Référence multimedia du sénégal
.
Google


hh



MAMADOU BERTHE,ARCHITECTE URBANISTE, ADMINISTRATEUR DELEGUE DE LA FONDATION DROIT A LA VILLE «Nos pratiques ne sont pas en adéquation avec le cadre urbain que nous développons»

C’est un passionné de la ville et des grands principes de l’urbanisme moderne qui en parle souvent comme un étudiant débutant qui veut toujours convaincre sur ses choix. Mais, Mamadou Berthé, du haut de ses années d’expériences et de combat pour expliquer et défendre ses idées, est loin d’être un novice. Homme de conviction, il se bât pour ses idées. Ancien président de l’Ordre des architectes, il est aussi membres de nombre de cadres internationaux de dialogue sur l’architecture et l’urbanisme dans nos cités. Aujourd’hui, c’est fort de ce vécu que le défenseur d’un bon aménagement du territoire et de l’écologie donne un avis sur toutes ces questions liées à l’aggravation de la situation des villes sénégalaises malmenées par le retour des fortes pluies, par les inondations qui s’ensuivent tout comme le manque d’assainissement et de vision pour le futur…



MAMADOU BERTHE,ARCHITECTE URBANISTE, ADMINISTRATEUR DELEGUE DE LA FONDATION DROIT A LA VILLE «Nos pratiques ne sont pas en adéquation avec le cadre urbain que nous développons»
L’urbanisme à la sénégalaise a aujourd’hui plus d’un siècle, qu’est-ce qu’on peut en retenir ? Quels ont été ses traits dominants dans le caractère de nos villes, si ville il y a encore ?

Rappelons que l’implantation des villes et leurs programmes de développement relèvent de l’aménagement du territoire, dont la mission est d’organiser l’espace territorial, à l’effet d’assurer la cohésion et la compétitivité du pays, sur toute son étendue. Dès lors, la mise en œuvre d’une politique efficiente d’aménagement du territoire commande de s’inscrire dans la durée pour orienter les dynamiques territoriales, tout en pratiquant une gestion participative de proximité, afin de cadrer avec les besoins locaux et régionaux, l’option étant également suffisamment prospective afin d’anticiper sur les évolutions futures. Malheureusement, à l’expérience, l’aménagement du territoire ne s’effectue pas selon cette orientation, et ce pour des raisons multiples, dont on peut citer le peu de prise en compte de la corrélation d’une part, entre les éléments de nature économique, politique et technique, d’autre part la dynamique de répartition spatiale des populations et des activités. Nous voyons bien à ce titre, que l’époque coloniale correspond à une organisation territoriale qui répondait aux exigences et aux intérêts du colonisateur ; et il se trouve que nous avons maintenu et parfois renforcé ce modèle à travers nos documents de planification spatiale, notamment les plans directeurs d’urbanisme (Pdu). En effet, l’organisation et la planification spatiale à l’échelle d’une agglomération urbaine, relèvent d’un plan directeur d’urbanisme et le passé récent nous a appris que le premier document de planification urbaine réalisé au Sénégal, l’a été pour le Cap-Vert.

Il s’agit du Plan Directeur d’Urbanisme du Cap–Vert de 1946, réalisé par des groupements d’architectes – urbanistes, (en rapport avec le génie militaire) qui a servi de base à un vaste programme d’équipement relatif à l’aménagement du Cap Vert ; sa gestion était confiée au Service Temporaire d’Aménagement du Grand Dakar (Stagd). L’application de ce Pdu de 1946 a été l’occasion de grands travaux entraînant une forte migration vers le Cap–Vert, à l’origine de la création, en 1952 de Dagoudane–Pikine. La même année, la Sicap est créée afin de réorganiser la ville par la création de zones loties. A la suite de ce premier document, un second sera élaboré sous l’intitulé de Plan Directeur d’Urbanisme du Cap–Vert de 1961, car l’autorité coloniale avait aussi institué le Commissariat à l’Urbanisme et à l’Habitat (Cuh) chargée de réaliser le PDU de 1961, qui avait intégré les orientations d’aménagement du Pdu de 1946, ainsi que les aspects démographiques et d’expansion spatiale de l’agglomération urbaine de Dagoudane–Pikine. Par la suite, la Direction de l’Urbanisme et de l’Habitat, placée sous la tutelle du Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat qui remplacera le Cuh, préparera la révision du Pdu de 1961.

