teilhard de Chardin


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Tome 10 – Chapitre 3 – Seuil : collection Points
(Les numéros en tête de ligne se rapportent aux numéros de page du volume,
les citations de Teilhard suivent en italique)


Page 35 : Une causalité dominante sert l'influence divine.

L'analyse de cette simple phrase n'est déjà pas sans souci.
-D'abord dans le mot causalité. Le principe de causalité réside dans le constat qu'un phénomène qui se développe le fait en raison de l'existence d'un phénomène précédent qui le provoque. Le lien entre les deux phénomènes peut être plus ou moins évolutif et fluctuant. Les phénomènes peuvent être de toutes sortes : physique, psychique, théorique ...etc. Dans le cas présent le phénomène amont comme le phénomène aval sont difficiles à décrire voire à insérer dans un contour précis.
-Le mot dominant de la proposition n'arrange pas les choses. Y aurait-il des causalités dominantes supérieures et des causalités non dominantes ? Dans l'image de la boite de ressorts qu'utilise Teilhard, oui, dans l'univers c'est moins clair. D'ailleurs s'ajoute un autre élément contraignant, le contour de la sphère. Ce contour est il immuable et fixe, intellectuel ou physique.
Dans ce contexte on voit mal comment une causalité, même dominante (?) sert une influence qui serait divine a priori.

De toutes façon dire divine c'est présupposer l'existence de Dieu dont les contours ne sont pas forcément approchés par la logique de la raison. A moins de dire que Dieu n'est pas la raison et que la raison ne sert pas Dieu donc qu'elle est hérétique.
Finalement il faudrait dire que la parabole de la boite de ressorts sert à Teilhard pour mettre en lumière une idée pas facile à exposer à savoir qu'une influence forte agit en tous points contenus dans un même contexte, en même temps et d'une façon équivalente.

Page 36 : comment Dieu nous est -il connaissable ?
Découlant des réflexions précédentes la réponse serait qu'il n'y a pas de recette. Peut être est ce par l'entremise d'une intuition mystique, si l'on ose dire, diablement floue ? Ou bien, il faut malheureusement se résoudre à en convenir, Dieu est irrémédiablement inconnaissable.

Page 36 : l'énergie divine a figure d'immanence sur le hasard.
Cette proposition est plus intéressante. En effet, si l'on fait abstraction des termes imprécis que l'on vient d'explorer, et qu'on dit qu'il existe un grand principe (pour ne pas dire Dieu) qui influence les choix de répartition égalitaires du hasard, on peut penser que l'on pourra rencontrer des signes étrangers à une répartition statistique normale des phénomènes.

Page 37 : l'influence divine ressemble à une âme du monde.
Peut-on apercevoir ou ressentir une âme du monde ? Elle est, dit Teilhard, voilà le fait. N'en discutez plus.

Page 37 : dialogue entre la cause première et l'élément individualisé.
Encore une fois il vaudrait mieux évoquer l'existence d'un grand principe qui reste à préciser. Si on y arrive le reste de la proposition semble tenir debout.

Page 38 : l'élément est habité par la cause première.
Aux réserves près exposées précédemment on peut s'en déclarer d'accord.

Page 38: Dieu fait que les choses se fassent. La cause première est un mystère inatteignable.
Inatteignable, d'accord, alors Dieu aussi. Autant dans ce cas ne jamais prononcer le nom de Dieu qui introduit une notion anthropomorphe dans la représentation du grand principe.

Page 39 : les miracles.
On ne sait pas et il y a des chances pour que cela dure.

Page 40 : pour comprendre la cause première il faut développer une certaine sensibilité de l'âme.
Sans doute. Mais éternelle question qu'est ce que l'âme ? S'agit-il de comprendre que le grand principe (restant toujours à préciser) imprègne chacun de nous ? L'âme serait du domaine du sensible inconnaissable par l'analyse cartésienne discursive. Faut-il donc rejeter ceux qui ne comprennent pas çà et les brûler sur les bûchers de l'inquisition ?

Page 41 : trois questions.
Si l'on s'en tient aux trois questions évoquées, effectivement s'est insuffisant. Il vaut mieux, selon les explications habituelles de Teilhard dire que l'évolution s'analyse comme une élévation de la conscience. Cette élévation s'oppose aux réflexes ataviques venus du fond des âges. L'homo sapiens-sapiens va plus vite que l'homme atavique.

Page 42 : le créateur n'a pas le champ aussi libre que nous le supposons.
Réflexion anthropomorphe.

Page 43 : - le bien est l'univers conscient.
-le mal est l'univers inconscient
.
Sans doute ( Freud n'est peut être pas d'accord).
Cette page pose encore une fois la question du Christ universel. Le constat ci-dessus pourrait être un acte de foi mais il faut y adjoindre la notion de Christ universel. C'est à dire que pour approcher le grand principe (Dieu si l'on veut) il faut un personnage pont emblématique mais toujours humain, constamment évolutif permettant de rendre cette approche raisonnablement compréhensible et éventuellement maîtriser les réflexes ataviques archaïques que l'évolution devrait faire disparaître peu à peu.

Page 44 : au regard de Dieu il faut que l'humanité soit précieuse pour qu'il veuille la délivrer du mal.
Encore une hypothèse anthropomorphe. Dieu ne veut rien. Ce sont les hommes qui créent Dieu.

Page 45 :
Brumes. Dans ce paragraphe il semblerait qu'il faille décréter la croyance pour dissiper les brumes et les incertitudes de la foi jusqu’à ce que l'univers devienne bienveillant. Cela ressemble au pari de Pascal.

Réflexions générales concernant ce chapitre 3 :
On a un peu l'impression (ce texte a été écrit vers 1920) que Teilhard n'est pas encore très dégagé d'une formation catéchistique un peu ancienne. L’âme, Dieu lui même semblent être des notions extra terrestres immanentes qui ne sont plus soumises à l'analyse sensible à laquelle Teilhard nous a habitué.

En résumé ces quelques pages sonnent justes mais semblent faire partie d'une construction non stabilisée. Leur grand mérite est de nous convoquer à un examen intime de la nature de nos croyances.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 28 Février 2012 à 09:27 | Commentaires (0)

Editorial

Puisque nous sommes réunis ici sous le nom de Teilhard par le groupe Teilhard du Nord, il convient naturellement de présenter les perspectives teilhardiennes. En ce qui concerne notre thème de réflexion, elles pourraient nous aider à voir plus clair et à trouver une voie pour des solutions possibles.

On croit parfois que les problèmes posés par l’écologie et la biologie sont tout récents. C’est inexact. Au temps de Teilhard, ils se posaient déjà avec acuité. Mais, il est vrai, c’était plutôt le fait de spécialistes ou d’un petit cercle de gens sensibilisés à ces phénomènes, alors qu’actuellement ils atteignent la conscience de la grande masse des gens.

Au cours de cette session, nous envisageons deux groupes de questions : le premier concerne au sens très large le problème écologique, c’est-à-dire au fond, les rapports de l’homme avec son milieu naturel et humain ; le second groupe tourne autour des découvertes biologiques qui apportent à l’homme de nouveaux pouvoirs sur son être tant physique que psychique. Nous présenterons la manière dont Teilhard les envisage. Mais auparavant, il nous paraît indispensable de poser les jalons d’une morale adaptée à une humanité confrontée à de tels défis (défi écologique, défi biologique). En termes teilhardiens, il s’agit de trouver une énergétique de l’action humaine qui permette à l’homme de maîtriser ses nouveaux mécanismes et non plus d’être dominés par eux.

I — Les grands axes d’une énergétique de l’action

Considérer la morale comme un département de l’énergétique (voir Œuvres I, 315) nous paraît paradoxal, à nous qui la voyons souvent comme un impératif catégorique, un code de commandements et de défenses : tu dois faire ceci ou cela ; il est interdit de faire ceci ou cela…

Teilhard veut aller plus profond, trouver l’axe dynamique sur lequel embrayer l’action morale. Il ne s’agit pas seulement de découvrir ce qu’est l’homme pour savoir ce qu’il lui convient de faire (perspective trop statique) ; la morale doit se fonder sur ce que l’homme est appelé à devenir, c’est-à-dire sur le dynamisme qui l’a créé libre et qui le pousse vers son épanouissement dans l’Ultra-humain. Pour Teilhard, en effet, l’homme est inachevé, c’est-à-dire qu’il est à faire, qu’il est appelé à se faire puisqu’il est libre. Dans cette perspective la morale consiste à expliciter les axes de l’humanisation de l’homme, mieux de la sur-humanisation. Cette morale est qualifiée de “ morale de mouvement ” par rapport aux anciennes morales “ statiques ” ou “ d’équilibre ”. Elle ne se définit donc pas par des codes de préceptes, mais par des axes de marche, de progrès. Elle n’en est pas moins exigeante, tout au contraire.

La convergence de l’univers, fondement de la morale naturelle
L’axe fondamental de l’évolution consiste dans un effort d’union, d’unification. L’homme est divisé en lui-même, il est multiple, il est en partie aliéné par ses tendances internes et par les contraintes extérieures (physiques, biologiques, économiques, sociales, politiques…). Son progrès consistera dans une maîtrise croissante de ses tendances internes et des mécanismes externes qui le conditionnent. Ce faisant, il assurera progressivement, librement l'unification de sa personnalité. De même l’humanité est multiple, divisée contre elle-même, confrontée à des déterminismes naturels et socio-politiques. Son progrès dépend de son unification et de sa mainmise sur les ressorts du Monde. Les deux mouvements d’unification (individuel et collectif) sont en corrélation profonde, puisque la personne humaine est dépendante et co-responsable de l’ensemble. Ainsi la morale n’est pas seulement appliquée à l’individu ; il y a une morale collective, une morale universelle qui a pour objectif et pour norme l’union de l’humanité.

