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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito juillet – août 2020 : un été en pente douce… pour les nTLDs

Etat statistique des nTLDs au samedi 29/08/20 (données publiées)

Les nTLDs ont poursuivi leur décroissance en juillet / août, tendant à se stabiliser légèrement au-dessus des 32,5 millions à fin août. Ceci représente une perte de 2,3 millions de noms depuis le pic de la fin mai.
Plus étonnante, la chute brutale du nombre de nTLDs entre fin juin et fin août (-11). Ce sont vraisemblablement des .BRANDs, mais cela reste à investiguer.
La perte en stock en nombre de noms de domaine est toujours alimentée par les .ICU (- 18 000 noms) et .TOP (- 13 000 noms). Mais on constate qu’au niveau du « Top 5 » les .XYZ (+ 19 000 noms), .SITE (+ 5 000 noms) et .ONLINE (+13 000 noms) sont repartis à la hausse. Au global, le « Top 5 » représente 50,1% des noms déposés dans les nTLDs à fin août.
La baisse de 2,3 millions constatée depuis la fin mai n’est apparemment pas due aux 5 premiers nTLDs qui voient au contraire (collectivement) leur stock s’apprécier de 10 000 noms. Ce phénomène pourrait traduire le fait que les nTLDs de moindres volumes sont durement impactés par les effets du confinement, entre une possible chute des créations et des « nettoyages » chez les domainers. Des nTLDs servant essentiellement à générer du trafic rémunéré peuvent avoir brutalement – mais ponctuellement ? – perdu tout intérêt si les annonceurs eux-mêmes ont suspendu leurs campagnes depuis mars. Et l’on voit se dessiner, encore assez confusément, un lien paradoxal entre les marques (détenues par les annonceurs) et ceux qui, trop souvent, les pillent pour exploiter leur notoriété.

La pandémie, événement fondateur pour le marché des noms de domaine ?

Les chiffres disponibles parlent d’eux-mêmes. La grande majorité des acteurs du marché, registres et registrars confondus, ont involontairement « profité » des conséquences du confinement en enregistrant un 2e trimestre 2020 qui restera longtemps un record (1, 2, 3). Le constat est identique pour les plates-formes proposant des dispositifs intégrés de présence en ligne, telles que Wix (4). Seule l’ICANN reste dans l’expectative (5), cette prudence étant attribuée à l’absence dans ses rangs des compétences nécessaires plus qu’aux résultats d’une étude approfondie de la situation. Déjà apparaissent des analyses pénétrantes sur les conséquences possibles de la migration massive des TPE/PME sur internet, notamment en termes de cybersécurité (6) ou d’usages (7).
Il reste que personne ne sait trop à quoi conduira cette « divine surprise ». Les conséquences économiques de la pandémie et les mesures de prudence persistantes vont continuer à peser sur les TPE/PME qui n’auront vraisemblablement pas d’autre choix que de s’investir de plus en plus sur internet, ou de commencer sérieusement à le faire si ce n’est pas encore le cas. A tort ou à raison, Internet paraît l’une des grandes planches de salut dans un monde aux repères plutôt changeants.
Si ces stratégies innovantes imposées par les circonstances s’ancrent durablement dans les usages des TPME/PME, il y a d’assez bonnes chances que le marché des noms de domaine en sorte gagnant. Si au contraire la force d’inertie finit par prévaloir et qu’une minorité seulement des « convertis » d’aujourd’hui reste active sur internet, les lendemains ne seront pas chantants : les taux de renouvellement s’en ressentiront.
La prévision est difficile, mais cet événement touchant le monde entier permet de discerner dans le marché des noms de domaine des lignes de fracture qui n’apparaissaient pas en temps normal. Ainsi, on est frappé par le fait que « l’explosion » des créations n’est pas unilatérale. Des « catégories » d’extensions se dessinent, entre celles qui attirent spontanément les créations (.COM et ccTLDs nationaux), celles qui en captent une petite partie (quelques grands Legacys et nTLDs) et celles qui restent sur le bord du chemin ou qui perdent même beaucoup de stock, le niveau des créations ne pouvant plus compenser le volume des suppressions.
D’autres indices se font jour, comme les succès marqués de certains nTLDs « boostés » par le besoin de se mettre en ligne (1) : le .ONLINE double en avril 2020 son solde net par rapport à celui d’avril 2019 ; le .BUZZ le multiplie par 100 ; le .WEBSITE, le .STORE le doublent eux aussi. A l’opposé du spectre, certains TLDs parmi les plus dynamiques « autrefois », parce que fonctionnant sur des schémas de quasi-gratuité, voient leur activité se réduire et leur stock plonger. On peut en déduire que le segment de la monétisation du trafic capté via les noms de domaine semble assez touché, et que les nTLDs venant en tête des palmarès sont bien aussi fragiles qu’on le pensait.
Nouveaux modèles en passe de s’ancrer dans les usages, contrastes croissants entre les profils d’acteurs permettant de mieux discerner les tendances sous-jacentes, le marché des noms de domaine a encore de beaux jours devant lui. Mais tous les usages émergents ne passent pas par la multiplication des noms de domaine, comme la stratégie visant, pour une entreprise, à être référencée sur des plates-formes de e-Commerce (les équivalents des « hypermarchés » du monde réel) plutôt qu’à développer elle-même un site web avec tous les investissements et tous les tracas que cela peut représenter. En même temps qu’elle oblige les TPE/PME à accélérer leur « transition digitale », la pandémie conduit aussi à une mutation de « l’économie internet » elle-même, certains modèles étant propulsés vers un succès rapide qu’ils n’auraient pu imaginer il y a encore six mois.

