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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito décembre 2018 : 2019, l’année du renouveau pour les nTLDs ?

Etat statistique des nTLDs au samedi 05/01/19 (données publiées)

La progression des nTLDs s’est poursuivie en décembre avec un nouveau gain d’un peu moins de 200 000 noms. Le nombre de noms utilisés est toujours en augmentation (+60 000) et contribue à l’amélioration du taux d’utilisation mensuel qui atteint de nouveau les 30%. Notre moyenne sur 6 mois glissants, qui lisse les variations ponctuelles, est toujours en progression à 29%. Le « rétablissement » des nTLDs sur les 6 derniers mois est manifeste, tant en volume de noms déposés qu’en proportion de noms utilisés. Il recoupe les informations données par d’autres sources comme la Verisign Industry Brief, ou les plans budgétaires de l’ICANN.
Les chiffres autorisent cet optimisme, mais relevons tout de même que le rythme de « récupération » très soutenu constaté de juin à novembre s’est un peu calmé en décembre. Tous les signaux sont au vert mais 2019 apparaît comme une « année – test » pour bien des extensions. Certaines confirmeront leurs acquis et continueront de consolider des fondations gages de pérennité. D’autres achèveront de s’épuiser en quête de clients trop peu nombreux pour les faire vivre, et changeront de mains. L’une des grandes inconnues reste le segment des .CORPs, car après plusieurs années d’existence ceux qui ne sont toujours pas réellement utilisés risquent fort d’être remisés sur une étagère (virtuelle) en attendant d’être officiellement abandonnés.
Cela paraît, de l’extérieur, une solution absurde car les délégataires ont souvent engagé des moyens conséquents pour les obtenir. Mais cette réalité montre combien le TLD doit être un outil au service d’une vision stratégique. Sans cette vision, il ne sert plus à rien. Aussi les entreprises qui songent plus ou moins vaguement à se positionner sur le « prochain round » ont-elles intérêt à partir de leur stratégie digitale actuelle, en étudiant comment leur .CORP pourrait être un facteur d’optimisation, plutôt que de chercher à l’obtenir pour toutes les mauvaises raisons du monde : pour protéger une marque, pour faire plaisir à la Direction générale ou anticiper une exigence qui arrivera naturellement quand tout aura été « bouclé » du côté de l’ICANN, parce que des concurrents ont le leur, etc. L’ICANN de son côté devrait aussi réfléchir aux multiples moyens qu’elle aurait de faciliter la création et l’adoption des .CORPs. Dans bien des cas ses lourdeurs, ses complexités, ses frais, sont des facteurs clefs d’échec ou de renoncement. C’est paradoxal pour un organisme qui a un intérêt direct à ce que le marché des noms de domaine soit le plus florissant possible.







Tendances du marché

La Verisign Industry Brief publiée début décembre (1) nous donne un aperçu des tendances du marché arrêtées au 3e trimestre 2018.
Le bloc “COM/NET” est trompeur car le .NET perdant du stock en 2018, la croissance du COM est plutôt de l’ordre de 5% - une performance assez exceptionnelle pour un TLD qui pèse 40% du marché à lui tout seul. On constate sans surprise que les « Autres Legacy » hors .COM et NET sont toujours à la peine, leur situation ayant même empiré en 2018 car ils affichaient, pris globalement, une perte de stock de 1.5% au T3 2017 par rapport au T3 2016. Ce chiffre recouvre cependant des situations assez diverses, les modèles des BIZ, INFO, ORG etc. étant sensiblement différents.
Les nouveaux TLDs – segment peu homogène s’il en est – sont ceux qui croissent le plus. Nous attribuons cette belle performance à une phase un peu spéciale puisque c’est au T3 2018 que le poids des suppressions héritées des vagues de domaining de 2015/2017 a cessé de se faire sentir. Cela pourrait expliquer « mécaniquement » ce rebond brutal, qui doit encore être confirmé.
Les ccTLDs pour leur part semblent très en ligne avec la performance mondiale, mais là aussi ce chiffre présente des biais car Verisign prend en compte les .TK et autres extensions commercialisées plus ou moins gratuitement. Ce système n’a rien de répréhensible en lui-même mais il est certain qu’il aboutit à des volumes ne signifiant pas grand-chose. Beaucoup de ces TLDs (ccTLDs et nTLDs) vendus quelques cents affichent des stocks prodigieux qui, rapportés au chiffre d’affaires généré, ne valent pas beaucoup mieux que de modestes TLDs.
On est tenté de se demander à quels besoins répondent ces TLDs hypertrophiés qui s’honorent de centaines de milliers, parfois de millions de noms de domaine alors même que l’intérêt du TLD reste sujet à caution. Un élément de réponse est bien sûr que ces noms de domaine à tous petits prix servent bien les intérêts des « bad guys » (2) mais les volumes de noms litigieux mentionnés dans l’article auquel nous faisons référence sont si faibles en regard du stock que la réponse est vraisemblablement ailleurs. L’utilisation de vastes parcs de noms de domaine pointant vers des pages de parking ou des contenus « optimisés » en matière de référencement est une hypothèse, si les acteurs concernés pratiquent la loi des grands nombres.