“ La Morale, jusqu’ici, a surtout été individuelle (d’individus à individus). Il faudra désormais tenir compte, plus explicitement, des obligations de l’homme vis-à-vis des collectivités et même vis-à-vis de l’Univers : devoirs politiques, devoirs sociaux, devoirs internationaux, devoirs cosmiques (si l’on peut dire) au premier rang desquels se place la Loi de Travail et de Recherche… Un horizon nouveau de responsabilités se découvre à nos contemporains… ”
(Note pour l’évangélisation des temps nouveaux, 1919, Écrits du temps de la guerre, p. 378).

Teilhard disait, de façon assez abstraite dès cette période, que la morale était “ ordonnée à l’unification progressive de l’être ” (ibid., p. 194).

Cette morale de l’union (fondée sur sa “ philosophie de l’union ”) n’est au fond que la prise en charge par l’homme du vaste mouvement d’unification cosmique en quoi consiste, selon notre auteur, le dynamisme évolutif.

Voici un texte significatif :
“ Dans l’Univers matériel, l’Esprit et, dans l’Esprit, la région morale sont par excellence le siège actuel du développement de la Vie. C’est donc là, en cette moelle plastique de nous-mêmes, où la grâce divine se mêle aux poussées de la Terre qu’il convient de porter vigoureusement le pouvoir de la Foi ” (La Foi qui opère, 1918, Écrits du temps de la guerre, p. 324). (Voir aussi Genèse d’une pensée, pp. 140, 226, 228 ; VII, 215).

L’action morale est donc éminemment constructive : elle consiste à rendre l’homme plus homme, en l’aidant à se transformer lui-même et à transformer son environnement, ce monde qui le conditionne si profondément. Cette transformation se fera en fonction de l’épanouissement de l’humanité tout entière. C’est ce que Teilhard appelle la “ fonction morphogénétique de la morale ” (Écrits du temps de la guerre, pp. 193-195). Par elle s’opère ce grand retournement par lequel la nature s’hominise. Voici un très beau texte de 1937, tiré du Phénomène spirituel :
“ Si vraiment, comme nous l’avons admis, le Monde culmine en une réalité “ pensante, l’organisation des énergies personnelles humaines représente sur Terre le stade suprême de l’évolution cosmique ; et la Morale, par suite, n’est rien de moins que l’aboutissement supérieur de la Mécanique et de la Biologie. Le Monde se construit finalement par des puissances morales et la Morale, réciproquement, a pour fonction de construire le Monde : toute une appréciation nouvelle, conduisant à un programme renouvelé, de la Moralité ” (Oeuvres, VI, 131 ; IX, 94-95).

Mais cette fonction morphogénétique n’est pas illimitée comme le croient certains idéologues. “ Pratiquement tous ceux (ethnographes, politiciens, économistes, moralistes) qui font profession d’étudier et de construire la Société travaillent comme si l’homme social était entre leurs mains une cire vierge qu’ils peuvent pétrir à volonté, alors que la substance vivante qu’ils manient est au contraire, biologiquement et historiquement, marquée de certaines lignes de croissance parfaitement définies — assez souples pour se laisser utiliser par les architectes de la Terre nouvelle, mais assez fortes aussi pour faire sauter tout essai d’arrangement qui ne les respecterait pas ” (Note-Memento sur la structure biologique de l’Humanité, 1948, IX, 367).

L’homme est un co-créateur ; il n’est pas le créateur absolu de son devenir. L’homme est donné à lui-même, l’Humanité est donnée à elle-même, mais comme inachevés et libres. À eux de se réaliser librement dans la direction du plus-être.

Les Allemands font un jeu de mots significatif sur ce double aspect complémentaire de l’homme. Ils disent de l’homme qu’il est à la fois “ Gabe ” et “ Aufgabe ”. Autrement dit, il est à la fois un donné, un don gratuit du créateur (“ Gabe ”) et aussi (“ Aufgabe ”) une tâche à accomplir, une œuvre, disons plutôt un chef-d’œuvre à réaliser. Autant dire que la liberté de l’homme n’est pas absolue ; ce n’est pas une liberté SANS conditions, mais une liberté SOUS conditions. L’homme n’est pas Dieu (ni l’humanité, comme le pensent les panthéismes humanitaires) ; il est seulement créé à l’image de Dieu. Selon cette morale de mouvement, s’il est laissé beaucoup à l’initiative et à l’action de l’homme, tout n’est pas pour autant possible, ou moralement bon (voir Œuvres, VI, 36). L’action humaine s’inscrit dans le devenir fondamental de l’être vers l’unité. Le moraliste ne peut faire comme si ce devenir orienté n’existait pas.

En résumé, c’est la grande perspective de l’union convergeant en un Centre transcendant et personnel d’unification (appelé Oméga) qui donnera à la morale ses objectifs et ses axes de progrès. Voici quelques textes pour illustrer ce propos fondamental :
Voir l’Esprit nouveau, 1942, Œuvres V, pp. 119-120 :
“ L’Évolution… est en train de revaloriser pour notre Action le domaine total de l’existence ; dans la mesure même où l’apparition d’un Sommet d’unification au terme supérieur de l’agitation cosmique vient objectivement fournir aux aspirations humaines (pour la première fois au cours de l’histoire) une direction et un but absolus. D’où, ipso facto, le dés-ajustement général que nous constatons autour de nous de tous les anciens cadres, soit en Morale, soit en Religion… (Le Dieu de l’Évolution, 1953, Œuvres X, 287). (Voir aussi II, 332 ; V, 288 ; VI, 130s. ; VII, 178 etc…).

Dans cette large perspective dégageons quelques points de vue intéressants :

La foi en un avenir absolu
1° La morale naturelle est fondée sur un idéal absolu, une fois (naturelle) en un avenir de l’homme, tel qu’il s’exprime pour Teilhard dans le point Oméga, à la fois Centre de convergence de l’humanité en voie d’unification, et Centre personnel et transcendant d’amorisation, qui attire les personnes humaines à se dépasser elles-mêmes dans un plus grand que soi. “ Par rapport à ce pôle à atteindre (en même temps qu’à réaliser) doit s’organiser toute notre action, c’est-à-dire se définir notre moralité ” (Le Phénomène spirituel, 1937, Œuvres, VI, 131).
Seule la foi en ce point OMÉGA peut alimenter “ la tension de conscience ” (VI, 172) qui libère l’énergie spirituelle nécessaire à l’action humaine.

Le goût de vivre comme ressort de fond de l’action humaine
2° Nous constatons, en effet, que l’homme est poussé non seulement par un “ vouloir survivre ”, mais encore par un “ vouloir bien vivre ” et enfin par un “ vouloir super-vivre ” (Œuvres, VII, 242). Mais cette énergie libérée et libératrice n’est vraiment motrice que si elle est consciente d’un avenir illimité à construire, sinon elle se tarit radicalement.
“ Ce n’est pas assez, en effet, que l’Homme ait à sa disposition la puissance requise pour se synthétiser au-delà de lui-même. Il faut encore qu’il le veuille. Et pour ce, il faut qu’il ait le goût d’aller plus loin, c’est-à-dire que, sous l’influence d’une sorte de gravitation interne, il soit attiré vers le haut par le dedans. L’Humanité dégoûtée, l’Humanité non attirée par le plus-être, s’éteindrait infailliblement et rapidement… ”
(La Place de l’Homme dans l’Univers, 1942, Œuvres, III, 322).
Si Teilhard a tant et si souvent insisté sur ce qu’il appelle “ le goût de vivre ” c’est qu’il le considère comme le ressort de fond de l’action humaine. (Voir Oeuvres, VII, 243).

La morale, une source d’énergie
3° On voit par ce qui précède que la morale n’est pas d’abord un ensemble de préceptes, c’est une école d’énergie. Il s’agit de mettre en œuvre et de développer les énergies spirituelles, immenses et en partie insoupçonnées, du psychisme humain. Dans une lettre à Léontine Zanta, il fait cette confidence en 1929 : “ Par devers moi, je pense souvent que le Monde, non seulement physique mais moral, est infiniment plus vaste et plus inexploré, que ne le pensent les paisibles moralistes, si sûrs de la géométrie de leurs principes ” (p. 106). Un renouvellement de la morale s’impose. Le moraliste, qui était jusqu’ici “ un juriste ou un équilibriste ”, doit devenir “ le technicien et l’ingénieur des énergies spirituelles du Monde ” (Le Phénomène spirituel, 1937, Œuvres, VI, 132, IX, 132). C’est dans l’esprit que gît l’énergie la plus importante, celle qui a permis, qui permet et qui permettra à l’homme de trouver toutes les ressources matérielles dont il a besoin (II, 347).

Le critère de l’acte bon
4° Selon cette morale de mouvement, le critère de l’acte bon pourra se formuler ainsi. Je cite encore Le Phénomène spirituel :
a) “ N’est finalement bon QUE ce qui concourt aux accroissements de l’Esprit sur Terre.
b) Est bon (au moins fondamentalement et partiellement) TOUT CE QUI procure un accroissement spirituel de la Terre.
c) Est finalement LE MEILLEUR ce qui assure son plus haut développement aux puissances spirituelles de la terre ”
(Œuvres, VI, 132).

