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Jean-Pierre Frésafond / Théisme et déisme, un faux problème ?
Lundi 22 Novembre 2010
Je n’ai pas pour habitude de faire des planches de philosophie universitaire qui, pour la plupart, témoignent d’un gigantisme culturel et d’une atrophie de la fonction de réflexion.
Il faut « trouver l’idée sous le symbole » et non pas l’inverse, soit partir du symbolisme qui a pour fonction d’activer la réflexion ; éventuellement, si cela peut appuyer le discours, quelques citations de philosophes peuvent y trouver leur place.
Précisons que ces deux mots ne sont pratiquement pas utilisés dans le langage courant. Etymologiquement ils ont la même signification, sauf que les philosophes en ont décidé autrement.
Ces deux mots en sont quatre, en réalité :
-il y a théiste et théisme (l’adepte et le système)
-il y a déiste et déisme.
Selon le dictionnaire Larousse, théiste et théisme sont d’origine grecque alors que déiste et déisme sont d’origine latine.
-Le théisme est une doctrine qui affirme l’existence personnelle d’un Dieu révélé dont l’action est providentielle sur le monde.
-Le déisme est le système de ceux qui rejettent toute révélation et se réfèrent à l’existence d’un principe divin qui induit une religion naturelle et personnelle.
On peut résumer en disant : le théiste croit en ce qu’on lui dit, tandis que le déiste croit en ce qu’il pense lui-même.
J’ai vécu en étant théiste, puis déiste, sans le savoir on peut vivre sans problème existentiel dans ces deux dispositions d’esprit. Le théisme correspond au début d’une démarche religieuse, alors que le déisme est le développement de cette recherche et, il faut bien le dire, suite à un théisme insatisfait. Nous sommes ici dans le domaine intime des individus et, malheureusement, par manque de compréhension (tolérance) les individus s’enferment dans leurs convictions et pour peu qu’un agitateur intervienne, cela tourne à l’affrontement social, les parties s’excluent réciproquement.
Ces antagonismes remontent aux débuts de la chrétienté (pour ne parler que de cette religion-mère), les déistes ont toujours été assimilés aux courants gnostiques et sont classés, même à notre époque, dans la catégorie des hérétiques. Ce qui est curieux, c’est que les grands chasseurs d’hérétiques comme saint Paul et Saint Irénée étaient eux-mêmes des gnostiques. J’expliquerais ce paradoxe par la lourdeur des systèmes religieux qui ne peuvent satisfaire ni l’avant-garde ni l’arrière garde de la pensée sans risquer de perdre des adeptes de l’une ou de l’autre tendance s’il y a engagement dans un sens ou dans l’autre. Toutes les religions sont des systèmes à visée théocratique et la démagogie est la seule arme en démocratie.
Les religions chrétiennes n’ont pas le monopole de l’intégrisme : les Soufis ont toujours été combattus et le sont encore dans le monde musulman (voir ce qu’il se passe en Indonésie). Les religions Juives ont exclu Spinoza et autres courants gnostiques. Le plus bel exemple de l’intégrisme religieux fut l’interdiction des « Ecoles de la Sagesse » en Espagne qui unirent Juifs, Chrétiens et Musulmans pour diffuser la pensée des philosophes grecs dans toute l’Europe. Cela se poursuivit par l’acharnement de la « sainte inquisition » qui envoya pendant plusieurs siècles des hérétiques sur les bûchers. La lutte des théistes contre les déistes est d’autant plus forte que les intérêts financiers sont importants, voir les Cathares qui furent combattus par Saint Louis pour agrandir son royaume. Galilée a évité le bûcher parce qu’il s’est dédit ; Giordano Bruno qui s’est acharné dans toute l’Europe n’y a pas échappé.
Parmi les religions qui regroupent plus d’un milliard d’adeptes chacune, les religions animistes sont une exception, elles ne connaissent pas cette opposition entre théistes et déistes. L’explication en est que, par principe de base, ces religions sont déistes, le Principe Divin est au fond de chaque individu et c’est à lui de l’y découvrir. Ces religions animistes sont des religions naturelles et personnelles, elles ne sont pas des appareils à visée théocratique, elles n’ont pas de dogmes, elles recherchent le contact avec un ‘Dieu-Nature ». Spinoza, Maître Eckart et Teilhard de Chardin ont dû s’en inspirer.
Ainsi, l’opposition du théisme au déisme est un faux problème
Il faut « trouver l’idée sous le symbole » et non pas l’inverse, soit partir du symbolisme qui a pour fonction d’activer la réflexion ; éventuellement, si cela peut appuyer le discours, quelques citations de philosophes peuvent y trouver leur place.
Précisons que ces deux mots ne sont pratiquement pas utilisés dans le langage courant. Etymologiquement ils ont la même signification, sauf que les philosophes en ont décidé autrement.
Ces deux mots en sont quatre, en réalité :
-il y a théiste et théisme (l’adepte et le système)
-il y a déiste et déisme.
Selon le dictionnaire Larousse, théiste et théisme sont d’origine grecque alors que déiste et déisme sont d’origine latine.
-Le théisme est une doctrine qui affirme l’existence personnelle d’un Dieu révélé dont l’action est providentielle sur le monde.
-Le déisme est le système de ceux qui rejettent toute révélation et se réfèrent à l’existence d’un principe divin qui induit une religion naturelle et personnelle.
On peut résumer en disant : le théiste croit en ce qu’on lui dit, tandis que le déiste croit en ce qu’il pense lui-même.
J’ai vécu en étant théiste, puis déiste, sans le savoir on peut vivre sans problème existentiel dans ces deux dispositions d’esprit. Le théisme correspond au début d’une démarche religieuse, alors que le déisme est le développement de cette recherche et, il faut bien le dire, suite à un théisme insatisfait. Nous sommes ici dans le domaine intime des individus et, malheureusement, par manque de compréhension (tolérance) les individus s’enferment dans leurs convictions et pour peu qu’un agitateur intervienne, cela tourne à l’affrontement social, les parties s’excluent réciproquement.
Ces antagonismes remontent aux débuts de la chrétienté (pour ne parler que de cette religion-mère), les déistes ont toujours été assimilés aux courants gnostiques et sont classés, même à notre époque, dans la catégorie des hérétiques. Ce qui est curieux, c’est que les grands chasseurs d’hérétiques comme saint Paul et Saint Irénée étaient eux-mêmes des gnostiques. J’expliquerais ce paradoxe par la lourdeur des systèmes religieux qui ne peuvent satisfaire ni l’avant-garde ni l’arrière garde de la pensée sans risquer de perdre des adeptes de l’une ou de l’autre tendance s’il y a engagement dans un sens ou dans l’autre. Toutes les religions sont des systèmes à visée théocratique et la démagogie est la seule arme en démocratie.
Les religions chrétiennes n’ont pas le monopole de l’intégrisme : les Soufis ont toujours été combattus et le sont encore dans le monde musulman (voir ce qu’il se passe en Indonésie). Les religions Juives ont exclu Spinoza et autres courants gnostiques. Le plus bel exemple de l’intégrisme religieux fut l’interdiction des « Ecoles de la Sagesse » en Espagne qui unirent Juifs, Chrétiens et Musulmans pour diffuser la pensée des philosophes grecs dans toute l’Europe. Cela se poursuivit par l’acharnement de la « sainte inquisition » qui envoya pendant plusieurs siècles des hérétiques sur les bûchers. La lutte des théistes contre les déistes est d’autant plus forte que les intérêts financiers sont importants, voir les Cathares qui furent combattus par Saint Louis pour agrandir son royaume. Galilée a évité le bûcher parce qu’il s’est dédit ; Giordano Bruno qui s’est acharné dans toute l’Europe n’y a pas échappé.
Parmi les religions qui regroupent plus d’un milliard d’adeptes chacune, les religions animistes sont une exception, elles ne connaissent pas cette opposition entre théistes et déistes. L’explication en est que, par principe de base, ces religions sont déistes, le Principe Divin est au fond de chaque individu et c’est à lui de l’y découvrir. Ces religions animistes sont des religions naturelles et personnelles, elles ne sont pas des appareils à visée théocratique, elles n’ont pas de dogmes, elles recherchent le contact avec un ‘Dieu-Nature ». Spinoza, Maître Eckart et Teilhard de Chardin ont dû s’en inspirer.
Ainsi, l’opposition du théisme au déisme est un faux problème
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 22 Novembre 2010 à 19:06
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courriers des lecteurs
Association des Amis de P. Teilhard de Chardin, Le Caire, 25-31 octobre 2002
Colloque Paris – Le Caire
Disponible au grand public via google
En mai 2010 le grand jésuite et teilhardien Henri Boulad disparaissait après une longue carrière d’enseignant au Collège de la Sainte Famille au Caire.
Henri Boulad a mené aussi une carrière internationale de conférencier.
En 2002 il participa au colloque organisé au Caire par l’Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin. Voici un reportage présenté par Remio Vescia auprès d’Henri Boulad à propos de Teilhard dont il appréciait, à juste titre, l'actualité de la pensée scientifique et philosophique, intensifiée par une perspectivet prophétique. Cet enregistrement vocal, sur le vif, a été directement traduit en texte écrit.
J.P. Frésafond, Président
Présentation par M. Remo Vescia
Le Père Boulad, d’abord, est un Egyptien et il n’est pas inutile que vous connaissiez un autre
Egyptien, qui comme le Père Nabil Gabriel aime Teilhard, qui vient souvent en France, qui fait des
conférences, qui écrit des livres, en français et en arabe – en voici un, écrit en arabe, le Père vous dira
mieux que moi comment il se prononce (le Père le dit en arabe et le traduit : L’homme, l’univers et
l’évolution entre science et foi). Vous voyez que ce sont des sujets éminemment teilhardiens. Sans
plus attendre, nous allons écouter le Père Boulad nous dire la pertinence de Teilhard aujourd’hui.
Père Henri Boulad
Merci, Monsieur Vescia.
Le livre que je viens de citer est la condensation d’une vingtaine d’années de conférences sur
Teilhard adressées à la jeunesse à travers toute l’Egypte et ces conférences ont été rassemblées par un ami à moi qui en a fait un livre.
Teilhard, je l’ai découvert en 1956, dès la parution du Phénomène Humain, et ce fut pour moi un
éblouissement. Je trouvais dans Teilhard ce que je cherchais depuis longtemps, ce que je n’avais
jamais pu exprimer et ce qui m’a été donné comme une réponse à des questions. Au point que sa
pensée ne fait plus qu’un avec la mienne, au point que mes confrères, avec une pointe de malice,
m’appellent ‘Boulad de Chardin’… Vous me pardonnerez donc si ma pensée se mêle à celle de
Teilhard, car elles ne font plus qu’un.
Je voudrais tout de suite aborder ce thème qui m’a été demandé : Pertinence de Teilhard
aujourd’hui.
Il est de bon ton de dire que Teilhard est dépassé – que de gens ‘intelligents’ me disent : tu crois
encore à Teilhard, mais c’est dépassé !
- Bien sûr, Platon aussi est dépassé, 2500 ans, figurez-vous !
-L’Evangile est dépassé, 2000 ans, etc.
Nous cédons à une mode qui consiste à s’accrocher au dernier penseur, au dernier livre paru et à la philosophie à la dernière mode, notamment à celle qu’on appelle la ‘post modernité’ qui a déclaré la mort des grands systèmes, des idéologies, des méta-récits –Heidegger et avec lui Wittgenstein, ont dit que la métaphysique était morte avec le dernier des philosophes qui serait Hegel qui a osé un système. On dit maintenant que toute personne qui s’accroche à un système est un peu arriérée. Et nous sommes tombés dans la déconstruction – Gilles Deleuze, Jacques Derrida, le surréalisme… tout ceci exprime et engendre en même temps un monde cassé, un monde éclaté, brisé, morcelé, éparpillé, atomisé, la mort du sens. Pour moi, la grande maladie d’aujourd’hui n’est pas la mort des espèces animales ou végétales, mais la mort du sens, ce qui est beaucoup plus grave, au nom d’un positivisme étroit, étriqué, au nom de certains systèmes comme ceux dont je parlais tout à l’heure, comme celui de Lévi-Strauss avec le structuralisme – on évacue le sujet, il ne reste que la structure : ce n’est pas moi qui pense, ce n’est pas moi qui parle, ‘ça’ pense, ‘ça’ parle par moi – ça ! C’est une véritable culture de la mort de la pensée, et nous sommes dans une période de scepticisme désabusé, d’agnosticisme blasé, de morosité. Complaisance dans l’irrationnel, goût de l’incohérence, romantisme de l’absurde, pessimisme généralisé.
Aujourd’hui il est incongru et indécent de croire à quelque chose. C’est sur cette fresque qui me paraît exprimer assez bien le courant actuel que se détache un besoin fou – besoin d’unité, de clarté, de cohérence, de sens. Il y a la modernité qui a cru à tout cela, il y a la post-modernité qui l’a détruit, et maintenant nous sommes, à mon avis, dans une post-post-modernité, car la jeunesse actuelle ne se satisfait plus de ce déconstructivisme généralisé et il y a actuellement un besoin, une recherche de sens. L’homme a plus que jamais besoin aujourd’hui de voir clair, besoin d’une vision globale, d’une Weltanschauungcomme on dit en allemand.
Teilhard donc se présente à nous comme un prophète de l’unité. Une unité qui va avec une grande simplicité – certains disent : c’est trop beau pour être vrai ou c’est trop simple pour être vrai ! Mais si la simplicité était le signe de la vérité, précisément ? Car le fond du fond du réel est simple, car Dieu est l’Etre infiniment simple, et la vérité, si elle n’est pas simple, n’est plus la vérité.
Nous avons un culte de la complexité qui fait que pour paraître intelligent il faut être compliqué. L’univers est un, cela paraît être un pléonasme, et c’en est un car uni-versum signifie que l’univers est un. Le mérite de la science contemporaine est d’avoir découvert cette unité du cosmos, et Teilhard l’a exprimé dans des termes à mon avis inégalés.
Un des problèmes de l’université d’aujourd’hui c’est qu’elle a été infidèle à sa vocation – un,
univers, université, vous voyez bien le rapport. L’université, au lieu d’être la science de l’un, la
synthèse du tout, la cohérence du réel, l’intégration des savoirs, est tombée dans cette atomisation dont je parlais tout à l’heure, et finalement un universitaire sort avec son diplôme sous le bras et sa
spécialité dans la tête, mais il a raté l’essentiel de l’université qui est une vision du tout. Tant qu’on ne saisit pas l’univers dans sa totalité, on ne peut pas comprendre sa propre spécialité. Je pense que Teilhard, en intégrant l’ensemble des connaissances dans un tout unifié et harmonieux, nous aide à
penser. Penser, c’est saisir le monde dans son unité. Il n’y a de pensée que de l’un, dès qu’on est dans le multiple, on ne peut plus penser. Penser, c’est saisir la cohérence du tout. Je pense que la pertinence de Teilhard aujourd’hui tient précisément à cet éclatement des savoirs et à cette hyperspécialisation que je dénonçais tout à l’heure.
Nous sommes dans un monde de croissance exponentielle des connaissances, c’est effarant, un monde de plus en plus complexe et compliqué, un raz-de-marée informatique qui nous submerge, qui nous agresse – voyez le nombre de revues, de magazines, de programmes de radio et de télévision, sans parler d’Internet. Certains me disent : presse sur tel bouton, et tu auras 264 pages sur tel mot, c’est passionnant ! Je dis merci, et je prends mes distances, car finalement nous sommes submergés par le quantitatif, la quantité des informations et leur complexité font que nous n’arrivons plus à saisir ce monde dans sa totalité et sa simplicité, ce qui s’appelle penser.
Trop de tout, aujourd’hui !… au point que nous en arrivons à perdre notre âme. Nous mourons
d’indigestion, à partir d’un matériel disparate, hétéroclite, que nous n’arrivons plus à intégrer : les
arbres cachent la forêt. D’où un besoin de recul pour gérer cette complexité. Gérer la complexité, je
pense que c’est là le grand défi d’aujourd’hui, et c’est là que Teilhard peut nous aider. Il nous aide parce que, à mon avis, et j’exagère peut-être, mais je ne pense pas, c’est le seul homme à avoir intégré dans un tout cohérent des disciplines aussi disparates que la physique, la chimie, la biologie, la préhistoire, la paléontologie, l’ethnologie, l’anthropologie, la sociologie, la philosophie, la théologie, la mystique, la politique, l’économie et j’en passe… A mon avis, la vérité d’un système tient à sa capacité d’intégrer le tout – je dis bien le tout. Un système qui n’intégrerait pas le tout du savoir pèche, à mon avis, par quelque chose d’essentiel. Toute philosophie se veut une science du tout. Je pense que des hommes comme Thomas d’Aquin ont essayé de penser ce tout, mais dans une certaine perspective. Un homme comme Hegel a essayé de penser ce tout, mais en se limitant à l’histoire humaine, il n’a pas englobé l’histoire de l’univers. L’analyse de Hegel se limite à une tranche d’histoire assez limitée. Toynbee aussi a essayé de créer son système, mais il a pris les civilisations telles que nous les connaissons, l’avant et l’après lui ont échappé.
Teilhard s’est situé dans la totalité du phénomène : le phénomène, rien que le phénomène, mais tout
le phénomène – c’est l’une des ses phrases. C’est-à-dire en remontant jusque ce que les savants
appellent aujourd’hui le Big Bang et en refluant vers un avenir qu’il postule au terme de l’évolution.
Et à partir de là, il a découvert une loi que vous connaissez tous, la loi de complexité/conscience. Je
voudrais résumer ce qui est derrière cette loi. L’univers part de ce qu’on appelle un atome primitif où
la matière totale de l’univers était rassemblée dans la pointe d’une épingle, avec le poids qu’il a
actuellement. Puis ce fut la grande dispersion. Et au coeur de cette dispersion, il y a un phénomène
contraire de rassemblement, d’unification que Teilhard a décelé, par une succession de constructions
de plus en plus élaborées, de plus en plus complexes, qui permettent l’émergence d’une réalité qui se
trouvait déjà à l’origine à l’état latent, mais qui finit par apparaître, dans la mesure où cette matière
primitive se rassemble, se complexifie et s’unifie. On s’est toujours demandé d’où venait la vie sur
Terre, et des savants très sérieux ont dit qu’elle venait d’une autre planète. Mais pourquoi d’une autre
planète ? Teilhard nous dit : la vie est déjà une propriété de la matière, elle est déjà contenue dans la matière, à l’état infinitésimal. Et qu’est-ce qui lui permet d’apparaître ? C’est justement ce
rassemblement. A partir du moment où la matière a pu se rassembler sur elle-même, se synthétiser
avec elle-même, se complexifier suffisamment, à partir des atomes, puis des molécules, puis des
méga-molécules puis des acides aminés, et cette espèce de chaîne interminable où la matière rassemble ses éléments et se complexifie. Chaque grain de vie contenu dans chaque atome se rassemble comme dans un entonnoir et nous avons ce qu’on appelle l’apparition de la vie, il y a environ trois milliards huit cents millions d’années. L’apparition de la vie n’est pas un phénomène venu d’ailleurs, il est ce qu’on appelle une émergence : la vie était là, elle est apparue. Vous direz : et Dieu dans tout ça ?
Continuons notre voyage à travers l’évolution, et nous verrons cette vie commencer avec des
organismes unicellulaires, puis se complexifier à son tour en organismes pluricellulaires, puis nous
arrivons aux vertébrés qui sont une unification de cet organisme à travers un axe central, finalement
cet axe prend une direction qui est celle du cerveau, lequel se complexifie au point de permettre, là
encore, une deuxième émergence qui est celle de la conscience ou de la pensée. D’où vient la
conscience ? D’où vient la pensée ? D’ailleurs ? de Dieu ? Non. De même que chaque grain de matière était porteur en lui d’un quantum de vie, ainsi chaque grain de vie est porteur en lui d’un quantum de conscience…
C’est ainsi que tout à coup a jailli la pensée il y a environ trois millions d’années, phénomène
encore tout récent. Nous voyons là qu’il y a une espèce de déploiement d’une réalité originellement
présente, qui ne fait qu’apparaître à travers des seuils successifs. Je parle de seuils, c’est un mot
important dans la pensée de Teilhard, car le seuil est un basculement, un changement d’ordre
qualitatif, une réalité neuve apparaît – seuil de la vie, seuil de la conscience. Nous avons toujours
pensé que nous étions au bout du chemin, au bout du voyage et que nous plafonnions. Mais Teilhard a
senti que les mêmes phénomènes de complexification et d’unification, qui se sont produits au niveau
de la vie et de la conscience, étaient en train de se produire au niveau de la société : ce qu’il a appelé la socialisation.
Le phénomène de la socialisation est un phénomène essentiel à constater, à suivre et à
poursuivre et où mène-t-il ? Cela a commencé il y a environ douze mille ans, dans ce qu’on appelle la
révolution néolithique, quelque part en Irak, quelque part en Turquie : premiers villages, première
organisation des hommes, et avec cela non seulement le village, mais le bourg, mais la ville, mais la
capitale, mais le pays. Et puisque nous sommes en Egypte, voyez un peu le Nil, les deux branches puis la grande queue vers le sud, mais il y a ce qu’on appelle des ganglions le long de cette ‘colonne
vertébrale’ – avec un gros ganglion cérébral qui est Le Caire, où nous sommes – la capitale jouant le
rôle précisément d’intégration de cet ensemble géographique et sociologique qu’on appelle un pays.
Avec l’exemple du Nil et de l’Egypte nous avons l’image assez frappante de ce que peut être une
société en voie de socialisation. Mais au-delà de cette socialisation au niveau local ou national,
Teilhard a discerné, très vite, ce qu’il appelle la planétisation, c’est-à-dire non seulement des nations qui s’unissent à l’intérieur d’elles-mêmes, mais des nations qui entrent dans un réseau au plan
mondial. Avant même que cela se passe, trente ou quarante ans avant Marshall Mac Luhan qui a parlé
du ‘village global’, Teilhard l’a tout de suite vu, il en a parlé de façon beaucoup plus cohérente. Un
village global, oui, comme dit Teilhard quelque part : l’âge des nations est passé, il s’agit maintenant, si nous voulons survivre, de construire la Terre. Ce thème de la mondialisation sera traité par l’un des conférenciers, je n’y entrerai pas, mais je veux simplement dire que quelque chose se passe, et quoi ?
C’est une communication des hommes les uns avec les autres, dont l’Internet et le portable, et les
radios et tous les moyens de communication constituent une espèce de filet, de réseau qui enserre la
Terre. Imaginez Air France, TWA, Egypt Air, Swissair, les trains, les communications, les routes, les
autobus, tous les Internet, tous les portables etc. et vous aurez une petite idée du réseau dans lequel la Terre est enserrée, enfermée. Teilhard, avant même que tout cela existe, l’a senti, l’a pressenti. La
Terre est prise dans un réseau étroit de communications, qui fait que nous allons vers un monde un,
vers une pensée une. Il semble que la Terre, en ce moment, est en train de devenir une espèce de
super-cerveau. Ce qui se passe dans ma petite tête avec ses cent milliards de cellules, est en train de se passer sur la Terre avec ses six milliards d’hommes et tous ceux qui sont à venir. Une pensée
une : autrefois, une pensée, pour se communiquer d’un savant à l’autre, mettait des mois, puis des semaines, puis des jours ; maintenant c’est en temps réel que les pensées se communiquent, que les idées se complètent et de ce va-et-vient émerge une pensée de type global, et nous ne sommes qu’au commencement de la révolution informatique et de la communication.
Mais Teilhard a tout de suite compris que ce corps qui se construit sur la Terre a besoin d’une âme.
Et c’est le problème de l’âme de la Terre, de L’esprit de la Terre, pour reprendre un de ses titres, qui
se pose aujourd’hui. La science, la technique, la technologie, sont en train de construire un corps, mais
la communication est-elle au niveau des appareils ? Suis-je plus proche de vous parce que vous êtes à
deux mètres de moi ? Et ceux qui sont à six ou sept mètres sont-ils plus loin de moi ? Qu’est-ce
qu’être proche ou être loin ? qu’est-ce que communiquer ? Communiquer n’est pas une question de distance, ni d’appareil, ni d’instrument. C’est une question d’âme. Et finalement, Teilhard
que la grande force latente, dans ce monde, c’est l’amour. L’amour, comme il dit quelquefois, c’est l’affinité de l’être pour l’être. Cet amour que l’on trouve au niveau du couple, de la famille, de
l’amitié, au niveau de la société, c’est le secret de demain. C’est par l’amour que le monde s’unifiera
ou il ne s’unifiera pas. La technique n’est que l’instrument, n’est qu’un moyen, mais si l’âme manque,
ce monde n’aboutira pas.
Teilhard a une réponse aussi au problème de la démographie. Un certain nombre de penseurs bien
intentionnés crient à la catastrophe - nous atteindrions la cote d’alarme, attention, six milliards, nous
sommes au plafond, la Terre ne pourra pas nourrir… ! En 1994, j’ai fait une intervention à la
Conférence de l’ONU sur le Développement qui s’est tenue ici au Caire, une intervention sur le mythe
de la surpopulation. Quel mythe ! Les grandes sociétés pharmaceutiques sont derrière cela, pour
vendre tous leurs produits. et un certain nombre d’hommes politiques veulent précisément nous
affoler. Et Teilhard répond : la vie ne se multiplie pas pour se multiplier, mais pour rassembler les
éléments nécessaires à sa personnalisation. Cette vie n’est pas anarchique, la croissance
démographique n’est pas anarchique, elle tend vers quelque chose. Il s’agit de rassembler tous les
éléments nécessaires à la personnalisation de l’humanité, de l’univers.
Et c’est cette personnalisation qui va être le dernier point de mon intervention. Là encore, Teilhard a discerné, quelque part en avant de nous, quelque part en avant de l’homme, de l’humanité, une surhumanité. Non pas un surhomme, dit-il, mais une surhumanité. Car avec les films américains qui nous arrivent – les E.T. avec une tête grosse comme ça – on croit que nous allons vers des êtres
hypercérébralisés, horribles à voir, comme quoi l’homme, qui n’est pas au bout de son développement, aurait un cerveau de plus en plus gros. Bien sûr le cerveau humain est passé de 500 centimètres cubes à 1.500 aujourd’hui.
Mais ce n’est pas dans ce sens que va l’évolution, Teilhard l’a tout de suite vu. Il ne s’agit pas
d’une hypertrophie de l’individu, il s’agit d’une communion de l’espèce. Ce n’est pas dans le sens
d’une individualisation de plus en plus poussée que va l’évolution, car cette direction a toujours
montré qu’elle était une impasse, la preuve : l’atome à partir du seuil de 82, rejette son surplus de
particules qu’il n’arrive plus à intégrer, il y a un seuil de saturation de l’atome qu’on appelle la
radioactivité. La cellule, qui a cherché elle aussi à se construire en individualité close avec des êtres
unicellulaires comme la paramécie, a échoué et a tout de suite compris que le sens de l’évolution allait vers une socialisation d’éléments légers. Teilhard a aussi compris que c’est finalement dans ce sens que l’évolution humaine avançait, c’est-à-dire l’humanité ne va pas vers le surhomme mais vers une surhumanité. C’est dans le sens d’une collectivité organisée et organique, d’une collectivité unie en communion profonde que va se dégager l’élément dernier à venir, le seuil dernier à franchir.
Ce seuil, Teilhard l’a appelé Oméga à partir de l’Apocalypse de Saint Jean - Je suis l’Alpha et l’Oméga, à partir de l’alphabet grec : alpha et oméga – et il a compris que quelque chose nous attend au terme, que quelque chose nous aspire vers ce terme, car, dit-il, l’évolution n’est pas née par derrière, mais par devant, elle nous aspire en avant.
Ce pôle ultime de convergence universelle où toute la réalité de l’univers est appelée à cohérer, est
devant nous, mais pas seulement devant nous, il est en nous, en travail. Et là encore, pour revenir à ce que je disais tout à l’heure, de même que la vie existait à l’état infinitésimal dans chaque grain de
matière, de même que la conscience existait à l’état infinitésimal dans chaque grain de vie, ainsi
Oméga existe à l’état infinitésimal dans chaque grain de conscience, Oméga est déjà là – « Le
Royaume de Dieu est au milieu de vous, le Royaume de Dieu est en vous ». Ce Royaume de Dieu
proclamé par Jésus, c’est, traduit en termes teilhardiens, Oméga, le point de convergence universel.
Comment, et quand apparaîtra Oméga ? Eh bien ! lorsque l’unification de l’humanité sera assez forte,
assez réelle pour que ces grains d’Oméga diffus en chacun de nous puissent converger – encore une
fois l’image de l’entonnoir… Lorsque l’humanité aura atteint vraiment son unité, à ce moment-là
Oméga apparaîtra. Il ne viendra pas d’ailleurs ; l’Evangile dit ‘Le Fils de l’Homme viendra sur les
nuées du Ciel’… non, il ne viendra pas sur les nuées du ciel, il émergera de la Terre, de l’humanité,
c’est de dedans que naîtra le point final, qu’il se prépare.
Et ce n’est pas un hasard si l’Evangile a mis comme loi unique, comme commandement unique,
l’amour : la seule loi de l’évolution, et la seule loi du Cosmos, c’est l’amour, et c’est par lui que
viendra le terme. J’ai fait une conférence, il y a un certain nombre d’années : La fin du monde,
cataclysme ou apothéose ? Dès qu’on parle de fin du monde, tout le monde pense aux étoiles qui vont
nous tomber sur la tête, aux tremblements de terre, aux volcans qui vont exploser, à toutes les
catastrophes qui vont fondre sur nous, en se référant à ce qu’en dit Jésus dans l’Evangile ou à ce qu’en dit Saint Jean dans son Apocalypse, au point que le mot Apocalypse a fini par signifier ‘catastrophe’.
