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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito décembre 2020 : une « bonne » année surprise pour les noms de domaine en 2020, et sans doute encore bien des surprises en 2021

Etat statistique des nTLDs au mardi 29/12/20 (données publiées)

Les nTLDs ont poursuivi leur baisse en décembre, dans la continuité de la tendance observée depuis le décrochement du mois d’octobre. A un million près, ils sont revenus au niveau de la fin 2019.
L’analyse des performances des 5 principaux nTLDs en volume montre que la perte de 400 000 noms du mois de décembre ne leur est plus essentiellement attribuable, comme c’était le cas les mois précédents.
La situation difficile constatée à l’échelle de l’ensemble des nTLDs n’est donc plus uniquement le fait des variations des leaders en volumes : les autres nTLDs sont aussi sujets à des pertes de stock vraisemblablement induites par le confinement plus ou moins sévère selon les pays.

Bilan 2020 et perspectives 2021

La fin de 2020 s’accompagne du traditionnel exercice de bilan et de perspectives. Le bilan, bien sûr, est marqué par la pandémie qui restera le fait le plus mémorable de cette année (1), aussi bien pour l’humanité en général que pour les acteurs de l’internet en particulier. Acteurs de l’internet au sens large, car l’accélération de la « transition digitale » a profité à toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur, depuis les registres de noms de domaine jusqu’aux plates formes d’édition et de publication de sites internet. Seuls les modèles reposant sur la publicité et la communication semblent avoir été affectés.
Les interrogations sur 2021 restent liées à la pérennisation de cette « migration » des entreprises vers des modèles où leur dispositif digital joue un rôle croissant dans leur développement (et parfois, à court terme, dans leur survie). Mais la pandémie demeurant présente dans le quotidien et les confinements se succédant sous des formes variables en interdisant un retour à la vie « normale », la tendance devrait se poursuivre sans remise en cause majeure en 2021. Reste l’inconnue que sera la force de l’impact de cette crise sanitaire sur l’économie mondiale. Le recours à internet suffira-t-il pour limiter les dégâts ? L’ICANN s’avère relativement optimiste dans ses prévisions (2) mais ses revenus reposent sur des mécanismes assez complexes (et pas toujours liés aux flux réels) ce qui limite le caractère « prédictif » de ses hypothèses budgétaires.
2020 aura aussi été l’année de la poursuite de la consolidation du secteur, avec les rachats d’une partie d’Uniregistry, de la partie back-end de Neustar et de FairWinds par GoDaddy, et d’Afilias par Donuts (3). On vit aussi se maintenir des opérations d’acquisition de sociétés du secteur par des investisseurs, comme Endurance par Clearlake Capital Group ; celle de PIR par Ethos Capital aurait aussi pu figurer dans ce palmarès.
Les « lignes » continuent donc de bouger, par gros blocs. Il ne fait aucun doute que GoDaddy, qui vient de lancer un département « Grands comptes », de même que Donuts via Afilias, seront des acteurs très présents lors du « prochain round » de nTLDs qui verra vraisemblablement une explosion du nombre de .BRAND – si les circonstances économiques s’y prêtent. Et en même temps, ces consolidations successives forment autant de barrières à l’entrée pour de nouveaux entrants. Aux compétences techniques s’ajoutent de plus en plus la capacité à répondre aux besoins en termes d’infrastructures, de process, de réseaux (je pense aux registrars, dont la collaboration est essentielle au succès des nTLDs ouverts). Le « maillage » du marché, c’est-à-dire la possibilité de toucher les clients finaux, est aussi un enjeu de taille : 2020 a démontré que les « revendeurs », agences web, plate formes d’édition de sites web, font pleinement partie de « l’écosytème » des noms de domaine, même si ceux-ci ne représentent que rarement l’essentiel de leurs revenus.
D’après l’ICANN elle-même, ce « second round » ne devrait pas avoir lieu avant la fin 2022, ce qui le place plus probablement vers 2023. Ce qui aurait été accueilli comme une « malédiction » de plus en temps normal pourrait être plutôt salutaire, en permettant aux registres potentiels et à leurs futurs clients de sortir de la crise avant de candidater ou d’absorber une nouvelle vague d’offre pléthorique.
D’une manière générale, le marché des noms de domaine a fait figure de privilégié en 2020, en bénéficiant à plein de l’accélération de la transition numérique. Il n’a cependant pas accompli ses propres mutations, ce qui laisse planer un doute sur le succès, toutes choses égales par ailleurs, de futurs nTLDs ouverts. Les .BRANDs fonctionnant selon des modèles radicalement différents seront sans doute les plus favorisés par les back-ends, tout en ne profitant pas aux registrars pour lesquels ce « second round » risque bien d’être un non événement. Les évolutions stratégiques accomplies par GoDaddy semblent attester que c’est sur cette vision que l’entreprise a opéré ses choix d’acquisition en 2020.

