frésafond a su admirablement découvrir dans “Le Phénomène humain” de Teilhard de Chardin, le message d’un visionnaire, et d’un maître d’espérance.
Bernard Pierrat
Vice-Président de l’Association
des Amis de Pierre Teilhard de Chardin
Président de l’Académie d’Alsace
Préface de Bernard PIERRAT,Vice-Président de l'association des Amis de Pierre Teilhard De Chardin, Président de l'Académie d'Alsace
___
Teilhard de Chardin, s’adresse à tous ceux, croyants et non-croyants, qui cherchent un sens à l’aventure humaine. Faut-il rappeler les nombreux témoignages perçus lors de la célébration du centenaire de
naissance de Teilhard, en 1981 à l’UNESCO ? Nous découvrions alors que l’ouvrage était enseigné dans certaines universités de l’Union Soviétique et des Etats-Unis, pays aux idéologies diamétralement opposées. A partir du moment où une oeuvre trouve un écho multiple, les différentes approches reflètent forcément des sensibilités différentes, sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Un juif et un chrétien n’ont pas la même position face à la Bible. Les chrétiens eux-mêmes se sont déchirés, parce qu’ils étaient en désaccord sur l’interprétation des textes fondateurs. De même, un libéral abordera la pensée marxiste d’une autre façon qu’un marxiste convaincu et vis versa. Si un juif entre dans les subtilités d’un chrétien et un libéral dans celles d’un marxiste, il sera lui-même chrétien ou marxiste.
D’une manière générale, l’analyse de la pensée d’un chercheur ne peut pas être réservée aux seuls initiés. Ce serait l’enfermer dans un cocon dont l’enveloppe serait imperméable à la curiosité des autres.
Il est courant de dire que nous vivons une époque où les Hommes ne croient plus en rien. Qu’en est-il réellement?
Si les idéologies du XXe siècle se sont effondrées, si les religions historiques s’essoufflent, d’innombrables croyances sauvages nourrissent l’irrationnel et connaissent un essor considérable. Elles débouchent sur deux extrêmes : le fanatisme ou la crédulité.
Les kamikazes qui se jettent dans la foule en se faisant exploser, ne sont nullement des nihilistes
l’image des révolutionnaires russes du XIXe siècle. Ils sont animés d’un “trop plein” de croyance qui
pousse à tuer ceux qu’ils considèrent comme des impies. Ils sacrifient leur propre vie, pour accéder
félicité suprême auprès d’Allah. Cette croyance poussée au paroxysme, forme également l’ossature
sectes dures dont certaines conduisent leurs adeptes au sacrifice de leur vie.
A l’opposé de ce “trop plein “ de croyance, apparaît un vide sidéral où évolue l’incroyance qui résulte d’une insatisfaction véhiculée par les religions traditionnelles que Teilhard stigmatise “Autour
nous, un certain pessimisme s’en va répétant que notre monde sombre dans l’athéisme. Ne faudraitil pas plutôt dire que ce dont il souffre, c’est de théisme insatisfait? “ (T.7,p.248)
Comment se présente la “ non-croyance “ aujourd’hui ? Elle n’a pas forcément quitté l’irrationnel.
sociétés démocratiques sont à l’origine d’une liberté que les Hommes n’avaient jamais connue et
en l’absence de tout repère débouche le plus souvent sur un individualisme exacerbé. Pour un grand nombre, la croyance est devenue crédulité et le religieux a basculé dans la superstition et l’ésotérisme. Pour eux, le gourou, le chaman et l’astrologue ont pris la relève du prêtre, du pasteur ou du rabbin. Les horoscopes apportent les réponses à l’angoisse existentielle de ceux qui veulent savoir mais ne savent
qu’ils ne font que croire.
Le retour à un monde de croyance gouverné par un pouvoir religieux développant des valeurs supérieures “, n’est plus accepté par les démocraties. Par contre, ce retour se manifeste sur le terreau
l’intégrisme. Les théocraties modernes offrent un exemple sinistre de ces résurgences qui rappellent
temps archaïques, que l’on croyait à jamais révolus.