Pour Teilhard, Oméga, évidemment, ne paraîtra pas sans une crise, mais une crise de croissance, une crise de naissance. Et cette crise, il est difficile de l’imaginer, mais ce sera un retournement où le
dedans deviendra un dehors – Apo/calypse : apo = ab, calypso = révéler, Apocalypse et révélation ont finalement la même étymologie. C’est ce ‘dedans’ qui est en travail depuis quinze milliards d’années , plus les quelques milliards à venir – Dieu seul sait quand cela se passera… - qui tout à coup va apparaître, et la réalité émergera dans toute sa splendeur, un enfantement qui aurait duré quelques
dizaines de milliards d’années…. Vous me direz : à quel mois sommes-nous, septième, huitième ?
Cela, bien malin qui le dira. Nul ne connaît le moment, pas même le Fils, seul le Père, nous a dit Jésus dans l’Evangile. Autrement dit, ce terme à venir ne tient qu’à nous finalement, et c’est là ce qui montre le sérieux de notre Histoire : l’Histoire, c’est nous qui la faisons, elle ne s’écrit pas sans nous ; l’avenir, c’est nous qui l’inventons ; Oméga c’est nous qui l’engendrons, qui l’enfantons, qui le préparons. Et c’est ce qui montre finalement le sérieux de notre Histoire – c’est sérieux, l’Histoire – car nous sommes porteurs de toute l’évolution. Teilhard l’avait bien vu : la clé de l’évolution, c’est l’Homme, et ce n’est pas pour rien qu’il a appelé son livre central Le Phénomène Humain : l’homme, flèche montante de l’évolution, oui, c’est lui la clé. Et par pure… coïncidence ? – parlons de coïncidence si vous voulez – les savants d’aujourd’hui viennent de découvrir ce qu’on appelle ‘le principe anthropique’. J’ai ici un article paru dans Etudes il y a quelques années, qui parle justement du principe anthropique : la découverte que le monde d’aujourd’hui, tel qu’il existe, est un monde planifié pour l’homme. Je vous cite un homme qui n’est pas suspect de religiosité, Hawking, ce
handicapé, sur sa chaise roulante, qui pense les univers dans un cerveau hyperlucide, mais dans un
corps complètement détruit. Voici l’une de ses pensées : pourquoi l’univers est-il tel que nous le
voyons ? La réponse est simple : s’il avait été différent, nous ne serions pas là. En d’autres termes,
l’évolution, à chaque bifurcation, s’est trouvée devant un choix : je vais à gauche ou je vais à droite ?
Elle a choisi tantôt à droite, tantôt à gauche… à partir de quoi ? du hasard ? Les savants d’aujourd’hui
ont calculé que l’univers, laissé aux lois du hasard et du calcul des probabilités, aurait mis non pas 15
milliards d’années à faire l’homme, mais 250 milliards d’années à faire une cellule, une seule cellule !
ne parlons pas de vous et de moi. Finalement, parler de hasard dans cette évolution, c’est refuser une
approche scientifique du réel. Il y a donc un projet au coeur de l’évolution, un projet qui, lentement,
achemine cette évolution vers quelque chose, et ce principe anthropique exprime en termes
scientifiques aujourd’hui ce que Teilhard avait vu, que l’homme est la clé de l’évolution.
Dernier point : allons-nous vers un univers anonyme, impersonnel, une collectivité de type
totalitaire ou allons-nous vers un univers personnel ? – Esquisse d’un univers personnel, c’est l’un
des écrits de Teilhard. C’est là justement le génie de Teilhard, c’est d’avoir compris que ce pôle
intégrateur au terme du processus ne sera pas du type fusionnel, mais unitif. La différence entre la fusion et l’union est de taille, car il s’agit de deux visions contraires et opposées. Ce pôle poussera chaque individu au maximum de lui-même dans le sens de sa propre ligne et de sa singularité, vers uneémergence de ce qui le fait le plus lui-même, et ce qu’il appelle une sur-personnalisation – nous seronssur-personnalisés, je serai moi-même Henri Boulad à la puissance epsilon, car je refuse d’être autre chose, je refuse d’être noyé dans une grande soupe qu’on appellera humanité, collectivité – cela suffit, les camps de concentration et les systèmes soviétiques, je veux être moi-même ! C’est cette maximisation de chaque être humain par effet de convergence universelle et de communion qui permettra l’émergence d’Oméga. Donc, d’Alpha où nous avons un tout indifférencié, vers ce déploiement qui est l’univers que nous connaissons, l’individualisation est une étape indispensable dans laquelle vit l’Europe aujourd’hui – qu’est-ce que la Révolution française, qu’est-ce que les siècles des Lumières, sinon justement la découverte de l’individu : moi, mes droits… Et nous croyons que nous sommes arrivés au seuil, au sommet, pas du tout, nous sommes appelés à un dépassement de l’individu vers ce qu’on appelle la personne. C’est ce qui nous attend, demain. Merci.
R. Vescia – Merci, mon père. Je n’ai jamais entendu une synthèse de la pensée de Teilhard aussi
brillante en aussi peu de temps. Et quand je dis brillante, excusez la pauvreté de mon vocabulaire, car
elle est tout sauf brillante : elle est profonde, elle est intime, elle est vraie, et je vous invite à vous
appuyer sur cette magnifique synthèse que vient de nous faire le Père Boulad, pour non seulement lui
poser des questions, mais pour planter notre tente au milieu de ce désert d’Egypte où nous sommes,
afin que nous campions pendant cette semaine, ensemble, sur des sommets élevés.
Avez-vous des questions à poser ?
M. Sélim Sednaoui – Je vais choisir deux questions parmi les mille et une que j’aurais envie de
poser…
- Je ne vois pas du tout comment la conscience peut émerger de la complexité, parce que si je
fais un ordinateur, si je le complexifie au maximum, jamais cet ordinateur ne deviendra conscient, je
pense. C’est ma première question.
Autre question : vous parlez de la fin et d’Oméga, et que vous-même y serez, mais où serons-nous dans des millions d’années ? à moins que l’on croie à la survie de l’âme, évidemment… Et je ne vois pas comment nous, tout ce public qui est là, va profiter de toute cette émergence, de la surpersonnalisation, etc. ?
H. Boulad :
- Par rapport à l’émergence de la vie et de la conscience, il y a deux théories et Teilhard
ne tranche pas.
-La première théorie dit : si vous prenez de la matière dans un laboratoire, et que vous
la complexifiiez suffisamment, vous arriveriez à en extraire ‘son jus’ si je puis dire, c’est-à-dire la vie.
Théoriquement, il n’est pas exclu que des savants prennent de la matière et en quelques années fassent
tous les mouvements que l’évolution a faits pendant trois milliards huit cents millions d’années, pour
arriver un jour à nous dire : tiens ! une cellule, dans mon éprouvette. On peut dire que, théoriquement,
c’est possible, puisque cette loi devrait être reproductible.
-L’autre théorie, vers laquelle je penche davantage – et je pense que Teilhard va plutôt aussi dans cette ligne - c’est celle-ci : la Terre – je parle de la Terre, je ne parle pas encore de l’univers – a lentement dégagé son quantum de vie qui, tout à coup, a percé l’écorce, dans un certain point du temps et de l’espace – on ne saura jamais où la vie est apparue – et à partir de là, a débordé, a envahi la Terre dans ce qu’on appelle la biosphère, et ce phénomène ne serait pas reproductible. En d’autres termes, la Terre, à un moment de son histoire, a livré son âme, et cette âme s’appelle la vie, et c’est fini, cela s’est fait une fois et ne se renouvellera plus. L’âme de la Terre c’est maintenant ce que nous appelons la vie sur Terre, la biosphère. Vous avez le choix entre les deux.
De même pour la conscience. On pourrait dire : des savants très intelligents, Bill Gates et
compagnie, pourraient faire des ordinateurs de plus en plus compliqués, etc. Vous savez
qu’actuellement, si l’on voulait faire un ordinateur capable de gérer ce qu’un cerveau humain est en
train de faire, il aurait à peu près la taille de la Terre… A supposer que l’on aille vers une
miniaturisation de plus en plus grande, peut-on imaginer qu’un jour des savants, en laboratoire, fassent
jaillir la conscience, un être humain, un être pensant ? Théoriquement, là encore, c’est possible. Mais
je pense que, là encore, la vie a livré son quantum de conscience une bonne fois, là où s’est faite
l’apparition de l’homme, pour reprendre un des titres de Teilhard. Et à partir de là, ce fut la noosphère
dont vous parlera le Père Madelin demain. Voilà une réponse rapide à votre première question.
Deuxième question : vous parlez d’un paradis futur dont nous serions exclus. Cela, c’est la vision
de Karl Marx. Le grand soir de Karl Marx, c’est un paradis futur dont nous serions exclus, que nous
allons peiner à fabriquer et à construire, mais dont nous ne sommes pas les partenaires. Or – j’ai tout
un livre là-dessus - mourir, qu’est-ce que c’est ? Mourir, c’est réintégrer le grand courant de vie dont je suis issu, et sous forme personnalisée. Là je rejoins la réincarnation, mais revue et corrigée par Henri Boulad. Il y a une intuition très profonde dans la réincarnation. Car mourir ce n’est pas aller
dans un univers extraterrestre, quelque part ailleurs, ni dans un enfer en dessous, ni dans un ciel audessus Mourir, c’est s’unir, mourir c’est poursuivre son itinéraire personnel à travers l’humanité présente. En fait, il n’y a qu’une seule humanité, une seule, c’est l’humanité qui existe aujourd’hui sur la Terre : ceux qui sont passés sont là, en moi, je porte en moi tous mes ancêtres et eux me portent en eux. Comme disait Pascal, l’humanité est comme un seul homme. On retrouve cette idée chez beaucoup de penseurs Soufis musulmans, on la retrouve chez Montaigne : chaque être humain porte en lui la forme totale de l’humaine condition. Et j’ai trouvé ceci avant-hier dans El-Hallaj, mystique musulman : qu’est-ce Adam, sinon toi-même ? Donc, les morts ne sont pas morts, ils vivent en nous, ils poursuivent en nous leur itinéraire et finalement, Oméga, c’est l’émergence de toute l’humanité passée, sous la forme de l’humanité qui existera à ce moment-là, pour la grande révélation qui sera celle de ce jour. Alors, la mort, je n’y crois pas. Et dans cette perspective, je dirai très brièvement, car j’ai beaucoup parlé et écrit là-dessus, que l’évolution est une clé d’interprétation de la mort qui est extraordinairement claire et simple, pour celui qui accepte d’entrer dans sa logique.
M. Ernst : Pour ceux qui ne me connaissent pas, je représente ici la Fondation Teilhard de Chardin.
A propos de cette plaque, je voudrais dire quelque chose au Père Gabriel. Il y a moins de 48 heures,
j’étais dans une petite ville toute proche de Paris, pour inaugurer un buste de Teilhard de Chardin dans un lycée qui a choisi le nom de ‘Lycée Teilhard de Chardin’. En vous voyant tout à l’heure inaugurer cette plaque, je me disais : il y a ce réseau qui se constitue, car les plaques restent, les gens qui passent devant les lisent. Dans ce lycée, le buste a été installé dans la rotonde par où passent tous les élèves et tous les professeurs, et tous les matins des centaines d’élèves et de professeurs verront un beau buste de Teilhard de Chardin – c’est la version Malvina Hoffmann. Et maintenant, quel autre projet de plaque ou de buste ? Il faudra faire appel à l’ami André Peltre qui va nous aider. Je rêve, quant à moi, de quelque chose, c’est non plus une plaque ou un buste, mais une stèle en pleine nature, sur une colline au sud de l’Aisne, à l’endroit où Teilhard, en 1917, en observant de loin la ligne de feu, a eu la grande intuition que l’humanité allait vers son unité. C’est extraordinaire : devant le spectacle de forces qui étaient en train de se déchirer, il a vu, au-delà de cela, qu’on allait vers l’unité.
J’espère qu’avec le concours de gens dynamiques, nous arriverons à réaliser cela, pour compléter le réseau. A ce lycée j’avais à présenter la pensée de Teilhard, on m’avait donné trente minutes… Je m’en suis tiré, mais pas avec la même profondeur que vous. Et j’ai beaucoup aimé votre réflexion sur la modernité. C’est un terme que je n’aime pas – quand je parle de Teilhard, je parle de son actualité, et pas de sa modernité. Parce que quand on parle de modernité, on sait qu’il y aura une post-modernité, puis une post-post-modernité… Tandis que l’actualité c’est toujours là, et je trouve qu’il vaut mieux parler de l’actualité. Car Teilhard est un prophète, fondamentalement, et la modernité est un costume beaucoup trop étroit pour un prophète !
Je voudrais ajouter une dernière chose, puisque vous êtes tous là. Le Père Boulad a très bien montré le désenchantement qui vient de toute la ruine des idéologies. Alors, n’employez jamais le mot ‘teilhardisme’ – c’est employé quelquefois : cela donne l’impression d’un système, d’une idéologie, alors que Teilhard, c’est une vision prophétique, dont nous pouvons, à chaque étape de nos vies, vérifier la pertinence. J’en profite donc pour exorciser le mot teilhardisme. Le Père Martelet qui n’est pas là, m’a souvent fait cette remarque : pitié, ne parlons pas de teilhardisme !
R. Vescia : Mon père, si vous permettez je voudrais répondre aux propos de M. Ernst, avant que
vous le fassiez vous-même – vous voudrez bien excuser cette interférence dans le débat…
Il n’est pas nécessaire de placer des bustes et des plaques seulement, pour poser des jalons : nous
allons en poser ensemble, au cours de ce Colloque, en faisant don des oeuvres complètes de Teilhard à
la Bibliothèque d’Alexandrie, et cela me paraît un jalon important dans ce même esprit. Et toujours
dans ce même esprit, je vous ai invités, à travers une lettre adressée à « Diane », à apporter un livre de
Teilhard que vous avez particulièrement aimé, pour l’offrir ici, en Egypte, à qui vous voulez, dans un
geste, justement, d’amour, de communication, de partage. C’est également une façon de poser des
stèles, je pense. A ce sujet, je voudrais vous dire que la liberté de votre geste reste totale, c’est un geste auquel je vous invite, mais que vous êtes libre de le faire ou pas, d’une part, et que d’autre part vous êtes tout à fait libre de le faire envers qui vous voulez. Vous pouvez, par exemple, décider de le donner à une bibliothèque, pour qu’il ait plus de chances d’être lu par plusieurs, et il y a deux bibliothèques dans ce Collège. Il y a aussi la Bibliothèque d’Alexandrie où nous irons mardi, et entre les deux il y a la Bibliothèque des Dominicains, qu’un certain nombre d’entre vous aura l’occasion de visiter lundi.
Mais il n’y a pas que des bibliothèques auxquelles on peut donner un livre, il y a tout simplement
l’ami de rencontre, que vous avez envie d’honorer avec votre don. C’est dans cet esprit que j’ai
obtenu, à l’avance, une autre forme d’expression analogue à celle que vous évoquez, Monsieur Ernst, à
travers ce magnifique dessin que l’on a joint à votre dossier. Nous avons parmi nous l’auteur de ce
dessin, une demoiselle à qui je demande de se lever, elle s’appelle Aïdi, elle a fait ce dessin pour vous, elle partage avec nous l’amour de Teilhard, elle est Egyptienne, elle vit à Alexandrie, nous
communiquons par Internet, et elle m’a envoyé ce magnifique dessin, dont j’ai vu tout de suite qu’il
fallait en faire l’affiche de notre Colloque. Et dans un geste généreux, tout à fait dans ce même esprit,
elle a décidé de vous l’offrir, pour être l’image que vous emporterez en souvenir de ce Colloque. Je
salue à travers elle sa Maman qui l’accompagne, avec qui je communique également, Madame Suzette …… qui, à Alexandrie, a décidé de faire connaître et briller l’esprit de Teilhard, et d’organiser une exposition Teilhard. Aussi, elle accueillera tout document qui pourra alimenter cette exposition, et je lui en ai apporté quelques-uns. Merci par avance, Madame, et merci à vous tous, car encore une fois ce sont des manifestations de ce genre qui nous permettent de poser de petits lumignons sur notre
chemin, de manière à éclairer un peu la route autour de nous.
Henri Boulad a mené aussi une carrière internationale de conférencier.
En 2002 il participa au colloque organisé au Caire par l’Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin. Voici un reportage présenté par Remio Vescia auprès d’Henri Boulad à propos de Teilhard dont il appréciait, à juste titre, l'actualité de la pensée scientifique et philosophique, intensifiée par une perspectivet prophétique. Cet enregistrement vocal, sur le vif, a été directement traduit en texte écrit.
J.P. Frésafond, Président
Présentation par M. Remo Vescia
Le Père Boulad, d’abord, est un Egyptien et il n’est pas inutile que vous connaissiez un autre
Egyptien, qui comme le Père Nabil Gabriel aime Teilhard, qui vient souvent en France, qui fait des
conférences, qui écrit des livres, en français et en arabe – en voici un, écrit en arabe, le Père vous dira
mieux que moi comment il se prononce (le Père le dit en arabe et le traduit : L’homme, l’univers et
l’évolution entre science et foi). Vous voyez que ce sont des sujets éminemment teilhardiens. Sans
plus attendre, nous allons écouter le Père Boulad nous dire la pertinence de Teilhard aujourd’hui.
Père Henri Boulad
Merci, Monsieur Vescia.
Le livre que je viens de citer est la condensation d’une vingtaine d’années de conférences sur
Teilhard adressées à la jeunesse à travers toute l’Egypte et ces conférences ont été rassemblées par un ami à moi qui en a fait un livre.
Teilhard, je l’ai découvert en 1956, dès la parution du Phénomène Humain, et ce fut pour moi un
éblouissement. Je trouvais dans Teilhard ce que je cherchais depuis longtemps, ce que je n’avais
jamais pu exprimer et ce qui m’a été donné comme une réponse à des questions. Au point que sa
pensée ne fait plus qu’un avec la mienne, au point que mes confrères, avec une pointe de malice,
m’appellent ‘Boulad de Chardin’… Vous me pardonnerez donc si ma pensée se mêle à celle de
Teilhard, car elles ne font plus qu’un.
Je voudrais tout de suite aborder ce thème qui m’a été demandé : Pertinence de Teilhard
aujourd’hui.
Il est de bon ton de dire que Teilhard est dépassé – que de gens ‘intelligents’ me disent : tu crois
encore à Teilhard, mais c’est dépassé !
- Bien sûr, Platon aussi est dépassé, 2500 ans, figurez-vous !
-L’Evangile est dépassé, 2000 ans, etc.
Nous cédons à une mode qui consiste à s’accrocher au dernier penseur, au dernier livre paru et à la philosophie à la dernière mode, notamment à celle qu’on appelle la ‘post modernité’ qui a déclaré la mort des grands systèmes, des idéologies, des méta-récits –Heidegger et avec lui Wittgenstein, ont dit que la métaphysique était morte avec le dernier des philosophes qui serait Hegel qui a osé un système. On dit maintenant que toute personne qui s’accroche à un système est un peu arriérée. Et nous sommes tombés dans la déconstruction – Gilles Deleuze, Jacques Derrida, le surréalisme… tout ceci exprime et engendre en même temps un monde cassé, un monde éclaté, brisé, morcelé, éparpillé, atomisé, la mort du sens. Pour moi, la grande maladie d’aujourd’hui n’est pas la mort des espèces animales ou végétales, mais la mort du sens, ce qui est beaucoup plus grave, au nom d’un positivisme étroit, étriqué, au nom de certains systèmes comme ceux dont je parlais tout à l’heure, comme celui de Lévi-Strauss avec le structuralisme – on évacue le sujet, il ne reste que la structure : ce n’est pas moi qui pense, ce n’est pas moi qui parle, ‘ça’ pense, ‘ça’ parle par moi – ça ! C’est une véritable culture de la mort de la pensée, et nous sommes dans une période de scepticisme désabusé, d’agnosticisme blasé, de morosité. Complaisance dans l’irrationnel, goût de l’incohérence, romantisme de l’absurde, pessimisme généralisé.
Aujourd’hui il est incongru et indécent de croire à quelque chose. C’est sur cette fresque qui me paraît exprimer assez bien le courant actuel que se détache un besoin fou – besoin d’unité, de clarté, de cohérence, de sens. Il y a la modernité qui a cru à tout cela, il y a la post-modernité qui l’a détruit, et maintenant nous sommes, à mon avis, dans une post-post-modernité, car la jeunesse actuelle ne se satisfait plus de ce déconstructivisme généralisé et il y a actuellement un besoin, une recherche de sens. L’homme a plus que jamais besoin aujourd’hui de voir clair, besoin d’une vision globale, d’une Weltanschauungcomme on dit en allemand.
Teilhard donc se présente à nous comme un prophète de l’unité. Une unité qui va avec une grande simplicité – certains disent : c’est trop beau pour être vrai ou c’est trop simple pour être vrai ! Mais si la simplicité était le signe de la vérité, précisément ? Car le fond du fond du réel est simple, car Dieu est l’Etre infiniment simple, et la vérité, si elle n’est pas simple, n’est plus la vérité.
Nous avons un culte de la complexité qui fait que pour paraître intelligent il faut être compliqué. L’univers est un, cela paraît être un pléonasme, et c’en est un car uni-versum signifie que l’univers est un. Le mérite de la science contemporaine est d’avoir découvert cette unité du cosmos, et Teilhard l’a exprimé dans des termes à mon avis inégalés.
Un des problèmes de l’université d’aujourd’hui c’est qu’elle a été infidèle à sa vocation – un,
univers, université, vous voyez bien le rapport. L’université, au lieu d’être la science de l’un, la
synthèse du tout, la cohérence du réel, l’intégration des savoirs, est tombée dans cette atomisation dont je parlais tout à l’heure, et finalement un universitaire sort avec son diplôme sous le bras et sa
spécialité dans la tête, mais il a raté l’essentiel de l’université qui est une vision du tout. Tant qu’on ne saisit pas l’univers dans sa totalité, on ne peut pas comprendre sa propre spécialité. Je pense que Teilhard, en intégrant l’ensemble des connaissances dans un tout unifié et harmonieux, nous aide à
penser. Penser, c’est saisir le monde dans son unité. Il n’y a de pensée que de l’un, dès qu’on est dans le multiple, on ne peut plus penser. Penser, c’est saisir la cohérence du tout. Je pense que la pertinence de Teilhard aujourd’hui tient précisément à cet éclatement des savoirs et à cette hyperspécialisation que je dénonçais tout à l’heure.
Nous sommes dans un monde de croissance exponentielle des connaissances, c’est effarant, un monde de plus en plus complexe et compliqué, un raz-de-marée informatique qui nous submerge, qui nous agresse – voyez le nombre de revues, de magazines, de programmes de radio et de télévision, sans parler d’Internet. Certains me disent : presse sur tel bouton, et tu auras 264 pages sur tel mot, c’est passionnant ! Je dis merci, et je prends mes distances, car finalement nous sommes submergés par le quantitatif, la quantité des informations et leur complexité font que nous n’arrivons plus à saisir ce monde dans sa totalité et sa simplicité, ce qui s’appelle penser.
Trop de tout, aujourd’hui !… au point que nous en arrivons à perdre notre âme. Nous mourons
d’indigestion, à partir d’un matériel disparate, hétéroclite, que nous n’arrivons plus à intégrer : les
arbres cachent la forêt. D’où un besoin de recul pour gérer cette complexité. Gérer la complexité, je
pense que c’est là le grand défi d’aujourd’hui, et c’est là que Teilhard peut nous aider. Il nous aide parce que, à mon avis, et j’exagère peut-être, mais je ne pense pas, c’est le seul homme à avoir intégré dans un tout cohérent des disciplines aussi disparates que la physique, la chimie, la biologie, la préhistoire, la paléontologie, l’ethnologie, l’anthropologie, la sociologie, la philosophie, la théologie, la mystique, la politique, l’économie et j’en passe… A mon avis, la vérité d’un système tient à sa capacité d’intégrer le tout – je dis bien le tout. Un système qui n’intégrerait pas le tout du savoir pèche, à mon avis, par quelque chose d’essentiel. Toute philosophie se veut une science du tout. Je pense que des hommes comme Thomas d’Aquin ont essayé de penser ce tout, mais dans une certaine perspective. Un homme comme Hegel a essayé de penser ce tout, mais en se limitant à l’histoire humaine, il n’a pas englobé l’histoire de l’univers. L’analyse de Hegel se limite à une tranche d’histoire assez limitée. Toynbee aussi a essayé de créer son système, mais il a pris les civilisations telles que nous les connaissons, l’avant et l’après lui ont échappé.
Teilhard s’est situé dans la totalité du phénomène : le phénomène, rien que le phénomène, mais tout
le phénomène – c’est l’une des ses phrases. C’est-à-dire en remontant jusque ce que les savants
appellent aujourd’hui le Big Bang et en refluant vers un avenir qu’il postule au terme de l’évolution.
Et à partir de là, il a découvert une loi que vous connaissez tous, la loi de complexité/conscience. Je
voudrais résumer ce qui est derrière cette loi. L’univers part de ce qu’on appelle un atome primitif où
la matière totale de l’univers était rassemblée dans la pointe d’une épingle, avec le poids qu’il a
actuellement. Puis ce fut la grande dispersion. Et au coeur de cette dispersion, il y a un phénomène
contraire de rassemblement, d’unification que Teilhard a décelé, par une succession de constructions
de plus en plus élaborées, de plus en plus complexes, qui permettent l’émergence d’une réalité qui se
trouvait déjà à l’origine à l’état latent, mais qui finit par apparaître, dans la mesure où cette matière
primitive se rassemble, se complexifie et s’unifie. On s’est toujours demandé d’où venait la vie sur
Terre, et des savants très sérieux ont dit qu’elle venait d’une autre planète. Mais pourquoi d’une autre
planète ? Teilhard nous dit : la vie est déjà une propriété de la matière, elle est déjà contenue dans la matière, à l’état infinitésimal. Et qu’est-ce qui lui permet d’apparaître ? C’est justement ce
rassemblement. A partir du moment où la matière a pu se rassembler sur elle-même, se synthétiser
avec elle-même, se complexifier suffisamment, à partir des atomes, puis des molécules, puis des
méga-molécules puis des acides aminés, et cette espèce de chaîne interminable où la matière rassemble ses éléments et se complexifie. Chaque grain de vie contenu dans chaque atome se rassemble comme dans un entonnoir et nous avons ce qu’on appelle l’apparition de la vie, il y a environ trois milliards huit cents millions d’années. L’apparition de la vie n’est pas un phénomène venu d’ailleurs, il est ce qu’on appelle une émergence : la vie était là, elle est apparue. Vous direz : et Dieu dans tout ça ?
Continuons notre voyage à travers l’évolution, et nous verrons cette vie commencer avec des
organismes unicellulaires, puis se complexifier à son tour en organismes pluricellulaires, puis nous
arrivons aux vertébrés qui sont une unification de cet organisme à travers un axe central, finalement
cet axe prend une direction qui est celle du cerveau, lequel se complexifie au point de permettre, là
encore, une deuxième émergence qui est celle de la conscience ou de la pensée. D’où vient la
conscience ? D’où vient la pensée ? D’ailleurs ? de Dieu ? Non. De même que chaque grain de matière était porteur en lui d’un quantum de vie, ainsi chaque grain de vie est porteur en lui d’un quantum de conscience…
C’est ainsi que tout à coup a jailli la pensée il y a environ trois millions d’années, phénomène
encore tout récent. Nous voyons là qu’il y a une espèce de déploiement d’une réalité originellement
présente, qui ne fait qu’apparaître à travers des seuils successifs. Je parle de seuils, c’est un mot
important dans la pensée de Teilhard, car le seuil est un basculement, un changement d’ordre
qualitatif, une réalité neuve apparaît – seuil de la vie, seuil de la conscience. Nous avons toujours
pensé que nous étions au bout du chemin, au bout du voyage et que nous plafonnions. Mais Teilhard a
senti que les mêmes phénomènes de complexification et d’unification, qui se sont produits au niveau
de la vie et de la conscience, étaient en train de se produire au niveau de la société : ce qu’il a appelé la socialisation.
Le phénomène de la socialisation est un phénomène essentiel à constater, à suivre et à
poursuivre et où mène-t-il ? Cela a commencé il y a environ douze mille ans, dans ce qu’on appelle la
révolution néolithique, quelque part en Irak, quelque part en Turquie : premiers villages, première
organisation des hommes, et avec cela non seulement le village, mais le bourg, mais la ville, mais la
capitale, mais le pays. Et puisque nous sommes en Egypte, voyez un peu le Nil, les deux branches puis la grande queue vers le sud, mais il y a ce qu’on appelle des ganglions le long de cette ‘colonne
vertébrale’ – avec un gros ganglion cérébral qui est Le Caire, où nous sommes – la capitale jouant le
rôle précisément d’intégration de cet ensemble géographique et sociologique qu’on appelle un pays.
