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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito septembre 2020 : les « fTLDs » émergent des limbes

Etat statistique des nTLDs au samedi 26/09/20 (données publiées)

Les nTLDs ont poursuivi leur décroissance en septembre, en passant sous les 32,5 millions. Ceci représente une perte de 2,4 millions de noms depuis le pic à 34.9 millions de la fin mai. Le nombre de nTLDs est resté stable et celui des registrars proposant ces extensions a légèrement augmenté (4 unités depuis fin juin).
Comment les 5 premiers nTLDs se comportent-ils face à cette nouvelle phase de régression ? Plutôt bien, merci. Le .ICU qui devrait alimenter le déclin par ses suppressions se maintient et gagne même 10 000 noms en septembre, et les .TOP, .SITE et .ONLINE sont à l’avenant. En revanche le .XYZ perd 6 000 noms.
Comment interpréter ces chiffres ? L’impression est que ce phénomène de « reconcentration » (le Top 5 gagne 1 point de part de marché) pourrait refléter la fin de la période d’exception née du confinement. Le marché rentrerait dans ses marques habituelles, et les pratiques des acteurs de la « monétisation » des noms reprendraient de plus belle. Cela signifie aussi que ce sont les autres nTLDs qui subissent le gros de la baisse actuelle, peut-être du fait d’une possible raréfaction persistante des créations combinée à des « arbitrages » pesant sur les taux de renouvellement. Il est cependant un peu tôt pour avoir des convictions à ce sujet.



Le marché des noms de domaine vu par Verisign (2e trimestre 2020)

La Verisign Industry Brief (1, 2) pourrait nous apporter des éléments de réponse, mais il faudra attendre décembre pour obtenir les chiffres portant sur le 3e trimestre. Celle de septembre nous renseigne en revanche sur le marché au 2e trimestre, période clef de l’année 2020.
L’accélération constatée par de nombreux registres est sensible pour les gTLDs : 2 points de croissance de plus qu’en 2019. Curieusement, les .COM et .NET restent sur la même dynamique (3.8%). Compte-tenu de l’augmentation des créations de 1 million par rapport au temps « normaux » (11 millions sur le trimestre au lieu de 10) on peut penser que l’effet confinement a évité à ces extensions une sous-performance en 2020, les créations fortes venant compenser des suppressions en hausse. Les Autres Legacys ne bénéficiant pas de ces créations – car n’ayant pas été recherchées durant le confinement – voient leur variation se dégrader par rapport à 2019. Les nTLDs ont entamé leur déclin en juin, mais le solde trimestriel reste fortement positif. Enfin les ccTLDs sont à l’équilibre. Toutefois ce dernier chiffre ne signifie pas grand-chose dans la mesure où Verisign prend en compte les « penny TLDs », .TK (Tokelau) au premier chef. Ces extensions semblent avoir beaucoup souffert du confinement, et leurs pertes massives ont artificiellement biaisé la performance globale du segment des ccTLDs. En réalité, de nombreux registres de ccTLDs « classiques » ont communiqué sur leurs beaux résultats du 2e trimestre.
La photo du marché donnée par Verisign à fin juin est donc trompeuse : d’une part, ce mois-là fut un mois pivot qui vit le retournement des nTLDs. D’autre part, les ccTLDs sont plus dynamiques qu’ils ne le paraissent dans ces chiffres. Il reste que de nombreuses incertitudes persistent, en partie liées à l’évolution de la situation économique mondiale, mais aussi à la « qualité » des noms déposés pendant le confinement et après. Dans le meilleur scénario possible, ces noms traduiraient une réelle « transition numérique » des TPE/PME et les taux de renouvellement ne s’écrouleraient pas en 2021.

Prochain round ICANN et « fTLDs » : bientôt la fin du début ?

