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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito janvier 2023 : la nouvelle CEO par interim de l’ICANN confrontée à la « pesanteur du monde »

Etat statistique des nTLDs au samedi 28 janvier (données publiées)

Les nTLDs ont accusé une légère baisse en janvier, sous les 31 millions de noms. C’est la fin de la croissance constatée depuis la fin août. Il est possible (mais ce n’est encore qu’une hypothèse) que ce déclin soit l’amorce d’une purge de longue durée après la période de croissance ininterrompue qui a duré de l’été 2021 à l’été 2022, les noms de domaine arrivant en plus grand nombre à échéance et les créations ayant temporairement de plus en plus de difficultés à compenser les suppressions.

Ce solde net négatif de 234 000 noms est d’ailleurs dû à seulement 38% (90/234) aux leaders du Top 5, les pertes du .XYZ restant le facteur déterminant pour ce panel. La variation négative des nTLDs est donc un phénomène touchant un grand nombre d’entre eux plus que la conséquence d’un « dégazage » brutal au sein de l’un des leaders.

nTLDs : le Conseil du GNSO monte au créneau

Selon certaines rumeurs (1), le Conseil du GNSO (l’instance qui, au sein de l’ICANN, a en charge les questions relatives aux noms de domaine) serait disposé à manifester auprès du Board son mécontentement quant à l’inertie de l’organisation californienne en regard du « prochain round » de création de nouvelles extensions.
Le problème n’est pas nouveau : délais ahurissants de la procédure d’élaboration des règles ; scénarios proposés paraissant là aussi ahurissants par leurs coûts ou par leur durée de mise en œuvre. Etc. Ce projet de lettre au Board suit de près un échange entre ce même Conseil du GNSO et la nouvelle CEO par interim de l’ICANN, mise en place au départ du peu regretté Göran Marby. Quelques échos (2) ont filtré de cet échange assez révélateur des reproches faits à l’ICANN, mais aussi des contraintes qui pèsent sur celle-ci.
Au rang des proches, mentionnons une pique qui bien que plaisante, ne fait plus rire personne :

At that mark, Thomas Rickert of the trade group eco addressed the issue in a lengthy comment in which he pointed out that ICANN has been moving so slowly of late that even lumbering governmental institutions such as the European Union have come to realize that it’s faster to legislate on issues such as Whois than to wait for ICANN to sort it out.
He also pointed to the community’s pain of waiting a year for the recent Operational Design Assessment for the next round of new gTLDs, and its shock that the ODA pointed to an even more-expensive round that could take five years or more to come to fruition.

Mais tout en abondant dans le sens de la critique, la nouvelle CEO dut rappeler que l’ICANN n’avait pas les mains libres – et l’on retrouve l’argument de la « forteresse assiégée » si présent pour justifier l’immobilisme et les non prises de décision de l’organisation californienne depuis vingt ans :

Costerton [la nouvelle CEO par interim] said she has to balance getting stuff done with threats from governments and the risk of being “overwhelmed by aggressive litigation”. She said that ICANN needs “a framework around us that protects us”. Getting that balance right is the tricky bit, she indicated.

Ce qui est remarquable, c’est que ce genre d’arguments vienne dans les propos d’une personne en poste depuis à peine quelques semaines. On mesure ainsi la puissance de cette culture de la ligne Maginot dans un organisme censé « promouvoir l’innovation ».

En marge de ces échanges politiques, l’ICANN a aussi annoncé son intention (3, 4) de sélectionner une chaîne de caractères spéciale, qui ne sera jamais créée en tant que TLD. Ceci afin de permettre aux organisations de pouvoir l’utiliser pour leurs systèmes d’adressage internes. La chaîne retenue devra être conforme aux quatre critères suivants :

1. It is a valid DNS label.
2. It is not already delegated in the root zone.
3. It is not confusingly similar to another TLD in existence.
4. It is relatively short, memorable, and meaningful.


Décision de l’IRP concernant la suppression du plafonnement des tarifs du .ORG : une victoire de Namecheap ?