Avec l’exemple du Nil et de l’Egypte nous avons l’image assez frappante de ce que peut être une
société en voie de socialisation. Mais au-delà de cette socialisation au niveau local ou national,
Teilhard a discerné, très vite, ce qu’il appelle la planétisation, c’est-à-dire non seulement des nations qui s’unissent à l’intérieur d’elles-mêmes, mais des nations qui entrent dans un réseau au plan
mondial. Avant même que cela se passe, trente ou quarante ans avant Marshall Mac Luhan qui a parlé
du ‘village global’, Teilhard l’a tout de suite vu, il en a parlé de façon beaucoup plus cohérente. Un
village global, oui, comme dit Teilhard quelque part : l’âge des nations est passé, il s’agit maintenant, si nous voulons survivre, de construire la Terre. Ce thème de la mondialisation sera traité par l’un des conférenciers, je n’y entrerai pas, mais je veux simplement dire que quelque chose se passe, et quoi ?
C’est une communication des hommes les uns avec les autres, dont l’Internet et le portable, et les
radios et tous les moyens de communication constituent une espèce de filet, de réseau qui enserre la
Terre. Imaginez Air France, TWA, Egypt Air, Swissair, les trains, les communications, les routes, les
autobus, tous les Internet, tous les portables etc. et vous aurez une petite idée du réseau dans lequel la Terre est enserrée, enfermée. Teilhard, avant même que tout cela existe, l’a senti, l’a pressenti. La
Terre est prise dans un réseau étroit de communications, qui fait que nous allons vers un monde un,
vers une pensée une. Il semble que la Terre, en ce moment, est en train de devenir une espèce de
super-cerveau. Ce qui se passe dans ma petite tête avec ses cent milliards de cellules, est en train de se passer sur la Terre avec ses six milliards d’hommes et tous ceux qui sont à venir. Une pensée
une : autrefois, une pensée, pour se communiquer d’un savant à l’autre, mettait des mois, puis des semaines, puis des jours ; maintenant c’est en temps réel que les pensées se communiquent, que les idées se complètent et de ce va-et-vient émerge une pensée de type global, et nous ne sommes qu’au commencement de la révolution informatique et de la communication.
Mais Teilhard a tout de suite compris que ce corps qui se construit sur la Terre a besoin d’une âme.
Et c’est le problème de l’âme de la Terre, de L’esprit de la Terre, pour reprendre un de ses titres, qui
se pose aujourd’hui. La science, la technique, la technologie, sont en train de construire un corps, mais
la communication est-elle au niveau des appareils ? Suis-je plus proche de vous parce que vous êtes à
deux mètres de moi ? Et ceux qui sont à six ou sept mètres sont-ils plus loin de moi ? Qu’est-ce
qu’être proche ou être loin ? qu’est-ce que communiquer ? Communiquer n’est pas une question de distance, ni d’appareil, ni d’instrument. C’est une question d’âme. Et finalement, Teilhard
que la grande force latente, dans ce monde, c’est l’amour. L’amour, comme il dit quelquefois, c’est l’affinité de l’être pour l’être. Cet amour que l’on trouve au niveau du couple, de la famille, de
l’amitié, au niveau de la société, c’est le secret de demain. C’est par l’amour que le monde s’unifiera
ou il ne s’unifiera pas. La technique n’est que l’instrument, n’est qu’un moyen, mais si l’âme manque,
ce monde n’aboutira pas.
Teilhard a une réponse aussi au problème de la démographie. Un certain nombre de penseurs bien
intentionnés crient à la catastrophe - nous atteindrions la cote d’alarme, attention, six milliards, nous
sommes au plafond, la Terre ne pourra pas nourrir… ! En 1994, j’ai fait une intervention à la
Conférence de l’ONU sur le Développement qui s’est tenue ici au Caire, une intervention sur le mythe
de la surpopulation. Quel mythe ! Les grandes sociétés pharmaceutiques sont derrière cela, pour
vendre tous leurs produits. et un certain nombre d’hommes politiques veulent précisément nous
affoler. Et Teilhard répond : la vie ne se multiplie pas pour se multiplier, mais pour rassembler les
éléments nécessaires à sa personnalisation. Cette vie n’est pas anarchique, la croissance
démographique n’est pas anarchique, elle tend vers quelque chose. Il s’agit de rassembler tous les
éléments nécessaires à la personnalisation de l’humanité, de l’univers.
Et c’est cette personnalisation qui va être le dernier point de mon intervention. Là encore, Teilhard a discerné, quelque part en avant de nous, quelque part en avant de l’homme, de l’humanité, une surhumanité. Non pas un surhomme, dit-il, mais une surhumanité. Car avec les films américains qui nous arrivent – les E.T. avec une tête grosse comme ça – on croit que nous allons vers des êtres
hypercérébralisés, horribles à voir, comme quoi l’homme, qui n’est pas au bout de son développement, aurait un cerveau de plus en plus gros. Bien sûr le cerveau humain est passé de 500 centimètres cubes à 1.500 aujourd’hui.
Mais ce n’est pas dans ce sens que va l’évolution, Teilhard l’a tout de suite vu. Il ne s’agit pas
d’une hypertrophie de l’individu, il s’agit d’une communion de l’espèce. Ce n’est pas dans le sens
d’une individualisation de plus en plus poussée que va l’évolution, car cette direction a toujours
montré qu’elle était une impasse, la preuve : l’atome à partir du seuil de 82, rejette son surplus de
particules qu’il n’arrive plus à intégrer, il y a un seuil de saturation de l’atome qu’on appelle la
radioactivité. La cellule, qui a cherché elle aussi à se construire en individualité close avec des êtres
unicellulaires comme la paramécie, a échoué et a tout de suite compris que le sens de l’évolution allait vers une socialisation d’éléments légers. Teilhard a aussi compris que c’est finalement dans ce sens que l’évolution humaine avançait, c’est-à-dire l’humanité ne va pas vers le surhomme mais vers une surhumanité. C’est dans le sens d’une collectivité organisée et organique, d’une collectivité unie en communion profonde que va se dégager l’élément dernier à venir, le seuil dernier à franchir.
Ce seuil, Teilhard l’a appelé Oméga à partir de l’Apocalypse de Saint Jean - Je suis l’Alpha et l’Oméga, à partir de l’alphabet grec : alpha et oméga – et il a compris que quelque chose nous attend au terme, que quelque chose nous aspire vers ce terme, car, dit-il, l’évolution n’est pas née par derrière, mais par devant, elle nous aspire en avant.
Ce pôle ultime de convergence universelle où toute la réalité de l’univers est appelée à cohérer, est
devant nous, mais pas seulement devant nous, il est en nous, en travail. Et là encore, pour revenir à ce que je disais tout à l’heure, de même que la vie existait à l’état infinitésimal dans chaque grain de
matière, de même que la conscience existait à l’état infinitésimal dans chaque grain de vie, ainsi
Oméga existe à l’état infinitésimal dans chaque grain de conscience, Oméga est déjà là – « Le
Royaume de Dieu est au milieu de vous, le Royaume de Dieu est en vous ». Ce Royaume de Dieu
proclamé par Jésus, c’est, traduit en termes teilhardiens, Oméga, le point de convergence universel.
Comment, et quand apparaîtra Oméga ? Eh bien ! lorsque l’unification de l’humanité sera assez forte,
assez réelle pour que ces grains d’Oméga diffus en chacun de nous puissent converger – encore une
fois l’image de l’entonnoir… Lorsque l’humanité aura atteint vraiment son unité, à ce moment-là
Oméga apparaîtra. Il ne viendra pas d’ailleurs ; l’Evangile dit ‘Le Fils de l’Homme viendra sur les
nuées du Ciel’… non, il ne viendra pas sur les nuées du ciel, il émergera de la Terre, de l’humanité,
c’est de dedans que naîtra le point final, qu’il se prépare.
Et ce n’est pas un hasard si l’Evangile a mis comme loi unique, comme commandement unique,
l’amour : la seule loi de l’évolution, et la seule loi du Cosmos, c’est l’amour, et c’est par lui que
viendra le terme. J’ai fait une conférence, il y a un certain nombre d’années : La fin du monde,
cataclysme ou apothéose ? Dès qu’on parle de fin du monde, tout le monde pense aux étoiles qui vont
nous tomber sur la tête, aux tremblements de terre, aux volcans qui vont exploser, à toutes les
catastrophes qui vont fondre sur nous, en se référant à ce qu’en dit Jésus dans l’Evangile ou à ce qu’en dit Saint Jean dans son Apocalypse, au point que le mot Apocalypse a fini par signifier ‘catastrophe’.
Pour Teilhard, Oméga, évidemment, ne paraîtra pas sans une crise, mais une crise de croissance, une crise de naissance. Et cette crise, il est difficile de l’imaginer, mais ce sera un retournement où le
dedans deviendra un dehors – Apo/calypse : apo = ab, calypso = révéler, Apocalypse et révélation ont finalement la même étymologie. C’est ce ‘dedans’ qui est en travail depuis quinze milliards d’années , plus les quelques milliards à venir – Dieu seul sait quand cela se passera… - qui tout à coup va apparaître, et la réalité émergera dans toute sa splendeur, un enfantement qui aurait duré quelques
dizaines de milliards d’années…. Vous me direz : à quel mois sommes-nous, septième, huitième ?
Cela, bien malin qui le dira. Nul ne connaît le moment, pas même le Fils, seul le Père, nous a dit Jésus dans l’Evangile. Autrement dit, ce terme à venir ne tient qu’à nous finalement, et c’est là ce qui montre le sérieux de notre Histoire : l’Histoire, c’est nous qui la faisons, elle ne s’écrit pas sans nous ; l’avenir, c’est nous qui l’inventons ; Oméga c’est nous qui l’engendrons, qui l’enfantons, qui le préparons. Et c’est ce qui montre finalement le sérieux de notre Histoire – c’est sérieux, l’Histoire – car nous sommes porteurs de toute l’évolution. Teilhard l’avait bien vu : la clé de l’évolution, c’est l’Homme, et ce n’est pas pour rien qu’il a appelé son livre central Le Phénomène Humain : l’homme, flèche montante de l’évolution, oui, c’est lui la clé. Et par pure… coïncidence ? – parlons de coïncidence si vous voulez – les savants d’aujourd’hui viennent de découvrir ce qu’on appelle ‘le principe anthropique’. J’ai ici un article paru dans Etudes il y a quelques années, qui parle justement du principe anthropique : la découverte que le monde d’aujourd’hui, tel qu’il existe, est un monde planifié pour l’homme. Je vous cite un homme qui n’est pas suspect de religiosité, Hawking, ce
handicapé, sur sa chaise roulante, qui pense les univers dans un cerveau hyperlucide, mais dans un
corps complètement détruit. Voici l’une de ses pensées : pourquoi l’univers est-il tel que nous le
voyons ? La réponse est simple : s’il avait été différent, nous ne serions pas là. En d’autres termes,
l’évolution, à chaque bifurcation, s’est trouvée devant un choix : je vais à gauche ou je vais à droite ?
Elle a choisi tantôt à droite, tantôt à gauche… à partir de quoi ? du hasard ? Les savants d’aujourd’hui
ont calculé que l’univers, laissé aux lois du hasard et du calcul des probabilités, aurait mis non pas 15
milliards d’années à faire l’homme, mais 250 milliards d’années à faire une cellule, une seule cellule !
ne parlons pas de vous et de moi. Finalement, parler de hasard dans cette évolution, c’est refuser une
approche scientifique du réel. Il y a donc un projet au coeur de l’évolution, un projet qui, lentement,
achemine cette évolution vers quelque chose, et ce principe anthropique exprime en termes
scientifiques aujourd’hui ce que Teilhard avait vu, que l’homme est la clé de l’évolution.
Dernier point : allons-nous vers un univers anonyme, impersonnel, une collectivité de type
totalitaire ou allons-nous vers un univers personnel ? – Esquisse d’un univers personnel, c’est l’un
des écrits de Teilhard. C’est là justement le génie de Teilhard, c’est d’avoir compris que ce pôle
intégrateur au terme du processus ne sera pas du type fusionnel, mais unitif. La différence entre la fusion et l’union est de taille, car il s’agit de deux visions contraires et opposées. Ce pôle poussera chaque individu au maximum de lui-même dans le sens de sa propre ligne et de sa singularité, vers uneémergence de ce qui le fait le plus lui-même, et ce qu’il appelle une sur-personnalisation – nous seronssur-personnalisés, je serai moi-même Henri Boulad à la puissance epsilon, car je refuse d’être autre chose, je refuse d’être noyé dans une grande soupe qu’on appellera humanité, collectivité – cela suffit, les camps de concentration et les systèmes soviétiques, je veux être moi-même ! C’est cette maximisation de chaque être humain par effet de convergence universelle et de communion qui permettra l’émergence d’Oméga. Donc, d’Alpha où nous avons un tout indifférencié, vers ce déploiement qui est l’univers que nous connaissons, l’individualisation est une étape indispensable dans laquelle vit l’Europe aujourd’hui – qu’est-ce que la Révolution française, qu’est-ce que les siècles des Lumières, sinon justement la découverte de l’individu : moi, mes droits… Et nous croyons que nous sommes arrivés au seuil, au sommet, pas du tout, nous sommes appelés à un dépassement de l’individu vers ce qu’on appelle la personne. C’est ce qui nous attend, demain. Merci.
R. Vescia – Merci, mon père. Je n’ai jamais entendu une synthèse de la pensée de Teilhard aussi
brillante en aussi peu de temps. Et quand je dis brillante, excusez la pauvreté de mon vocabulaire, car
elle est tout sauf brillante : elle est profonde, elle est intime, elle est vraie, et je vous invite à vous
appuyer sur cette magnifique synthèse que vient de nous faire le Père Boulad, pour non seulement lui
poser des questions, mais pour planter notre tente au milieu de ce désert d’Egypte où nous sommes,
afin que nous campions pendant cette semaine, ensemble, sur des sommets élevés.
Avez-vous des questions à poser ?
M. Sélim Sednaoui – Je vais choisir deux questions parmi les mille et une que j’aurais envie de
poser…
- Je ne vois pas du tout comment la conscience peut émerger de la complexité, parce que si je
fais un ordinateur, si je le complexifie au maximum, jamais cet ordinateur ne deviendra conscient, je
pense. C’est ma première question.
Autre question : vous parlez de la fin et d’Oméga, et que vous-même y serez, mais où serons-nous dans des millions d’années ? à moins que l’on croie à la survie de l’âme, évidemment… Et je ne vois pas comment nous, tout ce public qui est là, va profiter de toute cette émergence, de la surpersonnalisation, etc. ?
H. Boulad :
- Par rapport à l’émergence de la vie et de la conscience, il y a deux théories et Teilhard
ne tranche pas.
-La première théorie dit : si vous prenez de la matière dans un laboratoire, et que vous
la complexifiiez suffisamment, vous arriveriez à en extraire ‘son jus’ si je puis dire, c’est-à-dire la vie.
Théoriquement, il n’est pas exclu que des savants prennent de la matière et en quelques années fassent
tous les mouvements que l’évolution a faits pendant trois milliards huit cents millions d’années, pour
arriver un jour à nous dire : tiens ! une cellule, dans mon éprouvette. On peut dire que, théoriquement,
c’est possible, puisque cette loi devrait être reproductible.
-L’autre théorie, vers laquelle je penche davantage – et je pense que Teilhard va plutôt aussi dans cette ligne - c’est celle-ci : la Terre – je parle de la Terre, je ne parle pas encore de l’univers – a lentement dégagé son quantum de vie qui, tout à coup, a percé l’écorce, dans un certain point du temps et de l’espace – on ne saura jamais où la vie est apparue – et à partir de là, a débordé, a envahi la Terre dans ce qu’on appelle la biosphère, et ce phénomène ne serait pas reproductible. En d’autres termes, la Terre, à un moment de son histoire, a livré son âme, et cette âme s’appelle la vie, et c’est fini, cela s’est fait une fois et ne se renouvellera plus. L’âme de la Terre c’est maintenant ce que nous appelons la vie sur Terre, la biosphère. Vous avez le choix entre les deux.
De même pour la conscience. On pourrait dire : des savants très intelligents, Bill Gates et
compagnie, pourraient faire des ordinateurs de plus en plus compliqués, etc. Vous savez
qu’actuellement, si l’on voulait faire un ordinateur capable de gérer ce qu’un cerveau humain est en
train de faire, il aurait à peu près la taille de la Terre… A supposer que l’on aille vers une
miniaturisation de plus en plus grande, peut-on imaginer qu’un jour des savants, en laboratoire, fassent
jaillir la conscience, un être humain, un être pensant ? Théoriquement, là encore, c’est possible. Mais
je pense que, là encore, la vie a livré son quantum de conscience une bonne fois, là où s’est faite
l’apparition de l’homme, pour reprendre un des titres de Teilhard. Et à partir de là, ce fut la noosphère
dont vous parlera le Père Madelin demain. Voilà une réponse rapide à votre première question.
Deuxième question : vous parlez d’un paradis futur dont nous serions exclus. Cela, c’est la vision
de Karl Marx. Le grand soir de Karl Marx, c’est un paradis futur dont nous serions exclus, que nous
allons peiner à fabriquer et à construire, mais dont nous ne sommes pas les partenaires. Or – j’ai tout
un livre là-dessus - mourir, qu’est-ce que c’est ? Mourir, c’est réintégrer le grand courant de vie dont je suis issu, et sous forme personnalisée. Là je rejoins la réincarnation, mais revue et corrigée par Henri Boulad. Il y a une intuition très profonde dans la réincarnation. Car mourir ce n’est pas aller
dans un univers extraterrestre, quelque part ailleurs, ni dans un enfer en dessous, ni dans un ciel audessus Mourir, c’est s’unir, mourir c’est poursuivre son itinéraire personnel à travers l’humanité présente. En fait, il n’y a qu’une seule humanité, une seule, c’est l’humanité qui existe aujourd’hui sur la Terre : ceux qui sont passés sont là, en moi, je porte en moi tous mes ancêtres et eux me portent en eux. Comme disait Pascal, l’humanité est comme un seul homme. On retrouve cette idée chez beaucoup de penseurs Soufis musulmans, on la retrouve chez Montaigne : chaque être humain porte en lui la forme totale de l’humaine condition. Et j’ai trouvé ceci avant-hier dans El-Hallaj, mystique musulman : qu’est-ce Adam, sinon toi-même ? Donc, les morts ne sont pas morts, ils vivent en nous, ils poursuivent en nous leur itinéraire et finalement, Oméga, c’est l’émergence de toute l’humanité passée, sous la forme de l’humanité qui existera à ce moment-là, pour la grande révélation qui sera celle de ce jour. Alors, la mort, je n’y crois pas. Et dans cette perspective, je dirai très brièvement, car j’ai beaucoup parlé et écrit là-dessus, que l’évolution est une clé d’interprétation de la mort qui est extraordinairement claire et simple, pour celui qui accepte d’entrer dans sa logique.
M. Ernst : Pour ceux qui ne me connaissent pas, je représente ici la Fondation Teilhard de Chardin.
A propos de cette plaque, je voudrais dire quelque chose au Père Gabriel. Il y a moins de 48 heures,
j’étais dans une petite ville toute proche de Paris, pour inaugurer un buste de Teilhard de Chardin dans un lycée qui a choisi le nom de ‘Lycée Teilhard de Chardin’. En vous voyant tout à l’heure inaugurer cette plaque, je me disais : il y a ce réseau qui se constitue, car les plaques restent, les gens qui passent devant les lisent. Dans ce lycée, le buste a été installé dans la rotonde par où passent tous les élèves et tous les professeurs, et tous les matins des centaines d’élèves et de professeurs verront un beau buste de Teilhard de Chardin – c’est la version Malvina Hoffmann. Et maintenant, quel autre projet de plaque ou de buste ? Il faudra faire appel à l’ami André Peltre qui va nous aider. Je rêve, quant à moi, de quelque chose, c’est non plus une plaque ou un buste, mais une stèle en pleine nature, sur une colline au sud de l’Aisne, à l’endroit où Teilhard, en 1917, en observant de loin la ligne de feu, a eu la grande intuition que l’humanité allait vers son unité. C’est extraordinaire : devant le spectacle de forces qui étaient en train de se déchirer, il a vu, au-delà de cela, qu’on allait vers l’unité.
J’espère qu’avec le concours de gens dynamiques, nous arriverons à réaliser cela, pour compléter le réseau. A ce lycée j’avais à présenter la pensée de Teilhard, on m’avait donné trente minutes… Je m’en suis tiré, mais pas avec la même profondeur que vous. Et j’ai beaucoup aimé votre réflexion sur la modernité. C’est un terme que je n’aime pas – quand je parle de Teilhard, je parle de son actualité, et pas de sa modernité. Parce que quand on parle de modernité, on sait qu’il y aura une post-modernité, puis une post-post-modernité… Tandis que l’actualité c’est toujours là, et je trouve qu’il vaut mieux parler de l’actualité. Car Teilhard est un prophète, fondamentalement, et la modernité est un costume beaucoup trop étroit pour un prophète !
Je voudrais ajouter une dernière chose, puisque vous êtes tous là. Le Père Boulad a très bien montré le désenchantement qui vient de toute la ruine des idéologies. Alors, n’employez jamais le mot ‘teilhardisme’ – c’est employé quelquefois : cela donne l’impression d’un système, d’une idéologie, alors que Teilhard, c’est une vision prophétique, dont nous pouvons, à chaque étape de nos vies, vérifier la pertinence. J’en profite donc pour exorciser le mot teilhardisme. Le Père Martelet qui n’est pas là, m’a souvent fait cette remarque : pitié, ne parlons pas de teilhardisme !
R. Vescia : Mon père, si vous permettez je voudrais répondre aux propos de M. Ernst, avant que
vous le fassiez vous-même – vous voudrez bien excuser cette interférence dans le débat…
Il n’est pas nécessaire de placer des bustes et des plaques seulement, pour poser des jalons : nous
allons en poser ensemble, au cours de ce Colloque, en faisant don des oeuvres complètes de Teilhard à
la Bibliothèque d’Alexandrie, et cela me paraît un jalon important dans ce même esprit. Et toujours
dans ce même esprit, je vous ai invités, à travers une lettre adressée à « Diane », à apporter un livre de
Teilhard que vous avez particulièrement aimé, pour l’offrir ici, en Egypte, à qui vous voulez, dans un
geste, justement, d’amour, de communication, de partage. C’est également une façon de poser des
stèles, je pense. A ce sujet, je voudrais vous dire que la liberté de votre geste reste totale, c’est un geste auquel je vous invite, mais que vous êtes libre de le faire ou pas, d’une part, et que d’autre part vous êtes tout à fait libre de le faire envers qui vous voulez. Vous pouvez, par exemple, décider de le donner à une bibliothèque, pour qu’il ait plus de chances d’être lu par plusieurs, et il y a deux bibliothèques dans ce Collège. Il y a aussi la Bibliothèque d’Alexandrie où nous irons mardi, et entre les deux il y a la Bibliothèque des Dominicains, qu’un certain nombre d’entre vous aura l’occasion de visiter lundi.
Mais il n’y a pas que des bibliothèques auxquelles on peut donner un livre, il y a tout simplement
l’ami de rencontre, que vous avez envie d’honorer avec votre don. C’est dans cet esprit que j’ai
obtenu, à l’avance, une autre forme d’expression analogue à celle que vous évoquez, Monsieur Ernst, à
travers ce magnifique dessin que l’on a joint à votre dossier. Nous avons parmi nous l’auteur de ce
dessin, une demoiselle à qui je demande de se lever, elle s’appelle Aïdi, elle a fait ce dessin pour vous, elle partage avec nous l’amour de Teilhard, elle est Egyptienne, elle vit à Alexandrie, nous
communiquons par Internet, et elle m’a envoyé ce magnifique dessin, dont j’ai vu tout de suite qu’il
fallait en faire l’affiche de notre Colloque. Et dans un geste généreux, tout à fait dans ce même esprit,
elle a décidé de vous l’offrir, pour être l’image que vous emporterez en souvenir de ce Colloque. Je
salue à travers elle sa Maman qui l’accompagne, avec qui je communique également, Madame Suzette …… qui, à Alexandrie, a décidé de faire connaître et briller l’esprit de Teilhard, et d’organiser une exposition Teilhard. Aussi, elle accueillera tout document qui pourra alimenter cette exposition, et je lui en ai apporté quelques-uns. Merci par avance, Madame, et merci à vous tous, car encore une fois ce sont des manifestations de ce genre qui nous permettent de poser de petits lumignons sur notre
chemin, de manière à éclairer un peu la route autour de nous.
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Marcel COMBY / A propos du Masculin et du Féminin
Vendredi 8 Octobre 2010Suite à l'édito. du 4/10/2010 de Jean-Pierre Frésafond
Si l’on s’en tient aux réalités de l’ordre du manifesté (notre monde terrestre) les notions de masculin et de féminin s’imbriquent dans un ensemble confus et incohérent. Il faut partir de l’hypothèse que l’Homme en général est SYMBOLE. Ce terme est pris dans le sens de ce qui est transparent, de ce qui nous renvoie à une réalité plus élevée.
Dieu est envisagé comme le Principe Suprême situé au-delà de toute forme, de toutes distinctions, de toutes différences, renfermant toute chose dans son Unité (dans sa non dualité). D’où il découle que toute manifestation du Principe, c'est-à-dire toute création, devra se distinguer de lui tout en demeurant en Lui. La création procède donc d’une différenciation, d’une dualité au sein de la Non dualité.
La « manifestation universelle », autrement dit la Création, comporte un double principe : l’un est actif ; l’autre est passif. Cette vision de l’Univers est partagée par différentes Traditions de l’humanité.
La Tradition Egyptienne parle de Osiris et Isis
La Tradition Chinoise parle du Yin et du Yang
La Tradition Hindoue parle de Purusha et de Prakriti
La Tradition chrétienne parle du Verbe créateur et de la Vierge
En d’autres termes il s’agit de la dualité : principe masculin et principe féminin.
On devine une certaine logique
l’acte de créer : principe masculin
l’état de créé : principe féminin
Telle semble être l’origine de cette grande notion de dualité à partir de laquelle s’organise le Monde, se construisent et s’énoncent les grands dogmes de la religion catholique.
Adam et Eve, cités dans la Genèse, constituent l’exemple primordial de cette bipolarité : masculin – féminin.
Les questions fondamentales que je me suis posées durant ma vie, se rapportent au cloisonnement existant entre les conceptions occidentales et les conceptions orientales de l’Etre. J’ai été, de façon permanente, attaché, non à un syncrétisme des religions, mais à une vision unifiée de l’esprit…d’autant plus que la science moderne fait découvrir de nouvelles réalités. En ce sens, le problème de la place de Marie, Mère de Dieu et celui de l’âme, dans la métaphysique chrétienne, m’ont inspiré de nombreuses réflexions. Venons-en à l’essentiel :
Selon la philosophie du Védantâ, Dieu doit être conçu comme une Réalité Infinie excluant toute limite et toute détermination. La conception universelle et totale de la Divinité supposerait l’existence d’une « Possibilité universelle » qui se reflète à tous les niveaux de l’Existence universelle qui en constitue « l’apparence extérieure ». Ainsi tout être manifesté tel l’être humain, n’est que l’apparence ou la manifestation extérieure de sa « possibilité principielle » qui représente alors son « Archétype éternel » en Dieu. (cf JUNG) L’ensemble de tous les Archétypes représente, au niveau de la Divinité une « conception » de la Divine Essence, conception purement principielle, non manifestée et indifférenciée. Dans ce cadre, se situe par exemple ce que l’Eglise catholique appelle : l’Immaculée Conception. Selon ce schéma de pensée, le Mal réside dans l’illusion séparative ou séparativité apparente. Cela entraîne cet état mental selon lequel l’entité manifestée « Homme » semble complètement autonome.. .
Le Mystère concernant la Vierge, exempte du péché originel, est donc lié au fait surnaturel selon lequel Marie s’identifie à la Possibilité Universelle, ce qui n’affecte pas sa liberté ni l’ensemble de ses caractéristiques humaines. La dogmatique mariale ne peut donc être discutée au seul niveau des neurones, des chromosomes et de la logique formelle ! Retrouver en soi son « Archétype éternel », c’est réaliser en soi le mystère de la Vierge, ce qui dépasse de loin les démarches purement affectives que nous inspire la féminité et le courage d’une femme que nous jugeons sublime. On se retrouve un peu au sein des doctrines orientales qui s’appuient sur le principe de l’identification et de la fusion…avec, il est vrai, une Réalité tout autre. : la Nature.
Au niveau du Cosmos et de la Genèse, il est écrit : « L’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux… ». Le symbolisme associé à cette phrase fait apparaître le double Principe, sachant que les eaux représentent, par leur plasticité, la soumission au principe actif de l’Esprit.
Au niveau de la nature humaine, le couple Adam – Eve représente « l’Androgyne primordial » et au niveau le plus bas, se situent l’homme et la femme tels que nous les connaissons. Notre société actuelle se risque d’introduire un élément de chaos dans cette belle hiérarchie du manifesté, en ne reconnaissant plus les valeurs spécifiques des deux sexes dans leurs essences respectives.
Dans la démarche inverse qui va du manifesté au Non manifesté, le Mystère nous conduit vers l’existence du couple : Saint-esprit – Vierge Marie et celle du couple : Christ – Eglise. Ici le couple se comprend comme la Réalité présidant à une nouvelle naissance qui s’opère par une alchimie spirituelle débouchant sur un état de l’âme. Cet état ontologique n’est en rien une situation morale ou un ensemble d’actes vertueux, mais quelque chose d’indicible qui se traduit théoriquement par le fait qu’on est !, à l’exemple des eaux primordiales qui offrent toute leur plasticité à la volonté divine.