On pourrait dire que la morale teilhardienne est une morale du maximum, bien différente des morales du “ juste milieu ” des conformismes petits-bourgeois ou “ bien-pensants ”. Comme la sainteté pour un chrétien, elle n’est jamais un stade acquis.
Il est évidemment impossible en si peu de temps d’expliciter toute la vision morale de Teilhard. C’est le système dans son ensemble qu’il faudrait exposer, car je le considère avant tout comme un moraliste. On l’oublie trop souvent… Je laisse donc de côté bien des aspects, mais il y en a un que je ne peux passer sous silence, tant il est fondamental.

L’énergie d’amorisation
5° En effet, l’énergie spirituelle est dans sa source profonde une énergie d’amour, ou mieux, car il s’agit toujours d’un mouvement de croissance vers son achèvement, d’une énergie d’amorisation. Là aussi il y aurait tant à dire, je me limiterai à deux citations. (Voir L’Énergie humaine, 1937, VI, 189-190 et l’Atomisme de l’Esprit, 1941, VII, 55 : “ En dernière analyse l’avenir du Monde est entièrement suspendu à l’éclosion en nous d’une conscience morale de l’Atome, culminant dans l’apparition d’un amour universel ”).

Apparemment nous sommes assez loin des problèmes écologiques et biologiques qui nous occupent et nous préoccupent en ce moment, mais les réponses ou les ébauches de réponses que nous cherchons exigent que nous prenions du recul et de la hauteur.

Je voudrais évoquer maintenant, brièvement, la façon dont Teilhard voit le rapport Homme-Nature. Quant au problème biologique, je me limiterai à sa partie démographique.

II — Quelques considérations sur les problèmes biologiques et écologiques

1. Le problème démographique.
Rappelons d’abord que Teilhard fut très vite alerté sur ce problème. Il constate que l’espèce humaine, après une longue phase d’expansion, est entrée dans une phase de compression. En 1948, il estime que la population du globe croît dangereusement : “ Voici tout à coup que devant nous surgit et se rapproche, à une vitesse vertigineuse, le mur de la saturation ” (Les Directions et les Conditions de l’Avenir, Œuvres, V, 301 ; VIII, 140).

Nous savons par ailleurs que pour lui le phénomène de compression accélère le processus de socialisation ; et il pense que, si ce dernier est bien conduit, il doit s’accompagner d’un processus parallèle de personnalisation (V, 75). Mais, ceci étant précisé, la croissance démographique a des limites (superficie de la terre, quantité des ressources disponibles, etc…). Aussi se pose-t-il la question que nous nous posons tous, de savoir comment faire pour que “ la compression humaine… ne dépasse pas un optimum au-delà duquel tout accroissement supplémentaire de nombre ne signifierait plus que famine et étouffement ” (Œuvres, V, 301 et II, 347).

Teilhard a vu de ses yeux les masses affamées d’Asie. Il sait que les solutions sont difficiles à trouver et à appliquer. Contrairement aux autres problèmes concernant l’avenir de l’humanité, on le sent sur ce point terriblement inquiet, qu’il s’agisse des moyens à utiliser ou des obstacles psychologiques à surmonter. Voici par exemple ce qu’il dit : “ Soit du point de vue “ organisation technique ”, soit du point de vue “ résistances psychologiques ”, on se heurte dans ces deux directions, je le sais bien, à des difficultés apparemment insurmontables. N’empêche, ajoute-t-il, que le problème d’une saine construction de l’Humanité est désormais là, tout près, grossissant chaque jour sous nos yeux. Aidés par la Science et soutenus par un sens renouvelé de l’Espèce, saurons-nous franchir le tournant dangereux ? ” (Les Directions et les Conditions de l’Avenir, 1948, Œuvres, V, 301) .

Quelques éléments pour éclairer le problème :
A) L’évolution parvenue au niveau humain devient de plus en plus une auto-évolution, c’est-à-dire que l’homme maîtrise de mieux en mieux les ressorts de l’évolution. C’est sa grandeur et son drame, car il lui faut choisir… Donc au niveau humain, il n’est pas pensable de laisser à elles-mêmes les forces brutales de sélection naturelle ni de laisser incontrôlée la croissance démographique. Voir Le Phénomène humain, p. 314 : “ Nous avons certainement laissé pousser jusqu’ici notre race à l’aventure et insuffisamment réfléchi au problème de savoir par quels facteurs médicaux et moraux il est nécessaire, si nous les supprimons, de remplacer les forces brutales de la sélection naturelle. Au cours des siècles qui viennent, il est indispensable que se découvre et se développe, à la mesure de nos personnes, une forme d’eugénisme noblement humaine ”.

Un point est acquis : l’homme doit intervenir dans ce processus. C’est une question non seulement de survie, mais de plus-vie. L’humanité, pour s’ultra-humaniser, doit maîtriser sa reproduction (Œuvres, VII, 308 ; XI, 197).

Quant à l’ “ organisation technique ” de cette maîtrise, Teilhard ne donne pas de directives. Ce n’est pas un casuiste. Il rappelle seulement qu’il faut trouver des moyens dignes de l’homme… Nous touchons par là même les problèmes psychologiques et moraux.

B) Problèmes psychologiques et moraux.
Il est bien évident pour lui que la LIBERTÉ humaine reste une valeur, non seulement fondamentale, mais en croissance dans la mesure où l’homme progresse véritablement. Il est par conséquent nécessaire, dans le domaine de la reproduction humaine, de respecter la liberté personnelle. La pensée teilhardienne s’oppose à toute mesure coercitive, la socialisation selon lui, ne conduisant pas à la termitière, c’est-à-dire à un régime totalitaire. Il attachait beaucoup d’importance à l’information, à l’éducation, à la maîtrise de soi, au développement de toutes les valeurs spirituelles. C’est elles qui devront guider les scientifiques dans la mise au point des techniques appropriées ; c’est elles surtout qui devront guider les utilisateurs et les instances sociales et politiques responsables.

Teilhard, encore une fois, reste au niveau des principes et n’est pas entré dans les délicats problèmes d’application. On peut quand même dire, me semble-t-il, qu’il était assez agacé par la casuistique des moralistes en ce domaine. Avec un certain humour et son sens aigu de l’histoire, on l’entend dire avec un sourire malicieux en évoquant le million d’années qu’a peut-être l’humanité devant elle : “ À pareille profondeur d’avenir et au taux présent de l’Anthropogénèse, il serait vain de chercher à nous figurer quelles formes auront prises : soit la liturgie et le Droit canon…, soit l’attitude des moralistes en face des grands problèmes de l’Eugénisme et de la Recherche… ” (Le Phénomène chrétien, 1950, X, 242).

1. Le problème écologique — Réflexions sur la “ Nature Hominisée ”.
Un point doit d’abord être mis en relief, il consiste en ce fait que l’homme n’est pas seulement un élément passif de l’évolution mais il en devient lui-même l’acteur. Par suite, une attitude est à rejeter, celle qui consiste, devant les ambiguïtés et les tares du progrès, à fuir le monde industrialisé et technicisé afin de retrouver une vie prétendument “ naturelle ”. Je comprends ce qu’il y a de sain et de valable dans cette réaction. Car nous n’avons pas toujours à être fiers de ce que l’homme a fait de ses découvertes. Mais, cela étant précisé, je soupçonne, dans cette attitude de refus qui a sa noblesse, une sorte de démission qui est discutable. La nature à l'état brut n'existe pas, ou plutôt n'existe plus.

La nature hominisée

Certains penseront peut-être que démystifier ainsi certaine vision romantique de la Nature, c’est rejoindre le camp des pessimistes et des prophètes de malheur affirmant que l’homme a définitivement tout pollué et tout gâché dans la nature. Je serais pour ma part beaucoup plus nuancé. D’ailleurs, ce pessimisme me paraît, lui aussi, une conséquence de la vision romantique que je viens de critiquer.

En effet, on nous laisse entendre que la nature sauvage, à l’état brut, serait l’idéal à retrouver ou à re-créer. C’est fort contestable. La Nature, disons “ originelle ” fut en fait l’ennemi numéro un de l’homme. Pour survivre, celui-ci a dû maîtriser une nature hostile. Si aujourd’hui, par exemple, nous pouvons jouir d’une promenade paisible en forêt sans crainte de nous faire dévorer par des bêtes fauves, c’est parce que l’homme a domestiqué la nature. D’ailleurs, nous ne pourrions même pas nous promener en forêt, tout simplement parce qu’elle serait impénétrable. L’homme a été et est continuellement agressé par la nature laissée à elle-même. Elle n’est jamais conquise une fois pour toutes.

On semble oublier que l’homme ne peut jouir de la nature que lorsqu’il l’a dominée, maîtrisée, transformée en fonction de ce qu’il peut en tirer, non seulement pour survivre, mais pour vivre plus et mieux. En se mesurant à la nature, l’homme finit par lui imposer sa propre mesure. Le phénomène de l’hominisation nous montre ainsi que l’homme est devenu la mesure de la nature et non l’inverse. (Mais cette hominisation a ses limites).

Ainsi souvent ce que nous admirons, par exemple dans un paysage pittoresque, c’est le reflet de notre propre image et le produit de notre art. On pourrait dire que l’homme transforme la nature comme le sculpteur transforme un bloc de marbre. Mais le résultat dépend toujours du génie créateur de l’artiste : en transformant la nature, l’homme peut aussi bien la défigurer que la transfigurer ; il n’y a pas de moyen terme et c’est là le drame. Qu’on le veuille ou non, la nature est en voie d’hominisation. Il s’agit alors de savoir quelle hominisation de la nature nous voulons et non pas de chercher la naturalisation de l’homme comme le prétend la philosophie implicite à toutes les formes de naturalisme ou de naturisme. Au fond il s’agit de savoir à qui l’on donne la prééminence : à la Nature ou à l’Homme.