Le passage du XXe au XXIe siècle est marqué par l’abandon des croyances dogmatiques qui ne se diluent pas dans la “ non-croyance “, mais s’éparpillent dans une nébuleuse de croyances. Les vérités définies jadis, par les religions révélées et par les grandes philosophies, ne sont plus perceptibles. Un doute profond s’est généralisé et devant ce désarroi, une anarchie s’est installée qui consiste à croire tout et n’importe quoi. Les ouvrages ésotériques sont en constante augmentation dans les librairies. Ils dépassent largey ment le nombre d’ouvrages classés sous la rubrique “ Religion” et “ Philosophie “. S’imaginant émancipés,
nouveaux croyants butinent de tous côtés et certains, déçus de ne pas trouver de réponses à leur
angoisse, finissent par se réfugier à l’abri d’une secte ou d’une communauté intégriste.
échoué, parce qu’elles allaient à l’encontre de la notion de transcendance qui pousse l’Homme à se dépasser lui-même. “ L’Homme passe infiniment l’Homme “ s’exclamait Pascal. Les religions historiques ont-elles pris suffisamment en compte ce vide qui taraude l’être humain? Ont-elles situé Dieu au-delà de tout concept, comme “étant” et non comme” existant “, selon le message de Yahvé à Moïse “Je suis celui qui suis” ?
Le savoir a permis au croire de situer la transcendance au coeur de l’évolution dans la direction d’une complexité toujours croissante. Cette complexité ne peut s’abîmer dans l’absurde, à moins de rendre absurde le processus de complexification qui, partie de la matière la plus inorganisée est devenue vivante, puis pensante. Répondant à Sartre pour qui “l’homme est une passion inutile “, Jean Guitton s’écria “Entre l’absurde et le mystère, j’ai choisi le mystère à cause de l’absurdité de l’absurde “.
Ce que recherchent les Hommes au fond d’eux-mêmes, sans en être toujours conscients, c’est la vérité par rapport à leur propre réalité, mais aussi par rapport au monde. Une vérité qui donne sens à leur vie. Aujourd’hui, la vérité ne se présente plus sous une forme intangible et définitive, mais au contraire, comme un ordre à créer par l’Homme en vue, non seulement de son plus grand épanouissement, mais surtout de son plus grand accomplissement. Cette démarche est à l’opposée des croyances sauvages qui, par leur incohérence, donnent des arguments à l’agnosticisme et au nihilisme. Une relation étroite doit s’instaurer entre la recherche de la vérité et la découverte d’une désillusion qui accompagne Souvent le progrès Or, le progrès n’est au service de l’être humain que s’il induit une augmentation de conscience, donc de responsabilité qui est le corollaire de la liberté.
Teilhard de Chardin définit clairement le progrès comme une “montée de conscience “. Il restera un des grands visionnaires de cette quête toujours recommencée, jamais achevée qui ne peut enrichir l’Homme qu’à travers un équilibre subtil entre croire et savoir, le rôle du savoir étant de décaper le croire de ses archaïsmes: “La marque spécfïque de la Vérité est de pouvoir se développer indéfiniment, non seulement sans jamais développer de contradiction interne, mais encore en formant un ensemble positivement construit, où les parties se supportent et se complémentent toujours mieux mutuellement.
(T. 11, p.1 82) Dans ce cheminement, l’être humain est appelé à renoncer à deux tentations : s’isoler ou devenir le rouage passif d’une communauté. Pour éviter ces deux pièges : l’individualisme et le communautarisme, il importe que chacun prenne conscience que le “je “ne devient “ moi “qu’à travers l’autre “. Teilhard nous rappelle que “Pour être pleinement nous-mêmes, c’est dans le sens d’une convergence avec tout le reste, c’est en direction de l’Autre qu’il nous faut avancer.” (T.1, p292)
La démarche de Jean-Pierre Frésafond est importante, parce qu’elle essaie de décrypter la question essentielle que pose Teilhard à tout Homme, qu’il soit croyant ou non-croyant : comment sommes- nous devenus ce que nous sommes ? Ce n’est pas la première fois qu’un franc-maçon s’intéresse à Teilhard. En 1960, Ernest Kahane, secrétaire général de “l’Union Rationaliste “ avait publié un livre intitulé “ Teilhard de Chardin “. J’ai moi-même été invité plusieurs fois par différentes obédiences maçonniques, à donner des conférences sur Teilhard de Chardin. Chaque fois j’ai rencontré des frères et des soeurs attentifs, curieux et ouverts, parce qu’ils étaient sans présupposés.
Dans un monde angoissé, déroutant et privé de repères, Jean-Pierre Frésafond a su admirablement découvrir dans “Le Phénomène humain” de Teilhard de Chardin, le message d’un visionnaire, et d’un maître d’espérance.
