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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


EDITO juin 2020 : l’imagination au pouvoir

Etat statistique des nTLDs au samedi 27/06/20 (données publiées)

Les nTLDs ont perdu un peu de terrain en juin, revenant au niveau de la fin avril après un pic à 34,9 millions de noms fin mai.
Cette perte en stock est notamment due à celles des .ICU (- 20 000 noms), .TOP (-60 000 noms), .SITE (-40 000 noms) partiellement compensées au niveau du « Top 5 » par les progressions des .XYZ (+ 40 000 noms) et .ONLINE (+40 000 noms). En somme, pas d’évolutions spectaculaires ce mois-ci.


Le marché des noms de domaine vu par Verisign (1er trimestre 2020)

La Verisign Industry Brief de juin nous renseigne sur les grandes tendances du marché au niveau mondial (1) telles qu’elles se présentaient à la fin mars 2020, donc avant que l’impact de la pandémie ne soit réellement décelable sur le marché dans son ensemble.
La croissance sur 12 mois était de 3,1% (contre 3,9% fin 2019), marquant un ralentissement peut-être déjà dû aux effets du coronavirus en Chine. Ce chiffre global recouvre en réalité des différences contrastées. Le .COM continue de jouir d’une dynamique enviable, le solde présenté ici (+ 5 millions de noms) étant atténué par les pertes régulières du .NET).
La « surprise » est de voir les Autres Legacys revenir à la croissance, avec un bond de près de 12% qui mériterait d’être analysé car ces mêmes Autres Legacys étaient en perte de 6% sur 12 mois à fin 2019. On décèle volontiers dans cette inversion brutale de la tendance l’effet d’une campagne de promotion particulièrement agressive, avec une forte probabilité de vagues de suppressions l’année prochaine.
Les nTLDs poursuivaient leur ascension en renforçant encore leur performance (+26% contre +23% annuels au T4 2019), représentant plus de 50% du solde net. Mais comme nous l’avons vu dans le tableau de suivi ci-dessus, cette situation due aux prouesses du .ICU est assez fragile et tend à s’effriter au 2e trimestre.
Les ccTLDs enfin étaient légère perte avec -1,3% (contre +2,1% au T4 2019). Ici aussi le scénario chinois pourrait se vérifier. On doit cependant tenir compte du fait que Verisign intègre le .TK dans ses calculs, ccTLD hautement volatil car distribué selon un mode de quasi-gratuité. Les données concernant les ccTLDs sont donc à prendre avec prudence.
Nous verrons au trimestre prochain comment le marché a profité, ou résisté aux effets du coronavirus. Toutefois ces éléments ne concerneront que la période du confinement, sans préjuger des conséquences à plus long terme qui se manifesteront au 2e semestre de l’année.

Gouvernance de l’Internet : la NTIA aux abonnés absents ?

La NTIA (National Telecommunications and Information Administration) désigne l’agence gouvernementale américaine, dépendant du Department of Commerce, qui est en charge depuis une vingtaine d’années de toutes les questions relatives à la Gouvernance de l’Internet. C’est elle notamment qui « supervisait » l’ICANN et qui est aussi liée à Verisign dans le contexte de la mission de celle-ci en tant qu’opérateur du serveur racine A.
Ce sigle a fait couler beaucoup d’encre, suscité bien des exaspérations et bien des espoirs. Mais une brève s’étonne ce mois-ci de la totale inertie de la nouvelle équipe en charge depuis la mi-2019 (2).
Il fut un temps où la crise liée au rachat du .ORG aurait été résolue à Washington plutôt que par les bons offices de l’Attorney général de Californie. Mais les partisans d’une ICANN « indépendante » des autorités américaines souligneront non sans raison que la NTIA a perdu beaucoup de ses prérogatives en 2016, quand l’Administration Obama accorda son autonomie à l’ICANN.
De ce fait, il est malaisé de savoir si la NTIA aurait réellement pu intervenir dans cette sombre histoire autrement qu’en coulisses. Le fait que le dernier responsable du dossier Gouvernance n’ait pas été formellement remplacé montre que l’Administration Trump ne se soucie guère de ces questions. Et c’est peut-être une chose dont il faut se féliciter…