Le groupe de travail de l’ICANN en charge de l’élaboration des politiques à suivre lors du « prochain round » de création de futures extensions (appelons-les « fTLDs ») a rendu sa copie fin août (3). Il y travaillait depuis janvier 2016. Selon un expert, les grandes lignes du processus de 2012 resteront globalement inchangées. De nombreuses modifications dans les textes ne font qu’entériner rétroactivement des choix réalisés dans le feu de l’action lors du 1er round. Les principales informations glanées à la lecture des quelques brèves consacrées à ce document (4, 5, 6, 7) sont les suivantes (pour l’instant, le document n’étant qu’une proposition, tout reste au conditionnel) :
- la prochaine « fenêtre » de soumission des dossiers pourrait avoir lieu en 2023, les premiers « fTLDs » étant créés en 2024
- il n’y aurait plus la possibilité de voir se créer des TLDs correspondant aux formes singulier et pluriel d’un même terme
- les opérateurs techniques seraient « accrédités » ou « validés » une seule fois pour tous les dossiers auxquels ils seront mêlés ; cela éviterait aux candidats de payer n fois la même « validation » pour la compétence technique d’un même opérateur, comme ce fut le cas en 2012. De ce fait, les gros opérateurs devraient pouvoir répartir le coût de la « validation » sur leurs clients et proposer des tarifs sensiblement plus faibles qu’en 2012 (notons tout de même une inexactitude, les 185 000$ facturés par l’ICANN étaient censés couvrir l’ensemble du process, pas uniquement l’évaluation technique, tout en la remboursant de sommes dépensées en amont).
- en revanche il y aurait une volonté assumée de maintenir les frais de candidature à un certain niveau, même si les coûts de l’ICANN sont inférieurs, ceci afin de décourager la spéculation et l’appropriation massive de TLDs. L’ICANN pourrait donc engranger des profits substanciels, mais ne serait autorisée à les utiliser que dans le cadre du programme de fTLDs, pour des actions de promotion ou de soutien aux candidats les plus démunis.
- le cas épineux des « closed generics », c’est-à-dire des extensions correspondant à des termes génériques mais revendiquées par les candidats comme devant être exploités à l’instar de .BRAND « privés », reste non résolu.

Il existe donc encore quelques points d’achoppement non négligeables, mais ce document est symbolique en ce qu’il permet de sortir du « marasme » dans lequel était plongé le programme de « fTLDs » depuis tant d’années.

Quand Verisign se découvre un intérêt pour l’URS (Uniform Rapid Suspension)