C’est ainsi qu’après l’indépendance, fut élaboré le Plan Directeur d’Urbanisme de 1967, appelé « Plan Ecochard ». Il couvrait le Cap–Vert, du Cap Manuel à … Mbao. Approuvé par décret n°67–864 de 1967, il prenait en compte l’expansion spatiale de la Commune de Dakar et de la zone Ouest de Pikine–Guédiawaye, ainsi que la rénovation des quartiers anciens de Médina, Rebeuss et Grand Dakar. Ce plan ambitionnait de stopper volontairement l’urbanisation à l’Est de Pikine, afin d’organiser l’agglomération à partir des deux pôles que sont Dakar–ville et Pikine. Le bi pole Dakar-Pikine prend racine par cet acte. La ville de Dakar et son agglomération urbaine se sont ainsi développées intégrant les options fondamentales du parti d’aménagement adopté par le colonisateur. Le secteur du plateau se consolide avec sa ceinture sécuritaire, dans une presqu’île qui tourne le dos à la mer et consacre la belle baie de Hann aux équipements industriels proches de la zone portuaire. Les options esthétisantes confirmeront par la suite, le tracé de l’axe Nord Sud de Dakar et le déplacement de populations vers Pikine, cité dortoir de fait. A défaut d’une politique d’aménagement territorial équilibrée, la métropole dakaroise s’hypertrophie et étouffe.

La maîtrise du triptyque planification–aménagement -occupation de l’espace est devenue de plus en plus ardue, du fait de l’exode rural singulièrement à cause du cycle de sécheresse de la décade 1975/1985. Depuis lors, le législateur a souvent tenté d’apporter des solutions aux problèmes de l’heure, tantôt en usant d’une politique volontariste, tantôt en développant des stratégies de gestion frileuses, voire de tâtonnement. C’est ainsi que de grandes opérations seront montées avec une série de leviers opérationnels. A la suite des outils jugés performants seront supprimés ou fondus ailleurs, sans que les logiques qui en dictent la décision ne soient clairement définies et reconnues. Les outils de planification urbaine sont dépassés avant même leur adoption et l’occupation anarchique précédente les projections des spécialistes. Occupations irrégulières et coups partis jalonnent les implantations.

Le territoire national se développe le long de la côte sur la façade maritime, l’essentiel étant focalisé dans la région de Dakar. Là encore nous traitons de déficit de planification et de lacunes en termes de politique de développement, toutes choses dommageables à une évolution souhaitable de notre société. Cette distorsion a abouti à la situation présente caractérisée par la concentration de 50% de la population urbaine nationale dans l’agglomération urbaine de Dakar. A l’inverse, toutes réunies, les régions de Fatick, Kolda, Louga et Tambacounda ne représentent que 8% de la population urbaine nationale.

Comment en somme nous arrivés à la situation actuelle ? Que faire pour redresser les déséquilibres ? Quelle est la place des villes dans ce contexte particulier de quête d’équilibre territorial et de prise en compte de la nécessaire intégration régionale où les zones frontalières devront également servir de leviers et de liants d’une économie régionale solidaire ? L’épineuse question du type, du modèle de ville, se pose également car nos villes ne fonctionnent pas en tant que telles. Nos pratiques ne sont pas en adéquation avec le cadre urbain que nous développons. Ce sont là autant de questions qui méritent une réflexion en profondeur, sans parti pris ni préjugé, afin de dégager des pistes de sortie de crise au bénéfice bien compris de notre pays. Des voix s’élèvent pour le renforcement des collectivités locales, se fondant sur l’approche du développement à la base, en usant entre autres des leviers potentiels de la régionalisation. Le plus hardis évoque l’idée d’une régionalisation poussée, de type provincialisation ou autre. Les formules ne manquent pas, il convient de faire une option viable et bénéfique pour l’ensemble du pays et que des richesses soient produites partout et partagées en toute équité. Les villes du futur, qui en seront le cadre d’évolution, devront produire des richesses, être fonctionnelles, sécurisantes pour tous et gratifiantes.

Depuis plusieurs années, c’est le bord de mer et le littoral qui semblent avoir les faveurs des promoteurs et des investisseurs à commencer par l’Etat. Pourquoi le littoral ? Et quels sont les risques si la tendance se poursuit ?

Le littoral constitue une zone d’intérêt stratégique à la fois sur le plan économique et environnemental et les potentialités de développement offertes par les 700 Km de littoral, dont nous disposons, nécessitent une prise en compte rigoureuse. Le constat est frappant : une très forte pression démographique se développe sur la zone côtière qui accueille près de 60% de la population. Cette forte concentration humaine dans la frange côtière s’explique par la dynamique des activités touristiques, agricoles et industrielles.

