C’est un clair-obscur, un homme qui cache son jeu et ses affaires. Sa vie est gardée comme un coffre-suisse. Dans l’arène nationale, il passe pour un promoteur businessman dont on ignore tout du véritable personnage et de ses activités. On dit de lui qu’il s’active dans le tourisme et l’immobilier, il se vante d’avoir une structure qui «emploie plus de 400 travailleurs et ce n’est pas rien». Mais qui est donc Luc Nicolaï ? Simple proprio de l’auberge, «l’âne qui tousse» à Mbour ? Porteur de valises d’Européens à la fortune douteuse qui s’offrent une nouvelle virginité sur la Petite-Côte ? Ce Luc à la fortune suspecte, qui rêvait de grandeur et se multipliait pour se hisser parmi la haute société sénégalaise, a revisité depuis les chausse-trapes d’une course effrénée vers la notoriété, la promotion de l’ascension sociale accélérée par le raccourci d’une trajectoire mal maîtrisée.
On lui donnerait la quarantaine, physique de lutteur, teint métissé, il se livre peu et vit comme un terrier dans sa paisible Petite-Côte sans fard, ni fanfare. Ses détracteurs le caricaturent comme l’homme à tout faire de Jean François Touly, richissime patron des Résidences du Port à qui la douane sénégalaise réclamait dans un passé récent 12,8 milliards de F Cfa. Aujourd’hui, l’histoire bégaie à travers le fils Bertrand Touly, qui, depuis le 27 septembre dernier, croupit en prison après une saisie par les douaniers, de 39 boulettes de cocaïne dissimulées sous un casque. Dans sa descente aux enfers, le patron de Lamantin Beach aurait balancé le nom de Luc Nicolaï devant les enquêteurs. L’on croirait presque, à tort ou à raison, qu’il a toujours été riche comme Crésus le Luc. Pourtant, ce que beaucoup ne savent pas, c’est que le bonhomme a été moulé et façonné par les dures conditions de vie de la banlieue dakaroise. «J’ai vécu 11 ans à Pikine, Baboye et son grand-frère me connaissaient très bien», soufflait-il au cours d’un entretien entrecoupé de «Barké Serigne Fallou.» De son père, on ne connaît que les origines corses. Ce qui justifie son nom de famille, Nicolaï et son teint métissé. Sa mère est une Sénégalaise bon teint, d’ethnie Khassonké, originaire de l’Est du Sénégal et ancienne employée de la défunte compagnie aérienne Air Afrique. Un Luc Nicolaï qui ne jurerait que pour le défunt Khalife des mourides, Serigne Bara Mbacké, n’éclaire pas sur sa foi religieuse sujette à des questionnements. Son oncle, Ababacar Ndiaye, tranche net : «Il est né musulman. Il a fait des études coraniques comme tous les enfants qui ont vécu dans notre maison familiale. Mon papa, c’est-à-dire son grand-père maternel, était intransigeant par rapport à la religion. Il nous réveillait tous pour la prière de l’aube.»
Luc a grandi à la Sicap rue 10 à Dakar, sous l’ombre de son grand-père maternel avec qui il était très lié. Mais il ne savait pas quoi faire de sa vie.
«Il fait le fou pour quitter l’Armée française…»
Danslesannées 80, l’adolescent Luc, qui a arrêté les études depuis un moment, s’invente un métier d’animateur. Il devient Disc-jockey dans des boîtes de nuit de Dakar et assure, à l’occasion, l’animation dans des cérémonies locales. Son oncle maternel, Serigne Ababacar Ndiaye, à l’époque étudiant en France, venu passer ses vacances à Dakar, tombe des nues en revoyant son neveu. «Il manquait d’ambitions, raconte son oncle. Il n’avait aucune perspective d’avenir.» L’oncle convainc sa sœur, la maman de Luc, de le laisser emmener le garçon avec lui à Bordeaux. Fin 1988, début 1989, Luc Nicolaï s’envole pour la France. Là-bas, il s’essaye au système D. Pendant l’été, Luc se transforme en vendeur de glaces sur la plage de Biscarosse (Sud-ouest de la France). Il fréquente aussi la station balnéaire de la baie d’Arcachon (à 60 kilomètres de Bordeaux). Là-bas, il fait la connaissance de businessmen français avec qui il se lance dans le commerce international de produits halieutiques. Il se révèle aussitôt un brillant touche-à-tout. En France, l’enfant de la Sicap rue 10 s’engage même dans l’Armée française. Un souvenir bordelais qui a marqué au plus haut point son oncle maternel et tuteur : «Quand il a constaté que l’Armée n’était pas son affaire, Luc a fait le fou pour se libérer. Et il a été interné à l’hôpital Robert Piquet de Bordeaux.» L’oncle qui n’avait rien compris du manège de son neveu, a versé ce jour-là de chaudes larmes. Luc avait floué avec succès tout son monde.