RGPD : la grogne

Il ne faut pas s’étonner de voir fleurir, dans les multiples « rétrospectives » de 2018, des paragraphes entiers consacrés à des critiques assez fondées – mais vaines – du Règlement entré en vigueur en mai dernier (3). Chose amusante pour un marché comme celui des noms de domaine, habituellement dominé par le heurt d’intérêts antagonistes, ici tout le monde est d’accord. Les registrars s’adaptent bon gré mal gré en pestant contre l’ICANN, les ayants-droits s’émeuvent de ne plus pouvoir identifier aussi facilement les cybersquatteurs et les domainers s’inquiètent du manque à gagner que constitue le fait de ne plus pouvoir trouver des partenaires d’affaires ou être trouvé par eux (4). L’ICANN pour sa part est apparemment passée de l’autre côté de la barrière : après avoir longtemps recouru à des tactiques dilatoires en demandant des précisions à une Commission européenne bien incapable de les fournir, l’organisme californien s’efforce à présent de « devenir une partie de la solution », c’est-à-dire de se rendre indispensable tout en touchant sa dîme au passage. Le projet actuel, porté par un petit groupe « fermé, mais ne travaillant pas secrètement » consisterait à placer l’ICANN dans la position de Cerbère seul habilité à donner ou non accès aux données WHOIS (5). Une approche qui ne conviendrait pas aux ayant-droits, lesquels craignent sans doute de voir leurs demandes rejetées ou de devoir payer des frais conséquents en dossiers d’argumentation, pour apprendre in fine que leur cybersquatter s’appelle Zorro… Les ayants droits ne semblent d’ailleurs pas représentés dans ce groupe de travail incluant des opérateurs techniques de registres, des registres, des registrars, Facebook, l’ARIN et Digicert.