L’hominisation de la nature s’est surtout faite par les moyens techniques, souvent laissés à eux-mêmes. Enivré par son pouvoir, l’homme risque de devenir esclave de ses machines. De l’ère technique qui est la nôtre, ne faudrait-il pas s’acheminer rapidement vers ce que j’oserais appeler l’ère esthétique, le règne de l’humanité artiste. Prolongeant les œuvres individuelles des artistes, l’Humanité elle-même, ayant acquis la maîtrise de na nature, ne devrait-elle pas envisager la Terre comme une immense œuvre d’art à construire ? La nature est inachevée. À l’homme de lui donner sa forme définitive la plus belle possible.

Naturel et artificiel
Pour illustrer et étayer à la fois ce que je viens de dire, je vais emprunter au père Teilhard son analyse des rapports entre naturel et artificiel. Cette analyse nous fournira la clé de ce que nous appelons la nature hominisée. Ce que nous faisons à partir de la nature nous l’appelons artificiel, c’est-à-dire fabriqué par l’art, le travail de l’homme. Mais, égarés par une vision dualiste du réel, nous opposons souvent cet artificiel au naturel, comme nous opposons l’homme à la nature. C’est une erreur que Teilhard a vigoureusement dénoncée. Vers la fin de sa vie, en 1953, il raconte, dans un article intitulé L’Étoffe de l’Univers qu’il s’est “ révolté ” devant cette idée. Il s’est “ refusé ”, dit-il, à accepter une coupure entre “ naturel ” et “ artificiel ” (Œuvres, VII, 402). Plus de 25 ans auparavant, il avait déjà pris position en ce sens. Voici, par exemple, un passage d’un essai de 1925, L’Hominisation : “ En vérité, il faut le redire, notre regard sur la Vie est obscurci, inhibé, par l’absolue coupure que nous mettons sans cesse entre la naturel et l’artificiel. C’est, (…), pour avoir posé en principe que l’artificiel n’a rien de naturel (c’est-à-dire pour n’avoir pas vu que l’artificiel est du naturel humanisé) que nous méconnaissons des analogies vitales aussi claires que celles de l’oiseau et de l’avion, du poisson et du sous-marin ” (etc…). Et il conclut : “ En développant les routes, les chemins de fer, les avions, la presse, la T.S.F., nous croyons nous amuser seulement, ou faire nos affaires seulement, ou répandre des idées seulement… En réalité, pour un regard qui veut bien rejoindre ensemble le dessin général des mouvements humains et celui des mouvements de tout organisme physique, nous continuons tout bonnement, sur un plan supérieur et avec d’autres moyens, le travail ininterrompu de l’évolution biologique ” (L’Hominisation, 1925, Œuvres, III, 87-88).

L’outil est le prolongement de la main de l’homme, de même la technique qui lui permet de dominer la nature. Rappelons-nous : le cerveau et la main, c’est-à-dire l’intelligence et l’action transformatrice ; l’Homo faber inséparable de l’Homo sapiens. Dès lors, en perspective évolutionniste, “ l’artificiel ” ne s’oppose pas radicalement au “ naturel ” ; il le “ prolonge ” et le “ relaie ” (Œuvres, VII, 319, 1951). Teilhard ne confond donc pas les deux réalités. Voici une autre précision qu’il apporte : “ Si reliable au naturel que soit l’artificiel, il en diffère profondément. L’artificiel, ajoute-t-il en une belle formule ramassée, c’est du “ naturel réfléchi ” ou encore du “ naturel hominisé ” (Œuvres, III, 95 ; I, 246), c’est-à-dire du naturel qui est entré dans la sphère de l’homme, dans le domaine de la réflexion et de la co-réflexion, donc de la liberté et de la morale.

Puisque l’homme est aussi un être naturel, mais dont la nature est d’être réfléchie et libre, l’artificiel, c’est en quelque sorte du naturel qui, en s’hominisant, est passé du premier degré au second degré. Et, comme la nature atteint son achèvement dans l’homme, le naturel s’épanouit normalement dans l’artificiel, domaine de la libre création de l’homme. Certes, tout ce qui est artificiel n’est pas nécessairement une œuvre d’art, tant s’en faut. L’homme, parce qu’il est libre et limité, porte aussi l’échec avec lui. Mais la norme de son action n’est pas dans une Nature prétendue objective et immuable, elle est dans l’Homme qui est, dit joliment Teilhard, “ la clef des choses et l’harmonie dernière ” (Œuvres, VI, 30).

Faire de la terre le chef d’œuvre de l’homme
Voir ainsi la place et le rôle de l’homme dans la nature me paraît à la fois séduisant et réaliste. Car il ne s’agit pas d’une pure vision des choses mais d’un plan d’action fondé sur l’histoire de l’évolution. Si l’anthropogénèse prolonge la cosmogénèse ; si le travail de l’homme relaie l’œuvre de la nature, il faut voir la nature comme la matière première d’un immense chef-d’œuvre à réaliser, le grand poème de la nature, oserais-je dire, en donnant au mot poème son sens étymologique d’ “ œuvre ”.

Hominiser la nature, ce n’est pas seulement l’exploiter, c’est en faire une œuvre d’art, puisque c’est une œuvre humaine.

Si l’on a bien compris le lien, je dirai ontologique, entre artificiel et naturel, on n’isolera plus le pratique de l’esthétique. Toute transformation humaine de la nature devrait satisfaire tous les besoins de l’homme, et ses besoins de synthèse, d’équilibre, d’harmonie, de beauté ne sont pas moins exigeants et fondamentaux que ses besoins biologiques et sociologiques. Aussi la place des œuvres d’art n’est-elle pas d’abord dans les musées, mais dans la rue, dans la vie de tous les jours. Je veux dire par là que le moindre objet, le moindre outil, la moindre contribution de l’homme à l’aménagement de son environnement devrait être à la fois pratique et esthétique.

Si la matière transformée par l’homme est du “ naturel réfléchi ”, cela signifie qu’elle doit incarner pour ainsi dire l’image de l’homme, c’est-à-dire refléter son intelligence, son savoir-faire, son sens de la beauté. Une œuvre qui n’est pas belle, même si elle est pratique, ne mérite pas d’être qualifiée d’humaine. C’est déjà le commencement de la pollution.

Si nous comprenons que nous avons la tâche, disons la vocation divine, d’achever la nature, de lui donner son épanouissement dernier, nous ne mettrons plus la Terre au pillage et au désordre. Au fond, ce n’est pas de moyens que nous manquons, mais de vision, d’imagination, de foi. Il nous faut une prospective, comme aurait dit Gaston Berger. C’est que nous sommes confrontés, comme dans toutes les questions essentielles, avec le problème du Futur, et corrélativement, avec le problème de la Survie et le problème de Dieu. Tous les trois sont au cœur de la pensée teilhardienne. Mon propos n’est pas ici de développer ce point. Je dirai seulement que la vision practico-esthétique de l’action humaine que j’ai esquissée doit se compléter par une vision religieuse pour rester dans l’esprit de Teilhard de Chardin. Si l’Évolution ne converge pas finalement en Dieu, si donc elle est en porte-à-faux sur le néant, le monde est absurde et l’humanité n’a plus qu’à faire la grève générale de l’action. Tel n’est pas le cas, selon notre philosophie.

Hominiser la nature revient, pour lui, à la christifier, à la diviniser, c’est-à-dire à la faire participer à l’œuvre de salut universel, à préparer l’achèvement du “ Plérôme ” consistant dans l’union finale en Dieu, par le Christ, de l’humanité et de la nature. Construire la Terre devient une œuvre non seulement pratique et encore esthétique, mais aussi mystique : instaurer toutes choses dans le Christ, réaliser le Plérôme. Au fond, cela revient à faire de la Terre comme une immense cathédrale de beauté et d’adoration, où l’homme puisse admirer son travail et en jouir, être plus attentif à la présence divine au monde et rendre gloire à Dieu de tout ce qui est et de tout ce qui devient.

Dans cette perspective peut se célébrer partout ce que Teilhard appelait “ La Messe sur le Monde ”, c’est-à-dire l’universelle consécration et transformation de toutes choses en Dieu par la grâce du Christ et l’action de l’homme. Aimer la Nature prend alors un sens nouveau, véritablement mystique, c’est aimer Dieu présent au cœur du Monde. Et aimer Dieu, c’est désirer l’intégration de la nature en Dieu, la récapitulation de toutes choses en Lui par le Christ, c’est réaliser ce que nous appelons, après saint Paul et Teilhard, LE PLÉRÔME.

Si nous regardons la nature de cette façon, nous ne serons pas tentés de nous retourner en arrière et de soupirer après une Nature originelle, d’ailleurs insaisissable ; mais nous regarderons vers l’avant, en “ achevant l’évolution cosmique ” (Écrits du temps de la guerre, p. 24), en construisant la Terre nouvelle qui attend de l’homme sa stature définitive. Ainsi, jour après jour, l’homme transformant la nature et se transformant lui-même, prépare la grande métamorphose finale.