L’IRP (Independent Review Panel) a rendu une décision favorable à la requête de Namecheap (5, 6, 7), admettant que la suppression du plafonnement des tarifs des .ORG et .INFO avait été décidée par l’ICANN en violation de ses propres statuts. L’organisation californienne avait aussi, à cette occasion, ignoré purement et simplement 3 000 commentaires hostiles à cette décision. Comme c’est une pratique courante chez elle que de s’asseoir sur les opinions de la communauté lorsqu’ils ne vont pas dans son sens, c’est un fait nouveau que de se le voir reproché.
L’IRP a aussi entériné les plaintes de Namecheap quant à la volonté affirmée de l’ICANN de maintenir la plus grande opacité sur les motifs de sa décision. Un argument juridique (sans doute lié au secret des affaires) est systématiquement mis en avant pour justifier la non communication de pièces d’importance capitale. Cela peut se comprendre, mais pas de manière aussi flagrante chez une organisation dont les propres statuts soulignent qu’elle doit être « inclusive and transparent ». On a vu mieux.
Même si elle donne raison sur le fond à Namecheap, la décision del’IRP n’est qu’une victoire morale (ou une première étape). Elle n’aboutit en fait qu’à une recommandation de se rapprocher des registres des extensions concernées pour voir s’ils ne voudraient pas volontairement (sic) rétablir le plafonnement de leurs tarifs – bêtise, candeur ou aveu d’impuissance ?
Plus sérieusement, cette affaire touche à deux sujets brûlants même s’ils ne sont pas mis en avant.
Le premier est le rôle « d’Ethos » Capital dans le processus de décision. Cette structure, dont le nom devint signe d’infamie au point qu’elle s’est depuis rebaptisée Identity Digital, avait potentiellement des informations sur ce qui se déroulait au sein de l’ICANN. Dirigée par d’anciens « pontes » de l’ICANN, elle pouvait être informée, mais aussi orienter les décisions. Se serait-elle portée candidate à l’acquisition du .ORG si le plafonnement des tarifs n’avait pas été supprimé ? Ayant identifié une cible intéressante, n’avait-elle pas un intérêt direct à utiliser ses contacts au sein de l’ICANN pour faire disparaître cette contrainte contraire à ses intérêts ?
Le second est le rôle de l’ICANN en tant que régulateur du marché. Un rôle plutôt autoproclamé d’ailleurs, au moins en matière de tarifs. Mais dans la mesure où l’organisation avait déjà accepté d’autres suppressions de plafonnement, notamment pour les .COM et .NET, quelle raison aurait-elle pu avoir de les refuser aux .ORG et .INFO ? Il aurait fallu des raisons assez puissantes pour justifier un traitement inéquitable entre deux concurrents, et ces raisons ne furent pas trouvées.
Namecheap a donc obtenu gain de cause sur des pratiques scandaleuses : opacité, mépris des opinions de la communauté, etc. En revanche elle pouvait difficilement espérer gagner sur le fond, c’est-à-dire sur le fait que l’ICANN ait eu raison de supprimer des plafonnements qu’elle avait déjà accepté pour d’autres extensions. Dans le cas contraire, c’est « Ethos » ou d’autres qui auraient été en droit de l’attaquer pour atteinte à la concurrence.
Il serait sans doute sage que l’ICANN déclare une fois pour toutes qu’elle n’a pas vocation à déterminer les niveaux de prix des extensions. Cela mettrait fin à une querelle qui n’a fait que mettre une fois de plus en évidence les graves failles de ses modes de fonctionnement, qui ne sont ni nouvelles, ni en passe de disparaître en l’absence de toute autorité de contrôle.
La réaction anticipée de l’organisation californienne était qu’elle « classerait verticalement » la décision de l’IRP (8) et de fait, l’ICANN s’est contentée de confier à l’une de ses composantes le soin « d’étudier les étapes suivantes » (9). L’affaire va être absorbée et digérée par sa puissante bureaucratie et il faudra de nouveaux efforts à Namecheap pour l’en faire ressortir, si elle n’a pas mieux à faire.