Trois conditions, sont requises pour atteindre effectivement cette plasticité de l’âme.
1 --- La transmission de l’influence spirituelle ou communication du Saint-esprit par les rites tels que les sacrements. C’est, d’une certaine manière : la Voie.
2 --- La connaissance de la doctrine donc de la Vérité.
3 --- La pratique de la méditation et de l’oraison qui conduit à la Vie,
au sens le plus large.
En récitant l’Ave Maria, l’âme s’applique à elle-même les paroles de l’Ange à Marie, et la répétition quasi indéfinie, le rythme du Rosaire, engendre cette vibration qui transforme l’âme en son prototype virginal. L’Ave Maria contient, comme deux joyaux incrustés, les noms de Jésus et Marie, et de ce fait, apparaît comme le moyen susceptible de créer dans l’âme une réceptivité à la Grâce qui est l’application à l’univers humain du Fiat Lux de le Genèse venant organiser le chaos, du mystère de l’Incarnation, du Verbe, Lumière du monde, descendant dans le sein virginal de Marie, pour y engendrer le Christ. L’âme humaine doit donc s’identifier au sein virginal de Marie pour devenir le « lieu » de la Génération du Verbe. La Volonté du Père est d’engendrer éternellement le Fils.
Cette « naissance éternelle » du Fils se produit en dehors du temps et de l’espace : l’âme devient alors, dans ces conditions, intemporelle et s’inscrit dans une perspective ontologique qu’on ne sait pas imaginer.
Notre raison, notre langage, notre cœur, ne peuvent saisir le sens primordial et toute la portée du Mystère selon lequel l’âme s’identifie à la Vierge . Cette affirmation rend compte d’une certaine continuité et d’une complémentarité des métaphysiques occidentales et orientales.
L’homme occidental se noie dans son activisme et son matérialisme. Il redoute tout ce qui lui paraît abstrait et intangible, alors il se réfugie parfois dans le faux « merveilleux », une solution qui l’arrange et qui lui procure des vérités illusoires. En fait, l’homme de notre temps régressera, dans tous les cas où il perdra progressivement…ce qu’on pourrait appeler la conscience de son âme !
Les deux mots : Masculin – Féminin ne s’appliquent pas seulement au domaine biologique incluant le sens de l’individu, mais à un domaine plus élevé et plus étendu.
Le mâle émet la puissance de vie ; ce principe est sujet à la mort.
La femelle est porteuse de vie et elle anime.
Eve issue d’Adam signifie que l’élément spirituel est au-delà de l’élément vital.
Adam précède Eve : le vital est antérieur au spirituel.
La distinction mâle et femelle est un signe de séparation (eaux supérieures et eaux inférieures ; ciel et terre dans la Genèse) Dans le premier récit de la Création, l’homme est androgyne : la séparation n’a pas encore eu lieu. Cette séparation est à la base de la dualité : animus – anima, à la base de toutes les dualités. Le don et la réceptivité. Par la suite dans le Christ il n’y a plus ni homme ni femme. Chaque être humain retrouve en lui son image. Le masculin et le féminin sont les deux dimensions de l’unique plérôme du Christ. En Dieu ces deux aspects complémentaires sont parfaitement unifiés.
Pour Nicolas Berdiaeff, la femme est plus liée à l’âme du monde et c’est à travers sa force que l’homme communie avec elle. Dans les évangiles les femmes sont porteuses d’aromates et par conséquent elles ont un grand rôle à jouer. On a dit un jour que la femme était l’avenir de l’homme et on parle de « L’Eternel féminin ». Teilhard de Chardin y voit là le reflet de l’Amour, une grande force cosmique. Marie est la plus parfaite incarnation de cet Eternel féminin rempli de fabuleuses richesses. Toute femme possède donc en soi tous les constituants transcendantaux de la Beauté divine. Serait-ce rendre gloire à Dieu que d’attribuer à la femme une mission pour laquelle elle n’est créée ?
Jésus était un transmetteur de la puissance de la Vie ! Pourquoi pas « l’Eternel
Masculin » ?
Marie serait alors la trace de l’axe de la Vie selon Teilhard.
L’intérêt des visions de Teilhard sur ce sujet réside dans le fait que la Mère de Dieu n’est pas qu’une créature que l’on vénère souvent d’une manière trop anthropomorphique, mais la partenaire « cosmique » du Verbe qui s’est incarnée en elle, une Energie lumineuse et chaste.. Teilhard, dans l’Eternel Féminin, montre tous les aspects de la Femme qui transcendent notre propre interprétation qui s’appuie le plus souvent sur le sexe. En ce sens Teilhard a sublimé ses perceptions de la féminité en les transposant dans une mystique mariale qui n’est pas sans cohérence avec le dogme catholique.
Teilhard est sensible à la beauté et il sait que cette réalité peut tout aussi bien conduire vers le vrai et le bien que vers l’abîme des passions incontrôlées. On retrouve d’ailleurs dans la Sagesse hindoue le principe de « fusion » avec la mère divine, symbole du principe féminin., force vitale universelle.
Dieu est envisagé comme le Principe Suprême situé au-delà de toute forme, de toutes distinctions, de toutes différences, renfermant toute chose dans son Unité (dans sa non dualité). D’où il découle que toute manifestation du Principe, c'est-à-dire toute création, devra se distinguer de lui tout en demeurant en Lui. La création procède donc d’une différenciation, d’une dualité au sein de la Non dualité.
La « manifestation universelle », autrement dit la Création, comporte un double principe : l’un est actif ; l’autre est passif. Cette vision de l’Univers est partagée par différentes Traditions de l’humanité.
La Tradition Egyptienne parle de Osiris et Isis
La Tradition Chinoise parle du Yin et du Yang
La Tradition Hindoue parle de Purusha et de Prakriti
La Tradition chrétienne parle du Verbe créateur et de la Vierge
En d’autres termes il s’agit de la dualité : principe masculin et principe féminin.
On devine une certaine logique
l’acte de créer : principe masculin
l’état de créé : principe féminin
Telle semble être l’origine de cette grande notion de dualité à partir de laquelle s’organise le Monde, se construisent et s’énoncent les grands dogmes de la religion catholique.
Adam et Eve, cités dans la Genèse, constituent l’exemple primordial de cette bipolarité : masculin – féminin.
Les questions fondamentales que je me suis posées durant ma vie, se rapportent au cloisonnement existant entre les conceptions occidentales et les conceptions orientales de l’Etre. J’ai été, de façon permanente, attaché, non à un syncrétisme des religions, mais à une vision unifiée de l’esprit…d’autant plus que la science moderne fait découvrir de nouvelles réalités. En ce sens, le problème de la place de Marie, Mère de Dieu et celui de l’âme, dans la métaphysique chrétienne, m’ont inspiré de nombreuses réflexions. Venons-en à l’essentiel :
Selon la philosophie du Védantâ, Dieu doit être conçu comme une Réalité Infinie excluant toute limite et toute détermination. La conception universelle et totale de la Divinité supposerait l’existence d’une « Possibilité universelle » qui se reflète à tous les niveaux de l’Existence universelle qui en constitue « l’apparence extérieure ». Ainsi tout être manifesté tel l’être humain, n’est que l’apparence ou la manifestation extérieure de sa « possibilité principielle » qui représente alors son « Archétype éternel » en Dieu. (cf JUNG) L’ensemble de tous les Archétypes représente, au niveau de la Divinité une « conception » de la Divine Essence, conception purement principielle, non manifestée et indifférenciée. Dans ce cadre, se situe par exemple ce que l’Eglise catholique appelle : l’Immaculée Conception. Selon ce schéma de pensée, le Mal réside dans l’illusion séparative ou séparativité apparente. Cela entraîne cet état mental selon lequel l’entité manifestée « Homme » semble complètement autonome.. .
Le Mystère concernant la Vierge, exempte du péché originel, est donc lié au fait surnaturel selon lequel Marie s’identifie à la Possibilité Universelle, ce qui n’affecte pas sa liberté ni l’ensemble de ses caractéristiques humaines. La dogmatique mariale ne peut donc être discutée au seul niveau des neurones, des chromosomes et de la logique formelle ! Retrouver en soi son « Archétype éternel », c’est réaliser en soi le mystère de la Vierge, ce qui dépasse de loin les démarches purement affectives que nous inspire la féminité et le courage d’une femme que nous jugeons sublime. On se retrouve un peu au sein des doctrines orientales qui s’appuient sur le principe de l’identification et de la fusion…avec, il est vrai, une Réalité tout autre. : la Nature.
Au niveau du Cosmos et de la Genèse, il est écrit : « L’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux… ». Le symbolisme associé à cette phrase fait apparaître le double Principe, sachant que les eaux représentent, par leur plasticité, la soumission au principe actif de l’Esprit.
Au niveau de la nature humaine, le couple Adam – Eve représente « l’Androgyne primordial » et au niveau le plus bas, se situent l’homme et la femme tels que nous les connaissons. Notre société actuelle se risque d’introduire un élément de chaos dans cette belle hiérarchie du manifesté, en ne reconnaissant plus les valeurs spécifiques des deux sexes dans leurs essences respectives.
Dans la démarche inverse qui va du manifesté au Non manifesté, le Mystère nous conduit vers l’existence du couple : Saint-esprit – Vierge Marie et celle du couple : Christ – Eglise. Ici le couple se comprend comme la Réalité présidant à une nouvelle naissance qui s’opère par une alchimie spirituelle débouchant sur un état de l’âme. Cet état ontologique n’est en rien une situation morale ou un ensemble d’actes vertueux, mais quelque chose d’indicible qui se traduit théoriquement par le fait qu’on est !, à l’exemple des eaux primordiales qui offrent toute leur plasticité à la volonté divine.
Trois conditions, sont requises pour atteindre effectivement cette plasticité de l’âme.
1 --- La transmission de l’influence spirituelle ou communication du Saint-esprit par les rites tels que les sacrements. C’est, d’une certaine manière : la Voie.
2 --- La connaissance de la doctrine donc de la Vérité.
3 --- La pratique de la méditation et de l’oraison qui conduit à la Vie,
au sens le plus large.
En récitant l’Ave Maria, l’âme s’applique à elle-même les paroles de l’Ange à Marie, et la répétition quasi indéfinie, le rythme du Rosaire, engendre cette vibration qui transforme l’âme en son prototype virginal. L’Ave Maria contient, comme deux joyaux incrustés, les noms de Jésus et Marie, et de ce fait, apparaît comme le moyen susceptible de créer dans l’âme une réceptivité à la Grâce qui est l’application à l’univers humain du Fiat Lux de le Genèse venant organiser le chaos, du mystère de l’Incarnation, du Verbe, Lumière du monde, descendant dans le sein virginal de Marie, pour y engendrer le Christ. L’âme humaine doit donc s’identifier au sein virginal de Marie pour devenir le « lieu » de la Génération du Verbe. La Volonté du Père est d’engendrer éternellement le Fils.
Cette « naissance éternelle » du Fils se produit en dehors du temps et de l’espace : l’âme devient alors, dans ces conditions, intemporelle et s’inscrit dans une perspective ontologique qu’on ne sait pas imaginer.
Notre raison, notre langage, notre cœur, ne peuvent saisir le sens primordial et toute la portée du Mystère selon lequel l’âme s’identifie à la Vierge . Cette affirmation rend compte d’une certaine continuité et d’une complémentarité des métaphysiques occidentales et orientales.
L’homme occidental se noie dans son activisme et son matérialisme. Il redoute tout ce qui lui paraît abstrait et intangible, alors il se réfugie parfois dans le faux « merveilleux », une solution qui l’arrange et qui lui procure des vérités illusoires. En fait, l’homme de notre temps régressera, dans tous les cas où il perdra progressivement…ce qu’on pourrait appeler la conscience de son âme !
Les deux mots : Masculin – Féminin ne s’appliquent pas seulement au domaine biologique incluant le sens de l’individu, mais à un domaine plus élevé et plus étendu.
Le mâle émet la puissance de vie ; ce principe est sujet à la mort.
La femelle est porteuse de vie et elle anime.
Eve issue d’Adam signifie que l’élément spirituel est au-delà de l’élément vital.
Adam précède Eve : le vital est antérieur au spirituel.
La distinction mâle et femelle est un signe de séparation (eaux supérieures et eaux inférieures ; ciel et terre dans la Genèse) Dans le premier récit de la Création, l’homme est androgyne : la séparation n’a pas encore eu lieu. Cette séparation est à la base de la dualité : animus – anima, à la base de toutes les dualités. Le don et la réceptivité. Par la suite dans le Christ il n’y a plus ni homme ni femme. Chaque être humain retrouve en lui son image. Le masculin et le féminin sont les deux dimensions de l’unique plérôme du Christ. En Dieu ces deux aspects complémentaires sont parfaitement unifiés.
Pour Nicolas Berdiaeff, la femme est plus liée à l’âme du monde et c’est à travers sa force que l’homme communie avec elle. Dans les évangiles les femmes sont porteuses d’aromates et par conséquent elles ont un grand rôle à jouer. On a dit un jour que la femme était l’avenir de l’homme et on parle de « L’Eternel féminin ». Teilhard de Chardin y voit là le reflet de l’Amour, une grande force cosmique. Marie est la plus parfaite incarnation de cet Eternel féminin rempli de fabuleuses richesses. Toute femme possède donc en soi tous les constituants transcendantaux de la Beauté divine. Serait-ce rendre gloire à Dieu que d’attribuer à la femme une mission pour laquelle elle n’est créée ?
Jésus était un transmetteur de la puissance de la Vie ! Pourquoi pas « l’Eternel
Masculin » ?
Marie serait alors la trace de l’axe de la Vie selon Teilhard.
L’intérêt des visions de Teilhard sur ce sujet réside dans le fait que la Mère de Dieu n’est pas qu’une créature que l’on vénère souvent d’une manière trop anthropomorphique, mais la partenaire « cosmique » du Verbe qui s’est incarnée en elle, une Energie lumineuse et chaste.. Teilhard, dans l’Eternel Féminin, montre tous les aspects de la Femme qui transcendent notre propre interprétation qui s’appuie le plus souvent sur le sexe. En ce sens Teilhard a sublimé ses perceptions de la féminité en les transposant dans une mystique mariale qui n’est pas sans cohérence avec le dogme catholique.
Teilhard est sensible à la beauté et il sait que cette réalité peut tout aussi bien conduire vers le vrai et le bien que vers l’abîme des passions incontrôlées. On retrouve d’ailleurs dans la Sagesse hindoue le principe de « fusion » avec la mère divine, symbole du principe féminin., force vitale universelle.
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Jean-Marie Mermaz
Mardi 21 Septembre 2010objet : notre réunion du 24/09/2010
Mon cher Jean-Pierre,
Tout d’abord je te demanderais de bien vouloir présenter mes excuses de ne pouvoir encore être présent parmi vous. Mon agenda très chargé est rarement compatible avec ma vie professionnelle et provoque bien des collisions de rendez-vous !
Je tenais à te remercier pour la fougue avec laquelle tu mènes cette association, sans oublier ta fidèle partenaire Anne-Marie tout autant dévouée à cette cause qui nous est si chère ! Félicitations aussi pour nous faire découvrir d’autres membres de qualité !
Mes remerciement aussi à tous les membres tout aussi passionnés qui nous réjouissent de leurs travaux, avec une pensée particulière à Yvette que nous regretterons pour son sourire, mais aussi son analyse de l’œuvre du père TDC. Nous avons tous compris combien il nous est important de garder vivante sa présence auprès de Jean-Pierre, son époux.
.
Pour ce qui est de l’orientation des travaux de l’association, j’aurais naturellement penché vers la partie mystique de l’œuvre du père, mais la raison même de l’association est de trouver les sujets les plus pertinents afin de toucher plus précisément les causes du mal être de notre monde.
En effet, sur les différents plans sociaux, économiques et écologiques, on pourrait bien penser que notre monde touche à sa fin. Je ne peux m’y résigner, ce serait une manière de précipiter les choses.
Aujourd’hui, les cœurs des hommes sont si secs, à l’instar de la garrigue en fin d’été, que l’incendie peut se déclarer à tout moment. Or ce sujet du feu était cher à Pierre Teilhard. Il est chargé de tant de symboles, que je pense qu’une orientation vers une compréhension de notre avenir me semble plus judicieuse.
L’espérance étant au cœur du problème, j’adhère donc à une étude du livre sur « l’avenir de l’homme », la meilleure manière de prendre conscience de ce que doit être notre action même.
Présente bien à toutes et à tous, mes sincères amitiés, Amicalement, Jean-Marie MERMAZ
Tout d’abord je te demanderais de bien vouloir présenter mes excuses de ne pouvoir encore être présent parmi vous. Mon agenda très chargé est rarement compatible avec ma vie professionnelle et provoque bien des collisions de rendez-vous !
Je tenais à te remercier pour la fougue avec laquelle tu mènes cette association, sans oublier ta fidèle partenaire Anne-Marie tout autant dévouée à cette cause qui nous est si chère ! Félicitations aussi pour nous faire découvrir d’autres membres de qualité !
Mes remerciement aussi à tous les membres tout aussi passionnés qui nous réjouissent de leurs travaux, avec une pensée particulière à Yvette que nous regretterons pour son sourire, mais aussi son analyse de l’œuvre du père TDC. Nous avons tous compris combien il nous est important de garder vivante sa présence auprès de Jean-Pierre, son époux.
.
Pour ce qui est de l’orientation des travaux de l’association, j’aurais naturellement penché vers la partie mystique de l’œuvre du père, mais la raison même de l’association est de trouver les sujets les plus pertinents afin de toucher plus précisément les causes du mal être de notre monde.
En effet, sur les différents plans sociaux, économiques et écologiques, on pourrait bien penser que notre monde touche à sa fin. Je ne peux m’y résigner, ce serait une manière de précipiter les choses.
Aujourd’hui, les cœurs des hommes sont si secs, à l’instar de la garrigue en fin d’été, que l’incendie peut se déclarer à tout moment. Or ce sujet du feu était cher à Pierre Teilhard. Il est chargé de tant de symboles, que je pense qu’une orientation vers une compréhension de notre avenir me semble plus judicieuse.
L’espérance étant au cœur du problème, j’adhère donc à une étude du livre sur « l’avenir de l’homme », la meilleure manière de prendre conscience de ce que doit être notre action même.
Présente bien à toutes et à tous, mes sincères amitiés, Amicalement, Jean-Marie MERMAZ
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Echange épistolaire entre notre Adhérent Bruno Hongre et Jean-Pierre Frésafond
Dimanche 19 Septembre 2010"Le Phénomène Humain"
Cher ami,
Après un mois d’août familialement animé, j’ai pu enfin me livrer à la lecture du Phénomène humain dans votre version résumée/commentée, et je viens vous remercier du plaisir et de l’enrichissement que ces heures attentives ont été pour moi.
Naturellement, je ne vais pas m’arrêter là, et comme j’ai chez moi le tome VII de l’édition du Seuil (L’activation de l’énergie), je vais pouvoir entrer directement dans les derniers textes de Teilhard, dont je n’avais vraiment, avant de vous lire, qu’une vision superficielle.
Je dois d’ailleurs vous confesser (si j’ose ce verbe !) un double remords : d’abord, d’avoir pu écrire Les Pèlerins d’Halicarnasse sans intégrer dans ce livre la vision teilhardienne (si la Nature y est évoquée, c’est en termes de cosmos et non de cosmogenèse) ; ensuite, d’avoir publié récemment chez Ellipses la version enrichie d’un petit livre érudit intitulé Révisez vos références culturelles, sans qu’aucune sentence de Teilhard n’y figure alors que j’y recense plus de 1500 citations ! Quelles lacunes !!!
*
Un mot sur mes provisoires réactions. La pensée de Teilhard – au point où j’en suis – suscite en moi à la fois des enthousiasmes et des résistances que je vous livre brièvement, en attendant l’occasion de vous rencontrer, lorsque j’irai chez ma fille à Soucieu-en-Jarrest.
Mes adhésions d’abord. Elles tournent autour de deux axes :
1/ Le grand principe d’émergence/convergence. Le sens même du mot « émergence » implique que ce qui émerge a) était déjà là en puissance b) ne sort pas au hasard mais selon une poussée dirigée. Ainsi, l’esprit est bien une composante de la matière, puisqu’il émerge de sa complexification. Cela nous évite l’impasse du dualisme esprit / matière, qui présuppose toujours un parachutage de l’âme sur le corps, ou d’un « Dieu » plongeant un beau jour dans le temporel pour s’y incarner, le « péché originel » ayant bon dos pour motiver cette précipitation. L’esprit n’est donc pas un greffon de science-conscience qui vient soudain parachever le singe pour en faire un homo sapiens sapiens. Il se manifeste sans doute à l’occasion de sauts qualitatifs, mais il n’y a pas de chaînon manquant !
Ce principe s’accorde d’ailleurs parfaitement avec le constat des astrophysiciens, selon lequel l’Espace et le Temps (et donc surtout le Temps) sont de pures dimensions de la matière. « Dieu » n’a donc pas besoin d’intervenir au cours du Temps, puisqu’il se projette dès le début dans matière qui sort de lui, dans cet Espace-Temps : il est donc déjà là avant d’émerger ou de se « révéler ». La « révélation » ne saurait être un « événement » historique (c’est-à-dire ponctuel) : elle est un avènement continu (j’ai déjà fait, à propos des médias, un grand article sur l’illusion événementielle), et cet avènement se manifeste en de multiples occasions à l’ensemble des humains, de quelque civilisation qu’ils soient (cf. la formule de Rousseau : « Conscience ! conscience, instinct divin ! »). Pour des consciences laïques, c’est-à-dire philosophiquement « matérialistes », c’est là un point essentiel : loin de faire de la dimension spirituelle une illusion consolatrice (l’opium du peuple) masquant l’infrastructure purement matérielle de notre vie animale, la vision teilhardienne montre que c’est la matière qui se révèle « esprit » sans cesser d’être matière, mais en changeant de structure.
2/ La grande marche de l’Esprit qui advient au cours de l’évolution est un principe d’optimisme extraordinaire, puisqu’elle laisse entendre que toute production de l’esprit de l’homme, toutes les édifications culturelles (en dépit des erreurs qu’elles contiennent provisoirement), du moindre échange entre deux êtres jusqu’aux plus hautes réalisations (scientifiques, artistiques, etc.) du génie humain sont utiles et essentielles à l’établissement de la noosphère. Rien n’est perdu de tout ce qui se crée, même si cela retourne à la provisoire poussière… Aucune vie consciente n’est inutile aux autres. Chacun peut donc dire : J’ai eu raison d’exister !
Et bien entendu, dans cette perspective, « Dieu » donne à l’homme un pouvoir étrange d’édification de l’Humanité consciente d’elle-même et de son évolution. On retrouve, avec la perspective spirituelle en plus, la phrase de Francis Ponge (pastichée par Aragon) : « L’homme est l’avenir de l’homme. », ce qui implique d’ailleurs aussi que la réussite de la « noogenèse » n’est pas sûre à 100%. L’humanité peut rater son auto développement…
En ce qui me concerne, moi qui « prêche » pour un humanisme à dimension spirituelle, je trouve là une justification de la préservation de tout le patrimoine de culture et de sagesse ancienne, accumulée tant par la tradition gréco-latine que par le judéo-christianisme (une fois celui-cidégagé de sa carapace religieuse qui fait écran). J’ai donc raison… d’écrire !!
Mes résistances maintenant. Là encore, deux axes :
1/ Les majuscules et les glissements métaphoriques de Teilhard m’impatientent parfois. Une chose est de s’exprimer aussi clairement ou de façon aussi imagée que possible, pour mieux se faire comprendre. Une autre chose est d’user de la formulation comme preuve elle-même de ce que l’on veut faire partager. Une majuscule, par exemple, magnifie un mot ; mais elle fait souvent davantage : elle donne à croire que ce mot désigne une essence, laquelle agit en soi comme une divinité. De sorte que bien des noms communs auxquels Teilhard prête une majuscule « divinisent » en quelque sorte la réalité qu’ils désignent, de sorte qu’il n’a pas de peine à trouver dans la nature la présence de Dieu que sa nomination des dites réalités y avait induite… Idem pour certaines métaphores qui tendent à faire croire qu’il existe, au niveau spirituel, par le jeu de l’analogie et de l’image, une « réalité » indubitable en soi : c’est un peu le cas des expressions qui substantialisent la « noosphère », comme « nappe pensante », « myriades de grains de pensée », etc. Il se peut qu’ici, Teilhard soit lui-même victime de son talent métaphoriste… Or, en termes rigoureux, vous le savez, comparaison n’est pas raison.
2/ La souffrance escamotée. Certes, Teilhard parle des ratés, des souffrances, des manquements à l’évolution qui induisent de la douleur, des passivités qu’il faut accepter comme rançons de la néguentropie, etc. Mais, du moins dans ce que j’ai lu jusqu’à présent, il me semble minimiser considérablement la condition tragique de l’Homme, pris individuellement ou collectivement, la grande clameur du monde tel qu’il est et de ses souffrances infinies et démesurées en tous points du globe. Pas seulement la souffrance d’ailleurs, mais aussi l’universelle prédation qu’il constate bien en tant que scientifique, mais dont il ne s’émeut pas outre mesure en tant qu’humaniste. Or, c’est cela qui fait obstacle à l’idée d’un Dieu bon dans le monde laïque. Un mal ou une peine proportionnée au travail que l’on fait, aux actes (ou aux erreurs) que l’on commet, cela semblerait supportable. Mais l’énormité et l’injustice de tant de maux planétaires (dans le monde des hommes mais aussi celui des animaux), cela ne « passe » pas, et bloque, je crois, pas mal de consciences susceptibles de partager l’optimisme teilhardien. Devant les maux de la terre, qui n’a pas
l’impression d’un Dieu inhumain qui, ignorant l’un des principes citoyens de notre Droit, se rend coupable de non assistance de personnes (ou de peuples) en danger…
En ce qui me concerne personnellement, j’achoppe sur le fait de la Prédation qui est à la fois a productrice du mal et structurellement nécessaire à notre vie/survie. C’est tout de même ennuyeux que tout le Monde vivant doive, pour survivre, pratiquer une prédation féroce sur le Monde vivant, même si cela produit des écosystèmes équilibrés. Bien sûr, la gazelle égorgée par le tigre ne souffre pas longtemps ; mais que le tigre doive égorger pour vivre, est-ce un destin enviable ? Est-ce bien différent dans le monde humain ? Que dire de tous ces champs de misère où les miséreux entre eux ne survivent qu’en se disputant férocement les moindres miettes de survie ? On a beau dire que c’est la faute des hommes, que Dieu a voulu préserver leur liberté en n’intervenant pas, il reste qu’il a fondé la vie et sa lancée évolutive en inventant la prédation comme énergie motrice. Peut-être n’est-ce pas un hasard si les religions primitives pratiquaient les sacrifices humains : pour calmer et assouvir les dieux, elles les imaginaient à l’image de leur propre survie, c’est-à-dire fonctionnant à la Prédation comme tout en ce monde. Et je dis parfois que, si vous et moi n’avions pas eu des ancêtres cannibales, nous ne serions pas là pour parler d’humanisme et imaginer un dieu Amour…
J’ajoute que l’argument selon lequel Dieu aurait tâtonné, ne réussissant pas d’un seul coup sa création, ayant lancé des lois dont les effets pervers le surprennent douloureusement, etc. ne tient pas debout lorsqu’on compare cela à l’extrême précision avec laquelle, de la mise au point du Big bang à la proportion oxygène/azote de notre atmosphère, il a judicieusement lancé l’univers pour y installer l’être humain et faire régner le « principe anthropique ».
Mais ce ne sont là que des réflexions provisoires, « l’Amour » et la compassion existant aussi à l’échelon naturel, y compris chez les animaux, et toute la question que nous nous posons restant donc à débrouiller longuement encore !
Bien à vous,
Bruno Hongre.
PS Vous citez p. 26 la formule socratique : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers ». Comme citation de Socrate empruntée au Temple de Delphes, on ne la trouve que sous la forme « Connais-toi toi-même » (même si elle implique la suite). Pourriez-vous me préciser où vous la trouvez sous cette formule (quel commentateur a donc ajouté « Et tu connaîtras l’univers » ?)
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Réponse de J.P. Frésafond
Voici quelques échanges avec Bruno Hongre, notre adhérent de l’Oise, à propos de son aimable critique du Manuel d’Etude, tome 1 concernant le Phénomène Humain.
-Je rappelle que dans les deux « manuels d’étude » sont des contractions de textes (et non pas des résumés). Dans ces tomes, je ne donne pas ma pensée, mais celle de Teilhard.
-Bruno Hongre définit le terme « conscience laïque » par « philosophiquement matérialiste ».
Les différentes définitions du mot « laïque » sont très élastiques au cours des siècles,. Pour moi, le mot « laïque » se confond avec le mot « areligieux » car un laïc peut être croyant et il ne faut pas faire l’amalgame avec « matérialiste ». Idem pour le mot «anti clérical » qui n’est pas toujours opposable au terme de croyant.