Une telle construction a de quoi exalter le génie inventif et artiste de l’homme. Et nous pouvons envisager l’avenir avec optimisme, à condition que l’humanité garde et intensifie en elle ce que j’appellerai, m’inspirant de Teilhard, la triple dimension de la foi : la foi au Monde, la foi en l’Homme, la foi en Dieu, en un mot la foi en la convergence de l’humanité en Oméga.

Peut-être pourrons-nous ainsi opérer la grande synthèse de la nature et de la culture, de la technique et de l’esthétique, de l’action et de la contemplation. Je l’espère. Et, pour ma part, je suis convaincu que l’humanisme continuera à dépérir — et la nature à être dégradée — si l’humanité ne s’engage pas dans une voie de synthèse proche de celle qu’a si remarquablement tracée Pierre Teilhard de Chardin.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 27 Février 2012 à 15:32 | Commentaires (0)

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Réflexion sur le livre "Comment je crois"




Ce mode de penser est omniprésent dans les différentes méthodes scientifiques. On rencontre l’analogie en mathématiques, physique, technologie, cybernétique, biologie, linguistique, psychologie, droit, philosophie, science des religions et théologie. On la met en œuvre comme moyen heuristique pour faire progresser la compréhension de notre environnement.

Le langage usuel étant trop simple devant la complexité des choses de la vie, on recourt à ce qu’on appelle : « transfert de signification d’un type d’expérience à un autre ». Les différentes cultures ont créé des métaphores qui sont des mots ou des expressions imagés qui médiatisent par un recours aux faits concrets des connaissances abstraites. Par exemple la « tête » en tant que partie du corps, sert à exprimer des réalités plus complexes : chef de famille, chef d’entreprise, de clan, etc…Cependant les métaphores tout comme les symboles et mythes et la poésie qui les véhicule, peuvent disparaître en raison de la subjectivité dont ces choses sont porteuses au sein d’une civilisation.

L’analogie fonde son transfert de signification sur la Similitude entre choses comparées. On peut avoir des similitudes de structures, de forme, de fonction, de comportement, etc…Des propositions analogiques ont toujours quelque chose de relatif et de réformable. Elles ne fixent pas dans le définitif ce qu’elles signifient. Elles ouvrent par contre de manière constructive sur un domaine plus vaste, englobant davantage de vérités.

Dans la Bible, on assiste au mariage entre le langage de tous les jours et celui du culte. Le divin est dit humainement, comparé pour le croyant à l’homme et à la nature. .Le transfert suivant lequel l’homme est dit créé à l’image de Dieu, semblable à lui, présuppose que d’abord Dieu soit imaginé semblable à l’homme ou à la nature. Le texte de Gn I met l’accent sur une analogie d’agir. Cependant le Créateur se différencie infiniment de tout créé par son essence même, ce qui montre que l’analogie ne constitue pas une preuve d’existence de Dieu ni une description objective du réel. Le croyant et le théologien voient dans les métaphores et les analogies surtout des indications de la direction dans laquelle une approche respectueuse peut être tentée. Les paraboles de Jésus ne veulent rien prouver mais seulement proposer un chemin de vie qui annonce le salut. Ce sont des analogies du Royaume à venir.

Le langage que nous utilisons s’inspire de nos intuitions, de nos connaissances, de notre sensibilité vis-à-vis d’une formulation qui nous touche particulièrement. Nous devons la respecter mais elle peut être porteuse d’ambiguïté. Ainsi j’ai pu lire dans un livre écrit par Jeanne Mortier cette phrase encadrée : « Le Christ universel est la synthèse du Christ et de l’Univers ». Un grand nombre de théologiens ne verront aucun sens dans cet aphorisme si ce n’est un vulgaire anthropomorphisme dont on mesure toute l’ambiguïté. C’est précisément le mot « synthèse » qui pose question. Plutôt que de m’appuyer sur le terme de synthèse qui annonce une certaine forme de panthéisme, je préfère utiliser le terme de « superposition » des niveaux de réalités : rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! Ce qui compte alors pour moi, c’est l’idée de relation ou encore d’interaction n’entrant pas dans le jeu des confusions multiples. Ce tome 10 évoquant l’organisation du monde dans un cadre essentiellement théologique, apporte un grand nombre de sujet de réflexions mais, compte tenu de l’expérience de chacun, il sera sans doute l’objet de nombreux débats. En particulier les questions liées au miracle ne peuvent en aucun cas aboutir sur un consensus de fond. Le problème posé est alors le suivant : Quelle est la finalité de nos rencontres mensuelles en dehors de la simple étude de la pensée teilhardienne ?
Certes, en matière d’analogie, il y a une dialectique du mystère en science comme en théologie, mais les deux domaines de la connaissance possèdent leurs contraintes propres. La science se fonde sur l’expérimentation et sur la création de modèles faisant souvent appel au savoir mathématique. La théologie est fondée sur l’acte de croire et la foi nait d’une rencontre et y conduit. Cette foi s’exprime bien par des mots mais la relation entre Dieu et l’homme possède un tel caractère de personnalisation et d’intimité qu’il devient impossible pour l’autre de connaître une parcelle de vérité sur cette relation sans tomber dans le trivial et la caricature. Dire « comment je crois » peut être simplement l’expression d’une manière propre de concevoir le monde de l’intériorité. Ce peut être aussi la mise au grand jour de ses propres expériences de vie. Dans ce dernier cas il n’existe plus de place pour la spéculation intellectuelle ou la contestation car on touche là au plus profond de la nature humaine, réalité qui nous est voilée, une sorte de domaine où il nous est interdit de pénétrer.







Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 26 Février 2012 à 11:23 | Commentaires (0)

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TOME10 « COMMENT JE CROIS » chapitre, réflexion pour mars 2012




Récapitulatif des 13 idées fortes relevées dans ce chapitre

Les chapitres 4 et 5traitent le même sujet, cependant Teilhard a scindé leur développement pour des raisons de clarté :
-Le chapitre 4 expose le problème
-Le chapitre 5 développe la thèse
Ce qui, paradoxalement, facilite la perception de sa pensée. Cette méthode devrait aussi faciliter notre réflexion et éviter les confusions de genre. Cette démarche nous sera probablement plus profitable , n’oublions pas que nous avons le temps et ne somme pas à un mois près ; d’autant que nous sommes ici au cœur du problème qui opposait Teilhard au Saint Office et des millions de pages ont été écrites sur ce thème. Il faut travailler en suivant la classification de Teilhard dans toute l’étendue de ce livre.

Point 1 page 49 C’est la théorie de la chute qui empêche de comprendre le processus évolutif décrit dans la Genèse, qui se développe en 6 jour + 1 jour de repos.

Point 2 page 49 Le processus de l’évolution de l’univers, tel qu’il est perçu par la science moderne, provoque un déséquilibre à l’intérieur même du chrétien. Nous ne pourrions sortir de ce dilemme que par la métaphore du péché originel lequel est mal si non pas du tout défini dans le dogme chrétien, ce qui est la cause de multiples interprétations.

Point 3 pages 49, 50 Par suite de l’obsolescence du géocentrisme, l’Eglise se trouve coincée entre sa représentation des origines du monde et son dogme du péché originel. Elle ne peut sauver l’un qu’en sacrifiant l’autre.

Point 4 page 50 C’est parce que tout l’univers a été altéré par une « faute » que s’est composé le dogme de la Rédemption qui était la conséquence logique de cette « faute ».
Point 5 page 51 Face à ce problème, le croyant est pris dans le dilemme suivant :
a) Soit il révise totalement sa notion de péché originel,
b) Soit il restreint l’efficience de la chute et de la Rédemption à la petite portion de l’univers que représente la Terre.

Point 6 page 52 L’Eglise ne peut faire face à la vérité qu’en universalisant le premier et le Second Adam. Tout le monde connaît l’existence du premier Adam et peu de personnes conçoivent l’existence du Second Adam dont il sera fortement question dans le chapitre 5.

Point 7 page 53 Le péché originel est l’inévitable réaction du « fini » (espace/temps) par rapport à la conception théorique du Créateur (de son Idée) qui est infini (hors espace/temps).

Point 8 page 54 Le passage de l’état esprit à l’état matière implique le concept de départ du phénomène/évolution depuis sa phase 1 jusqu’à ses phases supérieures (les arrangements de plus en plus complexes). Les progrès réalisés par l’évolution ont un coût (c’est la rançon du progrès), le concept du mal n’est pas autre chose, selon la doctrine chrétienne.

Point 9 page 55 Dans un univers où toute la matière est en évolution, une planète sur laquelle se développe le phénomène humain est le seul point de « libération spirituelle ». Aussi, le rôle dévolu à l’univers serait de dégager de « l’énergie-esprit » et, pour ce faire, Dieu n’avait peut-être pas d’autre solution.

Point 10 page 55 Le Christ est le « Chef des humains », Il est le pôle psychique de la création, ainsi, il se trouve de facto universalisé.

Point 11 page 56 Si l’on estime anthropocentrique d’imaginer une humanité unique dans l’univers, il reste à la concevoir comme « singulière » parmi tous les centres réalisés ou réalisables dans l’univers.

Point 12 page 56 Selon une telle conception, notre coexistence avec le Christ n’est pas plus étonnante que notre coexistence avec la terre et le présent. Le « Nouvel Adam » s’est fait homme plutôt qu’autre chose pour une raison intrinsèque au phénomène humain. Dans de telles circonstances, le Phénomène Christique a une très haute probabilité.