La « confusion » autour des identifiants Web3 est plus que jamais à l’honneur

Sur ce sujet difficile que sont les « identifiants Web3 » (et non pas les « Web3 domains » ou « blockchain domains », s’il vous plaît !) les choses n’ont pas beaucoup évolué ces dernières semaines. La dynamique de développement reste forte, Unstoppable Domains communicant à présent sur 2,2 millions d’identifiants déposés contre, je cite le chiffre de mémoire, 1,7 en juin dernier.
Ce qui est intéressant, c’est de voir un double phénomène se déployer – et il prendra sans doute encore plus de force à l’avenir.
Le premier consiste à voir des acteurs « historiques » des noms de domaine, tel que Pool.com, s’efforcer de prendre pied sur ce nouveau marché fort prometteur (10). Après avoir été un acteur incontournable du snapping, Pool.com se repositionne à présent comme une sorte d’IANA privée du Web3, c’est-à-dire qu’elle commercialise des « extensions » dans le Web3 – 25 000$ l’an, ce qui n’est pas rien mais toujours dix fois moins que les tarifs annoncés par l’ICANN pour son prochain round. Pool.com intervient aussi en fournissant à ses clients registres la technologie leur permettant de vendre des « noms de domaine » (!) dans leurs « extensions » Web3. C’est en somme l’IANA, Verisign et GoDaddy réunis sur une même plate-forme technique.
La comparaison avec la chaîne de valeur des noms de domaine n’est pas innocente, même si elle devrait s’arrêter là. Pool.com cherche naturellement à placer ses clients habituels, les domainers, dans un environnement qui leur est familier. Elle veut séduire, appâter et rassurer.
Le second phénomène tient justement à ces trois termes. Comment séduire alors que les cryptomonnaies sont au plus bas, appâter alors que la promesse de valeur reste à inventer et rassurer alors que la presse se fait régulièrement l’écho de pertes, vols, escroqueries et autres délits que l’anonymat régnant sur la blockchain prive de tout recours ?
Un article récent s’inscrit dans cet effort, utilisant à gogo le terme confusant « blockchain domain names system » et soulignant qu’au fond l’un des plus grands avantages du Web3 c’est qu’il n’y a pas d’ICANN pour tout bloquer, protéger les marques et rendre les choses plus compliquées et beaucoup plus chères. Entre la pure bureaucratie brejnevienne et la ruée vers les terres vierges de l’Oklahoma, le choix s’impose :

Blockchain domains have a few other interesting qualities.
First, Blockchain domain name systems turn blockchain resources (long form complicated numbers/letters) into domain names with extensions such as “.bitcoin,” “.crypto,” “.nft” and “.eth.” Blockchain domains can work as either i.) a naming registry for cryptocurrency wallet addresses or ii.) they can point to content that is hosted on the blockchain, like a website.
Second, blockchain domains themselves exist in the owner’s crypto wallet (you have to have one to own a domain), so the owner of the domain name can do whatever they like with it (like they would with a regular NFT), without being subject to a registry, registrar, hosting service, or ICANN. There are no administrative procedures to deal with cases of infringement, like a UDRP or terms of use. Further, once the domain is purchased, there are no fees to be paid—it’s a one-and-done purchase—and the domain/asset is owned by the purchaser (not rented or leased). Budweiser brewery, for example, recently purchased beer.eth for roughly $90,000 or 30 ether (for those familiar with crypto valuations).

Nul doute qu’un domainer peut être séduit, appâté et rassuré en lisant ces lignes. On ne lui dit qu’ensuite que ces identifiants fabuleux ne sont pas des noms de domaine et ne fonctionneront donc pas comme tels sans l’installation de plug-ins spécifiques par les utilisateurs.

If [users] click on such a link [to a non-DNS domain], it will fail with an error message that the domain cannot be found. In order for Internet users to connect with such names, they would have to either install a specific browser, install a special plug-in to their favorite browser, or configure their system to use a specific DNS resolver that would bridge to the Handshake blockchain world. (emphasis added)

Quant aux ayants droits inquiets de voir leurs marques exposées à des dépôts anonymes, qu’elles se rassurent :

The law still applies, so in the same way you would track a domain name registrant in the DNS, you can do so via the blockchain—it should be easier, in fact, because there is no hiding where things are in the blockchain. While it is easier to anonymize things, and there is no central authority or repository for blockchain domain names, tracking should not be a problem.

