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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito mai 2020 : le confinement, un accélérateur mondial de la transition numérique ?

Etat statistique des nTLDs au samedi 30/05/20 (données publiées)

Les nTLDs ont marqué le pas en mai avec un gain net de « seulement » 0,17 millions de noms contre 1,6 millions de noms en avril.
Ce ralentissement est lié à celui des plus gros acteurs en volumes. Ainsi, sur notre échantillon du « Top 5 », les quatre premiers TLDs sont en perte. Au global, ces 5 premiers perdent 0,17 millions de noms, et voient leur part de marché de réduire de 1,5 points. Les « moteurs » ne sont plus au rendez-vous, à moins que, selon une pratique devenue habituelle sur ce segment, les domainers ne soient occupés à faire « exploser » un nouvel entrant qui n’est pas encore dans notre panel. Les « sagas » du .XYZ en 2015/2016, du .ICU en 2018/2019 et de quelques autres sont là pour en témoigner de cette possibilité.

Le marché des noms de domaine à l’heure du déconfinement

Le monde se déconfine peu à peu, et les articles parus ce mois-ci dressent un bilan de la période de confinement. Quoique liée à un contexte particulièrement dramatique, celle-ci est riche d’enseignements en ce qui concerne les noms de domaine.
Le mois dernier déjà, SIDN (.NL) s’étonnait de l’explosion de ses créations. Plusieurs registres, tous de ccTLDs, ont abondés en mai dans le même sens : .PT (Portugal) (1), .AU (Australie) (2), .NZ (Nouvelle-Zélande) (3) et le CENTR s’en est lui-même fait l’écho (4), estimant à 20% la croissance des créations.
Cette « embellie » sur des ccTLDs en général moins dynamiques que les gTLDs (Legacy et nTLDs) s’acompagne paradoxalement d’une certaine morosité de ces derniers. L’ICANN annonçait en avril une révision de son budget à la baisse, anticipant une baisse d’activité du marché ; Verisign communiquait aussi dans ce sens, et en mai c’est Clarivate, holding de MarkMonitor, qui s’affiche prudente (5).
Comment expliquer ce phénomène ? Une brève (6) donne peut-être une clef d’interprétation significative : les plate-formes de création de sites web n’ont jamais mieux marché que depuis mars.
Tout se passe donc comme si les entreprises – et bon nombre de particuliers enfermés avec leurs ordinateurs – avaient « profité » du confinement pour développer des sites internet. Loisirs pour les particuliers, axe de développement vital pour les entreprises privées de leurs canaux de distribution habituels ou contraintes d’imaginer de nouveaux modes d’interactions avec leurs clients. Certains y ont vu la trace tangible d’une accélération de la « transition digitale » et on ne peut que leur donner raison.
Mais comment expliquer a contrario la « déprime » (sans doute toute relative) des gTLDs ? Une hypothèse pourrait être que les domainers se sont calmés en mars – mai, et que leur « absence » a porté un coup à la dynamique prévalant habituellement sur les plus importantes de ces extensions. Les créations n’étant plus au rendez-vous, n’ont plus compensé les volumes de suppressions toujours élevés sur des TLDs portés par les domainers. D’où un net ralentissement de la croissance, quand ce ne sont pas des pertes en stock.
Les conséquences du déconfinement restent malaisées à évaluer. D’un côté, les créations liées au domaining vont vraisemblablement reprendre de plus belle. De l’autre susbiste une incertitude sur la pérennité des usages nés des semaines de confinement. L’accélération de la transition numérique, très opportuniste, survivra-t-elle au « retour à la normale » ou s’ancrera-t-elle de manière pérenne dans les pratiques des TPE/PME ?