En direct des nTLDs

La consolidation ne touche pas seulement les acteurs, elle concerne aussi les extensions. Ainsi des .OBSERVER et .REALTY cédés par Fegistry et Top Level Spectrum à Donuts (4). De son côté, DotXYZ lance les nTLDs liés à la beauté récemment achetés à L’Oréal (5) : .SKIN, .HAIR, .MAKEUP, et .BEAUTY. On peut se demander ce qui pousse cette poignée d’acteurs – Donuts (et Afilias), DotXYZ etc. à amasser autant de nTLDs dont les espérances de volumes ne dépassent que rarement les dizaines de milliers. La réponse est sans doute dans le partage des coûts et les économies d’échelle que peut engendrer la mutualisation des infrastructures pour un grand nombre d’extensions. C’est appliquer aux noms de domaine les principes qui firent la fortune de Ford il y a un siècle, tout en permettant d’atteindre un seuil d’équilibre autorisant la survie en dépit des frais fixes et variables facturés par l’ICANN. Bien que celle-ci se proclame en charge de veiller à la « concurrence » sur le marché, ses conditions financières (ainsi que l’absence de demande forte sur les nTLDs) contribuent puissamment à la consolidation de celui-ci, mais aussi à l’uniformisation des produits, condition nécessaire à la réalisation des économies d’échelle.
Mentionnons pour finir l’abandon par CNH Industrial de ses trois .BRANDs, les .CASE, .CASEIH et .NEWHOLLAND (6).


UDRP : les juristes PI n’ont pas chômé !

L’OMPI a annoncé (7) qu’elle avait fêté son 50 000e dossier UDRP, ce qui à 1500$ l’unité représente un chiffre d’affaires de 75 M$ en 20 ans (la procédure ayant été créée en 1999). Le nombre de dossiers traités aurait augmenté de 11% en 2020, ce qui peut laisser penser que le confinement a permis aux juristes en propriété intellectuelle de se pencher plus qu’à l’accoutumée sur leurs « dossiers de fond ».
En Inde s’est produit un cas assez étrange dans le contexte de « l’INDRP », donc l’UDRP appliquée aux .IN. La plainte aurait portée sur un sous-nom de domaine » (8) et le requérant aurait obtenu gain de cause… Seul bémol, la décision rendue ne concernait pas le sous-nom de domaine évoqué (« justkhadi.zepo.in ») mais le nom de domaine justkhadizepo.in. Cette méprise semble d’ailleurs avoir été réparée un peu plus tard, la décision initiale ayant été amendée en suppression du sous-nom de domaine plutôt qu’en transfert d’un nom de domaine n’existant pas. Dans cette affaire, l’arbitre de l’INDRP aussi bien que l’auteur de l’article paraissent avoir méconnu le fonctionnement du DNS, le premier n’ayant pas vu qu’il s’agissait d’un sous-nom de domaine, le second expliquant doctement qu’aux termes de la première version de la décision, il eût fallu transférer au requérant le nom de domaine zepo.in sur lequel reposait le sous-nom de domaine litigieux. En tout état de cause, même la version définitive de la décision est sujette à caution d’un point de vue juridique, car les procédures alternatives de résolution des litiges reposent sur des contrats liant les registres aux titulaires. Or dans le cas d’un sous-nom de domaine, le titulaire est un tiers n’ayant pas de part au contrat. Cette affaire se termine donc en laissant plus de questions qu’elle n’a apporté de réponses.