Bernard Pierrat
Vice-Président de l’Association
des Amis de Pierre Teilhard de Chardin
Président de l’Académie d’Alsace
Jean-Pierre Fressafond
Association
'A la Rencontre des non-croyants' écrit par Jean-Pierre Frésafond / AUBIN Edition
Mardi 4 Décembre 2007Teilhard de Chardin, s’adresse à tous ceux, croyants et non-croyants, qui cherchent un sens à l’aventure humaine. Faut-il rappeler les nombreux témoignages perçus lors de la célébration du centenaire de
naissance de Teilhard, en 1981 à l’UNESCO ? Nous découvrions alors que l’ouvrage était enseigné dans certaines universités de l’Union Soviétique et des Etats-Unis, pays aux idéologies diamétralement opposées. A partir du moment où une oeuvre trouve un écho multiple, les différentes approches reflètent forcément des sensibilités différentes, sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Un juif et un chrétien n’ont pas la même position face à la Bible. Les chrétiens eux-mêmes se sont déchirés, parce qu’ils étaient en désaccord sur l’interprétation des textes fondateurs. De même, un libéral abordera la pensée marxiste d’une autre façon qu’un marxiste convaincu et vis versa. Si un juif entre dans les subtilités d’un chrétien et un libéral dans celles d’un marxiste, il sera lui-même chrétien ou marxiste.
D’une manière générale, l’analyse de la pensée d’un chercheur ne peut pas être réservée aux seuls initiés. Ce serait l’enfermer dans un cocon dont l’enveloppe serait imperméable à la curiosité des autres.
Il est courant de dire que nous vivons une époque où les Hommes ne croient plus en rien. Qu’en est-il réellement?
Si les idéologies du XXe siècle se sont effondrées, si les religions historiques s’essoufflent, d’innombrables croyances sauvages nourrissent l’irrationnel et connaissent un essor considérable. Elles débouchent sur deux extrêmes : le fanatisme ou la crédulité.
Les kamikazes qui se jettent dans la foule en se faisant exploser, ne sont nullement des nihilistes
l’image des révolutionnaires russes du XIXe siècle. Ils sont animés d’un “trop plein” de croyance qui
pousse à tuer ceux qu’ils considèrent comme des impies. Ils sacrifient leur propre vie, pour accéder
félicité suprême auprès d’Allah. Cette croyance poussée au paroxysme, forme également l’ossature
sectes dures dont certaines conduisent leurs adeptes au sacrifice de leur vie.
A l’opposé de ce “trop plein “ de croyance, apparaît un vide sidéral où évolue l’incroyance qui résulte d’une insatisfaction véhiculée par les religions traditionnelles que Teilhard stigmatise “Autour
nous, un certain pessimisme s’en va répétant que notre monde sombre dans l’athéisme. Ne faudraitil pas plutôt dire que ce dont il souffre, c’est de théisme insatisfait? “ (T.7,p.248)
Comment se présente la “ non-croyance “ aujourd’hui ? Elle n’a pas forcément quitté l’irrationnel.
sociétés démocratiques sont à l’origine d’une liberté que les Hommes n’avaient jamais connue et
en l’absence de tout repère débouche le plus souvent sur un individualisme exacerbé. Pour un grand nombre, la croyance est devenue crédulité et le religieux a basculé dans la superstition et l’ésotérisme. Pour eux, le gourou, le chaman et l’astrologue ont pris la relève du prêtre, du pasteur ou du rabbin. Les horoscopes apportent les réponses à l’angoisse existentielle de ceux qui veulent savoir mais ne savent
qu’ils ne font que croire.
Le retour à un monde de croyance gouverné par un pouvoir religieux développant des valeurs supérieures “, n’est plus accepté par les démocraties. Par contre, ce retour se manifeste sur le terreau
l’intégrisme. Les théocraties modernes offrent un exemple sinistre de ces résurgences qui rappellent
temps archaïques, que l’on croyait à jamais révolus.
Le passage du XXe au XXIe siècle est marqué par l’abandon des croyances dogmatiques qui ne se diluent pas dans la “ non-croyance “, mais s’éparpillent dans une nébuleuse de croyances. Les vérités définies jadis, par les religions révélées et par les grandes philosophies, ne sont plus perceptibles. Un doute profond s’est généralisé et devant ce désarroi, une anarchie s’est installée qui consiste à croire tout et n’importe quoi. Les ouvrages ésotériques sont en constante augmentation dans les librairies. Ils dépassent largey ment le nombre d’ouvrages classés sous la rubrique “ Religion” et “ Philosophie “. S’imaginant émancipés,
nouveaux croyants butinent de tous côtés et certains, déçus de ne pas trouver de réponses à leur
angoisse, finissent par se réfugier à l’abri d’une secte ou d’une communauté intégriste.