-Contrairement à ce que pense Bruno Hongre, Teilhard ne minimise pas la condition tragique de l’Homme, il la considère comme inévitable, conforme aux lois de l’évolution. A ce titre l’Homme dont l’évolution progresse par tâtonnements n’est pas mieux doté que les autres espèces du monde vivant. Les lois de la nature sont aveugles et insensibles à de quelconques sentiments, elles cherchent et trouvent aveuglément des solutions permettant au monde vivant et aux espèces les mieux adaptées de poursuivre leur expansion pour tendre à occuper toute la surface du globe terrestre. Dieu n’a rien à voir dans cette loi de la jungle, Il a seulement lancé le processus d’évolution de la matière. Or la matière contient tout ce qu’il fallait d’information et d’énergie pour atteindre un hypothétique Point Omega.
Teilhard est très clair sur la notion de « déchet », toute organisation se paye par une dissipation d’énergie. La perfection va coûter très cher … La parabole « du bon grain et l’ivraie » ne signifie pas autre chose. D’ailleurs plusieurs textes des Evangiles vont dans le même sens.
Sur ce point, « le Teilhard scientifique » est tout simplement lucide, des considérations humanistes seraient ici hors de propos. Même Dieu serait impuissant à réduire la souffrance humaine et Teilhard s’insurge contre certaines tendances religieuses qui voudraient faire passer ces souffrances comme la dette à payer pour effacer nos fautes.
En revanche, pour ce qui concerne le facteur humain, Teilhard soutient la thèse que chaque individu, par son attitude engagée, peut aider le Phénomène Humain à réussir. En conséquence, il ne faut pas attribuer à Teilhard un optimisme insensé car il sait que l’Humanité, par sa neutralité, peut conduire à un échec et que, seul, le goût de vivre, lui-même issu de la découverte du sens de l’univers, peut conduire à la réussite du Phénomène Humain. Il faut AIMER l’évolution, elle est la seule loi d’amour.
-A propos de la « prédation nécessaire » dans la nature, laquelle se prolonge dans la société humaine, on ne peut pas dire que c’est Dieu qui l’aurait voulue ainsi pour « préserver la liberté des humains » ! Le Principe universel Concepteur n’avait pas d’autre choix que celui de prendre l’énergie là où elle était, c'est-à-dire dans l’univers lui-même. Autrement dit, les êtres vivants doivent se « bouffer » entre eux ; ce qui n’exclue pas de le faire avec une certaine éthique (dans certaines ethnies primitives les chasseurs accomplissent des rituels concernant les gibiers qu’ils ont tués). La Bible et le Coran vont dans le même sens.
Toujours à propos des besoins énergétiques, à tout niveau de l’univers (des étoiles à la molécule) l’auto régulation joue un rôle prépondérant, et inimaginable, compte tenu de la complexification croissante du système. Par ses œuvres et son fonctionnement cérébral, les 80 kg d’un être humain sont plus gourmands en énergie que les 80 kg d’un animal mammifère supérieur.
La néguentropie croissante de l’univers accélère cette tendance dans des proportions exponentielles.
-Et Dieu dans tout cela ? Il ne tâtonne pas car l’évolution le fait à sa place ; Lui, Il observe sans doute le processus qu’il a lancé, Il a pris tous les risques. Comme Dieu possède une intelligence parfaite, Il « doit être sûr de son coup » . Il sait que le système qu’Il a mis en œuvre est fait pour transformer de l’énergie en information… c’est d’ailleurs ce qu’a suggéré Teilhard dans Le Phénomène Humain.
Quant à moi je dirais : Dieu est parfait mais pas tout de suite.
M’adressant directement à Bruno Hongre, je souhaiterais qu’il fasse sur le tome 2 de nos manuels d’étude (celui qui traite de L’Activation de l’Energie / Tome 7 du Seuil) le même travail qu’il a fait sur le tome 1. Cette œuvre de Teilhard traite des mêmes sujets que ceux du Phénomène Humain mais, cette fois, sur un plan philosophique et métaphysique plus proche de l’Homme.
Pour terminer ma réponse à Bruno Hongre, je vais aborder sa question concernant ma citation de la formule socratique , empruntée à un texte inscrit sur un temple de Delphe : « Connais toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux »
Socrate n’a pas laissé de trace écrite. Ses disciples Platon, Criton,Xenophon et beaucoup d’autres l’ont fait pour lui. On n’a donc pas de certitude absolue ce qu’il a dit ou n’a pas dit.
La seconde partie de la formule « et tu connaîtras l’univers et les dieux » est l’œuvre de différentes traditions qui, elles aussi, s’en sont inspirées. Même Jésus, par l’intermédiaire de son apôtre Matthieu aurait dit à peu près la même chose : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toute chose vous sera donnée de surcroît »
La même idée se retrouve dans l’Evangile apocryphe de Thomas.
Le philosophe Kierkegaard, très socratique, en tant que chrétien abonde aussi dans ce sens.
Jésus, Galiléen de naissance, était de tradition helléniste par cette origine régionale et l’on ne peut nier qu’il grecque, au même titre que tous les ésotérismes méditerranéens.
L’analogie entre Socrate et Jésus pourrait ne pas s’arrêter sur ce point car tous les deux n’ont rien fait pour éviter leur mort alors qu’ils auraient pu l’éviter. Socrate et Jésus voulaient leur mort pour impressionner leurs contemporains ; au même titre que les moines bouddhistes s’immolant par le feu. On peut parler de suicide sacrificiel.
Le « penser par soi-même » est un précepte de Voltaire dont la source d’inspiration est probablement d’influence socratique, elle aussi.
Enfin, pour citer une société que je connais bien, il nous est donné un précepte de base : « Visite l’Intérieur de la Terre, Rectifie, et tu Trouveras la Pierre secrète ». Cette formule est on ne peut plus socratique et complétée par la formule voltairienne : « penser par soi-même » qui ne cadre pas toujours avec les dogmes religieux et les directives politiques.
Les pensées sont universelles, elles appartiennent à tout le monde, malheureusement leur succès n’est pas toujours proportionnel à leur Sagesse …
Après un mois d’août familialement animé, j’ai pu enfin me livrer à la lecture du Phénomène humain dans votre version résumée/commentée, et je viens vous remercier du plaisir et de l’enrichissement que ces heures attentives ont été pour moi.
Naturellement, je ne vais pas m’arrêter là, et comme j’ai chez moi le tome VII de l’édition du Seuil (L’activation de l’énergie), je vais pouvoir entrer directement dans les derniers textes de Teilhard, dont je n’avais vraiment, avant de vous lire, qu’une vision superficielle.
Je dois d’ailleurs vous confesser (si j’ose ce verbe !) un double remords : d’abord, d’avoir pu écrire Les Pèlerins d’Halicarnasse sans intégrer dans ce livre la vision teilhardienne (si la Nature y est évoquée, c’est en termes de cosmos et non de cosmogenèse) ; ensuite, d’avoir publié récemment chez Ellipses la version enrichie d’un petit livre érudit intitulé Révisez vos références culturelles, sans qu’aucune sentence de Teilhard n’y figure alors que j’y recense plus de 1500 citations ! Quelles lacunes !!!
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Un mot sur mes provisoires réactions. La pensée de Teilhard – au point où j’en suis – suscite en moi à la fois des enthousiasmes et des résistances que je vous livre brièvement, en attendant l’occasion de vous rencontrer, lorsque j’irai chez ma fille à Soucieu-en-Jarrest.
Mes adhésions d’abord. Elles tournent autour de deux axes :
1/ Le grand principe d’émergence/convergence. Le sens même du mot « émergence » implique que ce qui émerge a) était déjà là en puissance b) ne sort pas au hasard mais selon une poussée dirigée. Ainsi, l’esprit est bien une composante de la matière, puisqu’il émerge de sa complexification. Cela nous évite l’impasse du dualisme esprit / matière, qui présuppose toujours un parachutage de l’âme sur le corps, ou d’un « Dieu » plongeant un beau jour dans le temporel pour s’y incarner, le « péché originel » ayant bon dos pour motiver cette précipitation. L’esprit n’est donc pas un greffon de science-conscience qui vient soudain parachever le singe pour en faire un homo sapiens sapiens. Il se manifeste sans doute à l’occasion de sauts qualitatifs, mais il n’y a pas de chaînon manquant !
Ce principe s’accorde d’ailleurs parfaitement avec le constat des astrophysiciens, selon lequel l’Espace et le Temps (et donc surtout le Temps) sont de pures dimensions de la matière. « Dieu » n’a donc pas besoin d’intervenir au cours du Temps, puisqu’il se projette dès le début dans matière qui sort de lui, dans cet Espace-Temps : il est donc déjà là avant d’émerger ou de se « révéler ». La « révélation » ne saurait être un « événement » historique (c’est-à-dire ponctuel) : elle est un avènement continu (j’ai déjà fait, à propos des médias, un grand article sur l’illusion événementielle), et cet avènement se manifeste en de multiples occasions à l’ensemble des humains, de quelque civilisation qu’ils soient (cf. la formule de Rousseau : « Conscience ! conscience, instinct divin ! »). Pour des consciences laïques, c’est-à-dire philosophiquement « matérialistes », c’est là un point essentiel : loin de faire de la dimension spirituelle une illusion consolatrice (l’opium du peuple) masquant l’infrastructure purement matérielle de notre vie animale, la vision teilhardienne montre que c’est la matière qui se révèle « esprit » sans cesser d’être matière, mais en changeant de structure.
2/ La grande marche de l’Esprit qui advient au cours de l’évolution est un principe d’optimisme extraordinaire, puisqu’elle laisse entendre que toute production de l’esprit de l’homme, toutes les édifications culturelles (en dépit des erreurs qu’elles contiennent provisoirement), du moindre échange entre deux êtres jusqu’aux plus hautes réalisations (scientifiques, artistiques, etc.) du génie humain sont utiles et essentielles à l’établissement de la noosphère. Rien n’est perdu de tout ce qui se crée, même si cela retourne à la provisoire poussière… Aucune vie consciente n’est inutile aux autres. Chacun peut donc dire : J’ai eu raison d’exister !
Et bien entendu, dans cette perspective, « Dieu » donne à l’homme un pouvoir étrange d’édification de l’Humanité consciente d’elle-même et de son évolution. On retrouve, avec la perspective spirituelle en plus, la phrase de Francis Ponge (pastichée par Aragon) : « L’homme est l’avenir de l’homme. », ce qui implique d’ailleurs aussi que la réussite de la « noogenèse » n’est pas sûre à 100%. L’humanité peut rater son auto développement…
En ce qui me concerne, moi qui « prêche » pour un humanisme à dimension spirituelle, je trouve là une justification de la préservation de tout le patrimoine de culture et de sagesse ancienne, accumulée tant par la tradition gréco-latine que par le judéo-christianisme (une fois celui-cidégagé de sa carapace religieuse qui fait écran). J’ai donc raison… d’écrire !!
Mes résistances maintenant. Là encore, deux axes :
1/ Les majuscules et les glissements métaphoriques de Teilhard m’impatientent parfois. Une chose est de s’exprimer aussi clairement ou de façon aussi imagée que possible, pour mieux se faire comprendre. Une autre chose est d’user de la formulation comme preuve elle-même de ce que l’on veut faire partager. Une majuscule, par exemple, magnifie un mot ; mais elle fait souvent davantage : elle donne à croire que ce mot désigne une essence, laquelle agit en soi comme une divinité. De sorte que bien des noms communs auxquels Teilhard prête une majuscule « divinisent » en quelque sorte la réalité qu’ils désignent, de sorte qu’il n’a pas de peine à trouver dans la nature la présence de Dieu que sa nomination des dites réalités y avait induite… Idem pour certaines métaphores qui tendent à faire croire qu’il existe, au niveau spirituel, par le jeu de l’analogie et de l’image, une « réalité » indubitable en soi : c’est un peu le cas des expressions qui substantialisent la « noosphère », comme « nappe pensante », « myriades de grains de pensée », etc. Il se peut qu’ici, Teilhard soit lui-même victime de son talent métaphoriste… Or, en termes rigoureux, vous le savez, comparaison n’est pas raison.
2/ La souffrance escamotée. Certes, Teilhard parle des ratés, des souffrances, des manquements à l’évolution qui induisent de la douleur, des passivités qu’il faut accepter comme rançons de la néguentropie, etc. Mais, du moins dans ce que j’ai lu jusqu’à présent, il me semble minimiser considérablement la condition tragique de l’Homme, pris individuellement ou collectivement, la grande clameur du monde tel qu’il est et de ses souffrances infinies et démesurées en tous points du globe. Pas seulement la souffrance d’ailleurs, mais aussi l’universelle prédation qu’il constate bien en tant que scientifique, mais dont il ne s’émeut pas outre mesure en tant qu’humaniste. Or, c’est cela qui fait obstacle à l’idée d’un Dieu bon dans le monde laïque. Un mal ou une peine proportionnée au travail que l’on fait, aux actes (ou aux erreurs) que l’on commet, cela semblerait supportable. Mais l’énormité et l’injustice de tant de maux planétaires (dans le monde des hommes mais aussi celui des animaux), cela ne « passe » pas, et bloque, je crois, pas mal de consciences susceptibles de partager l’optimisme teilhardien. Devant les maux de la terre, qui n’a pas
l’impression d’un Dieu inhumain qui, ignorant l’un des principes citoyens de notre Droit, se rend coupable de non assistance de personnes (ou de peuples) en danger…
En ce qui me concerne personnellement, j’achoppe sur le fait de la Prédation qui est à la fois a productrice du mal et structurellement nécessaire à notre vie/survie. C’est tout de même ennuyeux que tout le Monde vivant doive, pour survivre, pratiquer une prédation féroce sur le Monde vivant, même si cela produit des écosystèmes équilibrés. Bien sûr, la gazelle égorgée par le tigre ne souffre pas longtemps ; mais que le tigre doive égorger pour vivre, est-ce un destin enviable ? Est-ce bien différent dans le monde humain ? Que dire de tous ces champs de misère où les miséreux entre eux ne survivent qu’en se disputant férocement les moindres miettes de survie ? On a beau dire que c’est la faute des hommes, que Dieu a voulu préserver leur liberté en n’intervenant pas, il reste qu’il a fondé la vie et sa lancée évolutive en inventant la prédation comme énergie motrice. Peut-être n’est-ce pas un hasard si les religions primitives pratiquaient les sacrifices humains : pour calmer et assouvir les dieux, elles les imaginaient à l’image de leur propre survie, c’est-à-dire fonctionnant à la Prédation comme tout en ce monde. Et je dis parfois que, si vous et moi n’avions pas eu des ancêtres cannibales, nous ne serions pas là pour parler d’humanisme et imaginer un dieu Amour…
J’ajoute que l’argument selon lequel Dieu aurait tâtonné, ne réussissant pas d’un seul coup sa création, ayant lancé des lois dont les effets pervers le surprennent douloureusement, etc. ne tient pas debout lorsqu’on compare cela à l’extrême précision avec laquelle, de la mise au point du Big bang à la proportion oxygène/azote de notre atmosphère, il a judicieusement lancé l’univers pour y installer l’être humain et faire régner le « principe anthropique ».
Mais ce ne sont là que des réflexions provisoires, « l’Amour » et la compassion existant aussi à l’échelon naturel, y compris chez les animaux, et toute la question que nous nous posons restant donc à débrouiller longuement encore !
Bien à vous,
Bruno Hongre.
PS Vous citez p. 26 la formule socratique : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers ». Comme citation de Socrate empruntée au Temple de Delphes, on ne la trouve que sous la forme « Connais-toi toi-même » (même si elle implique la suite). Pourriez-vous me préciser où vous la trouvez sous cette formule (quel commentateur a donc ajouté « Et tu connaîtras l’univers » ?)
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Réponse de J.P. Frésafond
Voici quelques échanges avec Bruno Hongre, notre adhérent de l’Oise, à propos de son aimable critique du Manuel d’Etude, tome 1 concernant le Phénomène Humain.
-Je rappelle que dans les deux « manuels d’étude » sont des contractions de textes (et non pas des résumés). Dans ces tomes, je ne donne pas ma pensée, mais celle de Teilhard.
-Bruno Hongre définit le terme « conscience laïque » par « philosophiquement matérialiste ».
Les différentes définitions du mot « laïque » sont très élastiques au cours des siècles,. Pour moi, le mot « laïque » se confond avec le mot « areligieux » car un laïc peut être croyant et il ne faut pas faire l’amalgame avec « matérialiste ». Idem pour le mot «anti clérical » qui n’est pas toujours opposable au terme de croyant.
-Contrairement à ce que pense Bruno Hongre, Teilhard ne minimise pas la condition tragique de l’Homme, il la considère comme inévitable, conforme aux lois de l’évolution. A ce titre l’Homme dont l’évolution progresse par tâtonnements n’est pas mieux doté que les autres espèces du monde vivant. Les lois de la nature sont aveugles et insensibles à de quelconques sentiments, elles cherchent et trouvent aveuglément des solutions permettant au monde vivant et aux espèces les mieux adaptées de poursuivre leur expansion pour tendre à occuper toute la surface du globe terrestre. Dieu n’a rien à voir dans cette loi de la jungle, Il a seulement lancé le processus d’évolution de la matière. Or la matière contient tout ce qu’il fallait d’information et d’énergie pour atteindre un hypothétique Point Omega.
Teilhard est très clair sur la notion de « déchet », toute organisation se paye par une dissipation d’énergie. La perfection va coûter très cher … La parabole « du bon grain et l’ivraie » ne signifie pas autre chose. D’ailleurs plusieurs textes des Evangiles vont dans le même sens.
Sur ce point, « le Teilhard scientifique » est tout simplement lucide, des considérations humanistes seraient ici hors de propos. Même Dieu serait impuissant à réduire la souffrance humaine et Teilhard s’insurge contre certaines tendances religieuses qui voudraient faire passer ces souffrances comme la dette à payer pour effacer nos fautes.
En revanche, pour ce qui concerne le facteur humain, Teilhard soutient la thèse que chaque individu, par son attitude engagée, peut aider le Phénomène Humain à réussir. En conséquence, il ne faut pas attribuer à Teilhard un optimisme insensé car il sait que l’Humanité, par sa neutralité, peut conduire à un échec et que, seul, le goût de vivre, lui-même issu de la découverte du sens de l’univers, peut conduire à la réussite du Phénomène Humain. Il faut AIMER l’évolution, elle est la seule loi d’amour.
-A propos de la « prédation nécessaire » dans la nature, laquelle se prolonge dans la société humaine, on ne peut pas dire que c’est Dieu qui l’aurait voulue ainsi pour « préserver la liberté des humains » ! Le Principe universel Concepteur n’avait pas d’autre choix que celui de prendre l’énergie là où elle était, c'est-à-dire dans l’univers lui-même. Autrement dit, les êtres vivants doivent se « bouffer » entre eux ; ce qui n’exclue pas de le faire avec une certaine éthique (dans certaines ethnies primitives les chasseurs accomplissent des rituels concernant les gibiers qu’ils ont tués). La Bible et le Coran vont dans le même sens.
Toujours à propos des besoins énergétiques, à tout niveau de l’univers (des étoiles à la molécule) l’auto régulation joue un rôle prépondérant, et inimaginable, compte tenu de la complexification croissante du système. Par ses œuvres et son fonctionnement cérébral, les 80 kg d’un être humain sont plus gourmands en énergie que les 80 kg d’un animal mammifère supérieur.
La néguentropie croissante de l’univers accélère cette tendance dans des proportions exponentielles.
-Et Dieu dans tout cela ? Il ne tâtonne pas car l’évolution le fait à sa place ; Lui, Il observe sans doute le processus qu’il a lancé, Il a pris tous les risques. Comme Dieu possède une intelligence parfaite, Il « doit être sûr de son coup » . Il sait que le système qu’Il a mis en œuvre est fait pour transformer de l’énergie en information… c’est d’ailleurs ce qu’a suggéré Teilhard dans Le Phénomène Humain.
Quant à moi je dirais : Dieu est parfait mais pas tout de suite.
M’adressant directement à Bruno Hongre, je souhaiterais qu’il fasse sur le tome 2 de nos manuels d’étude (celui qui traite de L’Activation de l’Energie / Tome 7 du Seuil) le même travail qu’il a fait sur le tome 1. Cette œuvre de Teilhard traite des mêmes sujets que ceux du Phénomène Humain mais, cette fois, sur un plan philosophique et métaphysique plus proche de l’Homme.
Pour terminer ma réponse à Bruno Hongre, je vais aborder sa question concernant ma citation de la formule socratique , empruntée à un texte inscrit sur un temple de Delphe : « Connais toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux »
Socrate n’a pas laissé de trace écrite. Ses disciples Platon, Criton,Xenophon et beaucoup d’autres l’ont fait pour lui. On n’a donc pas de certitude absolue ce qu’il a dit ou n’a pas dit.
La seconde partie de la formule « et tu connaîtras l’univers et les dieux » est l’œuvre de différentes traditions qui, elles aussi, s’en sont inspirées. Même Jésus, par l’intermédiaire de son apôtre Matthieu aurait dit à peu près la même chose : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toute chose vous sera donnée de surcroît »
La même idée se retrouve dans l’Evangile apocryphe de Thomas.
Le philosophe Kierkegaard, très socratique, en tant que chrétien abonde aussi dans ce sens.
Jésus, Galiléen de naissance, était de tradition helléniste par cette origine régionale et l’on ne peut nier qu’il grecque, au même titre que tous les ésotérismes méditerranéens.
L’analogie entre Socrate et Jésus pourrait ne pas s’arrêter sur ce point car tous les deux n’ont rien fait pour éviter leur mort alors qu’ils auraient pu l’éviter. Socrate et Jésus voulaient leur mort pour impressionner leurs contemporains ; au même titre que les moines bouddhistes s’immolant par le feu. On peut parler de suicide sacrificiel.
Le « penser par soi-même » est un précepte de Voltaire dont la source d’inspiration est probablement d’influence socratique, elle aussi.
Enfin, pour citer une société que je connais bien, il nous est donné un précepte de base : « Visite l’Intérieur de la Terre, Rectifie, et tu Trouveras la Pierre secrète ». Cette formule est on ne peut plus socratique et complétée par la formule voltairienne : « penser par soi-même » qui ne cadre pas toujours avec les dogmes religieux et les directives politiques.
Les pensées sont universelles, elles appartiennent à tout le monde, malheureusement leur succès n’est pas toujours proportionnel à leur Sagesse …
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
J.P. Frésafond / éditorial juin 2010
Lundi 21 Juin 2010
Les messages de l’Eglise adressés aux incroyants ne semblent pas avoir réellement évolué depuis une cinquantaine d’années, en dépit du développement culturel important des esprits dans les sociétés modernes.
Au moyen âge, la population était composée de 95% d’analphabètes et de 5% de gens instruits, maintenant c’est l’inverse et le niveau culturel des « instruits » est beaucoup plus élevé que celui de leurs pairs du moyen-âge.
C’est probablement dans les couches sociales les plus instruites que se comptent le plus grand nombre d’incroyants et, pourtant, aucun message ciblé et spécifique n’est envoyé par l’Eglise pour atténuer le théisme insatisfait qui règne dans l’inconscient des ces incroyants qui, je le sens, aimeraient avoir une foi, une espérance.
Pour donner le goût de vivre à cette catégorie de personnes, la pensée scientifique et philosophique de Teilhard indiquerait une direction à leur recherche.
L’Eglise a bien pensé à Teilhard pour s’adresser aux non croyants, mais elle n’ose pas -ou ne peut pas- diffuser autre chose que la pensée très catholique du Père qui, d’ailleurs, a beaucoup de succès dans les milieux catholiques. En revanche, elle ne pénètre pas du tout dans les zones incroyantes de la société, pas plus que le message traditionnel d’ailleurs. L’Eglise refuse de reconnaître la double personnalité de Teilhard (c’estlogique, traditionnel et passéiste) qui est pourtant admise par ceux qui le connaissent bien ; étant donné que Teilhard est bi-face, on peut en présenter l’une au détriment de l’autre. On ne peut pas classer dans la même catégorie des livres comme LE MILIEU DIVIN et LE PHENOMENE HUMAIN. Le premier est admis et conseillé par l’Eglise quant au second, il est la cause de la mise aux oubliettes de notre père jésuite dont le Phénomène Humain fut , de son vivant, interdit de publication. Rien n’est fait pour en encourager la lecture. L’essai que j’ai fait en concevant deux manuels d’étude concernant Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie est repoussé, les deux livres officieusement interdist par la Fondation Teilhard de Chardin. Placé devant cet état de fait, je propose quelques réflexions.
-Teilhard est-il un pur mystique chrétien méritant une ferveur particulière ? Cette dévotion justifie-t-elle la mise sous silence de sa pensée scientifique et philosophique ?
Je sais bien que les multiples facettes d’un homme plongent dans l’unicité profonde d’un être. Cependant, selon l’usage que l’on veut en faire, on peut mettre davantage en valeur l’une ou l’autre de ses facettes.
-L’Eglise catholique vise la pensée unique, particulièrement en France vis-à-vis des masses chrétiennes. L’un de nos adhérents teilhardien, docteur en physique, nous a relaté le récent colloque Teilhard qui s’est déroulé cette année à New York. Le public jeune était très important, et l’on sait pourquoi : si l’on consulte les bibliographies sur Teilhard dans les universités américaines, elles sont des milliers alors qu’en France il n’y en a presque pas.
Si des responsables d’Universités françaises sont interrogés, on apprend que Teilhard ne figure pas dans le corpus philosophique de l’Education Nationale. La réponse est identique dans les milieux scientifiques universitaires où Teilhard est considéré comme un scientifique décalé, on le traite de poète, comme si l’intuition n’était pas à l’origine des grandes découvertes. Mais les scientifiques qui font de tels jugements n’ont fait que survoler les treize tomes édités la le SEUIL et surtout ils ignorent pour la plupart Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie. Enfin, ils ignorent les publications extrêmement nombreuses de Teilhard dans les revues purement scientifiques en matière de géologie, de paléontologie, comme dans la revue Geobiologia qu’il créa et dont la portée fut internationale. Teilhard était reconnu par les scientifiques de son époque, dans le monde entier.
- Voici l’une des raisons du discordisme : les milieux religieux et scientifiques n’osent pas proclamer que la recherche scientifique se prolonge naturellement dans l’intelligence philosophique et religieuse. Toutes les œuvres de l’Homme ne sont-elles pas le prolongement de l’esprit ? L’esprit n’est-il pas inséparable de la matière ? Les artefacts sont l’extension de la main et de l’esprit de l’Homme.
-La pensée scientifique et philosophique de Teilhard est unique au monde et encore trop en avance sur les positionnements des scientifiques et philosophes actuels. Seule la pensée de Teilhard peut sauver les neuf dixièmes de l’humanité de l’angoisse existentielle ou du refus du sens de l’espèce pour la conduire vers l’amour de l’évolution. Seule sa pensée philosophique et scientifique peut toucher ceux qui vivent en dehors des religions. Quoi qu’en disent les différentes confessions, leur discours n’atteindra jamais que leurs adeptes qui ^pourtant sont capables de comprendre cela et d’admettre que l’Eglise devrait moduler son propos en fonction des catégories sociales concernées.
Les crustacés bloqués dans leur carapace n’ont pas évolué vers des phases supérieures. En serait-il de même pour l’Eglise ?
-Je ne suis pas plus dur que Teilhard vis-à-vis de l’Eglise et je pourrais citer des pages terribles qu’il prononça au sujet de cette Institution, concernant justement sa rigidité, son inadaptation. Cherchez les dans Le Phénomène Humain et dans toute son œuvre. Au moins vous saurez pourquoi certains chrétiens obéissent aveuglément au monitum du Saint Office, promulgué en 1962 et qui est toujours en vigueur. Je vais le citer. Le Saint Office, lui non plus, ne mâche pas ses mots :
« AVERTISSEMENT
Certaines œuvres, même posthumes, du Père P. Teilhard de Chardin se répandent et connaissent un succès qui n’est pas mince.
Sans juger ce qui concerne les sciences positives, il est suffisamment manifeste qu’en matière philosophique et théologique les dites œuvres fourmillent d’ambiguïtés ou plutôt d’erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine catholique.
C’est pourquoi les Em. Et Rév. Pères de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office invitent tous les Ordinaires, et aussi les Supérieurs d’Instituts religieux , les Supérieurs de Séminaires et les Recteurs d’Universités, à défendre efficacement les esprits, surtout des jeunes, contre les dangers des œuvres du P. Teilhard de Chardin et de ses acolytes ;
Rome, Saint Office, le 30 juin 1962 »
-Actuellement, fleurissent de nombreux colloques organisés par les instances religieuses ayant pour thème : Dieu et la science, Evolution et croyance, Science et Religion, etc … Peut-être en sortira-t-il quelque chose de positif en direction des milieux athées si les antagonistes ne font pas semblant d’aborder le problème du concordisme ?
-Le jeudi 10 juin 2010, à l’Université Catholique de Lyon, le Professeur Dominique Lambert a donné une conférence intitulée «Un Dialogue renouvelé entre Science et Religion ». Le Professeur D.Lambert, titulaire de plusieurs doctorats en Science et en Théologie, appartient à l’Académie Royale de Belgique, à l’Université Notre Dame de la Paix à Namur, et au Conseil Pontifical pour la Culture au Vatican.
A mon avis, on peut encore parler d’antagonisme entre les mondes scientifiques et religieux, l’un et l’autre se craignent réciproquement et s’observent depuis bientôt 200 ans.
Selon le Professeur Lambert, les relations science/foi se compliquent et changent lorsque l’on passe d’une religion à l’autre. Un telle situation met en évidence la superficialité des différences doctrinales, si ce n’était pas le cas la relation science/foi ne serait pas affectée par ces différencest car les fondamentaux des religions s’unissent dans leur origine commune qui est elle-même l’assise de la religion universelle. Sans remonter si haut, on peut dire que les fondamentaux des trois Religions du Livre leur sont communs.