Point 13 page 57 Le phénomène christique est multiface et peut s’accomplir à l’identique dans tous les astres dans lesquels la vie peut se développer. Nous devons considérer le phénomène christique comme une « Nouvelle Rédemption » si l’on considère qu’Il n’efface pas une « faute » mais indique une voie de salut, un espoir d’état spirituel possible selon certaines conditions concernant notre attitude dans cet univers en genèse (la biogenèse).

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 26 Février 2012 à 11:18 | Commentaires (0)

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Chapitre 3 de "Comment je crois"
Réflexion pour février 2012



Si Dieu existe, pourquoi laisse-t-il faire les guerres?
S'il y a un Dieu, pourquoi tant d'injustices, de violences aussi atroces les unes que les autres?
Que de fois cette question est posée à ceux qui sont croyants par ceux qui ne le sont pas, ou qui disent ne pas l'être!
Répondre que Dieu a détourné la tête, que certains sont épargnés et pas d'autres, que c'est le fruit du hasard, etc...ne satisfait personne, les explications sont ailleurs.

Si nous inversions la question?
Face au Divin, éternel présent, il y a les guerres, les injustices, etc....
Et essayons quelques réponses :
-La Terre comme on le sait, est évolution, par nature, nous l'avons répété bien des fois, c'est un fait;
Je suis homme en marche, en devenir; depuis le pas de la réflexion bien des choses ont changées; mon inconscient collectif est nourri, chargé, de nombreux avant. Je raisonne, je construis, je participe à l’aventure humaine avec mes matériaux parfois riches et parfois aussi, parasites, négatifs.
Je dois être bien persuadé que rien n'est aujourd'hui arrêté, la marche, l'évolution continuent; je suis plus fini aujourd'hui, ou moins...(j'ai des victoires sur mon égoïsme qui me grandissent, mais aussi des actes manqués qui me diminuent...)
C'est toute ma problématique et celle du monde auquel j'appartiens; chaque jour il y a construction, non achèvement;
Il existe immanquablement des ratés, des erreurs, des fautes, c'est la notion du Mal;
Par exemple le refus de donner la main à celui qui la tend, la négation et la destruction d'un peuple que l'on dit « faire de l'ombre » à la communauté, crime atroce par sa cruauté et par son ampleur ...et tant d'autres attitudes sont bien présentes hélas dans le cœur de l'homme.
La nature humaine est capable et libre d'être parfois ange et d'autres fois démon; Et on peut comprendre que des âmes soient ébranlées dans leur croyance en l’Éternel en voyant tout cela.
-L'homme est vie; vie animale, il est terre-évolution:
Il est aussi vie de l'âme: par son introversion, sa positive-évolution. Il est un dieu, la divinité l'habite; ne peut-on pas dire que depuis plusieurs millénaires déjà, une auto- traçabilité de nature extra-ordinaire l’anime et chaque jour avec plus d'intensité;
Qui a dit que chaque moment est précieux et que le temps perdu ne se rattrape pas.
L'option de vie en direction du Tout m'est proposée, pas imposée; à moi de me décider; Je ne peux être acteur malgré moi, c'est la richesse de la liberté;
Tenter l’aventure prendre la direction, et je reprends les mots de Teilhard :
« Que l'homme vive loin de Dieu; l’univers reste pour lui neutre ou hostile. Mais que l'homme croit en Dieu, et aussitôt, autour de lui, les éléments...s'organisent en un Tout bienveillant, ordonné au succès final de la vie. »
C'est, pourrait-on dire, comme un GPS divin:

Le chemin de chaque vie existe de la naissance et jusqu'à la mort;
A chaque instant de mon existence je modifie, je recrée ma route mais toujours il y aura une fin; le chemin de vie dans le temps et l'espace qui m'est attribué, sera enrichi ou appauvri, La vie est intensité, lieu et durée et j'en suis le premier responsable.
Le mystère du choix!
Cette nouvelle attitude d'homme debout peut être ressentie comme un enchainement.
N'est-il pas dit:
« Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive »(Luc IX,23)
Pas très réjouissant, dirais-je d'abord.

La réponse à cette crainte est peut-être:
Comment peux-tu connaître la suite et la craindre, si tu n'as pas commencé?
N'est-ce pas dans la nature de l'homme d'aller découvrir ce qu'il y a derrière la montagne?
Et pourquoi ne pas se rappeler encore une fois la parole consolatrice : « Il y a beaucoup de demeures... »(Jean XIV,2) ;
Toute la place à l'inventivité est faite pour que se construise l'Homme Nouveau.

Dieu, appelons-le ainsi, lui l'Insondable, l’Éternel présent, est en phase, a rendez-vous avec la Terre dont il pouvait se passer.
Cependant, elle lui est indispensable, elle est de Lui, elle est Lui.
La création, génie de la vie, a le constant renouvellement de ses dieux, les hommes, et Lui, il ne peut l'oublier.
Autrement dit, il y a amour du Créateur (à cause et malgré tout) pour la Création et en réponse, pourquoi pas acte de foi de celle-ci envers Lui.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 26 Février 2012 à 11:17 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Pages 365 à 400 – Editions du Seuil


Dans ces chapitres Teilhard essaye d’imaginer quel pourrait être le sommet de l’évolution humaine. Que deviendraient l’homme et les sociétés humaines chauffés au plus haut de l’élévation de la conscience ? Autrement dit il tente d’imaginer le paroxysme de l’évolution de la noosphère et l’image progressive puis ultime du Christ cosmique.

Ceci amène à se poser des questions sur l’état actuel de nos sociétés et leur degré, en quelque sorte, de maturation. Des incertitudes sur plusieurs sujets peuvent se présenter. Celles-ci sont à évoquer autour de plusieurs points concernant : l’éducation, la difficulté à imaginer un Christ cosmique, l’évolution de son incarnation et enfin l’avenir possible en fonction du sens de l’espèce nécessaire.

L’éducation : ce n’est pas parce que nous discutons savamment à la manière de certains think tanks, que la masse de nos sociétés est parfaitement au courant de ce que nous disons comme de ce que disent beaucoup d’autres sur d’autres sujets. Il y a des zones absolument abyssales d’ignorance humaine. Dans ces zones les gens n’assimilent que des informations tronquées et parfois déformées par ceux qui manipulent ces informations. Il s’en suit que ces individus ou ces groupes n’ont d’autre ressource que de réagir selon des réflexes ataviques relevant plus de la psychologie du banc de poisson ou de comportements archaïques selon la description qu’a pu en faire par exemple René Girard lorsqu’il parle de violence et de sacré ou du complexe de bouc émissaire et de mimétisme.
Si nous n’arrivons pas à assurer correctement l’éducation et l’information, développement démographique et développement des média aidant, nous sommes proches de l’abîme.

Sens de l’espèce : si par malheur nous nous trouvons dans le cas de figure évoqué ci-dessus un sens de l’espèce suffisamment développé ne pourra s’établir. Les réflexes ataviques et les violences seuls se développeront.