nTLDs : des signaux toujours contradictoires

Le segment des .CORP est l’un des plus prometteurs. Aujourd’hui portées par des « pioniers » tels que .BNPPARIBAS, .SNCF, .TOTAL, les .CORP restent des instruments « nice to have » dans la panoplie digitale des grandes entreprises. Certaines même finissent par abandonner des extensions « défensives » auxquelles elles avaient candidaté en 2012 comme si elles participaient à une sorte de « sunrise period » plus coûteuse que les autres. La liste des abandons ne cesse de s’allonger, d’une ou deux unités par mois (7). Cela signifie-t-il que ces .CORP ont été de mauvais choix ? J’aurais plutôt tendance à considérer que l’erreur consiste à les laisser retomber maintenant, après tous ces efforts et tous ces coûts, alors qu’ils deviendront sans doute demain des « must have » pour asseoir l’identité digitale des grands groupes. La seule « bonne » raison d’abandonner un .CORP est lorsque celui-ci correspond à une marque qui n’est plus exploitée, pour diverses raisons. Et ceci prêche d’ailleurs en faveur d’une procédure ICANN spécifique pour les .CORP, assurant les entreprises qu’elles pourront facilement obtenir une nouvelle extension en cas de « rebranding ». Le rythme de la vie des affaires est plus précipité que celui de l’ICANN, et c’est le plus gros frein IMHO à l’adoption généralisée des .CORP.
La « polémique » continue par ailleurs de faire rage entre les partisans des nTLDs et ceux du .COM (pour simplifier). Les uns soulignent que les entreprises « utilisent de plus en plus de nTLDs » (8) tandis que les autres réaffirment la « préférence » accordée au .COM (9). Les exemples des professionnels du secteur sont suivis avec attention : ainsi d’une « migration » opérée par CSC d’une adresse en .SERVICES vers une adresse en .COM, le commentateur se faisant un malin plaisir de signaler que le .CSC a été créé par un tiers (10, 11). Cette « exemplarité » qui reste pour l’instant anecdotique – les coûts des dossiers de 2012 pouvaient dissuader plus d’un opérateur – deviendra plus prégnante avec le temps, les prospects pouvant s’étonner de ce qu’un prestataire vienne leur vanter les mérites des nouveaux TLDs sans en utiliser lui-même pour son propre compte.

.ORG : suite et fin ?