Le conférencier cite une anecdote du Père G. Lemaître (co-inventeur du big bang) qui préconisait d’isoler, et même immuniser les sciences de toute contamination issue de toute théologie. Il souhaitait même que « la science fut indépendante de toute philosophie ». Cette position suscita des échanges croustillants. Lemaître traitait Einstein de « spinoziste », tandis qu’Einstein répondait aux allégations de Lemaître en lui disant « qu’il faisait de la physique de curé » …
Le Professeur Lambert est équilibré et lucide dans ses propos et, à la question de savoir si les présupposés scientifiques doivent avoir ou pas de charge théologique, il répond que la charge philosophique de la science est déjà acquise. Le Professeur Lambert se prononce ainsi sagement si l’on considère des théologies qui s’opposent par exemple au sujet de l’hypothèse d’une entropie maximale vers la fin probable de l’univers et un retour de l’Esprit vers le Créateur.
Autres querelles byzantines évoquées par le conférencier :
-quelle est la différence entre création et commencement ?
-Ou encore :comment articuler le concordisme et le discordisme ? (lien entre science et religion). Selon le Professeur Lambert, l’articulation entre science et religion doit être bilatéral et doit s’inspirer de la nature car la philosophie de la nature laisse toute liberté au Créateur. Puis, le conférencier conclue de manière panthéiste que Dieu attend l’Homme. Il évoque ainsi la patience de Dieu … est-ce que cela signifierait que Dieu a besoin des Hommes ?
Cette conférence n’était pas à la portée du grand public (l’assistance était principalement composée d’universitaires), a-t-elle fait avancer les choses ? J’en doute, car tous étaient du même bord, heureux d’avoir le privilège d’être seuls à comprendre le sens des propos échangés.
Je ^pense que ces querelles science/foi sont des enfantillages et jouent sur des détail.
-Le Doyen de philosophie de l’Etablissement a joué le rôle du « répondant » en posant quatre questions dont il était difficile de saisir le sens car elles étaient noyées dans un flot de citations de noms d’auteurs et de titres de livres, et ce dans une allocution d’un quart d’heure pendant lequel , l’orateur prenait visiblement un immense plaisir à s’entendre parler, tout en restant en dehors de la question centrale afin de ne pas prendre position.
J’admire le conférencier qui réussit à répondre succinctement à ces questions…
-En conclusion je dirai que le thème de ce débat est « copié collé » sur la pensée de Teilhard et sa lutte pour faire avancer l’Eglise, mais dont les pensées n’ont pas été citées une seule fois. Je précise que j’ai constaté la même chose dans des débats similaires, l’un au Lycée Jésuite de Lyon et l’autre à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de St Etienne (42)
Teilhard est volontairement ignoré par les intellectuels, mais sa pensée originale et unique , elle, n’est pas morte ; elle est récupérée , ce qui est déjà un résultat.
Au moyen âge, la population était composée de 95% d’analphabètes et de 5% de gens instruits, maintenant c’est l’inverse et le niveau culturel des « instruits » est beaucoup plus élevé que celui de leurs pairs du moyen-âge.
C’est probablement dans les couches sociales les plus instruites que se comptent le plus grand nombre d’incroyants et, pourtant, aucun message ciblé et spécifique n’est envoyé par l’Eglise pour atténuer le théisme insatisfait qui règne dans l’inconscient des ces incroyants qui, je le sens, aimeraient avoir une foi, une espérance.
Pour donner le goût de vivre à cette catégorie de personnes, la pensée scientifique et philosophique de Teilhard indiquerait une direction à leur recherche.
L’Eglise a bien pensé à Teilhard pour s’adresser aux non croyants, mais elle n’ose pas -ou ne peut pas- diffuser autre chose que la pensée très catholique du Père qui, d’ailleurs, a beaucoup de succès dans les milieux catholiques. En revanche, elle ne pénètre pas du tout dans les zones incroyantes de la société, pas plus que le message traditionnel d’ailleurs. L’Eglise refuse de reconnaître la double personnalité de Teilhard (c’estlogique, traditionnel et passéiste) qui est pourtant admise par ceux qui le connaissent bien ; étant donné que Teilhard est bi-face, on peut en présenter l’une au détriment de l’autre. On ne peut pas classer dans la même catégorie des livres comme LE MILIEU DIVIN et LE PHENOMENE HUMAIN. Le premier est admis et conseillé par l’Eglise quant au second, il est la cause de la mise aux oubliettes de notre père jésuite dont le Phénomène Humain fut , de son vivant, interdit de publication. Rien n’est fait pour en encourager la lecture. L’essai que j’ai fait en concevant deux manuels d’étude concernant Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie est repoussé, les deux livres officieusement interdist par la Fondation Teilhard de Chardin. Placé devant cet état de fait, je propose quelques réflexions.
-Teilhard est-il un pur mystique chrétien méritant une ferveur particulière ? Cette dévotion justifie-t-elle la mise sous silence de sa pensée scientifique et philosophique ?
Je sais bien que les multiples facettes d’un homme plongent dans l’unicité profonde d’un être. Cependant, selon l’usage que l’on veut en faire, on peut mettre davantage en valeur l’une ou l’autre de ses facettes.
-L’Eglise catholique vise la pensée unique, particulièrement en France vis-à-vis des masses chrétiennes. L’un de nos adhérents teilhardien, docteur en physique, nous a relaté le récent colloque Teilhard qui s’est déroulé cette année à New York. Le public jeune était très important, et l’on sait pourquoi : si l’on consulte les bibliographies sur Teilhard dans les universités américaines, elles sont des milliers alors qu’en France il n’y en a presque pas.
Si des responsables d’Universités françaises sont interrogés, on apprend que Teilhard ne figure pas dans le corpus philosophique de l’Education Nationale. La réponse est identique dans les milieux scientifiques universitaires où Teilhard est considéré comme un scientifique décalé, on le traite de poète, comme si l’intuition n’était pas à l’origine des grandes découvertes. Mais les scientifiques qui font de tels jugements n’ont fait que survoler les treize tomes édités la le SEUIL et surtout ils ignorent pour la plupart Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie. Enfin, ils ignorent les publications extrêmement nombreuses de Teilhard dans les revues purement scientifiques en matière de géologie, de paléontologie, comme dans la revue Geobiologia qu’il créa et dont la portée fut internationale. Teilhard était reconnu par les scientifiques de son époque, dans le monde entier.
- Voici l’une des raisons du discordisme : les milieux religieux et scientifiques n’osent pas proclamer que la recherche scientifique se prolonge naturellement dans l’intelligence philosophique et religieuse. Toutes les œuvres de l’Homme ne sont-elles pas le prolongement de l’esprit ? L’esprit n’est-il pas inséparable de la matière ? Les artefacts sont l’extension de la main et de l’esprit de l’Homme.
-La pensée scientifique et philosophique de Teilhard est unique au monde et encore trop en avance sur les positionnements des scientifiques et philosophes actuels. Seule la pensée de Teilhard peut sauver les neuf dixièmes de l’humanité de l’angoisse existentielle ou du refus du sens de l’espèce pour la conduire vers l’amour de l’évolution. Seule sa pensée philosophique et scientifique peut toucher ceux qui vivent en dehors des religions. Quoi qu’en disent les différentes confessions, leur discours n’atteindra jamais que leurs adeptes qui ^pourtant sont capables de comprendre cela et d’admettre que l’Eglise devrait moduler son propos en fonction des catégories sociales concernées.
Les crustacés bloqués dans leur carapace n’ont pas évolué vers des phases supérieures. En serait-il de même pour l’Eglise ?
-Je ne suis pas plus dur que Teilhard vis-à-vis de l’Eglise et je pourrais citer des pages terribles qu’il prononça au sujet de cette Institution, concernant justement sa rigidité, son inadaptation. Cherchez les dans Le Phénomène Humain et dans toute son œuvre. Au moins vous saurez pourquoi certains chrétiens obéissent aveuglément au monitum du Saint Office, promulgué en 1962 et qui est toujours en vigueur. Je vais le citer. Le Saint Office, lui non plus, ne mâche pas ses mots :
« AVERTISSEMENT
Certaines œuvres, même posthumes, du Père P. Teilhard de Chardin se répandent et connaissent un succès qui n’est pas mince.
Sans juger ce qui concerne les sciences positives, il est suffisamment manifeste qu’en matière philosophique et théologique les dites œuvres fourmillent d’ambiguïtés ou plutôt d’erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine catholique.
C’est pourquoi les Em. Et Rév. Pères de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office invitent tous les Ordinaires, et aussi les Supérieurs d’Instituts religieux , les Supérieurs de Séminaires et les Recteurs d’Universités, à défendre efficacement les esprits, surtout des jeunes, contre les dangers des œuvres du P. Teilhard de Chardin et de ses acolytes ;
Rome, Saint Office, le 30 juin 1962 »
-Actuellement, fleurissent de nombreux colloques organisés par les instances religieuses ayant pour thème : Dieu et la science, Evolution et croyance, Science et Religion, etc … Peut-être en sortira-t-il quelque chose de positif en direction des milieux athées si les antagonistes ne font pas semblant d’aborder le problème du concordisme ?
-Le jeudi 10 juin 2010, à l’Université Catholique de Lyon, le Professeur Dominique Lambert a donné une conférence intitulée «Un Dialogue renouvelé entre Science et Religion ». Le Professeur D.Lambert, titulaire de plusieurs doctorats en Science et en Théologie, appartient à l’Académie Royale de Belgique, à l’Université Notre Dame de la Paix à Namur, et au Conseil Pontifical pour la Culture au Vatican.
A mon avis, on peut encore parler d’antagonisme entre les mondes scientifiques et religieux, l’un et l’autre se craignent réciproquement et s’observent depuis bientôt 200 ans.
Selon le Professeur Lambert, les relations science/foi se compliquent et changent lorsque l’on passe d’une religion à l’autre. Un telle situation met en évidence la superficialité des différences doctrinales, si ce n’était pas le cas la relation science/foi ne serait pas affectée par ces différencest car les fondamentaux des religions s’unissent dans leur origine commune qui est elle-même l’assise de la religion universelle. Sans remonter si haut, on peut dire que les fondamentaux des trois Religions du Livre leur sont communs.
Le conférencier cite une anecdote du Père G. Lemaître (co-inventeur du big bang) qui préconisait d’isoler, et même immuniser les sciences de toute contamination issue de toute théologie. Il souhaitait même que « la science fut indépendante de toute philosophie ». Cette position suscita des échanges croustillants. Lemaître traitait Einstein de « spinoziste », tandis qu’Einstein répondait aux allégations de Lemaître en lui disant « qu’il faisait de la physique de curé » …
Le Professeur Lambert est équilibré et lucide dans ses propos et, à la question de savoir si les présupposés scientifiques doivent avoir ou pas de charge théologique, il répond que la charge philosophique de la science est déjà acquise. Le Professeur Lambert se prononce ainsi sagement si l’on considère des théologies qui s’opposent par exemple au sujet de l’hypothèse d’une entropie maximale vers la fin probable de l’univers et un retour de l’Esprit vers le Créateur.
Autres querelles byzantines évoquées par le conférencier :
-quelle est la différence entre création et commencement ?
-Ou encore :comment articuler le concordisme et le discordisme ? (lien entre science et religion). Selon le Professeur Lambert, l’articulation entre science et religion doit être bilatéral et doit s’inspirer de la nature car la philosophie de la nature laisse toute liberté au Créateur. Puis, le conférencier conclue de manière panthéiste que Dieu attend l’Homme. Il évoque ainsi la patience de Dieu … est-ce que cela signifierait que Dieu a besoin des Hommes ?
Cette conférence n’était pas à la portée du grand public (l’assistance était principalement composée d’universitaires), a-t-elle fait avancer les choses ? J’en doute, car tous étaient du même bord, heureux d’avoir le privilège d’être seuls à comprendre le sens des propos échangés.
Je ^pense que ces querelles science/foi sont des enfantillages et jouent sur des détail.
-Le Doyen de philosophie de l’Etablissement a joué le rôle du « répondant » en posant quatre questions dont il était difficile de saisir le sens car elles étaient noyées dans un flot de citations de noms d’auteurs et de titres de livres, et ce dans une allocution d’un quart d’heure pendant lequel , l’orateur prenait visiblement un immense plaisir à s’entendre parler, tout en restant en dehors de la question centrale afin de ne pas prendre position.
J’admire le conférencier qui réussit à répondre succinctement à ces questions…
-En conclusion je dirai que le thème de ce débat est « copié collé » sur la pensée de Teilhard et sa lutte pour faire avancer l’Eglise, mais dont les pensées n’ont pas été citées une seule fois. Je précise que j’ai constaté la même chose dans des débats similaires, l’un au Lycée Jésuite de Lyon et l’autre à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de St Etienne (42)
Teilhard est volontairement ignoré par les intellectuels, mais sa pensée originale et unique , elle, n’est pas morte ; elle est récupérée , ce qui est déjà un résultat.
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Je dirai d’abord que Teilhard n’aurait pas aimé le mot “ définition ” appliqué à l’homme. Car il aurait estimé que ce mot évoque une conception trop statique. Dans “ définir ”, il y a la racine latine “ finis ” limite. Définir, c’est mettre des limites, des bornes, bien circonscrire un donné. À proprement parler l’homme ne se définit pas, parce qu’il n’est pas fini, pas achevé. Il est en devenir ; il est même “ embryonnaire ” dit Teilhard (X, p. 239) . Effectivement, l’homme n’est pas seulement un donné, il se fait, il se crée en quelque sorte ; il est celui qui s’affranchit des limitations ; il est celui qui repousse constamment, obstinément les bornes de son savoir, de son avoir et de son pouvoir. Et, ce faisant, il espère aussi “ être plus ”, c’est-à-dire franchir les limites de sa propre essence, de ce qu’on dit être son “ être naturel ”. Il est donc impossible, à strictement parler, de définir l’homme. Tout au plus peut-on donner une approche, une esquisse, à condition de ne jamais oublier son caractère dynamique et ouvert. En ce sens Teilhard parle d’ “ Homo progressivus ” (V, p. 173). Ceci précisé, voyons quelques jalons posés par Teilhard pour cette esquisse. Jalons que je regroupe selon deux approches possibles :
- au niveau phénoménologique (observation du phénomène humain) ;
- au niveau philosophique.
I — Observation du phénomène humain
Dans la série des primates, qu’est-ce qui caractérise l’homme, et donc le distingue des autres espèces ? Teilhard n’insiste pas beaucoup sur la différenciation morphologique qu’il qualifie de “ faible ” par rapport aux anthropoïdes (III, p. 80).
Ce qui lui paraît déterminant, ce sont les deux caractéristiques suivantes : 1. “ La découverte par les individus de l’instrument artificiel ; 2. “ La réalisation par la collectivité d’une unité organiquement liée ” (III, p. 83) .
1) Grâce à l’outil, l’homme s’affranchit de la spécialisation organique, alors que l’organisme animal se spécialise dans certaines fonctions qui, par le fait, sont des limitations. Grâce à l’avion, l’homme peut voler comme l’oiseau ; grâce au sous-marie et appareils de plongée, se déplacer sous l’eau comme le poisson, etc… “ Seul entre tous les animaux, dit Teilhard, l’homme a la faculté de diversifier son effort sans en devenir définitivement l’esclave ” (III, p. 85). Une des caractéristiques de l’hominisation et du phénomène humain serait, non la spécialisation organique, mais la spécialisation instrumentale. D’où le pouvoir qu’a l’homme de dominer la terre, domination que Teilhard qualifie justement d’ ”instrumentale ”. Par ce pouvoir, l’homme a supplanté toutes les autres espèces animales ; il est désormais sans rival pour domestiquer la terre elle-même. L’homme comme “ homo faber ”, voilà un caractère observable permettant de distinguer l’homme des anthropoïdes.
2) Pour l’anthropologue, l’homme ce n’est pas seulement l’individu (l’ “ homme-individu ”) c’est aussi le groupe (l’ “ homme-collectif ”, V, p. 93). “ Le groupe zoologique humain ”, en effet, a ceci de particulier qu’il se constitue en sociétés complexes et qu’il a une diffusion universelle. Ce phénomène social est le prolongement du biologique qui, au niveau humain, prend une coloration bien spécifique. Une approche de “ définition ” de l’homme doit donc inclure la dimension sociale. L’ “ homo faber ”, ce n’est pas seulement l’homme individuel, c’est le groupe. “ L’outil est passé de l’individu au groupe ” dit justement Teilhard (VII, p. 165).
L’observation du phénomène humain se doit d’aller plus loin, et d’enregistrer ce qui caractérise plus profondément l’ “ homo faber ” : les propriétés psychiques (nous restons encore au niveau de l’observation des phénomènes).
a) D’abord la conscience réfléchie, “ d’où est sortie la découverte de l’instrument artificiel ” (III, p. 88). “ L’homme est caractérisé par des mains et un cerveau ”, c’est un “ cérébro-manuel ” (VII, p. 164).
b) Ensuite au niveau collectif, ce que Teilhard appelle, après Édouard Le Roy, “ la conspiration ” des consciences, “ d’où est née la forme toute nouvelle de liaison qui distingue la couche humaine de tous les autres départements de la vie terrestre ” (III, p. 88s) (VII, p. 164).
Ce double phénomène est si vaste, si important pour l’observateur, qu’on peut parler de “ Noosphère ” comme on parle de “ biosphère ” pour le domaine du vivant.
II — Réflexions philosophiques
Avançons encore avec Teilhard, car la démarche scientifique ou phénoménologique n’est pas suffisante pour dire ce qu’est l’homme. Elle en reste trop à l’extérieur. L’homme n’est pas extérieur au phénomène humain, il est ce phénomène. Il peut donc s’observer de l’intérieur, s’analyser, pour mieux saisir ce qu’il est. Teilhard ne s’en prive pas, bien sûr, il aborde le niveau de la réflexion philosophique. Et, ce faisant, il rejoint les analyses classiques, lorsqu’il caractérise l’homme comme être réfléchi et personnel, mais il n’isole jamais ces caractéristiques de leur enracinement et de leur développement social.
1) L’homme comme être réfléchi
Voici quelques citations de Teilhard : l’homme est un “ animal pensant ”, une “ conscience capable de s’apercevoir elle-même dans la simplicité ramassée de ses facultés ” (I, p. 186) ; “ La caractéristique essentielle de l’homme, la racine de toutes ses perfections, c’est d’être conscient au second degré. Non seulement l’homme sait, mais “ il sait qu’il sait ”. Il réfléchit (V, p. 168). La Conscience “ au carré ” ou encore, selon la belle phrase de Teilhard : “ L’homme bouclant au fond de soi-même le cercle de la connaissance ” (V, p. 353) .
J’attire votre attention sur une des formules précédentes où Teilhard voit dans le pouvoir de réfléchir “ la racine de toutes (les) perfections ” de l’homme. En effet, ce pouvoir rend possible l’abstraction, la formation d’idées, de langages, de “ modèles ” opérationnels. Parce qu’il peut réfléchir, donc prendre du recul vis-à-vis des choses, des autres et de lui-même, l’homme transcende le monde tout en étant du monde. Paradoxe de l’homme qui faisait l’admiration d’un Pascal.
Il n’est plus complètement immergé dans la nature comme l’animal qui, si conscient qu’il soit, n’arrive pas à décoller de l’univers qui l’entoure et l’emprisonne. Conséquence incalculable : l’homme émergeant de la nature peut la dominer. Et voilà pourquoi l’homme a pu fabriquer des outils. Certains animaux peuvent parfois utiliser momentanément un objet comme instrument. Mais pour fabriquer un outil et le garder en réserve, il faut pouvoir abstraire, c’est-à-dire, dans le cas, former l’idée que l’objet, modifié de telle façon, pourra servir à tel usage, à tel moment ; il faut pouvoir se donner un “ modèle ”. C’est une opération mentale très complexe, que l’animal ne saurait faire. De fait, seul l’homme fabrique des outils en série, selon un modèle. De même le langage, cet outil extraordinaire que l’homme a inventé pour communiquer avec autrui (d’abord au moyen de sons, puis par des symboles écrits…).
La connaissance humaine est en quelque sorte une connaissance technicienne, c’est-à-dire une connaissance qui, partant de l’observation des choses pour en comprendre le mécanisme, imagine, invente des moyens d’agir sur ces choses pour les utiliser et les transformer. Le même processus est à l’œuvre, qu’il s’agisse de la fabrication d’un instrument en bois, en os ou en silex, ou qu’il s’agisse de construire un ordinateur ou une centrale atomique.
La connaissance humaine n’est pas seulement une connaissance intuitive ou contemplative des choses. C’est aussi une connaissance active et tragique. L’homme voit les insuffisances de la nature (ses dangers, sa puissance d’écrasement, d’absorption, etc.) et ses propres insuffisances ; il prévoit ou cherche à prévoir ce qui peut arriver. Alors il imagine ce qu’il pourrait faire pour modifier à son avantage cet état de choses. Et il le fait ou … essaie de le faire. L’homme n’est pas seulement un roseau pensant, c’est un roseau agissant. L’homme est autant par ce qu’il fait que par ce qu’il pense. En utilisant un langage anthropomorphiste, on pourrait dire que l’animal subit la nature, l’accepte telle qu’elle est et se contente de s’y adapter. L’homme, au contraire, n’accepte pas sans conditions cette nature qui souvent l’opprime, il la transforme. Au lieu de simplement s’adapter à la nature, il essaie d’adapter la nature à lui. Aucun animal n’a tenté pareille entreprise qui fait de l’homme une sorte de démiurge.
Avec l’homme nous sommes entrés dans “ le troisième infini ” comme aimait dire Teilhard. À côté de l’infiniment grand des espaces stellaires, à côté de l’infiniment petit du monde atomique, il y a l’infini de complexité du monde humain, caractérisé par la connaissance réflexive, la liberté et l’amour…
2) L’homme comme être personnel
Le mot qui s’applique le moins mal à cet être singulier, c’est sans doute celui de “ personne ” ou mieux d’être en voie de personnalisation. Qui dit “ personne ” dit réflexion, liberté, amour et aussi relation à l’autre. Sur ce dernier point Teilhard insiste constamment, rejoignant par là tout le courant personnaliste, illustré à son époque, entre autres, par un Mounier. Comme ce dernier, il oppose individu et personne pour relier personne et communauté (cf. I, p. 292 ; V, pp. 248, 288 ; VI, pp. 37, 81, 178 ; VII, p. 123 ; VIII, p. 165 ; IX, p. 180, etc.). Être homme, c’est être-avec ; c’est être en relation avec le monde, mais surtout en relation avec les autres personnes. L’homme, ce n’est pas la “ monade ”, mais la “ dyade ”, encore que la “ dyade ” ne soit qu’une étape. La dyade amoureuse, si elle est le “ modèle ” de la relation interpersonnelle et de la promotion supra-individuelle que réalise l’amour, ne se réduit pas à la relation homme-femme. Elle s’ouvre sur la “ triade ” et finalement sur la communauté humaine entière. La relation inter-personnelle ne se réduit jamais à un cercle, ce qui serait une limitation. La personne est de soi ouverture sur un au-delà d’elle-même jusqu’à l’infini. Dans ce dynamisme, la personne se dépasse elle-même et s’épanouit dans ce dépassement. En d’autres termes, le mouvement de personnalisation individuelle ne peut se réaliser pleinement que dans le mouvement de personnalisation de la communauté humaine, elle-même ouverte sur l’Ultra-Humain.
En effet, lorsque Teilhard reprend les caractéristiques classiques de l’homme : pensée, liberté, amour… il leur donne toujours un développement communautaire et même planétaire (voir VII, p. 74s).
Par exemple, quand Teilhard étudie le pouvoir de réflexion, qui est pour lui la racine des pouvoirs de l’homme, il ne s’en tient pas au premier stade : le “ pas de la réflexion ” individuelle. Car c’est un premier pas — non le terme final — de la conscientisation humaine. La réflexion est aussi un phénomène collectif : la “ noosphère ”. Et la “ noosphère ” est une “ noogénèse ” (II, p. 314) ; l’humanité en se complexifiant, tend à former un “ cerveau de cerveaux ” (III, p. 321) ; elle se dirige vers un nouveau seuil critique : le “ pas de la Co-réflexion ”. (Voir à ce sujet des textes très explicites dans V, pp. 168, 169, 226, 248 ; VII, p. 74 ; et aussi II, p. 327ss, notamment le symbole de l’ellipse humaine p. 334ss. ; et III, p. 321s ; V, pp. 205s, 381 s.). Notre penseur est convaincu que la montée de l’esprit, de la conscience, de la liberté, est un mouvement de personnalisation croissante qui tend à résoudre l’antinomie entre individu et humanité.
On comprend dès lors qu’il insiste tant sur la dimension sociale de l’homme. Pour lui, elle est ontologique, même s’il n’emploie pas ce terme philosophique. Mais le mouvement de personnalisation n’est pas automatique. La personne est une liberté qui s’affranchit du déterminisme dans la mesure où elle se réalise comme personne. C’est dire que le progrès de l’homme dans la conscience, dans la liberté, dans l’amour, n’est possible que par le progrès de la communauté humaine elle-même. C’est dire, du même coup, que cette communauté doit répondre à des conditions humaines : elle doit être personnalisante, c’est-à-dire non seulement respectueuse des droits de chaque personne humaine, mais promotrice des valeurs de chacune. Ce n’est donc pas n’importe quel type de société ou de socialisation qui peut répondre au projet de l’homme. Par exemple, une socialisation de type fourmilière ou termitière, c’est-à-dire du type totalitaire, serait une régression évolutive désastreuse et finalement inviable, car le progrès évolutif conserve toujours le stade évolutif atteint précédemment, donc dans le cas présent : la valeur de la personne, sa pensée, sa liberté…
Une socialisation vraiment humaine ne peut être envisagée que comme un mouvement de personnalisation, de plus grande réflexion, de plus grande liberté, de plus grande solidarité. Mais, comme la liberté est au cœur du phénomène humain, rien n’empêche un groupe social de faire un choix de société désastreux ! (I, p. 125 ; V, p. 249 ; VII, pp. 181, 214-216 ; VIII, 142 etc.)
En guise de conclusion
De même qu’on ne peut définir l’homme, on ne peut conclure sur l’homme. Seulement signaler une trajectoire. L’homme n’est pas un pur donné, il se développe, il se fait et il ne se fait jamais seul, tant il est vrai que l’homme n’est pas un être solitaire mais solidaire.
En bref, l’homme est une conscience réfléchie en progrès vers la co-réflexion noosphérique… C’est une liberté qui découvre de plus en plus ses liens de solidarité avec les autres libertés humaines, et qui est de plus en plus amenée à faire des choix fondamentaux face à l’avenir, non seulement individuel, mais collectif de l’humanité… C’est une personne qui n’est qu’au début de son développement, qui découvre progressivement que l’accroissement de sa personnalisation passe par la promotion des autres personnes, par une amorisation plus grande des relations interpersonnelles dans la communauté humaine…
Autrement dit, l’homme est un projet et une espérance, mais cela dépasse toutes limites assignables, toute définition. L’homme, c’est celui qui n’a pas de définition, créé qu’il est, comme dit la Bible, “ à l’image de Dieu ”.
Gérard-Henry BAUDRY
Derniers ouvrages de l’auteur sur Teilhard :
Le Credo de Teilhard, 2004, 17 €.
Teilhard de Chardin et l’Appel de l’Orient. La Convergence des religions, 2005, 17 €.
Teilhard et Chardin ou le Retour de Dieu, 2007, 18 €.
Dictionnaire Teilhard de Chardin, 2009, 15 €.
Les quatre ouvrages sont parus chez Aubin éditeur, Saint-Etienne.
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Note de la rédaction : Quelques pistes de réflexion proposées par notre ami Michel AUBIN pour notre prochaine réunion de travail.
Espérant que ses propositions feront écho .....................
Voici quelques textes qui pourraient nous permettre d’alimenter le site :
Je commence par la conclusion de Teilhard du tome 7 : Activation de l’Energie chapitre « Le sens de l’espèce chez l’homme » ; et j’ouvrirai le débat par 4 citations : celle sur le mal par St Thomas d’Aquin, citation déroutante ; Celle de Darwin, sur son émerveillement de l’Univers ; celle de Bergson, de la vie du corps à la vie de l’Esprit ; celle de Benoît XVI sur l’altérité, thème cher au philosophe juif Lévinas ; pour terminer, par une nouvelle citation de Teilhard du tome 6 qui nous enseigne l’évolution de l’amour avec beaucoup de finesse.
Teilhard t. 7, p. 210
« Chez les animaux, le sens de l’Espèce est essentiellement élan aveugle de reproduction, chez l’homme en vertu des deux phénomènes conjugués de réflexion et de totalisation … poursuivi en direction … d’un arrangement optimum en vue d’une hominisation maximum de la Noosphère…Encore faut-il que l’Univers se montre capable d’éveiller et d’entretenir en nous une lumière suffisante d’espérance et une chaleur suffisante d’amour… »
St Thomas d’Aquin
« Dieu n’a pas idée du mal ». En effet Dieu ne peut pas « dire » le mal car il ne le conçoit pas, il est étranger ontologiquement, infiniment étranger au mal.