Après deux ans passés à Bordeaux, Luc décide de rentrer au bercail. Est-il retourné à ses premières amours : l’animation ? Son premier voyage à Mbour s’est déroulé à cette époque. Dans la Petite-Côte, il fait une rencontre décisive avec le reporter de « Caxabal » sur la Rts 1, Khadim Samb, qui va changer le cours de sa vie.
Etiqueté «ennemi» de Gaston Mbengue alias Don King, Luc est pourtant devenu promoteur sur le tard, à la faveur d’une frustration personnelle. On est en 1999, des promoteurs gambiens font irruption dans l’arène sénégalaise et s’emparent de l’affiche «Tyson-Mor Fadam». La télé nationale est supplantée par la Télé gambienne, qui filme et montre aux seuls Gambiens ce choc tant attendu. Le gérant anonyme du complexe (station-service, alimentation et dibiterie) L’Ane qui tousse à Mbour, Luc, fait la promesse à ses amis d’organiser le même combat au Sénégal en payant à chaque lutteur 35 millions de F Cfa. Ce qui fut fait. Ses amis n’en reviennent pas et Luc Nicolaï signe son entrée fracassante dans le cercle restreint des promoteurs. Depuis, ce métis de père français et de mère sénégalaise éduqué à «l’école de la rue», a fait du chemin... vers la gloire. Au fil du temps, il s’est forgé une réputation de caïd, en affaires comme dans la lutte. Un profil exagéré de «caïd» qui lui vaut d’être mêlé dans une sombre affaire de drogue.
Polygame à deux épouses une Sérère, originaire de Joal (département de Mbour) et Diatou Touré une jolie nymphe thièssoise, aperçue dans le clip C’bi de Alioune Mbaye Nder. Luc est père de plusieurs enfants, il est amateur de reggae et de jazz.
L'OBS MOR TALLA GAYE
On lui donnerait la quarantaine, physique de lutteur, teint métissé, il se livre peu et vit comme un terrier dans sa paisible Petite-Côte sans fard, ni fanfare. Ses détracteurs le caricaturent comme l’homme à tout faire de Jean François Touly, richissime patron des Résidences du Port à qui la douane sénégalaise réclamait dans un passé récent 12,8 milliards de F Cfa. Aujourd’hui, l’histoire bégaie à travers le fils Bertrand Touly, qui, depuis le 27 septembre dernier, croupit en prison après une saisie par les douaniers, de 39 boulettes de cocaïne dissimulées sous un casque. Dans sa descente aux enfers, le patron de Lamantin Beach aurait balancé le nom de Luc Nicolaï devant les enquêteurs. L’on croirait presque, à tort ou à raison, qu’il a toujours été riche comme Crésus le Luc. Pourtant, ce que beaucoup ne savent pas, c’est que le bonhomme a été moulé et façonné par les dures conditions de vie de la banlieue dakaroise. «J’ai vécu 11 ans à Pikine, Baboye et son grand-frère me connaissaient très bien», soufflait-il au cours d’un entretien entrecoupé de «Barké Serigne Fallou.» De son père, on ne connaît que les origines corses. Ce qui justifie son nom de famille, Nicolaï et son teint métissé. Sa mère est une Sénégalaise bon teint, d’ethnie Khassonké, originaire de l’Est du Sénégal et ancienne employée de la défunte compagnie aérienne Air Afrique. Un Luc Nicolaï qui ne jurerait que pour le défunt Khalife des mourides, Serigne Bara Mbacké, n’éclaire pas sur sa foi religieuse sujette à des questionnements. Son oncle, Ababacar Ndiaye, tranche net : «Il est né musulman. Il a fait des études coraniques comme tous les enfants qui ont vécu dans notre maison familiale. Mon papa, c’est-à-dire son grand-père maternel, était intransigeant par rapport à la religion. Il nous réveillait tous pour la prière de l’aube.»