Incarnation : en dehors des aspects rituels que prend ce mot, il s’agit de comprendre comment chaque chose et chaque être évoluant représente dans les images successives qu’il nous donne de lui des signes évidents du grand principe d’arrangement universel (pour faire court, de Dieu, diront certains). Le Christ est alors, selon Teilhard, l’approche humaine intelligible du sommet de cette évolution. Intelligible, parce que seule une forme humaine pourra permettre de représenter le paroxysme complexe de celle-ci. Nous sommes encore sur ce sujet bien ignorants. Seuls quelques mystiques seraient capables de lever un coin du voile. Ce qui n’exclue pas d’essayer.
Il faudrait, à ce moment du développement, ouvrir une parenthèse qui n’entre pas forcément dans le processus habituel de présentation de l’évolution. Il est utile, semble t-il, de présenter une information sur une découverte récente en biologie : Une chercheuse Suédoise, Malin Hernebring (université de Göteborg) a montré qu’un nouveau né, formé à partir d’une cellule maternelle de l’ADN de deux parents n’hérite pas de leurs marques de vieillissement (protéines oxydées, erreurs dans l’ADN). L’ADN est réparé dans les cellules mais pas les protéines qui arrivent aussi altérées dans les cellules embryonnaires que chez la mère. Les protéines anormales sont alors détruites. Ces processus de réparations paraissent bien miraculeux. On peut se demander si l’on peut dire qu’il y a analogie entre la sénescence des individus puis leur nettoyage embryonnaire et la sénescence des phylum ou société humaines qui se nettoieraient par révolution ou réformes énergiques. Ce commentaire est peut être un peu hâtif, voire erroné ? Il signifie simplement qu’il ne faut pas se précipiter vers des conclusions trop rapides concernant l’évolution de la noosphère. Des découvertes à venir concernant la physiologie des groupes humains pourraient encore modifier considérablement les perspectives. Il est nécessaire et légitime en tous cas de conserver l’espoir. Il ne faut pas, invoquant la sénescence de chacun, par analogie, estimer que l’évolution de l’espèce court également vers un déclin. La vie de l’espèce et la vie individuelle ne sont pas de même niveau. S’il y a des renouvellements il faut les évoquer sur des plans différents.
Maintenant pour compléter notre raisonnement sur l’incarnation il faut ajouter que l’historicité souvent archaïque de notre catéchisme coutumier nous empêche, en le nommant Christ, d’imaginer correctement la vision de son image ou de tout autre humain cosmique fils du principe universel.
Quoi qu’il en soit, il est utile de sacraliser et ritualiser les manifestations de l’incarnation (à défaut d’autre mot) et de savoir que celles-ci doivent rester évolutives.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 15 Février 2012 à 18:42 | Commentaires (0)
P 35 On pourrait prendre aussi comme exemple mécaniste le mouvement et le comportement de boules sur un billard dotées d’une capacité de conscience et de liberté relative. Il existe au départ, pour chaque élément, des conditions initiales apportées par la personne qui joue, ce qui engendre une trajectoire qui préfigure le sens selon lequel toute boule sera assujettie. Au début de notre vie, nous obéissons à un déterminisme mais nous avons ensuite une certaine latitude pour organiser les diverses phases de notre existence compte tenu d’autres déterminismes et d’autres contraintes. Par contre le rôle du divin n’est pas seulement de fournir une impulsion initiale ; il est aussi de créer une sorte de voile énergétique absolument invisible dont la fonction est d’entretenir toutes possibilités d’échanges et de relations entre les êtres et entre Dieu et les êtres. La nature divine se situe au plus profond de la matière sans toutefois s’identifier à elle. Elle se superpose à elle de façon intime sans que nous nous en rendions compte. Oui, elle fait que les choses se fassent.
P 36 Dieu semble tout à fait absent malgré sa présence infiniment proche. Cependant, grâce à cette possibilité d’échanges, il peut être connu non pas dans sa nature mais à travers l’expérience relationnelle : expérience d’ordre psychique ou expérience d’ordre physique. L’échange s’effectue essentiellement au niveau de la parole tout comme ce qui se passe au niveau de la Création (Au début de la Genèse on peut lire ; « Dieu dit : ») ou au niveau de certains états psychiques loin de toute agitation neuronale. On remarque cependant dans l’histoire certains phénomènes d’hystérie comme chez Thérèse d’Avila. La Force divine n’est pas par essence extra – phénoménal.
P 38 A propos de la notion de miracle. Contrairement à la vision de Teilhard, l’opération divine peut très bien être en discontinuité avec les lois physiques. Dans certains cas (certes rares) il peut y avoir violation des lois naturelles : « Pour Dieu tout est possible » Mat (19, 23 – 30). Pour moi il ne s’agit pas d’un présupposé ni d’une interprétation personnelle des Evangiles, mais d’une certitude absolue. Bien entendu on peut considérer des phénomènes de grande amplitude comme la chute du régime de l’empire soviétique sans bain de sang comme un miracle dans la mesure où c’est le Bien qui a triomphé. Teilhard écrit que les faits matériels contiennent du divin, à fortiori au sein de faits qui dépassent notre logique immédiate.
P 42 Durant longtemps j’ai eu l’intuition qu’on ne pouvait séparer Dieu du Monde bien qu’on ne doive pas identifier le Christ à la multitude. Je pensais également que l’existence et l’action divine ne pouvaient se concevoir que dans la relation entre les êtres humains. Il ne peut donc pas exister de schémas dans lesquels Dieu se trouve face au néant ou encore à des êtres isolés dans le cosmos. Ce face à face relationnel peut alors être considéré comme l’Âme du Monde.
P 43 Oui l’existence du Mal est un accompagnement rigoureusement inévitable de la Création. Mais il convient d’éviter d’accorder au mot Mal une connotation trop sentimentale, ce qui peut donner justement à l’ensemble des créatures une idée foncièrement pessimiste. C’est un peu le péché contemporain ! D’abord le Mal est un mystère. Ensuite on doit envisager tous ses aspects et toutes les nuances qui s’inscrivent dans une organisation rationnelle de la Vie de l’homme sur terre. Dieu a créé l’Homme libre. Le Mal est le fruit d’une séparation d’avec le Créateur et vaincre ce Mal, c’est avant tout la recherche de ce Dieu qui est conçu comme un manque.
Dans la relation qui existe entre le Monde et Dieu, le fait d’attribuer à celui-ci des interrogations personnelles au sujet de son œuvre de Création, constitue un anthropomorphisme dont je doute de sa validité. De Dieu et du déterminisme nous ne savons rien en définitive. A mon avis Teilhard semble pousser trop loin une explication mécaniste des choses. Mon sentiment personnel est une perception que la Réalité est parfaitement agencée pour créer un univers cohérent qui fait que (je l’ai suggéré avec succès en plein colloque !) Satan lui-même constitue un élément indispensable pour une bonne organisation de la Vie terrestre. Dieu a voulu l’homme libre donc il ne pouvait inventer un être dépendant d’une quelconque force imaginaire qui lui dicterait un comportement vertueux à tous égard ; l’Amour ne peut se concevoir sans capacité de choisir.
« Le bien est l’univers conscient et le mal est l’univers inconscient » est un aphorisme dont je ne comprends pas la signification. Il y a la lumière et les ténèbres…cela me suffit ! De même lorsqu’on parle du Christ, il est inutile d’ajouter universel comme je le vois à la page 146 du tome 10. La liberté de l’esprit dans le domaine de la foi et de la théologie exige un minimum de langage métaphorique sans quoi on risque de tomber dans une certaine confusion et, ce qui est pire, dans une attitude d’esprit vouée à une perpétuelle insatisfaction. Dans une perspective de clarification, il serait bon que l’œuvre de Teilhard et l’enseignement traditionnel de l’Eglise catholique fassent l’objet d’un travail critique qui préserve toute dérive dans un sens comme dans un autre.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 7 Février 2012 à 18:30 | Commentaires (0)

réflexion du 27 janvier 2012
L'AVENIR DE L'HOMME, Editions du Seuil


Jusqu’à maintenant nous avons pensé pour survivre :la recherche, pour vivre mieux avec son corps, nourriture avec les OGM etc……
Avec les progrès de la science la condition humaine est en pleine mutation. La génétique et les recherches sur le cerveau montrent que dans quelques décennies on maitrisera la mort, la maladie,……. On fera des êtres humains intelligents mais auront-ils la conscience ? D’où le questionnement spirituel qui viendra se poser.

La science commence depuis déjà quelques décennies à cohabiter avec la religion, car on se rend compte que l’on ne peut pas tout maîtriser. La technique accroît notre responsabilit . Le refus de l’intolérable sera notre responsabilité. Il faudra apprendre ce qu’est une conduite indigne de notre responsabilité.

Christian Jambet (philosophe) cite Mullà Sadrâ , et en cela il rejoint Teilhard, « L’homme ne nait pas homme, il est d’abord minéral, végétal et peu devenir une intelligence encore plus développée c'est-à-dire « un ange ».

Il n’y a que du mouvement dynamique de vie qui entraine à la fois vers la perfection naturelle et la perfection morale en évitant tout recours à la loi abstraite ce qui nous permettrait d’éviter le faux dilemme d’une conception de l’humain replié sur son essence.
Selon certains scientifiques nous aurons un jour des créatures artificielles plus intelligentes, plus capables. Ces créatures seraient-elles conscientes ou simplement intelligentes ?

L’optimisme existe, l’être humain commence à se poser des questions, à réfléchir. Il est plus dans le réfléchir que dans le faire à tout prix.
Pour permettre d’évoluer, nous ne pouvons revenir en arrière, nous sommes pris dans une mouvance et une énergie qui nous projettent en avant.
Donc nous serons obligés d’être dans la conscience. «APPRENDRE A VIVRE POU PENSER »
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 6 Février 2012 à 18:17 | Commentaires (0)

CHAPITRE 3,TOME 10, "COMMENT JE CROIS"
Réflexions proposées pour le 24 février 2012


Ce travail suit le même schéma que la liste d’idées fortes sélectionnée page par page (voir article du 31/01/2012)

Page 35 Si une causalité dominante sert l’influence divine sur l’univers, cela signifie que la matière qui le compose est déterminée ; déterminée par qui ? On peut penser que le Créateur avait mis toutes les informations nécessaires au développement de l’univers quand Il en posa la première pierre. On peut même penser qu’Il introduisit des balises dans la matière pour suivre son développement et communiquer avec les éléments que nous sommes.

Page 36 Et c’est peut-être grâce à ces balises que nous pouvons ressentir la Présence d’un Créateur, ayant ainsi la possibilité de capter ses ondes d’immanence. Seuls les êtres qui ont activé leur balise peuvent capter en eux-mêmes ce que l’on peut supposer être des messages du Créateur. C’est peut-être le principe de ce que les religions nomment la Révélation. Précisons toutefois que les lois du hasard dans les grands nombres jouent un rôle incontournable. « Influence divine sur le hasard » dit Teilhard … « Les dés sont pipés » disait Einstein.

Page 37
Tout ce réseau d’échanges et d’influences compose ce que Teilhard nomme « L’Ame du monde » (ou noosphère). Cette Ame du monde agirait sur le tout et sur l’élément. Ce serait donc à chaque élément individualisé de découvrir en lui ce miracle de communication afin, par la suite, de développer en lui ce pôle de sensibilité nouvelle communément appelée « âme ».

Page 38 L’élément est habité par la Cause dit Teilhard. On croirait entendre Jésus, priant en solitaire dans le Jardin des Oliviers avant son arrestation. (Voir la prière sacerdotale du Christ dans l’Evangile de Jean dont l’esprit est : « Dieu en nous, nous en Dieu »)
Dire que Dieu fait que les choses se fassent ou La Cause Première est un mystère inatteignable est un pléonasme ; qui pourrait prétendre à cette connaissance suprême hormis Dieu ? Ne suffit-il pas de constater les effets pour avoir la certitude de l’existence de la Cause ? Dans ces conditions, il n’est plus nécessaire de nous creuser inutilement la cervelle pour en savoir plus mais, croyons et agissons ; c’est tout ce que nous demande le Créateur pour l’aider dans la réussite de l’œuvre. Cessons de tourner autour du pot comme le font la plupart des intellectuels ; allons droit au but, envoyons la balle au centre, au « centre de l’idée » bien sûr.

