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Abus sexuels, promiscuité, séparation de corps forcée… : Le quotidien difficile des sinistrés de Grand-Yoff

Entre l’existant insupportable, le passé douloureux de sinistré et la quête d’un mieux-être auquel ils aspirent tous, les recasés des zones inondées de la commune de Grand-Yoff ne savent pas par où commencer l’histoire d’une vie, leur vie. Laquelle a basculé le 26 août dernier, lors des fortes pluies qui se sont abattues sur Dakar et sa banlieue.



Abus sexuels, promiscuité, séparation de corps forcée… : Le quotidien difficile des sinistrés de Grand-Yoff
Au Cem des Hlm Grand-Yoff, Yolande Nango, 41 ans, et Diminga Danfa, 29 ans, n’ont plus en tête la date exacte de leur arrivée sur ce site de recasement des sinistrés, tellement les évènements sont douloureux et la souffrance terrible chez ces deux femmes mariées. «Seul Dieu sait ce qui nous est arrivé. Il a longtemps plu sur Dakar, mais ce jour-là, l’eau est venue d’un seul coup, emportant tout sur son passage, et notre maison n’a pas été épargnée, je ne me souviens plus de la date, c’était cette fameuse matinée pluvieuse», répètent nos deux interlocutrices qui habitaient le quartier non loti de Arafat avant le sinistre. Sur le lieu accidenté où nous nous sommes rendus, l’effondrement du pan d’un vieux bâtiment situé sur une pente de plusieurs dizaines de mètres a été à l’origine de la détresse de 120 familles déguerpies en catastrophe, selon les estimations de la Croix-Rouge. La bâtisse qui a longtemps dévié les vagues houleuses des eaux de ruissellement vers la route qui traverse la station Shell d’à côté n’a pas tenu cette année. La zone où étaient construites des habitations de fortune est, en effet, le point de chute de toutes les eaux pluviales que les quartiers de la Foire, Scat Urban, Liberté VI, Cité Keur Khadim etc..., peuvent enregistrer entre juillet et octobre.

Promiscuité

Les volontaires de la Ville de Dakar recrutés pour apporter soutien physique et moral aux sinistrés racontent que ces derniers ont rejoint les lieux au lendemain des fortes pluies à Dakar pendant la matinée du 26 août dernier. Ils sont, pour la plupart, des compatriotes de la Guinée-Bissau, même si par ailleurs, il n’est pas rare de croiser des parents Diolas, Sérère, Hal Pulaar venus dans la capitale à la faveur de l’exode rural. «Tous leurs bagages étaient mouillés, il y en avait qui traînaient dans la boue», confie une voix anonyme. Dans un calme plat, Yolande et Diminga cherchent tant bien que mal à s’acclimater dans leur nouveau cadre de vie. L’une fait le linge pendant que l’autre s’essaie à la réparation de quelques biens endommagés. «Les pertes sont nombreuses et difficiles à évaluer», lance désespérément Yolande, tout en indiquant du doigt la salle de classe où elle est logée avec sa famille de onze membres et où les bagages sont disposés dans un désordre ambiant. Sur ce site de recasement, l’un des quatre aménagés pour les sinistrés de la Commune d’arrondissement de Grand-Yoff, les occupants évoluent dans une exiguïté indescriptible. Six familles se retrouvent dans une salle de classe et peu importe la taille des ménages dans les dortoirs. «Il m’est difficile d’admettre qu’on a un léger mieux dans l’hébergement parce que nous sommes trop serrés dans la classe. La nuit, quand tu veux sortir pour aller aux toilettes, tu es obligé de piétiner des gens. Or, il y a parmi nous des bébés de deux mois, ce n’est pas prudent», fulmine Yolande. Elle raconte que les familles sont obligées, pour mieux occuper l’espace, de se superposer et c’est comme cela chaque nuit jusqu’à l’aube.