La désinformation par des acteurs économiquement intéressés est l’un des plus remarquables piliers de l’expansion du phénomène « blockchain domains ». On voit déjà se profiler une bulle, un éclatement, des ruines. Schéma bien connu, mais qui se répète avec régularité comme pour montrer que l’homme est tragiquement incapable d’apprendre de ses erreurs.


Les e-marchands européens et leurs noms de domaine

InternetX a publié récemment un dossier très complet (12) sur les pratiques des entreprises européennes en matière de e-commerce. On peut y trouver des informations intéressantes sur les stratégies de nommage adoptées.
Ainsi, 70% des e-boutiques européennes ont choisi un ccTLD, contre 27% un gTLD et 3% un nTLD.
Le .COM est le TLD le plus représenté avec 25% (ce qui veut dire que les « Autres legacy » représentent à eux tous 2% des TLDs utilisés). Vient ensuite le .DE (16%), le .NL et le .UK (8%), le .FR et le .RU (5%). Les 6 premières extensions représentent donc 60% des e-boutiques en ligne.
Parmi les nTLDs, le .SHOP est le plus apprécié avec 37%, suivi par le .STORE (13%) et le .ONLINE (8%). Les 3 premiers nTLDs ont une part de marché de 58% parmi les e-boutiques ayant opté pour un nTLD.
Ces chiffres sont assez cohérents avec ceux donnés par l’Observatoire mondial des noms de domaine publié chaque année par l’Afnic, notamment ne ce qui concerne la prédominance des ccTLDs en Europe. On relève la faible pénétration des nTLDs, mais aussi la force du .COM qui reste le leader avec ses 25%, et le rôle anecdotique des Autres Legacys.


(1) ICANN to be told to stop pussyfooting on new gTLDs
https://domainincite.com/28532-icann-to-be-told-to-stop-pussyfooting-on-new-gtlds
(2) New ICANN boss makes encouraging noises on new gTLDs
https://domainincite.com/28524-new-icann-boss-makes-encouraging-noises-on-new-gtlds
(3) Wanted: a gTLD to ban
https://domainincite.com/28513-wanted-a-gtld-to-ban
(4) ICANN Publishes Proposed Procedure for Selecting a TLD String for Private Use
https://www.icann.org/en/announcements/details/icann-publishes-proposed-procedure-for-selecting-a-tld-string-for-private-use-13-01-2023-en
(5) Removal of Price Caps for .ORG and .INFO Found Improper by IRP
https://circleid.com/posts/20230110-removal-of-price-caps-for-.org-and-.info-found-improper-by-irp
(6) Namecheap says it won legal fight over .org price caps
https://domainincite.com/28478-namecheap-says-it-won-legal-fight-over-org-price-caps
(7) IRP panel tells ICANN to stop being so secretive, again
https://domainincite.com/28492-irp-panel-tells-icann-to-stop-being-so-secretive-again
(8) ICANN will most certainly ignore the Namecheap IRP decision
https://onlinedomain.com/2023/01/09/domain-name-news/icann-will-most-certainly-ignore-the-namecheap-irp-decision/
(9) ICANN kicks the can on .org price cap defeat
https://domainincite.com/28544-icann-kicks-the-can-on-org-price-cap-defeat
(10) Pool.com relaunches as web3 domains business
https://domainnamewire.com/2023/01/17/pool-com-relaunches-as-web3-domains-business/
(11) Blockchain Domains and What They Could Mean for Online Scams and Brand Protection
https://circleid.com/posts/20230120-blockchain-domains-and-what-they-could-mean-for-online-scams-and-brand-protection
(12) An analysis of European online shops and their domain names
https://www.internetx.com/en/news-detailview/an-analysis-of-european-online-shops-and-their-domain-names/