Jouissant d’une attractivité singulière, le bord de mer continue de recevoir des infrastructures, principalement orientées vers le tourisme balnéaire. Cependant, l’absence quasi généralisée d’études d’impacts approfondies et indépendantes a conduit à de nombreux échecs. Ainsi, la plupart des projets ont été pensés et réalisés sans tenir suffisamment compte des contextes socio-économiques, culturels et environnementaux dans lesquels ils s’insèrent. Parallèlement, et en rapport avec le développement du tourisme, l’occupation anarchique de la côte s’est accentuée au cours de ces dernières années. Ce phénomène est observé, notamment sur toute la Petite Côte avec les nombreux cabanons et hôtels qui longent les plages .Or, le fait de construire sur la plage, ou à proximité, diminue le stock sédimentaire qui est régulièrement utilisé et remodelé par les houles. Tout déficit sédimentaire ainsi créé se traduit par une érosion des côtes (voir photo ci-après).

Par ailleurs, certaines côtes sont soumises à une dérive littorale qui leur est parallèle. En effet, la construction d’ouvrages perpendiculaires à ces côtes, crée une interférence avec les transits littoraux ; ce qui entraîne un dépôt de sédiments du côté amont (par rapport au sens de la dérive littorale) et une érosion à l’aval de l’ouvrage. Ce phénomène est d’autant plus marqué que les transports littoraux et la longueur des ouvrages sont importants. L’attraction massive et brutale du littoral a très largement bouleversé les plans d’aménagement laissant place à un jeu d’opportunités économiques où les logiques de marché semblent primer sur toutes les autres. Face à la nécessité de concilier le développement économique et le maintien de la durabilité des ressources, il apparaît essentiel de dégager une vision d’ensemble et systématique du littoral en tant qu’espace naturel et économique. Une approche spatiale permettrait d’appréhender le littoral comme un complexe multiséculaire dont nous devrons veiller à la préservation pour sa durabilité

Des villes intérieures comme Kaffrine, Fatick, Sédhiou, Kolda ou encore Tambacounda et Kédougou n’ont gardé que les traits anciens sinon archaïques de leur urbanisme. Rien n’a changé depuis le départ du colon. Certaines ont perdu leur prestige d’antan et rien ne semble pouvoir les réveiller. Quel est votre sentiment quand on évoque ces sujets avec vous? Que dire aux autorités locales et nationales ?

Là, également si nous interrogeons l’histoire, elle nous enseigne que les toutes premières actions d’organisation territoriales remontent à 1872, période où Saint-Louis et Gorée furent érigées en Commune de plein exercice. A leur suite, Rufisque (1880) et Dakar (1887) accèderont à ce régime particulier. Leurs ressortissants avaient le statut de citoyens français ; aux centres urbains de l’intérieur, considérés comme des ébauches de cités, l’administration coloniale appliquait un régime dit de « commune mixte », sous la tutelle du Commandant de cercle. Les premières « communes mixtes » furent des localités abritant aussi bien des escales ferroviaires telles que Thiès, Tivaouane, Louga, Mékhé et Diourbel, que des ports comme Ziguinchor, Kaolack, Fatick et Foundiougne.

Ceci, pour dire que ces noyaux urbains ont été implantés, qui ont connus des sorts très différents au gré de l’évolution économique et politique de notre pays, pour l’essentiel à l’effet de servir de plaques tournantes de l’économie coloniale, qui les entretenait et les enrichissait. Au demeurant ces agglomérations urbaines ont pris forme avec leurs caractères propres. Ce qu’il faut retenir c’est qu’une ville doit avoir une fonction. Le rôle des comptoirs et autres escales dans l’économie de traite n’est plus à démontrer ; les gares également ont été d’importants foyers économiques sans lesquels point d’essor. Le maillage territorial ainsi élaboré garantissait l’écoulement des produits et contribuait à l’avènement d’une classe bourgeoise locale voulue et souhaitée par le colonisateur. L’abandon du chemin de fer sous l’instigation des bailleurs de fonds a fini de couler les économies locales et ruiner ces petites cités alors fortes de leur place, de leur marché et de leurs trafics, irradiant tout l’hinterland et l’arrière pays. Toutes ces conséquences n’ont pas été mesurées à l’époque et l’on se demande encore comment a-t-on pu en arriver là ?