Nouveaux TLDs : bouillonnements et expectative

La « communauté ICANN » est entrée en effervescence ce mois-ci, quand les prévisions budgétaires de l’ICANN ont laissé entendre que l’organisation anticipait une amélioration de la situation des nTLDs (6, 7). Mais ces documents sont touffus et assez hermétiques à l’interprétation par les profanes, ce qui autorise sans doute d’autres supports d’information à prédire avec autant de raisons une explosion de ce segment de marché (8). En l’occurrence cet optimisme ne s’appuie pas sur les timides pronostics de l’ICANN, mais sur les données de la Verisign Industry Brief qui font apparaître un rebond (cf. ci-dessus). Malheureusement l’auteur de l’article ne fait aucune distinction entre les geoTLDs, génériques, communautaires et surtout .CORP, qui ont tous des modèles et des dynamiques particuliers. Son pronostic relève donc plus de l’acte de foi que de la prévision.
Cette réserve ne nous conduit pas plus à partager le pessimisme d’autres observateurs qui, à partir des mêmes chiffres et considérant toujours les nTLDs comme un tout homogène, se demandent avec insistance si ce rebond pourra durer (9). Il est vrai que la liste des nTLDs abandonnés ne cesse de s’allonger, de quelques unités tous les mois (10, 11) ou que certains registres pris à la gorge augmentent considérablement leurs tarifs comme ce Chinois qui les multiplie par 25 (12). Mais le raisonnement en grandes masses est assez limité et vite trompeur.
Reste qu’en dépit de « l’Universal Acceptance » affichée comme l’une des « cinq priorités stratégiques » de l’ICANN dans les années 2021-2025 (soit plus de dix ans après le « 1er Round ») (13) ou de la nécessité pour bien des registres d’aborder le marché chinois (14), les nTLDs continuent d’exciter les convoitises et les espoirs. Ainsi d’un article de DNS Belgium qualifiant le 1er Round « d’immense succès » (sic) et prédisant l’ouverture de la période de candidatures dans le cadre du deuxième round au 1er trimestre 2021 (15).
Tous ces exemples montrent qu’il est bien difficile de se faire une idée réaliste de ce que sont « les nTLDs » en tant qu’objet de marché. Leur démarrage est plus lent qu’attendu, il y a évidemment des échecs plus ou moins rapides selon la capacité financière des registres, et certains semblent plus tenir de la montgolfière que du roc sur lequel se fondent des empires… Mais ils entrent peu à peu dans le paysage, notamment par le biais des .CORP, et bien des illusions qui avaient conduit à des désastres en 2014-2018 se seront dissipées dans les années 2020.

(1) Verisign Q3 2018 Domain Name Industry Brief: Internet Grows to 342.4 Million Domains in Q3 of 2018
http://www.circleid.com/posts/20181206_internet_grows_to_342_point_4_million_domains_in_q3_2018/
(2) Repurposed ccTLDs Showing Higher Levels of Phishing: APWG
http://www.domainpulse.com/2018/12/14/repurposed-cctlds-phishing-apwg/
(3) Year in Review: GDPR
https://domainnamewire.com/2018/12/27/year-in-review-gdpr/
(4) Practical Implications of GDPR so far
https://domainnamewire.com/2018/11/29/practical-implications-of-gdpr/
(5) Exclusive gang of 10 to work on making ICANN the Whois gatekeeper
http://domainincite.com/23751-exclusive-gang-of-10-to-work-on-making-icann-the-whois-gatekeeper
(6) ICANN budget predicts small new gTLD recovery and slowing legacy growth
http://domainincite.com/23770-icann-budget-predicts-small-new-gtld-recovery-and-slowing-legacy-growth
(7) The New gTLD Market Will Improve Very Slightly Over the Next Year or So, ICANN Predicts
http://www.circleid.com/posts/20181219_new_gtld_market_will_improve_very_slightly_over_the_next_year/
(8) 2019 Will Be the Year of New gTLDs, Wired Predicts
http://www.circleid.com/posts/20181220_2019_will_be_the_year_of_new_gtlds_wired_predicts/
(9) New gTLDs continue growth trend, but can it last?
http://domainincite.com/23727-new-gtlds-continue-growth-trend-but-can-it-last
(10) DOHA and ZIPPO make forty five
https://jl.ly/ICANN/dead45.html?seemore=y
(11) ICANN outs two more deadbeat new gTLDs
http://domainincite.com/23735-icann-outs-two-more-deadbeat-new-gtlds
(12) Popular Chinese IDN to increase prices 25x
https://domainnamewire.com/2018/12/05/chinese-idn-to-increase-prices/
Icann prioritizes universal acceptance
https://cctld.ru/en/news/digest/detail.php?ID=12779
Radix now has China approval for whole TLD stable
http://domainincite.com/23787-radix-now-has-china-approval-for-whole-tld-stable
Nouvelle série d’extensions de domaine : quand ?
https://www.dnsbelgium.be/fr/nouvelles/nouvelle-serie-dextensions-de-domaine-quand