échoué, parce qu’elles allaient à l’encontre de la notion de transcendance qui pousse l’Homme à se dépasser lui-même. “ L’Homme passe infiniment l’Homme “ s’exclamait Pascal. Les religions historiques ont-elles pris suffisamment en compte ce vide qui taraude l’être humain? Ont-elles situé Dieu au-delà de tout concept, comme “étant” et non comme” existant “, selon le message de Yahvé à Moïse “Je suis celui qui suis” ?
Le savoir a permis au croire de situer la transcendance au coeur de l’évolution dans la direction d’une complexité toujours croissante. Cette complexité ne peut s’abîmer dans l’absurde, à moins de rendre absurde le processus de complexification qui, partie de la matière la plus inorganisée est devenue vivante, puis pensante. Répondant à Sartre pour qui “l’homme est une passion inutile “, Jean Guitton s’écria “Entre l’absurde et le mystère, j’ai choisi le mystère à cause de l’absurdité de l’absurde “.
Ce que recherchent les Hommes au fond d’eux-mêmes, sans en être toujours conscients, c’est la vérité par rapport à leur propre réalité, mais aussi par rapport au monde. Une vérité qui donne sens à leur vie. Aujourd’hui, la vérité ne se présente plus sous une forme intangible et définitive, mais au contraire, comme un ordre à créer par l’Homme en vue, non seulement de son plus grand épanouissement, mais surtout de son plus grand accomplissement. Cette démarche est à l’opposée des croyances sauvages qui, par leur incohérence, donnent des arguments à l’agnosticisme et au nihilisme. Une relation étroite doit s’instaurer entre la recherche de la vérité et la découverte d’une désillusion qui accompagne Souvent le progrès Or, le progrès n’est au service de l’être humain que s’il induit une augmentation de conscience, donc de responsabilité qui est le corollaire de la liberté.
Teilhard de Chardin définit clairement le progrès comme une “montée de conscience “. Il restera un des grands visionnaires de cette quête toujours recommencée, jamais achevée qui ne peut enrichir l’Homme qu’à travers un équilibre subtil entre croire et savoir, le rôle du savoir étant de décaper le croire de ses archaïsmes: “La marque spécfïque de la Vérité est de pouvoir se développer indéfiniment, non seulement sans jamais développer de contradiction interne, mais encore en formant un ensemble positivement construit, où les parties se supportent et se complémentent toujours mieux mutuellement.
(T. 11, p.1 82) Dans ce cheminement, l’être humain est appelé à renoncer à deux tentations : s’isoler ou devenir le rouage passif d’une communauté. Pour éviter ces deux pièges : l’individualisme et le communautarisme, il importe que chacun prenne conscience que le “je “ne devient “ moi “qu’à travers l’autre “. Teilhard nous rappelle que “Pour être pleinement nous-mêmes, c’est dans le sens d’une convergence avec tout le reste, c’est en direction de l’Autre qu’il nous faut avancer.” (T.1, p292)
La démarche de Jean-Pierre Frésafond est importante, parce qu’elle essaie de décrypter la question essentielle que pose Teilhard à tout Homme, qu’il soit croyant ou non-croyant : comment sommes- nous devenus ce que nous sommes ? Ce n’est pas la première fois qu’un franc-maçon s’intéresse à Teilhard. En 1960, Ernest Kahane, secrétaire général de “l’Union Rationaliste “ avait publié un livre intitulé “ Teilhard de Chardin “. J’ai moi-même été invité plusieurs fois par différentes obédiences maçonniques, à donner des conférences sur Teilhard de Chardin. Chaque fois j’ai rencontré des frères et des soeurs attentifs, curieux et ouverts, parce qu’ils étaient sans présupposés.
Dans un monde angoissé, déroutant et privé de repères, Jean-Pierre Frésafond a su admirablement découvrir dans “Le Phénomène humain” de Teilhard de Chardin, le message d’un visionnaire, et d’un maître d’espérance.
Bernard Pierrat
Vice-Président de l’Association
des Amis de Pierre Teilhard de Chardin
Président de l’Académie d’Alsace
Jean-Pierre Fressafond
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