Dans le contexte de la décentralisation, ces noyaux de cités consolidés et reconvertis en rapport avec un plan d’aménagement territorial volontaire fondé sur un plan de développement national cohérent, pourraient servir de bases à des métropoles d’équilibres dans un Sénégal où toutes les potentialités locales sont mises en valeur et judicieusement exploitées. Des terroirs compétitifs et attractifs devront s’implanter pour une gestion rationnelle de nos ressources naturelles. Il n’y a pas de localité sans potentialité de développement. Il revient aux élus locaux de procéder à une reconversion des mentalités en tirant le meilleur profit de leurs terroirs et le cas échéant de se regrouper en entités plus attractives et compétitives. En définitive, il faut le rappeler, les élus locaux sont désormais des chefs d’entreprises et des gestionnaires en charge du développement de leurs localités. C’est ce rôle qui leur est confié par des administrés soucieux de l’avenir et regardant sur le quotidien.

De plus en plus, le littoral sénégalais, à commencer par la corniche de Dakar et la Petite côte du côté de la Somone, est au bord de la saturation. Comment se fait-il que le Sénégal ne dispose pas encore aujourd’hui d’un observatoire de conservation du littoral pour protéger les espaces restants, les écosystèmes côtiers ?

J’avoue que c’est là une question troublante, qui se recoupe parfaitement avec celle de la durabilité et de la rationalité qu’exige toute gestion responsable. Au demeurant notre pays a longtemps eu une approche fractionnée des questions environnementales, confondant souvent les questions relatives aux écosystèmes avec celles de la protection de la nature. De même l’approche globale que nécessite la prise en compte de ces questions appelle l’implication d’acteurs dépendants de départements différents, dont la coordination est toujours malaisée, difficile à articuler et inopérante, compte tenu des lourdeurs qui les caractérise. Il en découle des incohérences et parfois des télescopages, les jonctions n’étant pas prise en charge de façon claire. En définitive, il en résulte un vide juridique et l’objet de la sauvegarde en est d’autant exposé et mis en péril.

Du reste, le code de l’environnement est clair sur ce point : l’environnement sénégalais est un patrimoine national, partie intégrante du patrimoine mondial. A ce titre, sa protection et l’amélioration des ressources qu’il offre à la vie humaine sont d’intérêt général et résultent d’une politique nationale dont la définition et l’application incombent à l’Etat, aux collectivités locales et aux citoyens. Tout individu a droit à un environnement sain dans les conditions définies par les textes internationaux. Ce droit est assorti d’une obligation de protection de l’environnement.

Ce littoral et en particulier son environnement marin et côtier, est menacé et il subit des dégradations diverses, qui ont pour conséquences notamment la destruction des habitats, la perte de biodiversité, et la mise en péril des écosystèmes. En conséquence, il conviendra de faire le point sur la gestion et la gouvernance de cet environnement marin et côtier, afin de définir des orientations pour une gestion durable du milieu marin et côtier. Cette mission pourrait relever, par exemple, d’un observatoire de gestion et/ou de conservation du littoral. Dans une perspective plus large et en rapport, notamment avec les recommandations du Sommet de Rio de 1992 sur l’Environnement et le Développement, l’Etat sénégalais a adopté, en septembre 1997, un Plan National d’Action pour l’Environnement (Pnae). Celui-ci préconise notamment l’actualisation et l’harmonisation du corpus juridique régissant la gestion des ressources naturelles et l’environnement. Il constitue un cadre dans lequel la gestion des zones marines et côtières peut être traitée.

De ce point de vue, l’avènement heureux du tout nouveau Ministère de l’Environnement, constitue le cadre approprié pour le traitement d’une telle question, dans le sillage de Rio 2012. C’est dire que je suis confiant en ce que sous peu nous puissions disposer, entre autres, d’un observatoire du littoral, pour une réelle prise en compte du littoral et des écosystèmes côtiers , mis à rude épreuves par des abus de tous ordres.

Sud Quotidien par Mame Aly KONTE

Lundi 8 Octobre 2012




1.Posté par DEUG le 10/10/2012 02:45
JE SUIS RESTE SUR MA FAIM :LES PERSPECTIVES D AVENIR ILS SONT OU? POUR UN ARCHITECTE URBANISTE ON S ATTEND A MIEUX QU UNE HISTORIQUE DE L URBANISATION DE DAKAR .A MOINS QUE L ENTRETIEN N EST PAS FINI ON ATTEND LA SUITE

Nouveau commentaire :
Twitter
B i u  QUOTE  URL








Plateforme d’information et d’intéraction a temps réel
Optimisé pour être vu en 1024x768 I.E. 6.0 ou plus récent

Info sur Xibar.net | Conditions d'utilisation | Données personnelles | Publicité | Aide / Contacts |
Copyright © 2007 Xibar multimedia Tous droits réservés