En ces temps de Tous Saints, j’ai la ferme conviction qu’en fonction d’une très vielle croyance que nous sommes crée à l’image de Dieu, notre éternité sera, elle aussi, dans l’ignorance totale du mal.
Darwin, Autobiographie p. 76
« Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, lié à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je pense être qualifié de déiste. »
Bergson, De la vie du corps à la vie de l’Esprit
« Les doctrines spiritualistes … ont raison de croire à la réalité absolue de la personne et à son indépendance vis-à-vis de la matière ; - mais la science est là, qui montre la solidarité de la vie consciente et de l’activité cérébrale. Elles ont raison d’attribuer à l’homme une place privilégiée dans la nature, de tenir pour infinie la distance de l’animal à l’homme, - mais l’histoire de la vie est là, qui nous fait assister à la genèse des espèces par voie de transformation graduelle des espèces par voie de transformation graduelle et qui semble ainsi réintégrer l’homme dans l’animalité. »
Benoît XVI encyclique
« … Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas ‘’voir dans l’autre que l’autre’’, mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui ‘’devienne soin de l’autre pour l’autre’’ »
Teilhard, t. VI, pp. 40-43
L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. Non plus seulement l’attrait unique et périodique en vue de la fécondité matérielle, mais une possibilité sans limite et sans repos, de contact par l’esprit beaucoup plus que par le corps ; antennes infiniment nombreuses et subtiles, qui se cherchent parmi les délicates nuances de l’âme. – Vers l’Homme, à travers la Femme, c’est en réalité l’Univers qui s’avance. Toute la question … c’est qu’ils se reconnaissent … Si ce que nous avons dit est vrai, c’est-à-dire s’il y a vraiment en formation un « Esprit de la Terre », - alors les éléments de cet Esprit ne sauraient se repousser, en définitive. Mais, plus puissante que toute tendance à l’extériorité mutuelle, il faut que se dissimule entre eux une foncière attraction. »
.
Espérant que ses propositions feront écho .....................
Voici quelques textes qui pourraient nous permettre d’alimenter le site :
Je commence par la conclusion de Teilhard du tome 7 : Activation de l’Energie chapitre « Le sens de l’espèce chez l’homme » ; et j’ouvrirai le débat par 4 citations : celle sur le mal par St Thomas d’Aquin, citation déroutante ; Celle de Darwin, sur son émerveillement de l’Univers ; celle de Bergson, de la vie du corps à la vie de l’Esprit ; celle de Benoît XVI sur l’altérité, thème cher au philosophe juif Lévinas ; pour terminer, par une nouvelle citation de Teilhard du tome 6 qui nous enseigne l’évolution de l’amour avec beaucoup de finesse.
Teilhard t. 7, p. 210
« Chez les animaux, le sens de l’Espèce est essentiellement élan aveugle de reproduction, chez l’homme en vertu des deux phénomènes conjugués de réflexion et de totalisation … poursuivi en direction … d’un arrangement optimum en vue d’une hominisation maximum de la Noosphère…Encore faut-il que l’Univers se montre capable d’éveiller et d’entretenir en nous une lumière suffisante d’espérance et une chaleur suffisante d’amour… »
St Thomas d’Aquin
« Dieu n’a pas idée du mal ». En effet Dieu ne peut pas « dire » le mal car il ne le conçoit pas, il est étranger ontologiquement, infiniment étranger au mal.
En ces temps de Tous Saints, j’ai la ferme conviction qu’en fonction d’une très vielle croyance que nous sommes crée à l’image de Dieu, notre éternité sera, elle aussi, dans l’ignorance totale du mal.
Darwin, Autobiographie p. 76
« Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, lié à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je pense être qualifié de déiste. »
Bergson, De la vie du corps à la vie de l’Esprit
« Les doctrines spiritualistes … ont raison de croire à la réalité absolue de la personne et à son indépendance vis-à-vis de la matière ; - mais la science est là, qui montre la solidarité de la vie consciente et de l’activité cérébrale. Elles ont raison d’attribuer à l’homme une place privilégiée dans la nature, de tenir pour infinie la distance de l’animal à l’homme, - mais l’histoire de la vie est là, qui nous fait assister à la genèse des espèces par voie de transformation graduelle des espèces par voie de transformation graduelle et qui semble ainsi réintégrer l’homme dans l’animalité. »
Benoît XVI encyclique
« … Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas ‘’voir dans l’autre que l’autre’’, mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui ‘’devienne soin de l’autre pour l’autre’’ »
Teilhard, t. VI, pp. 40-43
L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. Non plus seulement l’attrait unique et périodique en vue de la fécondité matérielle, mais une possibilité sans limite et sans repos, de contact par l’esprit beaucoup plus que par le corps ; antennes infiniment nombreuses et subtiles, qui se cherchent parmi les délicates nuances de l’âme. – Vers l’Homme, à travers la Femme, c’est en réalité l’Univers qui s’avance. Toute la question … c’est qu’ils se reconnaissent … Si ce que nous avons dit est vrai, c’est-à-dire s’il y a vraiment en formation un « Esprit de la Terre », - alors les éléments de cet Esprit ne sauraient se repousser, en définitive. Mais, plus puissante que toute tendance à l’extériorité mutuelle, il faut que se dissimule entre eux une foncière attraction. »
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Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
J.P. Frésafond/La doctrine du Verbe-Lumiere
Lundi 12 Octobre 2009
Cette réflexion a pour but de montrer les analogies entre le PROLOGUE DE JEAN,Le Rituel d’ouverture des travaux au grade d’Apprenti, et la pensée de Teilhard sur l’origine du monde
La valeur d’un symbole ésotérique est celle que des personnes veulent bien lui accorder. L’ancienneté d’un symbole ne lui confère pas obligatoirement un caractère sacré. L’attirance qu’exerce un symbole sur les hommes donne une idée du fonctionnement psychologique de leur cerveau, c’est un désir d’éternité, pulsion tout à fait respectable et naturelle.
Les Compagnons bâtisseurs et les F.°.M.°. réguliers ont ceci de commun : ils ne commencent leurs travaux qu’après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée (l’une des trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie) au Prologue de l’Evangile de Jean.
Ce texte, à en juger les styles différents qui le transcrivent, a vraisemblablement été écrit par des personnes de cultures et de sensibilités différentes, notamment les deux premiers logions qui s’inspirent de l’hermétisme égyptien. Je rappelle brièvement l’histoire de la Bible : entre le 3ème et le 2e siècle, 70 docteurs en théologie (d’où le nom de Septante donné à la première Bible) firent une compilation de tous les textes anciens se rapportant notamment à la religion des Hébreux ; lesquels étaient rédigés en plusieurs dizaines de langues différentes. Tous ces textes furent traduits en grec pour constituer ainsi la première Bible.
1er logion
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était un Dieu (note 1), Il était au commencement auprès de Dieu. »
2e logion
« Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Les deux mots les plus chargés de signification de ce texte sont : lumière et Verbe, qui se rapportent respectivement à l’énergie et à l’information. Ils sont le facteur divin de la création de l’univers. On retrouve cette notion dans un texte intitulé La Vision d’Hermes (note 2), personnage de la mythologie égyptienne qui aurait peut-être été contemporain de Moïse. On pourrait traduire ce texte en langage moderne par « Dieu est énergie et information de toutes choses ». L’énergie (ou la Force) serait la lumière, l’information serait le Verbe. Quoi qu’il en soit, cette formule n’est pas sans analogie avec certaines hypothèses de la physique contemporaine.
A propos du Verbe-Lumière dans les religions de l’Egypte ancienne, il faut savoir que celles-ci se référaient au dieu Amon-Râ, représenté par le soleil, supérieur à tous les autres dieux, lesquels étaient considérés comme des démiurges (cf. Larousse, démiurge = créateur). Dans ce contexte de l’Egypte ancienne, Amon-Râ était l’élément lumière et Osiris l’élément Verbe. Cet ensemble Verbe-lumière s’écrivait avec un hiéroglyphe représentant un soleil dans une bouche, soit un cercle dans une ellipse. Mais il ne faut pas confondre ce dessin avec un œil, hiéroglyphe qui existe aussi et possède une signification différente, celle de l’œil de la conscience humaine. On peut voir en de très nombreux endroits ces deux hiéroglyphes gravés ou peints sur des murs, à Louxor et à Abou-Simbel par exemple (note 3).
En entraînant le peuple hébreux vers la Terre Promise, Moïse, qui était jusque là grand inspecteur des cultes pour toutes les régions d’Egypte, emprunta aux religions dont il était l’un des chefs, la doctrine du Verbe-Lumière afin de l’utiliser dans la nouvelle religion qu’il avait conçue pour le peuple hébreux.
Il se trouve que certains concepteurs de la F.°.M.°. empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré Yahvé dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant à Dieu : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente Dieu, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche » (selon Enel) .
Le triangle isocèle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience (selon Enel). D'ailleurs l'oeil ne peut en aucun cas émettre la lumière, il n'est fait que pour la recevoir.La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme.
Il serait incohérent (et donc contraire à notre Rite) de placer un oeil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la F.°.M.°. dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes.Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !
N O T E S
Note 1 : Dans ce logion en version grecque il est écrit Theos qui signifie Dieu puisqu’il est écrit O.Theos qui signifie « un dieu », ce qui laisse entendre une « hiérarchie platonicienne de démiurges » (créateurs). Nous sommes ici dans l’ésotérisme absolu.
Note 2 : Cf le livre d’Edouard Schuré (librairie académique Perrin édition 1960) intitulé LES GRANDS INITIES . Le chapitre 3 est consacré à Hermès, pages 155 à 160 concernant « la vision d’Hermes »
Note 3 : cf le livre intitulé Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte, de l’égyptologue Enel qui a écrit 10 livres sur l’Egypte. Edité en 1985 par Maisonneuve et Larose (15 rue Victor Cousin à Paris). Les hiéroglyphes concernant le Verbe-Lumière sont expliqués pages 24 et 25
1
L’étymologie du mot logion vient, évidemment, du grec logos. Le terme de logion est utilisé pour les versets de l’Evangile Apocryphe de Thomas. J’ai estimé qu’il était intéressant de l’appliquer à l’Evangile de Jean
PROLOGUE DE JEAN en langage ésotérique
Traduction de l’hébreux en français par A.Chouraki
1er logion
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu
2e logion
Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru ; en Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbrers ne l’ont pas arrêtée.
3e logion
Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière.
4e logion
La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli.
5e logion
Mais à tous ceux qui l’ont reçu Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, Il a donné cela à tous ceux qui croient en son Nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni du vouloir de la chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
6e logion
Et le Verbe est devenu chair et Il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité.
7e logion
Jean témoigne à son sujet et il crie : c’était Celui dont j’ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que avant moi Il était.
8e logion
Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
9e logion
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.
PROLOGUE DE JEAN en langage exotérique
1er logion Au moment du big-bang l’Information du Principe Créateur était dans la matière. Le Principe Créateur était un Dieu qui était auprès de Dieu.
2e logion Par Lui tout a été créé, sans Lui rien n’aurait été créé. En Lui était la vie spirituelle qui est la vraie vie, celle qui éclaire la pensée des être humains. Cette lumière traverse l’inertie de la vie sans être arrêtée. Les ténèbres ne sont rien en elles-mêmes, elles sont seulement l’absence de lumière.
3e logion Parut un envoyé de Dieu, son nom était Jean (Le Baptiste), il vint témoigner de l’existence de la lumière divine, afin que son témoignage puisse convaincre les êtres humains de la réalité de cette lumière.
4e logion La lumière de la vraie vie de l’Esprit, qui est dans tous les êtres humains sans qu’ils le sachent, leur était ainsi annoncée. Le Principe Créateur était dans le monde, et le m :onde n’aurait pas existé sans Lui. Il est venu dans le monde, mais ceux-là même qui avaient été créés par Lui n’ont pas cru en Lui.
5e logion Mais à tous ceux qui L’ont reconnu comme Créateur et accueilli comme tel, Il a donné le pouvoir d’être des Fils de Dieu, et ceux là savent qu’ils ne sont pas nés uniquement d’œuvre de chair, mais d’œuvre divine.
6e logion Le Principe Créateur est Lui-même devenu Homme, Dieu fait Homme a vécu parmi les Hommes. Nous avons contemplé sa Gloire et avons reconnu qu’Il était bien Celui qu’Il disait être.
7e logion Jean (Le Baptiste) témoigne à son sujet et crie : « C’est bien Celui dont j’ai dit : Ce Dieu fait Homme, ce Fils de Dieu qui est venu pour parler après moi est plus important que moi, parce que avant moi IL ETAIT déjà, de toute éternité… »
8e logion De ce Dieu Fait Homme nous avons reçu l’Espérance et la Foi, c’est Lui qui avait été annoncé par Moïse et qui devait proclamer sa Loi d’Amour Universel.
9e logion Le Dieu Principe Créateur, aucun homme ne l’a jamais vu et ne le verra jamais, hormis son Fil Unique, ce Dieu Fait Homme, qui, Lui, L’a fait connaître.
Remarques : Les 5 premiers logions sont très antérieurs à la venue du Christ, ils remontent aux traditions anciennes de l’imbricationde la Transcendance et de l’Immanence.
Les 4 derniers logions sont néotestamentaires et comme tous les textes de Jean (l’Apôtre)on ne sait pas s’il les a écrits lui-même ; ce serait peut-être ses disciples après sa mort.
La valeur d’un symbole ésotérique est celle que des personnes veulent bien lui accorder. L’ancienneté d’un symbole ne lui confère pas obligatoirement un caractère sacré. L’attirance qu’exerce un symbole sur les hommes donne une idée du fonctionnement psychologique de leur cerveau, c’est un désir d’éternité, pulsion tout à fait respectable et naturelle.
Les Compagnons bâtisseurs et les F.°.M.°. réguliers ont ceci de commun : ils ne commencent leurs travaux qu’après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée (l’une des trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie) au Prologue de l’Evangile de Jean.
Ce texte, à en juger les styles différents qui le transcrivent, a vraisemblablement été écrit par des personnes de cultures et de sensibilités différentes, notamment les deux premiers logions qui s’inspirent de l’hermétisme égyptien. Je rappelle brièvement l’histoire de la Bible : entre le 3ème et le 2e siècle, 70 docteurs en théologie (d’où le nom de Septante donné à la première Bible) firent une compilation de tous les textes anciens se rapportant notamment à la religion des Hébreux ; lesquels étaient rédigés en plusieurs dizaines de langues différentes. Tous ces textes furent traduits en grec pour constituer ainsi la première Bible.
1er logion
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était un Dieu (note 1), Il était au commencement auprès de Dieu. »
2e logion
« Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Les deux mots les plus chargés de signification de ce texte sont : lumière et Verbe, qui se rapportent respectivement à l’énergie et à l’information. Ils sont le facteur divin de la création de l’univers. On retrouve cette notion dans un texte intitulé La Vision d’Hermes (note 2), personnage de la mythologie égyptienne qui aurait peut-être été contemporain de Moïse. On pourrait traduire ce texte en langage moderne par « Dieu est énergie et information de toutes choses ». L’énergie (ou la Force) serait la lumière, l’information serait le Verbe. Quoi qu’il en soit, cette formule n’est pas sans analogie avec certaines hypothèses de la physique contemporaine.
A propos du Verbe-Lumière dans les religions de l’Egypte ancienne, il faut savoir que celles-ci se référaient au dieu Amon-Râ, représenté par le soleil, supérieur à tous les autres dieux, lesquels étaient considérés comme des démiurges (cf. Larousse, démiurge = créateur). Dans ce contexte de l’Egypte ancienne, Amon-Râ était l’élément lumière et Osiris l’élément Verbe. Cet ensemble Verbe-lumière s’écrivait avec un hiéroglyphe représentant un soleil dans une bouche, soit un cercle dans une ellipse. Mais il ne faut pas confondre ce dessin avec un œil, hiéroglyphe qui existe aussi et possède une signification différente, celle de l’œil de la conscience humaine. On peut voir en de très nombreux endroits ces deux hiéroglyphes gravés ou peints sur des murs, à Louxor et à Abou-Simbel par exemple (note 3).
En entraînant le peuple hébreux vers la Terre Promise, Moïse, qui était jusque là grand inspecteur des cultes pour toutes les régions d’Egypte, emprunta aux religions dont il était l’un des chefs, la doctrine du Verbe-Lumière afin de l’utiliser dans la nouvelle religion qu’il avait conçue pour le peuple hébreux.
Il se trouve que certains concepteurs de la F.°.M.°. empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré Yahvé dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant à Dieu : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente Dieu, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche » (selon Enel) .
Le triangle isocèle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience (selon Enel). D'ailleurs l'oeil ne peut en aucun cas émettre la lumière, il n'est fait que pour la recevoir.La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme.
Il serait incohérent (et donc contraire à notre Rite) de placer un oeil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la F.°.M.°. dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes.Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !
N O T E S
Note 1 : Dans ce logion en version grecque il est écrit Theos qui signifie Dieu puisqu’il est écrit O.Theos qui signifie « un dieu », ce qui laisse entendre une « hiérarchie platonicienne de démiurges » (créateurs). Nous sommes ici dans l’ésotérisme absolu.
Note 2 : Cf le livre d’Edouard Schuré (librairie académique Perrin édition 1960) intitulé LES GRANDS INITIES . Le chapitre 3 est consacré à Hermès, pages 155 à 160 concernant « la vision d’Hermes »
Note 3 : cf le livre intitulé Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte, de l’égyptologue Enel qui a écrit 10 livres sur l’Egypte. Edité en 1985 par Maisonneuve et Larose (15 rue Victor Cousin à Paris). Les hiéroglyphes concernant le Verbe-Lumière sont expliqués pages 24 et 25
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L’étymologie du mot logion vient, évidemment, du grec logos. Le terme de logion est utilisé pour les versets de l’Evangile Apocryphe de Thomas. J’ai estimé qu’il était intéressant de l’appliquer à l’Evangile de Jean
PROLOGUE DE JEAN en langage ésotérique
Traduction de l’hébreux en français par A.Chouraki
1er logion
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu
2e logion
Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru ; en Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbrers ne l’ont pas arrêtée.
3e logion
Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière.
4e logion
La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli.
5e logion
Mais à tous ceux qui l’ont reçu Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, Il a donné cela à tous ceux qui croient en son Nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni du vouloir de la chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
6e logion
Et le Verbe est devenu chair et Il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité.
7e logion
Jean témoigne à son sujet et il crie : c’était Celui dont j’ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que avant moi Il était.
8e logion
Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
9e logion
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.
PROLOGUE DE JEAN en langage exotérique
1er logion Au moment du big-bang l’Information du Principe Créateur était dans la matière. Le Principe Créateur était un Dieu qui était auprès de Dieu.
2e logion Par Lui tout a été créé, sans Lui rien n’aurait été créé. En Lui était la vie spirituelle qui est la vraie vie, celle qui éclaire la pensée des être humains. Cette lumière traverse l’inertie de la vie sans être arrêtée. Les ténèbres ne sont rien en elles-mêmes, elles sont seulement l’absence de lumière.
3e logion Parut un envoyé de Dieu, son nom était Jean (Le Baptiste), il vint témoigner de l’existence de la lumière divine, afin que son témoignage puisse convaincre les êtres humains de la réalité de cette lumière.
4e logion La lumière de la vraie vie de l’Esprit, qui est dans tous les êtres humains sans qu’ils le sachent, leur était ainsi annoncée. Le Principe Créateur était dans le monde, et le m :onde n’aurait pas existé sans Lui. Il est venu dans le monde, mais ceux-là même qui avaient été créés par Lui n’ont pas cru en Lui.
5e logion Mais à tous ceux qui L’ont reconnu comme Créateur et accueilli comme tel, Il a donné le pouvoir d’être des Fils de Dieu, et ceux là savent qu’ils ne sont pas nés uniquement d’œuvre de chair, mais d’œuvre divine.
6e logion Le Principe Créateur est Lui-même devenu Homme, Dieu fait Homme a vécu parmi les Hommes. Nous avons contemplé sa Gloire et avons reconnu qu’Il était bien Celui qu’Il disait être.
7e logion Jean (Le Baptiste) témoigne à son sujet et crie : « C’est bien Celui dont j’ai dit : Ce Dieu fait Homme, ce Fils de Dieu qui est venu pour parler après moi est plus important que moi, parce que avant moi IL ETAIT déjà, de toute éternité… »
8e logion De ce Dieu Fait Homme nous avons reçu l’Espérance et la Foi, c’est Lui qui avait été annoncé par Moïse et qui devait proclamer sa Loi d’Amour Universel.
9e logion Le Dieu Principe Créateur, aucun homme ne l’a jamais vu et ne le verra jamais, hormis son Fil Unique, ce Dieu Fait Homme, qui, Lui, L’a fait connaître.
Remarques : Les 5 premiers logions sont très antérieurs à la venue du Christ, ils remontent aux traditions anciennes de l’imbricationde la Transcendance et de l’Immanence.
Les 4 derniers logions sont néotestamentaires et comme tous les textes de Jean (l’Apôtre)on ne sait pas s’il les a écrits lui-même ; ce serait peut-être ses disciples après sa mort.
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Marcel COMBY, physicien, mathématicien / AUX FRONTIERES DE L'HUMAIN : LA NANOSPHERE
Mardi 22 Septembre 2009
Déjà plusieurs centaines de produits au sein de différents domaines ( sports, cosmétique, médecine, microélectronique …) sont composés de nano matériaux :nano tubes de carbone pour alléger les raquettes de tennis, nano particules de titane ou d’oxyde de zinc dans les crèmes solaires pour filtrer les rayons UV, nano puces pour le diagnostic médical du diabète, nano lasers dans les lecteurs de DVD, etc…Pour fixer les idées, précisons qu’il y a le même rapport de taille entre la Terre et une orange qu’entre une orange et un nano objet.
Un nanomètre = un milliardième de mètre 10 -9 m
Il s’agit d’un domaine de la science appliquée pluridisciplinaire désigné sous l’appellation : nanotechnologies. A partir de nano objets, les physiciens pensent faire évoluer la nanoélectronique, l’électromagnétisme et l’optique. Les nano sciences produiront des super calculateurs pour traiter davantage d’informations ou de véritables machines-outils de taille quantique pour visualiser le caractère ondulatoire des particules. Les biologistes observeront les mécanismes et les interactions au niveau moléculaire pour développer de nouveaux modèles et entreprendre des diagnostiques plus précis et des traitements médicamenteux. Les chimistes pourront construire de nouvelles molécules pour élaborer des structures hybrides comme des plastiques conducteurs. Ces nouvelles techniques ouvrent la voie à d’innombrables développements en matériaux, électronique, pharmacie, industrie chimique, aérospatiale et développement durable. En ajoutant des nano particules en surface ou au cœur des structures actuelles, on leur confère une sorte d’intelligence grâce à leur faculté d’adaptabilité. Par exemple des avancées en photonique rendront l’énergie solaire très rentable, ce qui n’est pas encore le cas. Des nano particules métalliques vont améliorer l’efficacité des catalyses, c’est-à-dire accélérer les réactions chimiques sans ajout de solvants. Des membranes dont les pores seront de la taille nano filtreront plus efficacement l’air et les eaux, pour les dépolluer en oxydant les molécules organiques ( virus, bactéries, pesticides ) ou les désaliniser. Les véhicules de transports pourront être allégés pour consommer moins, tout en étant plus sécurisés grâce à des carrosseries renforcées et des pneumatiques plus résistants. Toute cette révolution technologique est sensée éviter le coûteux recours aux métaux traditionnels, polymères, céramiques, aluminium et plastiques.
Il s’agit là d’une fabrication : atome par atome qui réduit considérablement les quantités de résidus tout en économisant l’énergie. De lourds investissements seront cependant nécessaires pour renouveler les techniques suite à la grande miniaturisation des composants et des structures. Dans le cadre de cette technologie, des métaux tels que l’or, inertes à l’état macroscopique, deviendront très réactifs. Les nanotechnologies seront utiles dans la fabrication de nombreux produits de grande consommation. On prévoit des transistors 500 fois plus petits grâce à des systèmes de gravure sur silicium dessinant sur les puces des lignes de moins de
10 nm de large, contre 65 actuellement. On peut même utiliser des supports plastiques au lieu du silicium. L’optique va remplacer la microélectronique, les transmissions lasers évitant les déperditions d’énergie tout en étant plus rapides que les actuelles connexions électriques.
1
Travailler à l’échelle de l’atome requiert naturellement des outils ultra sophistiqués faisant appel à de nombreux spécialistes, chercheurs du CNRS et du CEA. L’objectif est de réaliser des machines composées d’un nombre restreint d’atomes et des systèmes non présents dans la nature. Toutefois, dans la Nanosphère, les lois physiques diffèrent de celles qui nous gouvernent. Elles sont régies par la mécanique quantique. Certaines propriétés apparaissent et d’autres disparaissent ; certaines sont améliorées et d’autres perturbées. Citons : la légèreté, la résistance, la conductivité, la thermie, l’adhérence, le magnétisme et même l’esthétisme !...Organiser la Nanosphère représente une tâche gigantesque qu’il faudra maîtriser pour prévenir les risques. La miniaturisation des composants des puces est un enjeu scientifique majeur qui se traduira par une large amplification des puissances des matériels électroniques, des vitesses de calcul et des capacités de mémorisation des disques durs. On verra bientôt la mise au point d’un ordinateur quantique à l’aide de nano cristaux, nano fils, nano composites et électronique moléculaire. Pour cela les chercheurs doivent surmonter la limite physique des circuits intégrés sur silicium, atteinte vers 2010 selon les prévisions de la loi de Moore et créer de nouvelles architectures optiques et non électriques.
Depuis les années 80, les chercheurs peuvent explorer la complexité du vivant grâce à des instruments miniaturisés et de nouvelles connaissances sur les cellules. Les nano biotechnologies leur permettent de comprendre et de manipuler protéines, acides nucléiques, lipides et autres composants moléculaires. Il en découle de nouvelles méthodes de diagnostic et d’analyse, de nouveaux médicaments et des prothèses mieux tolérées. Pour repérer les biomolécules par exemple, plus besoin d’appareillage optique. On utilise des techniques de marquage tels que les nano cristaux semi-conducteurs s’accrochant aux molécules et émettant de la lumière pendant plusieurs dizaines de minutes. Les nano électrodes permettent de détecter une réaction biologique car elles fixent des nano billes métalliques d’or ou d’argent sur les molécules pour obtenir une réponse de nature électrique. Il est possible aussi de détecter électroniquement des mutations génétiques causes de nombreuses pathologies et ainsi de soigner des maladies en déposant de l’ADN sur un réseau de transistors en silicium dont la charge se modifie en cas de mutation.
Pour le traitement des tumeurs cancéreuses, des nano particules sont à l’étude, fonctionnalisées par des anticorps spécifiques, se fixeraient aux cellules tumorales et seraient chauffées pour détruire sélectivement les cellules. On pourrait imaginer également des processus d’encerclement des cellules cancéreuses qui les isoleraient du milieu vitalement sain. Toujours en thérapie cellulaire, des nano particules magnétiques, porteuses d’une molécule thérapeutique, pourraient être insérées dans les cellules et être guidées vers un organe précis par l’intermédiaire de la technique IRM. Ceci serait particulièrement intéressant dans une intervention sur le cerveau. On peut penser aussi à l’intérêt que susciterait la fabrication de nouveaux biomatériaux qui seraient utilisés, par exemple, dans la régénération des os et des tissus. On se trouve là dans la possibilité créative de nouvelles prothèses biocompatibles avec l’organisme humain.
Les nouvelles structures nanométriques tendent tout simplement à imiter la nature, en copiant les multitudes capacités des cellules du vivant. On parle de bio mimétisme : refaire à notre façon ce que la vie naturelle a fait ! Ainsi, par exemple,
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la fleur de lotus laisse couler l’eau sur elle-même sans être mouillée grâce à de minuscules cristaux de cire présents sur sa surface. Les gouttes d’eau emportent cependant les poussières sur leur passage, technique qui pourrait servir à la fabrication de peintures anti-salissure, de vitres autonettoyantes, de supports anti-bactériens ; On parle également de la création de moteurs moléculaires qui s’inspireraient du fonctionnement de la cellule. Des milliers de protéines liées par des filaments serviraient à reproduire des mouvements propres aux fonctionnement de la cellule.
Le problème fondamental pour un chercheur comme pour un novice réside dans le fait qu’on ne manipule pas les atomes comme les éléments d’un jeu de construction classique. Les chercheurs bénéficient en réalité de cette capacité exceptionnelle de la matière de s’auto organiser spontanément et de manière très variée. Les nano objets sont déposés sur un substrat cristallin dont le réseau va imposer un ordre à ces objets. Il ne reste plus qu’à intervenir sur les interactions entre ces objets. On connaît déjà les fameux nano tubes de carbone dont la structure est à la fois robuste, légère et souple : 100 fois plus résistants, 6 fois plus rigide et 6 fois plus léger que l’acier ! Diverses méthodes existent pour la fabrication de nano objets. Depuis 30 ans on a adopté, à l’aide de la microélectronique, la méthode top down qui consiste à miniaturiser au maximum des objets existants. On obtient par exemple des transistors. Cette méthode possède ses limites dans la mesure où il est difficile de conserver les mêmes structures et les mêmes propriétés après miniaturisation. En outre dans cette course effrénée vers la miniaturisation, les outils utilisés admettent eux aussi des limites au-delà desquelles on ne peut plus agir. Une approche inverse dite : bottom up consiste à organiser la matière atome par atome ou molécule par molécule, ce qui permet d’obtenir des nano objet de manière entièrement artificielle et dotés de structures et de propriétés absolument inédites. C’est une façon de refaire le monde à l’aide de briques élémentaires qui s’assemblent comme notre Terre s’organisa depuis quatre milliards d’années. Ces manipulations d’atomes ou de molécules à très petite échelle supposent la mise au point de procédés divers qu’on ne développera pas ici, pas plus que l’inventaire de toutes les découvertes déjà réalisées. Précisons simplement qu’il est possible de réaliser des objets qui ne seraient obtenus par des moyens classique qu’au prix de méthodes très agressives. Parmi les prouesses réalisées dernièrement par les scientifiques du CEMES – CNRS, citons le processus de contrôle de la rotation d’une roue au sein de la molécule. Une telle réussite ouvre la voie à la création des premières molécules – machines.