Page 39 Ici Teilhard propose une réflexion sur les miracles : Si l’on excepte les cas très rares et plus ou moins contestables de résurrection (mis à part ceux de l’Evangile), il n’y a pas dans l’Eglise de miracle hors de portée des forces de la nature. En disant cela Teilhard se met à dos les fondamentalistes et les marchands du temple. Beaucoup de lieux de pèlerinages sont basés sur des légendes et des mythes qui font du bien à beaucoup de personnes. Quant aux résurrections charnelles, il y a peut-être confusion avec les résurrections spirituelles ; ce que laissent entendre les Evangiles assez clairement et chacun a le droit d’interpréter à sa guise, c’est une liberté absolue de conscience. Miracles ou forces inconnues de la nature ? Il ne s’agit ni de superstition ni de blasphème. L’important est d’admettre le miracle suprême de la manifestation et de l’évolution de la matière. L’Evangile de Jean fait dire à Jésus ressuscité, s’adressant à Marie-Madeleine qui voulait le toucher : « Ne me touche pas » tu ne sais pas de quelle nature est ma présence.

Page 40 « Pour comprendre la Cause première il faut développer une certaine sensibilité de l’âme dit » dit Teilhard dans ce texte. A mon sens, les religions ne développent pas assez cette idée et ce pour une bonne raison : l’âme fait concurrence au dogme de la Révélation des Ecritures, il est interdit de remettre les dogmes en question.
Je me pose la question suivante : qu’est-ce donc la Révélation si ce n’est une intuition de l’âme humaine ; intuition plus intense chez les prophètes que chez le vulgum pecus, bien qu’elles soient de même essence. L’Evangile mettra tout le monde d’accord sur un point lorsqu’il fait dire à Jésus : Cherchez d’abord le Royaume et le reste vous sera donné de surcroît (Matthieu VI-33)

Page 41 Problème ! En quoi est-il amoindrissant, selon Teilhard dans ce texte, de s’en tenir aux trois questions qu’il pose tout en les considérant comme dégradantes pour celui qui les pose ? Voici ces questions :
1- Animalité et rationalité sont-elles compatibles ?
2- L’univers tient-il par la seule intelligence de ses éléments ?
3- Dieu peut-Il faire surgir l’univers ex nihilo ?
Pour autant, voici mon avis :
1-La rationalité n’est pas incompatible avec l’animalité (bien des éthologues le pensent) qui est en nous, êtres humains. L’opposition de ces deux caractéristiques est, en réalité, une complémentarité puisqu’elles interagissent l’une sur l’autre. En les plaçant à un niveau supérieur, il n’y a pas d’opposition qui ne se résolve dans l’unité.
2-Je ne comprends pas la raison de cette question, surtout venant de Teilhard. Bien sûr, l’univers tient par l’intelligibilité de ses éléments lesquels, par principe, sont le point de départ obligé de l’évolution. Cet élément intelligible de base de l’évolution est la seule alternative opposable au néant.
3-Dieu peut-Il faire surgir l’univers ex nihilo ? Bien sûr que non car du néant il ne peut rien sortir ; sauf si ce néant contient l’IDEE mais si c’était le cas il ne s’agirait plus du néant qui, par définition ne contient rien. Il faut admettre que l’idée (comme toutes les idées d’ailleurs) a une existence réelle. A ce propos, je rappelle ce qu’a écrit Teilhard dans le tome-9 « Science et Christ » page 229 : Ne nous acheminons-nous pas inévitablement vers une conception toute nouvelle de l’Etre où s’associerait à une fonction synthétique générale comme des fonctions algébriques contenant un terme imaginaire ?
Si le néant contient une idée, il ne s’agit plus du néant mais du chaos qui se définit comme un ordre caché.

Page 42 « Le Créateur n’a pas le champ aussi libre que nous le pensons » dit Teilhard. C’est évident et cela ne lui enlève pas la qualité de perfection qui lui est attribuée. L’idée du Créateur, pour parfaite qu’elle soit, ne l’exonère pas de s’intégrer dans un contexte de temps. L’évolution dans son principe est une complexification, phase après phase ; les choses se font l’une après l’autre, le facteur temps est donc incontournable. La Genèse dit que l’univers fut créé en six jours. Nous avons là une notion de temps, Dieu est parfait, mais pas tout de suite.
Ces difficultés à surmonter évoquées par Teilhard ne constituent pas une chute et encore moins une faute mais, bien au contraire, une montée partant du faiblement conscient au plus fortement conscient. Si le fait que Dieu s’investisse dans la matière était une faute, Dieu qui est parfait ne l’aurait pas commise. Teilhard va dans ce sens quand il dit : « Pour faire une âme Dieu n’a qu’une solution : créer le monde ».Mais ce que dit là Teilhard amène une question : pourquoi Dieu a-t-il créé le monde, par amour pour nous où parce qu’il en éprouvait le besoin.

J’arrête ici ma réflexion et les pensées relevées aux pages 42,43,44,45. On les retrouvera ultérieurement dans l’étude de ce livre très prometteur en échanges.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 5 Février 2012 à 14:15 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Réflexion proposée pour réunion du 24 février 2012


Sur la quinzaine de citations proposées, extraites du chapitre 3, j’en ai traité 6, de manière quasi spontanée et subjective. C’est d’ailleurs ce qui nous a été demandé par notre président. Ce petit "état des lieux" avant travaux n'est pas inutile et je ne doute pas que l’étude de ce tome 10 va nous faire aller de l’avant.

Page 42 :" Le Créateur n’a pas le champ aussi libre que nous le supposons, Il a devant Lui d’énormes difficultés à surmonter et des risques aussi grands à éviter".

Sortie de son contexte, cette phrase (qui n'est qu'une étape de réflexion de l'auteur) pourrait bien fabriquer des idoles en tous genres car elle ne répond pas au besoin vital d’absolu de l’être humain. La nature ne donnant rien d’inutile, en écho à cet appétit d’absolu, LA réponse doit certainement exister : Un Dieu ne serait pas Dieu s’Il n’était pas Bien souverain, Sagesse et Intelligence, Toute Puissance indépendante, le « Je suis Celui qui Suis » (Exode 3 /14) ou encore El Houssoul, la Présence, comme disent les musulmans.

Si Dieu semble impuissant et limité, c’est que, individuellement et collectivement, nous ne savons pas lui laisser assez de place ("Père, pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu'ils font").

L’homme a le pouvoir temporaire de diminuer en lui la présence divine, de la défigurer, de l’ignorer et même de la rejeter. Serait-ce là que résiderait la vraie liberté ?
- Comme si l'incommensurable différence de nature entre Dieu et sa créature ne suffisait pas.
-Comme si cet appétit d'absolu pouvait altérer notre besoin légitime de joie de vivre;

ce qui réitère en permanence, à travers les générations successives, le supplice historique de Jésus, jusqu’à son ultime « Tout est consommé » ; sauf que,, la Passion se déroule en nous et se répercute inévitablement sur l’environnement . Or la création a été confiée à l’Homme par Dieu (voir Genèse + Matthieu 27:50-28:10 + Jean 5 :24-29 ). D’ailleurs, l'impact possible du niveau de conscience humain sur son environnement devient une évidence -que l’on soit croyant ou pas- en notre temps où l’équilibre écologique est dangereusement détérioré par l’homme.

(page 36) Alors, comment « Dieu nous est connaissable » ?

[...] "là où IL passe, aucune effraction, aucune fissure. Le réseau des déterminismes reste vierge, l'harmonie des développements organiques se prolonge sans dissonance. Et cependant, le Maître est entré chez Lui" écrit Teilhard page 38... "Le Maître est entré chez Lui" ... "Pour la joie de notre coeur qui ne saurait se reposer pleinement en un Dieu qu'il ne sentirait pas plus fort que tout ce qui existe !" (page 39) et l'auteur ajoute à propos des miracles que la "propriété du divin est d'être insaisissable à toute emprise matérielle"

C'est pourquoi nous ne pouvons connaître Dieu que partiellement, à notre mesure, par des moyens "expérimentaux" comme la prière, la méditation, et par la conscience dans une acception teilhardienne.

(page 38)… « L’élément (chaque être humain) est habité par la Cause Première »

Ce qui ramène au Prologue de Jean versets 5 et 11 :
-La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue
-Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue »


(page 40). C’est pourquoi « Pour comprendre la Cause Première il faut développer une certaine sensibilité de l’âme »

Mais pour entrer dans ce processus de développement de la sensibilité de l’âme, encore faut-il avoir la Grâce, et être sur son Chemin de Damas ; et là, c’est effectivement un grand mystère ; nous ne gérons pas car, pour les chrétiens, la foi est une vertu théologale, qui vient de Dieu : « Mes brebis connaissent ma voix » (Jean X) et
« J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là, il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger ». (Jean X-17).
Avec tristesse je me demande souvent : pourquoi mais pourquoi certains et pas d’autres ?

Il faut se consoler avec cette parole de Gandhi : « Toute âme qui s’élève élève le monde » en accord avec Teilhard qui pense que
(page 43) « La création est un tout indivisible comprenant l’humanité, la terre, l’univers, et un Christ Universel ».
(page 37) Or La création ne peut être colmatée que par le ciment et la truelle de « l’Ame du monde » ce «Centre qui est partout et la circonférence nulle part », Alfa-Omega, Le Christ .
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 3 Février 2012 à 11:44 | Commentaires (0)