Rappelons que l’URS est une petite sœur de la vénérable UDRP. Elle est destinée à la neutralisation rapide (une vingtaine de jours au lieu de 45) et à moindres frais (300$ en frais de base au lieu de 1 500) des noms portant sans équivoque préjudice à des tiers. Ces noms sont bloqués, mais non transférés. Le requérant, s’il veut les récupérer, doit attendre qu’ils retombent dans le domaine public, ou initier une UDRP.
La proposition faite par un représentant de Verisign (registre des .COM et .NET) d’implémenter l’URS dans les TLDs de cette société a créé une petite commotion fin août (8). Jusqu’à présent, l’entreprise s’était montrée très réticente à cette évolution, si réticente que l’URS ne figurait pas dans le contrat tout récemment renouvelé avec l’ICANN, alors même que cette dernière a imposé sans états d’âme à tous les autres registres de Legacys ou de nTLDs d’intégrer cette option dans leurs services.
Les experts ont donc cogité pour comprendre les motifs de cette « conversion » inattendue (9). Certains veulent y voir le désir de complaire aux autorités américaines ou de limiter la responsabilité de la société en cas de litige entre un titulaire et un tiers (en ce qu’il ne serait plus nécessaire, ni possible, d’en appeler au registre pour neutraliser un nom nuisible). Troisième raison invoquée, le désir d’aligner les .COM et .NET sur les autres gTLDs, dans la mesure où ceux-ci ont été forcés de proposer cette solution. La perspective de voir l’URS implémentée sous .COM et .NET se heurte curieusement à l’opposition de l’ICA (International Commerce Association) (10) qui se bat depuis l’origine pour limiter la propagation de cette procédure. On ignore les motivations de l’ICA – tout en savourant le paradoxe qu’il y a à voir son ancien conseil, à présent rémunéré par Verisign, défendre des positions qu’il a combattues avec une apparente conviction pendant des années. A cela, Verisign répond sommairement (11) avec un argument dont la force n’est pas sans évoquer certains relents d’Etat policier : « seuls les malfaiteurs ont à craindre quelque chose de l’URS ». C’est avec ce genre d’arguments que l’on a déjà enterré bien des libertés…
Quid donc des motifs ayant brutalement conduit Verisign à changer d’avis ? Au-delà des trois explications mises en avant, nous en avons trouvé une qui les rend toutes les trois plausibles.
Depuis deux ou trois ans, le .COM s’enorgueillit d’une dynamique de créations rêvée pour une extension de sa taille. Alors que la plupart des ccTLDs créés dans les années 80 de l’autre siècle – en même temps que lui – affichent des taux de création de 15 à 20% (c’est-à-dire que pour un stock donné, les noms déposés depuis moins de 12 mois représentent 15 à 20% de ce stock), le .COM affiche des taux de création de l’ordre de 25%. Ce « delta » de 5 à 10 points - énorme lorsque le volume de noms concernés est de l’ordre de 10 millions de noms – pourrait bien être le fruit du phénomène bien connu de « domaining » affectant – et dopant – de nombreux nTLDs. Verisign elle-même ne nie nullement l’existence de ce phénomène : ses rapports d’activité, publiés dans le cadre de ses obligations de société cotée en bourse, avertissent régulièrement que ce phénomène peut conduire à une plus forte volatilité des noms, et induire une baisse du taux de renouvellement.
Or certains signes montrent que la tendance du .COM s’essouffle, bien qu’actuellement soutenue par l’effet COVID. Une proportion difficile à cerner de .COM a été enregistrée par des « domainers », et parmi ceux-ci par des « bad guys » qui polluent le TLD et l’exposent à une volatilité nuisant à sa stabilité et à des « affaires » pouvant ternir son image. Les listes des TLDs les plus utilisés dans des opérations de phishing et autres « abus » font toujours apparaître le .COM comme le plus utilisé en valeur absolue, ce qui n’est pas difficile vu sa taille. Mais cette situation persistante a pu finir par gêner quelques personnes au sein des instances américaines. Verisign, historiquement très proche du Department of Defense, a pu entendre ces inquiétudes. Ses estimations du volume de noms « pourris » peuvent aussi l’inciter à dégager sa responsabilité avant que ne surveinne une affaire vraiment mauvaise, tout en allégeant la charge d’appels sur sa hotline. L’harmonisation avec les autres TLDs est un argument cosmétique mais qui peut jouer, « l’anomalie » en l’occurrence plaçant fâcheusement la société dans la situation de complice tacite de pratiques abusives de plus en plus dénoncées de par le monde. Ajoutons que les relations actuelles entre les Etats-Unis et la Chine peuvent aussi jouer, dans la mesure où bien des noms « contestables » ont pu être déposés par des acteurs chinois comme cela fut le cas dans d’autres TLDs ouverts. Une petite « purge » ciblant les titulaires chinois pourrait être agréabe à Washington...
Il n’est donc pas impossible que ce goût pour l’URS soudainement manifesté par Verisign soit le premier pas vers le développement d’une politique de lutte contre les « abus » aujourd’hui inexistante sous .COM, et que l’air du temps rend politiquement de plus en plus impérative.

(1) Verisign Q2 2020 Domain Name Industry Brief: Internet Grows to 370.1 Million Domains in Q2 of 2020
http://www.circleid.com/posts/20200827-verisign-q2-2020-industry-brief-internet-grows-to-370-1-m-domains/
(2) Verisign measures the industry’s lockdown bump
http://domainincite.com/25843-verisign-measures-the-industrys-lockdown-bump
(3) The end of the beginning? ICANN releases policies for next round of new gTLDs
http://domainincite.com/25796-the-end-of-the-beginning-icann-releases-policies-for-next-round-of-new-gtlds
(4) Single/plural gTLD combos to be BANNED
http://domainincite.com/25803-single-plural-gtld-combos-to-be-banned
(5) New gTLD prices could be kept artificially high
http://domainincite.com/25815-new-gtld-prices-could-be-kept-artificially-high
(6) New back-end approval program could reduce the cost of a new gTLD
http://domainincite.com/25805-new-back-end-approval-program-could-reduce-the-cost-of-a-new-gtld
(7) Fight over closed generics ends in stalemate
http://domainincite.com/25818-fight-over-closed-generics-ends-in-stalemate
(8) Verisign proposes adding Uniform Rapid Suspension to .com domain names
https://domainnamewire.com/2020/08/26/verisign-proposes-adding-uniform-rapid-suspension-to-com-domain-names/
(9) Why Verisign might want URS on .com
https://domainnamewire.com/2020/08/27/why-verisign-might-want-urs-on-com/
(10) Uniform Rapid Suspension Not Appropriate for .com Domain Names
http://www.circleid.com/posts/20200827-uniform-rapid-suspension-not-appropriate-for-com-domain-names/
(11) Only Bad Actors Should Worry About the URS
http://www.circleid.com/posts/20200908-only-bad-actors-should-worry-about-the-urs/