Pour façonner la nano Sphère, pour inter – agir avec les atomes, les chercheurs développent des outils d’observation et de manipulation toujours plus étonnants. Certaines techniques étudient un signal émis par l’objet, d’autres émettent un signal et en analysent la réémission par l’objet observé. On est là dans le cadre d’une manipulation directe de la matière à l’aide de sondes ultra perfectionnées.
Explorer le monde de l’infiniment petit est absolument impossible avec un microscope à lumière naturelle. La longueur d’onde de celle-ci ne permet pas l’observation au-delà de 0,2 micromètres. Alors au lieu d’utiliser des photons, on utilise un faisceau d’électrons : c’est le microscope électronique à transmission ou à balayage. Ce qui révolutionna l’observation et la manipulation des atomes, c’est la
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découverte par deux ingénieurs d’IBM suisse, du microscope à effet tunnel. (STM)
Il permet de voir les atomes un par un. Une pointe métallique extrêmement fine, terminée par un ou quelques atomes, balaye la surface à observer à quelques nanomètres de distance en émettant une tension électrique. Le courant d’électrons formé franchit cet écart sous ultravide par effet tunnel, phénomène bien connu en mécanique quantique.
L’effet tunnel désigne la propriété que possède une particule de franchir un obstacle , même si cela demande plus d’énergie que ce dont elle dispose. Ce qui est impossible dans le monde macroscopique. Cela est dû au comportement probabiliste des particules : il y a toujours une probabilité qu’elles se retrouvent de l’autre côté de l’obstacle, comme si elles passaient à travers un tunnel à travers lui.
Le balayage d’un faisceau d’électrons permet d’obtenir l’image d’un objet de taille micro ou nanométrique. Les grossissements sont de l’ordre de 10000 et peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers, bien supérieurs à ceux obtenus avec un microscope optique classique. Le STM est capable également de déplacer les atomes, la pointe servant de pince.
Du fait de leurs propriétés physiques particulières, les nano particules intéressent beaucoup l’industrie. Déjà plusieurs centaines de produits contenant des nano particules sont commercialisés : vêtements, cosmétiques, articles de sport, appareillages électroniques et informatiques ( aspirateur anti-allergène, téléphone mobile antibactérien, etc ), des produits d’entretien et de jardin, des produits contraceptifs et de nombreux compléments alimentaires. Dans le domaine de la protection de l’environnement, les nanotechnologies pourraient s’avérer utiles grâce à la mise au point de dispositifs permettant de doser, piéger, neutraliser ou filtrer les polluants, aux doses les plus infimes qui soient.
D’une diversité inimaginable, les nano particules seront donc présentes partout dans les chaînes de production. Cependant leurs propriétés physico-chimiques sont imprévisibles à si petite échelle. Leur taille empêche de les maîtriser et il sera impossible de subir leur influence de manière inopinée. Elles posent donc un problème pour notre santé et pour l’environnement. Elles sont susceptibles de franchir les barrières de notre peau et de perturber le fonctionnement de notre corps.
La manipulation incontrôlée de ces réalités microscopiques nous promet un avenir absolument incertain. Les hommes ont ouvert une « boite de pandore » dont on ne connaît pas le contenu véritable légué en héritage pour nos enfants et petits enfants.
Les frontières de l’humain sont encore bien éloignées !!!
Catalogue des futures inventions
Confections d’embryons sur mesure
Le XXe siècle a été celui de la libération de la femme, avec l’invention de la pilule contraceptive et l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse. Dans un temps relativement court, il sera techniquement possible, à des coûts raisonnables, de déterminer la carte génétique précoce de l’embryon : le sexe, les maladies génétiques graves, la couleur des yeux et des cheveux, la taille, les rapports avec les ascendants, etc. La détermination de tous ces caractères pourra donc influencer le couple dans son choix d’enfants correspondant à leurs désirs ou leurs fantasmes.
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On pourra ainsi réaliser, à l’aide d’ovules et de spermatozoïdes, un certain nombre de fécondations in vitro et procéder à une analyse génétique qui conduira à des propositions de choix. Il restera alors, une fois le choix fait, d’implanter l’embryon dans l’utérus de la mère. La naissance de l’enfant montrera si oui ou non le produit désiré correspond au choix antérieur…avec toutes les conséquences qui en résultent au niveau de la responsabilité des « manipulateurs ».
La course vers l’eugénisme
Les progrès de la biologie rendront possible des tests de compatibilité entre les ADN, enregistrés sur des puces magnétiques, d’un homme et d’une femme. Il s’agit en fait de la recherche du partenaire idéal. Sur un CV traditionnel on pourra y joindre son code ADN afin que l’entreprise puisse embaucher le candidat le plus approprié pour les tâches demandées. Il sera possible en effet de réaliser un bilan sur ses qualités et défauts potentiels. Adieu donc la liberté !!
Les problèmes d’héritage
L’espérance de vie globale augmente chaque jour de 2 mois, mais ce vieillissement posera des problèmes médicaux, sociologiques, économiques considérables. On parle d’un âge moyen de 105 ans en 2060 et d’un âge maximal de 120 ans. Ceci entraînera une terrible conséquence sur les contingences familiales. La famille deviendra comme une tribu ! Le couple initial pourra avoir de 40 à 50 descendants. On héritera de ses parents lorsqu’on aura de 80 à 90 ans. Alors à quoi bon ? et si on saute une génération, les héritiers seront 20 ou 25 ! Logiquement cet état de fait conduira à une remise en cause des règles du capitalisme actuel. Et que dire de décompositions et recompositions de familles qui rendra très difficiles toutes les questions de successions.
Le cas des OGM
Les progrès qui s’annoncent sont considérables en agronomie. On saura fabriquer des variétés de plantes qui seront capables d’assimiler l’azote de l’air, rendant les nitrates inutiles comme engrais. L’introduction de gênes pour lutter contre les insectes dispensera d’utiliser des insecticides. La résistance aux herbicides génétiquement introduits dans les plantes permettra d’éviter de labourer les champs, donc de diminuer l’érosion des sols et les émissions de CO2. Ce processus va naturellement ruiner les industries chimiques. On pourra également fabriquer des espèces moins exigeantes en eau, ce qui est très utile en raison de la pénurie d’eau en certaines régions du globe.
Médecine et nano particules
Avec l’usage des nano technologies et de l’optique quantique, les ordinateurs iront inexorablement vers une profonde miniaturisation et seront capables de traiter un nombre gigantesque d’informations sur un volume de plus en plus petit. L’ordinateur tendra de plus en plus à remplacer notre cerveau. La « souris » traditionnelle, qui permet l’interaction : homme / machine, sera remplacée par le son de la voix. Que deviendrons les dactylos ? Les calculettes de poche seront devenues un petit point placé sur les lunettes ou derrière l’oreille. Elles exécuteront des opérations simples ou complexes pensées par le cerveau. Sera-t-il alors utile d’enseigner aux enfants les règles du calcul ? Mais pour arriver à ces exploits, il faudra fabriquer des logiciels que seule une élite est capable de comprendre toute l’organisation. Le monde sera-t-il alors dirigé par une caste supérieure qui détiendra le savoir et le pouvoir ?
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Il va être possible, grâce aux nano technologies, d’introduire dans le cerveau de minuscules doses d’éléments chimiques qui pourront être déposées à un endroit précis pour des usages multiples tels que des opérations de type thérapeutique. Mais on pourra aussi injecter dans le cerveau des corps étrangers de dimension infiniment petite afin d’effectuer, à l’aide d’ondes électromagnétiques par exemple, des actions de réparation ou de modification sur les neurones mêmes. La nano particule sert alors de véhicule pouvant transporter des cellules souches dont la multiplication remplacera les cellules malades. Cependant le risque est grand que de vouloir entreprendre d’autres exploits qui ne disent pas leurs noms. Et de plus l’homme saura-t-il maîtriser ces techniques de très haute précision ?. Rien n’est moins sûr !
Que dire de la maladie d’Alzheimer ?
Elle concerne d’abord une détérioration de l’hippocampe, organe central pour la mémoire. Ensuite la maladie met une dizaine d’années à se développer. Demain, grâce aux rayonnements électromagnétiques et aux nano technologies, on pourra détruire les premières cellules malades ou encore greffer des cellules souches après les avoir localisées. On espère ainsi être capable de bloquer la reproduction des cellules malades.
La mondialisation
On constate que le monde se dilate…mais ne va-t-il pas se rétrécir ?
Plusieurs phénomènes vont voir le jour : le prix du transport aérien fortement taxé, la lutte contre les immigrations, les ajustements dans les niveaux de vie grâce au progrès social dans les pays émergents, les progrès dans l’agronomie et les techniques agricoles qui permettront de cultiver n’importe quelle plante à peu près n’importe où. De ce fait les échanges commerciaux vont décroître très vraisemblablement. Nous allons donc dans les prochaines années connaître une inévitable régionalisation dont l’ampleur sera le fruit des technologies nouvelles qui réduiront les distances. On peut par exemple parler de télémédecine qui permettra d’envoyer à son médecin des informations en un temps record. Celui-ci pourra à distance déceler une maladie, prescrire un traitement, etc. Le monde de demain bénéficiera d’une conjugaison de facteurs multiples qui modifieront son visage : nano technologies, micro imagerie, informatique, etc. Les possibilités humaines en matière de communication ultra véloce n’ont-elles pas pour finalité une réalité double : la résolution de nos problèmes les plus familiers liés souvent à la souffrance et en fin de compte l’isolement de l’être sur lui-même en recherche de son identité.
Quelle Espérance pour ce monde-là ?
COMMENTAIRES DU PRESIDENT
les nano tehnologies appliquées à l'industrie chimique, notamment les revêtements de surfaces pour protéger les métaux contre la corrosion, sont déjà largement appliquées. Le succès de ces technologies dans ce domaine est dû au fait qu'elles suppriment le traitement des rejets (eaux de rinçage lourdement chargées en métaux, sels métalliques etc ...) Mais, les procédés d'application de ces nano technologies comportent, eux aussi des opérations de rinçage à l'eau. Saura-t-on effectuer des nano filtrations pour rendre rejetables dans les réseaux d'eaux usées ces effluents d'un nouveau type ?
Un nanomètre = un milliardième de mètre 10 -9 m
Il s’agit d’un domaine de la science appliquée pluridisciplinaire désigné sous l’appellation : nanotechnologies. A partir de nano objets, les physiciens pensent faire évoluer la nanoélectronique, l’électromagnétisme et l’optique. Les nano sciences produiront des super calculateurs pour traiter davantage d’informations ou de véritables machines-outils de taille quantique pour visualiser le caractère ondulatoire des particules. Les biologistes observeront les mécanismes et les interactions au niveau moléculaire pour développer de nouveaux modèles et entreprendre des diagnostiques plus précis et des traitements médicamenteux. Les chimistes pourront construire de nouvelles molécules pour élaborer des structures hybrides comme des plastiques conducteurs. Ces nouvelles techniques ouvrent la voie à d’innombrables développements en matériaux, électronique, pharmacie, industrie chimique, aérospatiale et développement durable. En ajoutant des nano particules en surface ou au cœur des structures actuelles, on leur confère une sorte d’intelligence grâce à leur faculté d’adaptabilité. Par exemple des avancées en photonique rendront l’énergie solaire très rentable, ce qui n’est pas encore le cas. Des nano particules métalliques vont améliorer l’efficacité des catalyses, c’est-à-dire accélérer les réactions chimiques sans ajout de solvants. Des membranes dont les pores seront de la taille nano filtreront plus efficacement l’air et les eaux, pour les dépolluer en oxydant les molécules organiques ( virus, bactéries, pesticides ) ou les désaliniser. Les véhicules de transports pourront être allégés pour consommer moins, tout en étant plus sécurisés grâce à des carrosseries renforcées et des pneumatiques plus résistants. Toute cette révolution technologique est sensée éviter le coûteux recours aux métaux traditionnels, polymères, céramiques, aluminium et plastiques.
Il s’agit là d’une fabrication : atome par atome qui réduit considérablement les quantités de résidus tout en économisant l’énergie. De lourds investissements seront cependant nécessaires pour renouveler les techniques suite à la grande miniaturisation des composants et des structures. Dans le cadre de cette technologie, des métaux tels que l’or, inertes à l’état macroscopique, deviendront très réactifs. Les nanotechnologies seront utiles dans la fabrication de nombreux produits de grande consommation. On prévoit des transistors 500 fois plus petits grâce à des systèmes de gravure sur silicium dessinant sur les puces des lignes de moins de
10 nm de large, contre 65 actuellement. On peut même utiliser des supports plastiques au lieu du silicium. L’optique va remplacer la microélectronique, les transmissions lasers évitant les déperditions d’énergie tout en étant plus rapides que les actuelles connexions électriques.
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Travailler à l’échelle de l’atome requiert naturellement des outils ultra sophistiqués faisant appel à de nombreux spécialistes, chercheurs du CNRS et du CEA. L’objectif est de réaliser des machines composées d’un nombre restreint d’atomes et des systèmes non présents dans la nature. Toutefois, dans la Nanosphère, les lois physiques diffèrent de celles qui nous gouvernent. Elles sont régies par la mécanique quantique. Certaines propriétés apparaissent et d’autres disparaissent ; certaines sont améliorées et d’autres perturbées. Citons : la légèreté, la résistance, la conductivité, la thermie, l’adhérence, le magnétisme et même l’esthétisme !...Organiser la Nanosphère représente une tâche gigantesque qu’il faudra maîtriser pour prévenir les risques. La miniaturisation des composants des puces est un enjeu scientifique majeur qui se traduira par une large amplification des puissances des matériels électroniques, des vitesses de calcul et des capacités de mémorisation des disques durs. On verra bientôt la mise au point d’un ordinateur quantique à l’aide de nano cristaux, nano fils, nano composites et électronique moléculaire. Pour cela les chercheurs doivent surmonter la limite physique des circuits intégrés sur silicium, atteinte vers 2010 selon les prévisions de la loi de Moore et créer de nouvelles architectures optiques et non électriques.
Depuis les années 80, les chercheurs peuvent explorer la complexité du vivant grâce à des instruments miniaturisés et de nouvelles connaissances sur les cellules. Les nano biotechnologies leur permettent de comprendre et de manipuler protéines, acides nucléiques, lipides et autres composants moléculaires. Il en découle de nouvelles méthodes de diagnostic et d’analyse, de nouveaux médicaments et des prothèses mieux tolérées. Pour repérer les biomolécules par exemple, plus besoin d’appareillage optique. On utilise des techniques de marquage tels que les nano cristaux semi-conducteurs s’accrochant aux molécules et émettant de la lumière pendant plusieurs dizaines de minutes. Les nano électrodes permettent de détecter une réaction biologique car elles fixent des nano billes métalliques d’or ou d’argent sur les molécules pour obtenir une réponse de nature électrique. Il est possible aussi de détecter électroniquement des mutations génétiques causes de nombreuses pathologies et ainsi de soigner des maladies en déposant de l’ADN sur un réseau de transistors en silicium dont la charge se modifie en cas de mutation.
Pour le traitement des tumeurs cancéreuses, des nano particules sont à l’étude, fonctionnalisées par des anticorps spécifiques, se fixeraient aux cellules tumorales et seraient chauffées pour détruire sélectivement les cellules. On pourrait imaginer également des processus d’encerclement des cellules cancéreuses qui les isoleraient du milieu vitalement sain. Toujours en thérapie cellulaire, des nano particules magnétiques, porteuses d’une molécule thérapeutique, pourraient être insérées dans les cellules et être guidées vers un organe précis par l’intermédiaire de la technique IRM. Ceci serait particulièrement intéressant dans une intervention sur le cerveau. On peut penser aussi à l’intérêt que susciterait la fabrication de nouveaux biomatériaux qui seraient utilisés, par exemple, dans la régénération des os et des tissus. On se trouve là dans la possibilité créative de nouvelles prothèses biocompatibles avec l’organisme humain.
Les nouvelles structures nanométriques tendent tout simplement à imiter la nature, en copiant les multitudes capacités des cellules du vivant. On parle de bio mimétisme : refaire à notre façon ce que la vie naturelle a fait ! Ainsi, par exemple,
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la fleur de lotus laisse couler l’eau sur elle-même sans être mouillée grâce à de minuscules cristaux de cire présents sur sa surface. Les gouttes d’eau emportent cependant les poussières sur leur passage, technique qui pourrait servir à la fabrication de peintures anti-salissure, de vitres autonettoyantes, de supports anti-bactériens ; On parle également de la création de moteurs moléculaires qui s’inspireraient du fonctionnement de la cellule. Des milliers de protéines liées par des filaments serviraient à reproduire des mouvements propres aux fonctionnement de la cellule.
Le problème fondamental pour un chercheur comme pour un novice réside dans le fait qu’on ne manipule pas les atomes comme les éléments d’un jeu de construction classique. Les chercheurs bénéficient en réalité de cette capacité exceptionnelle de la matière de s’auto organiser spontanément et de manière très variée. Les nano objets sont déposés sur un substrat cristallin dont le réseau va imposer un ordre à ces objets. Il ne reste plus qu’à intervenir sur les interactions entre ces objets. On connaît déjà les fameux nano tubes de carbone dont la structure est à la fois robuste, légère et souple : 100 fois plus résistants, 6 fois plus rigide et 6 fois plus léger que l’acier ! Diverses méthodes existent pour la fabrication de nano objets. Depuis 30 ans on a adopté, à l’aide de la microélectronique, la méthode top down qui consiste à miniaturiser au maximum des objets existants. On obtient par exemple des transistors. Cette méthode possède ses limites dans la mesure où il est difficile de conserver les mêmes structures et les mêmes propriétés après miniaturisation. En outre dans cette course effrénée vers la miniaturisation, les outils utilisés admettent eux aussi des limites au-delà desquelles on ne peut plus agir. Une approche inverse dite : bottom up consiste à organiser la matière atome par atome ou molécule par molécule, ce qui permet d’obtenir des nano objet de manière entièrement artificielle et dotés de structures et de propriétés absolument inédites. C’est une façon de refaire le monde à l’aide de briques élémentaires qui s’assemblent comme notre Terre s’organisa depuis quatre milliards d’années. Ces manipulations d’atomes ou de molécules à très petite échelle supposent la mise au point de procédés divers qu’on ne développera pas ici, pas plus que l’inventaire de toutes les découvertes déjà réalisées. Précisons simplement qu’il est possible de réaliser des objets qui ne seraient obtenus par des moyens classique qu’au prix de méthodes très agressives. Parmi les prouesses réalisées dernièrement par les scientifiques du CEMES – CNRS, citons le processus de contrôle de la rotation d’une roue au sein de la molécule. Une telle réussite ouvre la voie à la création des premières molécules – machines.
Pour façonner la nano Sphère, pour inter – agir avec les atomes, les chercheurs développent des outils d’observation et de manipulation toujours plus étonnants. Certaines techniques étudient un signal émis par l’objet, d’autres émettent un signal et en analysent la réémission par l’objet observé. On est là dans le cadre d’une manipulation directe de la matière à l’aide de sondes ultra perfectionnées.
Explorer le monde de l’infiniment petit est absolument impossible avec un microscope à lumière naturelle. La longueur d’onde de celle-ci ne permet pas l’observation au-delà de 0,2 micromètres. Alors au lieu d’utiliser des photons, on utilise un faisceau d’électrons : c’est le microscope électronique à transmission ou à balayage. Ce qui révolutionna l’observation et la manipulation des atomes, c’est la
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découverte par deux ingénieurs d’IBM suisse, du microscope à effet tunnel. (STM)
Il permet de voir les atomes un par un. Une pointe métallique extrêmement fine, terminée par un ou quelques atomes, balaye la surface à observer à quelques nanomètres de distance en émettant une tension électrique. Le courant d’électrons formé franchit cet écart sous ultravide par effet tunnel, phénomène bien connu en mécanique quantique.
L’effet tunnel désigne la propriété que possède une particule de franchir un obstacle , même si cela demande plus d’énergie que ce dont elle dispose. Ce qui est impossible dans le monde macroscopique. Cela est dû au comportement probabiliste des particules : il y a toujours une probabilité qu’elles se retrouvent de l’autre côté de l’obstacle, comme si elles passaient à travers un tunnel à travers lui.
Le balayage d’un faisceau d’électrons permet d’obtenir l’image d’un objet de taille micro ou nanométrique. Les grossissements sont de l’ordre de 10000 et peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers, bien supérieurs à ceux obtenus avec un microscope optique classique. Le STM est capable également de déplacer les atomes, la pointe servant de pince.
Du fait de leurs propriétés physiques particulières, les nano particules intéressent beaucoup l’industrie. Déjà plusieurs centaines de produits contenant des nano particules sont commercialisés : vêtements, cosmétiques, articles de sport, appareillages électroniques et informatiques ( aspirateur anti-allergène, téléphone mobile antibactérien, etc ), des produits d’entretien et de jardin, des produits contraceptifs et de nombreux compléments alimentaires. Dans le domaine de la protection de l’environnement, les nanotechnologies pourraient s’avérer utiles grâce à la mise au point de dispositifs permettant de doser, piéger, neutraliser ou filtrer les polluants, aux doses les plus infimes qui soient.
D’une diversité inimaginable, les nano particules seront donc présentes partout dans les chaînes de production. Cependant leurs propriétés physico-chimiques sont imprévisibles à si petite échelle. Leur taille empêche de les maîtriser et il sera impossible de subir leur influence de manière inopinée. Elles posent donc un problème pour notre santé et pour l’environnement. Elles sont susceptibles de franchir les barrières de notre peau et de perturber le fonctionnement de notre corps.
La manipulation incontrôlée de ces réalités microscopiques nous promet un avenir absolument incertain. Les hommes ont ouvert une « boite de pandore » dont on ne connaît pas le contenu véritable légué en héritage pour nos enfants et petits enfants.
Les frontières de l’humain sont encore bien éloignées !!!
Catalogue des futures inventions
Confections d’embryons sur mesure
Le XXe siècle a été celui de la libération de la femme, avec l’invention de la pilule contraceptive et l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse. Dans un temps relativement court, il sera techniquement possible, à des coûts raisonnables, de déterminer la carte génétique précoce de l’embryon : le sexe, les maladies génétiques graves, la couleur des yeux et des cheveux, la taille, les rapports avec les ascendants, etc. La détermination de tous ces caractères pourra donc influencer le couple dans son choix d’enfants correspondant à leurs désirs ou leurs fantasmes.
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On pourra ainsi réaliser, à l’aide d’ovules et de spermatozoïdes, un certain nombre de fécondations in vitro et procéder à une analyse génétique qui conduira à des propositions de choix. Il restera alors, une fois le choix fait, d’implanter l’embryon dans l’utérus de la mère. La naissance de l’enfant montrera si oui ou non le produit désiré correspond au choix antérieur…avec toutes les conséquences qui en résultent au niveau de la responsabilité des « manipulateurs ».
La course vers l’eugénisme
Les progrès de la biologie rendront possible des tests de compatibilité entre les ADN, enregistrés sur des puces magnétiques, d’un homme et d’une femme. Il s’agit en fait de la recherche du partenaire idéal. Sur un CV traditionnel on pourra y joindre son code ADN afin que l’entreprise puisse embaucher le candidat le plus approprié pour les tâches demandées. Il sera possible en effet de réaliser un bilan sur ses qualités et défauts potentiels. Adieu donc la liberté !!
Les problèmes d’héritage
L’espérance de vie globale augmente chaque jour de 2 mois, mais ce vieillissement posera des problèmes médicaux, sociologiques, économiques considérables. On parle d’un âge moyen de 105 ans en 2060 et d’un âge maximal de 120 ans. Ceci entraînera une terrible conséquence sur les contingences familiales. La famille deviendra comme une tribu ! Le couple initial pourra avoir de 40 à 50 descendants. On héritera de ses parents lorsqu’on aura de 80 à 90 ans. Alors à quoi bon ? et si on saute une génération, les héritiers seront 20 ou 25 ! Logiquement cet état de fait conduira à une remise en cause des règles du capitalisme actuel. Et que dire de décompositions et recompositions de familles qui rendra très difficiles toutes les questions de successions.
Le cas des OGM
Les progrès qui s’annoncent sont considérables en agronomie. On saura fabriquer des variétés de plantes qui seront capables d’assimiler l’azote de l’air, rendant les nitrates inutiles comme engrais. L’introduction de gênes pour lutter contre les insectes dispensera d’utiliser des insecticides. La résistance aux herbicides génétiquement introduits dans les plantes permettra d’éviter de labourer les champs, donc de diminuer l’érosion des sols et les émissions de CO2. Ce processus va naturellement ruiner les industries chimiques. On pourra également fabriquer des espèces moins exigeantes en eau, ce qui est très utile en raison de la pénurie d’eau en certaines régions du globe.
Médecine et nano particules
Avec l’usage des nano technologies et de l’optique quantique, les ordinateurs iront inexorablement vers une profonde miniaturisation et seront capables de traiter un nombre gigantesque d’informations sur un volume de plus en plus petit. L’ordinateur tendra de plus en plus à remplacer notre cerveau. La « souris » traditionnelle, qui permet l’interaction : homme / machine, sera remplacée par le son de la voix. Que deviendrons les dactylos ? Les calculettes de poche seront devenues un petit point placé sur les lunettes ou derrière l’oreille. Elles exécuteront des opérations simples ou complexes pensées par le cerveau. Sera-t-il alors utile d’enseigner aux enfants les règles du calcul ? Mais pour arriver à ces exploits, il faudra fabriquer des logiciels que seule une élite est capable de comprendre toute l’organisation. Le monde sera-t-il alors dirigé par une caste supérieure qui détiendra le savoir et le pouvoir ?
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Il va être possible, grâce aux nano technologies, d’introduire dans le cerveau de minuscules doses d’éléments chimiques qui pourront être déposées à un endroit précis pour des usages multiples tels que des opérations de type thérapeutique. Mais on pourra aussi injecter dans le cerveau des corps étrangers de dimension infiniment petite afin d’effectuer, à l’aide d’ondes électromagnétiques par exemple, des actions de réparation ou de modification sur les neurones mêmes. La nano particule sert alors de véhicule pouvant transporter des cellules souches dont la multiplication remplacera les cellules malades. Cependant le risque est grand que de vouloir entreprendre d’autres exploits qui ne disent pas leurs noms. Et de plus l’homme saura-t-il maîtriser ces techniques de très haute précision ?. Rien n’est moins sûr !
Que dire de la maladie d’Alzheimer ?
Elle concerne d’abord une détérioration de l’hippocampe, organe central pour la mémoire. Ensuite la maladie met une dizaine d’années à se développer. Demain, grâce aux rayonnements électromagnétiques et aux nano technologies, on pourra détruire les premières cellules malades ou encore greffer des cellules souches après les avoir localisées. On espère ainsi être capable de bloquer la reproduction des cellules malades.
La mondialisation
On constate que le monde se dilate…mais ne va-t-il pas se rétrécir ?
Plusieurs phénomènes vont voir le jour : le prix du transport aérien fortement taxé, la lutte contre les immigrations, les ajustements dans les niveaux de vie grâce au progrès social dans les pays émergents, les progrès dans l’agronomie et les techniques agricoles qui permettront de cultiver n’importe quelle plante à peu près n’importe où. De ce fait les échanges commerciaux vont décroître très vraisemblablement. Nous allons donc dans les prochaines années connaître une inévitable régionalisation dont l’ampleur sera le fruit des technologies nouvelles qui réduiront les distances. On peut par exemple parler de télémédecine qui permettra d’envoyer à son médecin des informations en un temps record. Celui-ci pourra à distance déceler une maladie, prescrire un traitement, etc. Le monde de demain bénéficiera d’une conjugaison de facteurs multiples qui modifieront son visage : nano technologies, micro imagerie, informatique, etc. Les possibilités humaines en matière de communication ultra véloce n’ont-elles pas pour finalité une réalité double : la résolution de nos problèmes les plus familiers liés souvent à la souffrance et en fin de compte l’isolement de l’être sur lui-même en recherche de son identité.
Quelle Espérance pour ce monde-là ?
COMMENTAIRES DU PRESIDENT
les nano tehnologies appliquées à l'industrie chimique, notamment les revêtements de surfaces pour protéger les métaux contre la corrosion, sont déjà largement appliquées. Le succès de ces technologies dans ce domaine est dû au fait qu'elles suppriment le traitement des rejets (eaux de rinçage lourdement chargées en métaux, sels métalliques etc ...) Mais, les procédés d'application de ces nano technologies comportent, eux aussi des opérations de rinçage à l'eau. Saura-t-on effectuer des nano filtrations pour rendre rejetables dans les réseaux d'eaux usées ces effluents d'un nouveau type ?
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