Google, objet de tout ressentiment…

Google a depuis lontemps été sous les feux des attaques conjuguées de nombreux acteurs de tous horizons. Le « Do no Evil » des premiers temps semble parfois s’être mué en « Just make money ». Nous avons ce mois-ci une illustration de l’ambivalence de la position de cette société à l’échelle du marché des noms de domaine. La première brève (9) évoque les activités de Google en tant que registrar, la société prenant soin d’apparaître en toute première position sur la requête « noms de domaine » ce qui, vu sa position dominante, n’est guère fair-play pour les autres registrars. Les deux autres (10, 11) montrent à quel point certains acteurs, et non des moindres puisqu’il s’agit ici de CentralNIC, dépendent de Google pour la « monétisation » de leurs portefeuilles de noms ou de ceux de leurs clients : c’est Google qui leur permet de transformer en dollars le trafic de leurs noms de domaine. Dans le cas de CentralNIC, le prix payé par Google pour le trafic apporté a augmenté en 2020, ce qui a dopé le chiffre d’affaires ; mais le phénomène inverse peut aussi se produire, et dans ce cas-là le chiffre d’affaires s’effondrera tout aussi vite.
Les acteurs du marché des noms de domaine peuvent-ils vouloir du mal à Google ? Cela reste à voir : en rendant possible l’alchimie de la monétisation, Google finance toute une industrie qui n’existerait pas sans elle, et dont on trouve la trace dans les volumes des ccTLDs (.TK, etc.) et nTLDs (.XYZ, etc.) low-cost. Ces noms de domaine sont déposés via des registrars, qui profitent donc du système tout en regrettant, c’est bien naturel, que Google soit aussi leur concurrent frontal.
In fine, la force de cette société est qu’elle a réussi à se positionner en tant qu’intermédiaire obligé pour de nombreux acteurs qui dépendent à présent d’elle pour tout ou partie de leurs revenus. Il est douteux que quiconque veuille tuer la poule aux œufs d’or, même si elle a des dents et de l’appétit…

SAD – de tristes nouvelles

La découverte de SAD DNS, nouvelle attaque exploitant l’empoisonnement du cache DNS (12), a redonné des couleurs à DNSSEC, système de signature mis en place à partir de 2008 pour empêcher ce type d’attaques. Il n’est pas impossible que quelques acteurs finissent par adopter DNSSEC, même si l’on est encore très loin du compte après 12 ans d’évangélisation. Une étude d’une société qui a peut-être un intérêt direct à « découvrir » ce genre de résultats souligne ainsi que 97% des 2000 plus grandes entreprises de la planète seraient vulnérables à des attaques de type SAD DNS (13).

(1) 2020 in Review: The Pandemic
https://domainnamewire.com/2020/12/22/2020-in-review-the-pandemic/
(2) ICANN predicts rosy post-pandemic domain industry — time to start panicking?
http://domainincite.com/26130-icann-predicts-rosy-post-pandemic-domain-industry-time-to-start-panicking
(3) 2020 in Review: Consolidation
https://domainnamewire.com/2020/12/28/2020-in-review-consolidation/
(4) Westerdal offloads two more gTLDs to Donuts
http://domainincite.com/26107-westerdal-offloads-two-more-gtlds-to-donuts
(5) XYZ launches its beauty-themed gTLDs with slashed prices
http://domainincite.com/26085-xyz-launches-its-beauty-themed-gtlds-with-slashed-prices
(6) Three more new gTLDs blink out of existence
http://domainincite.com/26103-three-more-new-gtlds-blink-out-of-existence
(7) WIPO reaches 50,000 UDRP cases since 1999 and has an 11% increase in 2020
https://onlinedomain.com/2020/11/30/domain-name-news/wipo-reaches-50000-udrp-cases-since-1999-and-has-an-11-increase-in-2020/
(8) Indian domain dispute filed over a sub-domain
https://www.thedomains.com/2020/12/06/in-domain-dispute/
(9) How Google became a strong competitor for domain names
https://domainnamewire.com/2020/12/10/how-google-became-a-strong-competitor-for-domain-names/
(10) CentralNic more than doubles revenue as parking business thrives
http://domainincite.com/26079-centralnic-more-than-doubles-revenue-as-parking-business-thrives
(11) Google Ads RPM drives CentralNic revenue growth
https://domainnamewire.com/2020/11/30/google-ads-rpm-drives-centralnic-revenue-growth/
(12) SAD DNS: the return of DNS Cache Poisoning
https://www.cira.ca/blog/firewall/sad-dns-cache-poisoning
(13) 97% of All Global 2000 Companies at Risk from SAD DNS Attack
http://www.circleid.com/posts/20201208-97-percent-of-global-2000-companies-at-risk-from-sad-dns-attack/