La décision de l’ICANN avait été connue fin avril (12) : sous la pression de l’Attorney General de Californie, elle s’opposait à la vente de PIR (registre du .ORG) à Ethos Capital par l’ISOC. Cette pression était peut-être la bienvenue en ce qu’elle permettait à l’organisme californien de se conformer à une « instruction » des autorités américaines, dégageant ainsi sa responsabilité sans avoir à trancher sur les questions de fond. Cette décision difficile ne fut d’ailleurs pas unanime, quoiqu’en ait prétendu le communiqué officiel (13, 13bis).
Parmi ces questions épineuses, le statut des extensions génériques apparues avant la création de l’ICANN elle-même : bien que leurs registres soient liés à l’ICANN par des contrats régulièrement renouvelés, ce « renouvellement » reste un exercice formel plus destiné à recaler certaines clauses (comme les tarifs) qu’à opérer une réelle remise en concurrence. La dernière en date (et qui remonte, je crois, à 2005) fut celle du .NET, in fine laissé à Verisign après maintes opérations de lobbying annonçant la fin de l’Internet si la redélégation était décidée.
Quelques années auparavant, le .ORG avait été l’objet d’une mise en concurrence, au cours de laquelle des articles « spontanés » avaient commencé à fleurir sur le thème « Et pourquoi pas l’ISOC ? ». Les dirigeants de l’ISOC, qui à cette époque étaient aussi ceux de l’ICANN, retirèrent donc le .ORG à Verisign pour le confier à l’ISOC au travers d’une structure ad’hoc, PIR (Public Interest Registry). L’objectif de l’opération était de financer l’ISOC au travers du .ORG, ce qui faisait sens, l’ISOC étant à but non lucratif et le .ORG ciblant précisément ce genre de structures.
La question de fond à laquelle l’ICANN était bien en peine de répondre était donc de savoir si l’ISOC, mandataire de la Communauté de l’Internet au travers de l’ICANN, avait le droit de considérer ce TLD comme un bien propre et d’empocher un milliard de $ pour sa cession à un tiers. Le fait que ce tiers soit un fonds d’investissement ajoutait de la poésie à l’affaire, ou de l’huile sur le feu, comme on voudra.
Grâce à l’AG de Californie, cette question n’est pas tranchée, de même qu’elle reste pendante pour le .COM et le .NET qui constituent à l’évidence l’essentiel de l’actif de Verisign, quoique n’étant pas ses « propriétés » au sens juridique du terme.
Autre question de fond, le statut de l’ICANN par rapport à ses co-contractants. En l’espèce, il n’était pas question d’une redélégation du .ORG de PIR à un tiers – opération qui aurait effectivement dû passer par les fourches caudines de la procédure ICANN. L’affaire avait été habilement montée comme une cession du registre lui-même, n’entraînant donc en principe aucune intervention de l’ICANN. En s’opposant à cette cession, l’ICANN crée un précédent intéressant (14) puisqu’elle affirme avoir le droit de bloquer une transaction portant sur le contrôle d’une extension (générique) si elle estime que cette transaction est contraire aux intérêts de la Communauté de l’Internet. Cela la positionne donc en véritable régulateur du marché, mais cette position est acquise de facto. De vrais juristes pourront fouiller dans les « bylaws » pour savoir si elle est aussi fondée de jure.
Cela n’est guère certain. Or un grand nombre d’extensions ont déjà changé de mains sans que l’ICANN n’ait jugé utile de jeter le moindre coup d’œil à ces transactions. De la même manière, le contrôle capitalistique des nombreux registres évolue en permanence sans que l’ICANN se sente concernée ou habilitée à l’être. Nous rebouclons ainsi sur une question existentielle de la Gouvenrance de l’Internet : quels devraient être les pouvoirs de l’ICANN ?
Tandis que PIR est dans l’inconfortable position de devoir se projeter à nouveau dans un avenir qu’elle avait un peu laissé derrière elle en s’engageant dans la transaction (15, 16), l’ISOC reste pantelante de tout ce processus. Bien que quelques cas isolés aient filtrés dans la presse, il fait peu de doutes que les dissensions internes ont été avivées par ce dossier. Les finances préoccupantes de PIR vont aussi devoir être restaurées et le fait d’avoir attiré l’attention de la « communauté » sur ce point va compliquer la vie de l’ISOC dans les prochaines années.
Quelques protagonistes « victorieux » capitalisent sur leur succès pour tenter de s’arroger une influence plus pérenne dans la Gouvernance de l’Internet (17), tandis qu’Ethos Capital affirme son intention de vaquer à de nouvelles occupations. D’autres encore se demandent si le .ORG ne devrait pas être remis en concurrence (19), PIR ayant « trahi sa mission » (alors que PIR elle-même n’avait aucun pouvoir de se vendre sans l’aval de l’ISOC). Bien sûr, le chiffre de 1 milliard de $ fixé pour la transaction avortée a allumé bien des convoitises. Il pourrait même inspirer quelques financiers, car sur la base de 10 millions de noms environ, ce milliard de $ (en réalité 1,135 milliard) valorise le TLD à 113$ par nom de domaine. Un ratio simple à utiliser pour valoriser d’autres TLDs ayant les mêmes caractéristiques que le .ORG en termes de dynamique commerciale, de taux de renouvellement et de réseau de distribution...

Rififi autour des bases Whois

Deux brèves intéressantes ce mois-ci font état de la confusion régnant toujours autour de la gestion des bases Whois et de l’accès à leurs données.
La première pointe du doigt, avec une hilarité fondée, la mésaventure d’une agence de sécurité européenne (non nommée) ayant formulé une plainte auprès de l’ICANN après qu’un registrar ait refusé de lui communiquer les données personnelles d’un de ses clients (20). Rire qui deviendra de plus en plus jaune d’ailleurs, à mesure que se multiplieront les situations ubuesques créées par ce règlement très vague, et que l’ICANN n’a semble-t-il toujours pas converti en règles claires à l’intention de ses registrars.
Le deuxième texte évoque de récents échanges au sein du groupe de travail de l’ICANN dédié à cette question (21). L’un des scénarios envisagés positionnait l’ICANN comme une sorte d’autorité décernant ou retirant contre monnaie sonnante et trébuchante les « accréditations » aux structures jugées dignes d’accéder aux données. Mais cette approche ambitieuse (et dépassant de loin les « bylaws ») semble à présent battue en brèche, certains de ses promoteurs ayant revu leur copie. En somme, des années de discussions qui auraient impérativement dû aboutir avant mai 2018 n’ont encore abouti à rien… en mai 2020.