L’accès aux données WHOIS

Je mentionne cette brève (8) car je sais combien la question intéresse nombre d’entre vous. Mais vous serez sans doute déçus… En tout cas, le « EPDP » (pour Expedited Policy Development Process) group de l’ICANN a fini par accoucher, après seulement trois ans, d’un rapport de 171 pages décrivant par le menu sa proposition d’un dispositif permettant d’accéder aux données WHOIS aujourd’hui masquées.
Je n’ai pas lu ce document et en me fondant seulement sur ce qu’en dit l’article source, je peux dire que je ne suis pas surpris par ce qu’il en dit. Comme de juste, le dispositif proposé risque d’être coûteux pour les ayants droits (un tel fromage ne peut se perdre…) et lourd à administrer. Toutes les bureaucraties du monde, depuis l’origine des temps, n’ont jamais su produire que des coûts et de la complexité : celle-là ne fait pas exception à la règle. La place de l’ICANN n’est pas encore assurée, mais elle se voit apparemment dans le rôle de « super-administrateur » de la fonction permettant de délivrer les accréditations ($$) aux intermédiaires par lesquels les ayants droits devront impérativement passer pour obtenir les données ($$$), et encore, dans certaines conditions seulement.
Si l’ICANN et ses groupes de travail avaient dû inventer l’Internet, le RFC n°1 d’avril 1969 n’aurait jamais eu de suites, comme présentant un projet d’une simplicité révoltante pouvant porter atteinte à bien des intérêts…

L’ICANN et la « manne » des enchères sur les nTLDs

Autre Arlésienne, celle des 200 M$ et quelques collectés par l’ICANN à l’occasion des enchères sur les nTLDs. Le Conseil du GNSO a apparemment approuvé en juillet des dispositions fixant les modalités d’emploi de cette somme (9). L’idée générale serait d’autoriser l’ICANN à financer des projets concourrant au développement de l’Internet et notamment au profit des populations les moins favorisées. Les modalités d’organisation pratiques sont encore à l’étude.
Mais qu’on se rassure, ou du moins qu’on ne se fasse pas trop d’illusions. Comme l’a lui-même précisé le Board en 2018, ne seront distribués que les fonds dont l’ICANN pensera ne vraiment pas avoir besoin :

ICANN maintains legal and fiduciary responsibility over the funds, and the directors and officers have an obligation to protect the organization through the use of available resources. In such a case, while ICANN would not be required to apply for the proceeds, the directors and officers would have a fiduciary obligation to use the funds to meet the organization’s obligations.

Or le contexte actuel est par nature imprévisible : aux exploits de 2020 succèderont peut-être des dépressions dans les années à venir. Si l’on s’en tient aux réserves du Board, l’essentiel de ces 211 millions de $ servira plutôt à financer le train de vie de l’ICANN qu’à aider les populations les moins favorisées. Sicut transit mundi…

(1) Domain industry had best April ever under lockdown
http://domainincite.com/25754-domain-industry-had-best-april-ever-under-lockdown
(2) The two biggest registrars knock it out of the park in Q2
http://domainincite.com/25757-the-two-biggest-registrars-knock-it-out-of-the-park-in-q2
(3) CentralNic first half revenue eclipses $110 million
https://domainnamewire.com/2020/08/10/centralnic-first-half-revenue-eclipses-110-million/
(4) Wix has record-setting Q2 thanks to Covid
https://domainnamewire.com/2020/08/06/wix-has-record-setting-q2-thanks-to-covid/
(5) ICANN still has no clue how coronavirus will affect the domain industry
http://domainincite.com/25695-icann-still-has-no-clue-how-coronavirus-will-affect-the-domain-industry
(6) How Global Trends Arising from COVID-19 May Influence Online Brand Protection Strategies
http://www.circleid.com/posts/20200731-global-trends-arising-from-covid-19-brand-protection-strategies/
(7) Fashion, exercise and deliveries spearhead spike in .UK domain registrations in lockdown
https://www.nominet.uk/fashion-exercise-and-deliveries-spearhead-spike-in-uk-domain-registrations-in-lockdown/
(8) The pricey, complex, clusterfuck plan to reopen Whois
http://domainincite.com/25738-the-pricey-complex-clusterfuck-plan-to-reopen-whois
(9) ICANN close to becoming $200 million gift-giver
http://domainincite.com/25712-icann-close-to-becoming-200-million-gift-giver