Séparation de corps obligée

En tant que femmes mariées, Yolande et Diminga vivent d’une autre manière leurs vies de couple. Confinées dans une salle de classe séparément des hommes, ces épouses ont l’impression d’avoir perdu leur intimité au coucher du soleil. «Depuis que nous sommes-là (le 27 août dernier, Ndlr), je ne dors plus à côté de mon mari. Quels que soient les efforts pour nous assister, je ne trouve pas mieux que chez moi, dans ma chambre en toute intimité avec mon mari. On était bien, on gérait bien», avoue Yolande. Elle reconnaît, néanmoins, que ce n’est pas joli à voir les hommes vivre dans une même salle de classe que les femmes. Mais, des femmes qui sont dans cette même situation nostalgique que Yolande, on en dénombre 176 sur ce site. Diminga est l’une d’elles, mais pour l’heure, elle est plus préoccupée par la perte occasionnelle de son emploi de femme de ménage. «Je ne peux plus continuer d’aller au travail à cause des tâches à faire. Je suis obligée de rester si je veux sauver ce qui me reste comme biens», se désole-t-elle. Pendant les deux mois qu’elle prend sur elle, pour s’occuper de ses affaires, Diminga perdra 90 mille francs Cfa. Un montant qu’elle souhaiterait avoir pour verser une caution de trois mois de location quelque part à Dakar avant la rentrée officielle des élèves du Primaire, le 04 octobre prochain, selon le ministre de l’Education Ibrahima Sall d’après qui, 350 à 400 écoles du pays sont occupées par des sinistrés des inondations. «Nous sommes déjà conscients qu’il nous faut libérer les lieux à temps, alors qu’on nous aide dans ce sens. C’est une préoccupation parce que nos enfants aussi doivent aller à l’école, c’est quelque chose que nous ne pouvons régler que quand on saura où habiter définitivement», indique Diminga.

Abus sexuels

Il y en a qui se servent toujours du malheur des uns pour jouir de la vie et peu importe la manière. Il y a une semaine, raconte Antonio Sylva, «deux jeunes hommes se sont nuitamment jetés sur une jeune femme mariée et une autre dame plus âgée dans l’intention d’abuser d’elles». Notre interlocuteur dont l’épouse vit sur le même site est plongé dans la psychose par cette tentative de viol qui s’est produite à la salle de classe N°13. A l’en croire, ce sont les cris des femmes qui ont alerté les policiers en faction sur les lieux. Antonio explique que cet acte délictuel a été favorisé par la proximité entre hommes et femmes dans cette seconde partie du site où les deux partagent ensemble les abris. La présence policière, quand bien même, assure la sécurité des personnes et de leurs biens sur ce site, tape à l’œil, et suscite des commentaires. «La police est là pour décourager le banditisme dans le camp et dissuader les jeunes qui sont mal intentionnés. Les visites sont permises jusqu’à une certaine heure, parce qu’on se couche tôt ; à partir de minuit, toutes les portes sont fermées par la Croix-Rouge», renseigne Joséphine S., 19 ans.

Abondance

Leur sort ayant placé les Sénégalais de tous les secteurs de la vie dans un élan de solidarité nationale, ces victimes des inondations sont aujourd’hui sur-ravitaillées. «Deux jours après notre arrivée, dans chaque famille, chaque tête a eu droit à dix Kg de riz, du sucre, du lait, de l’huile, du savon, de l’eau de javel et ce, compte non tenu des trois repas quotidiens qu’on nous sert tous les jours», témoigne Antonio Sylva, 41 ans, père de famille de cinq enfants. Yolande et Diminga affirment avoir également reçu de la Croix-Rouge comme tout le monde des couchettes et des moustiquaires pour faire face à la prolifération des moustiques en cette période d’hivernage. D’après Antonio Sylva, il ne se passe pas un jour sans qu’un bienfaiteur ne se pointe sur ce site. La preuve, ce samedi, le Fonds des nations unies pour la population (Unfpa) s’est joint aux efforts du gouvernement et à l’élan de solidarité nationale pour soulager les souffrances des populations victimes des inondations. L’Agence onusienne a ainsi remis aux 176 femmes sinistrées du site 200 «kits de dignité», d’une valeur de 8 millions 890 mille francs Cfa. Le kit est, entre autres, composé d’un sac de voyage semi cuir, d’une couverture en laine, d’un drap de lit en coton, vingt paquets de serviettes hygiéniques, une serviette de bain en coton, un seau et une bassine, etc. «C’est notre devoir de redonner espoir à ces centaines de femmes qui, dans un total dénuement, souffrent en silence parce qu’ayant tout perdu et leur permettre de vivre avec dignité», a déclaré la représentante résidente de Unfpa au Sénégal, Mme Rose Gakuba.

Walfadjri Abdoulaye SIDY

Lundi 17 Septembre 2012



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