(1) Portugal ccTLD says growth better than expected during pandemic
http://domainincite.com/25502-portugal-cctld-says-growth-better-than-expected-during-pandemic
(2) Aussie ccTLD surges under coronavirus lockdown
http://domainincite.com/25531-aussie-cctld-surges-under-coronavirus-lockdown
(3) As .nz surges, there’s been a modest surge in coronavirus-related domain registrations
https://goldsteinreport.com/as-nz-surges-theres-been-a-modest-surge-in-coronavirus-related-domain-registrations/
(4) New domain registrations up 20% in covid-19 lockdowns: centr
https://goldsteinreport.com/new-domain-registrations-up-20-in-covid-19-lockdowns-centr/
(5) MarkMonitor parent Clarivate cuts costs and revenue guidance for Covid
https://domainnamewire.com/2020/05/04/markmonitor-parent-clarivate-cuts-costs-and-revenue-guidance-for-covid/
(6) Website Boom: Wix quantifies massive demand for websites due to Covid
https://domainnamewire.com/2020/05/14/website-boom-wix-quantifies-massive-demand-for-websites-due-to-covid/
(7) Symantec heads to the trash bin after rebranding
https://domainnamewire.com/2020/05/04/symantec-heads-to-the-trash-bin-after-rebranding/
(8) More and more companies are using new TLDs
https://domainnamewire.com/2020/05/22/more-and-more-companies-are-using-new-tlds/
(9) The preference for .com
https://domainnamewire.com/2020/05/22/the-preference-for-com/
(10) CSC removes reference to “retiring” new gTLD domain after retiring new gTLD domain
http://domainincite.com/25539-csc-removes-reference-to-retiring-new-gtld-domain-after-retiring-new-gtld-domain
(11) CSC moves from a New gTLD to a .com domain
https://onlinedomain.com/2020/05/20/domain-name-news/csc-moves-from-a-new-gtld-to-a-com-domain/
(12) Org registry sale officially terminated
https://domainnamewire.com/2020/05/12/org-registry-sale-officially-terminated/
(13) ICANN’s .org decision was NOT unanimous, and it was made in secret
http://domainincite.com/25525-icanns-org-decision-was-not-unanimous-and-it-was-made-in-secret
(13bis) ICANN dissenter explains why she wanted .org sale approved
http://domainincite.com/25541-icann-dissenter-explains-why-she-wanted-org-sale-approved
(14) “Dangerous precedent” as ICANN rejects $1.13 billion .org buyout
http://domainincite.com/25497-dangerous-precedent-as-icann-rejects-1-13-billion-org-buyout
(15) It’s Still About the Future of .ORG
https://thenew.org/its-still-about-the-future-of-org/
(16) Continued Stability for .ORG
https://thenew.org/continued-stability-for-org/
(17) What's Next for Dot-Org
http://www.circleid.com/posts/20200501-what-is-next-for-dot-org/
(18) What's Next for Ethos
http://www.circleid.com/posts/20200510-what-is-next-for-ethos/
(19) The .org deal may be dead and buried, but calls remain for PIR to lose its contract
http://domainincite.com/25499-the-org-deal-may-be-dead-and-buried-but-calls-remain-for-pir-to-lose-its-contract
(20) Irony alert! Data protection agency complains it can’t get access to private Whois data
http://domainincite.com/25545-irony-alert-data-protection-agency-complains-it-cant-get-access-to-private-whois-data
(21) Is ICANN chickening out of Whois access role?
http://domainincite.com/25549-is-icann-chickening-out-of-whois-access-role