Luc a grandi à la Sicap rue 10 à Dakar, sous l’ombre de son grand-père maternel avec qui il était très lié. Mais il ne savait pas quoi faire de sa vie.
«Il fait le fou pour quitter l’Armée française…»
Danslesannées 80, l’adolescent Luc, qui a arrêté les études depuis un moment, s’invente un métier d’animateur. Il devient Disc-jockey dans des boîtes de nuit de Dakar et assure, à l’occasion, l’animation dans des cérémonies locales. Son oncle maternel, Serigne Ababacar Ndiaye, à l’époque étudiant en France, venu passer ses vacances à Dakar, tombe des nues en revoyant son neveu. «Il manquait d’ambitions, raconte son oncle. Il n’avait aucune perspective d’avenir.» L’oncle convainc sa sœur, la maman de Luc, de le laisser emmener le garçon avec lui à Bordeaux. Fin 1988, début 1989, Luc Nicolaï s’envole pour la France. Là-bas, il s’essaye au système D. Pendant l’été, Luc se transforme en vendeur de glaces sur la plage de Biscarosse (Sud-ouest de la France). Il fréquente aussi la station balnéaire de la baie d’Arcachon (à 60 kilomètres de Bordeaux). Là-bas, il fait la connaissance de businessmen français avec qui il se lance dans le commerce international de produits halieutiques. Il se révèle aussitôt un brillant touche-à-tout. En France, l’enfant de la Sicap rue 10 s’engage même dans l’Armée française. Un souvenir bordelais qui a marqué au plus haut point son oncle maternel et tuteur : «Quand il a constaté que l’Armée n’était pas son affaire, Luc a fait le fou pour se libérer. Et il a été interné à l’hôpital Robert Piquet de Bordeaux.» L’oncle qui n’avait rien compris du manège de son neveu, a versé ce jour-là de chaudes larmes. Luc avait floué avec succès tout son monde.
Après deux ans passés à Bordeaux, Luc décide de rentrer au bercail. Est-il retourné à ses premières amours : l’animation ? Son premier voyage à Mbour s’est déroulé à cette époque. Dans la Petite-Côte, il fait une rencontre décisive avec le reporter de « Caxabal » sur la Rts 1, Khadim Samb, qui va changer le cours de sa vie.
Etiqueté «ennemi» de Gaston Mbengue alias Don King, Luc est pourtant devenu promoteur sur le tard, à la faveur d’une frustration personnelle. On est en 1999, des promoteurs gambiens font irruption dans l’arène sénégalaise et s’emparent de l’affiche «Tyson-Mor Fadam». La télé nationale est supplantée par la Télé gambienne, qui filme et montre aux seuls Gambiens ce choc tant attendu. Le gérant anonyme du complexe (station-service, alimentation et dibiterie) L’Ane qui tousse à Mbour, Luc, fait la promesse à ses amis d’organiser le même combat au Sénégal en payant à chaque lutteur 35 millions de F Cfa. Ce qui fut fait. Ses amis n’en reviennent pas et Luc Nicolaï signe son entrée fracassante dans le cercle restreint des promoteurs. Depuis, ce métis de père français et de mère sénégalaise éduqué à «l’école de la rue», a fait du chemin... vers la gloire. Au fil du temps, il s’est forgé une réputation de caïd, en affaires comme dans la lutte. Un profil exagéré de «caïd» qui lui vaut d’être mêlé dans une sombre affaire de drogue.
Polygame à deux épouses une Sérère, originaire de Joal (département de Mbour) et Diatou Touré une jolie nymphe thièssoise, aperçue dans le clip C’bi de Alioune Mbaye Nder. Luc est père de plusieurs enfants, il est amateur de reggae et de jazz.
L'OBS MOR TALLA GAYE
PROFIL La vraie histoire de Luc Nicolaï