ICANN : une antienne bien connue

Toujours sur les questions de Gouvernance, mentionnons au passage et sans nous y attarder outre mesure un de ces articles fleurissant à date fixe, celle de la publication du rapport annuel de l’ICANN (3). Comme chaque année, l’auteur s’indigne (ou appelle à l’indignation) au sujet de la rémunération « choquante » des dirigeants de la structure californienne. Et comme chaque année, cela n’aura aucun effet.

nTLDs : l’essor de nouveaux métiers

L’actualité en provenance des nTLDs reste assez variée. Du côté des .MARQUE, on relève de nouveaux abandons (4, 5) : .sbs, .rightathome, .symantec, .intel et .metlife. Tous des TLDs apparemment inutilisés, ou de manière très symbolique, avec seulement des redirections. Nous avons déjà beaucoup glosé sur les motivations des grands groupes à abandonner leurs .MARQUEs, aussi ne reviendrons-nous pas dessus. Ce genre de paris négatifs sur l’avenir ne plaide cependant pas en faveur du caractère visionnaire des managements de ces groupes. En effet, les .MARQUEs s’inscrivent dans le sens de l’histoire et de « nice to have » incontestables qu’ils sont aujourd’hui, ils risquent fort de devenir demain des « must have ». Le risque pour ces entreprises est donc d’avoir à re-candidater dans l’avenir pour ces mêmes TLDs, et dans des conditions peut-être moins favorables.
L’imagination étant au pouvoir sur le marché des noms de domaine, la désappétence de certaines entreprises pour leurs .MARQUE a suscité l’émergence d’une activité que l’on pourrait comparer à celle de marchand de biens. Il s’agit de récupérer des .MARQUE inutilisés (sans doute pour une bouchée de pain) et de les transformer en TLDs génériques à potentiellement forts volumes. Le .MONSTER est l’un des cas emblématiques de cette stratégie innovante, assez prisée par les domainers ayant les moyens de la mettre en œuvre (6).
L’étape suivante est tout naturellement la revente des TLDs, ce que l’on voit en ce moment avec les .CARS, .CAR et .AUTO mis aux enchères par Franck Schilling et DotXYZ (7, 8).

Spam : nouveaux temps, nouvelles mœurs

Le RGPD, loi essentielle dans ses intentions et trop souvent catastrophique dans ses applications, continue de faire tache d’huile. C’est à présent GoDaddy, premier registrar mondial, qui a décidé de masquer les contacts dans son WHOIS (9).
Mais les ayants droits s’organisent, du moins les plus notoires, les plus menacés – et souvent les plus puissants – d’entre eux. Ainsi de Facebook qui ne s’embarrasse plus d’UDRP et s’efforce de cogner là où cela fait mal, en faisant la chasse aux acteurs du marché proposant leurs services aux « bad guys ». Un nouveau procès a été initié en juin, cette fois contre un fournisseur de services de « proxy » indien (10). C’est la troisième action en justice intentée par le géant américain, et sans doute pas la dernière :

Facebook notes registrars and proxy services have a responsibility to take down deceptive and malicious websites. And it’s the third time they have filed such a lawsuit the first two were against Namecheap and its proxy service this past March, and OnlineNIC and its proxy service in October 2019.

Deux autres articles évoquent les pratiques évolutives des spammers dans ce monde soumis à la règle du RGPD ; car les spammers aussi ont leurs petits soucis…
Le premier (11) détaille un modus operandi passant par la récupération du fichier de zone du .COM, mis en ligne une fois par jour par Verisign. Autre solution, l’accès aux bases WHOIS des registrars en passant par le célèbre Port 43. De nombreux registrars ayant coupé cet accès, les spammeurs ont encore la ressource de recourir à des interrogations manuelles via les sites des registrars, opération simple et fastidieuse pouvant facilement être déléguée pour un coût apparemment modique. La guerre s’intensifie autour des données encore accessibles : après les adresses email, ce sont les numéros de téléphone qui doivent être masqués. Quant aux clients des registrars qui n’ont pas encore camouflé les informations WHOIS, ils voient exploser les solliciations par email ou par téléphone. Aux contraintes légales s’ajoute à présent le simple intérêt des clients.
Le deuxième article traite de spams ciblant spéficiquement les domainers (12). Le modus operandi est intéressant à observer car il peut être reproduit pour n’importe quel bien de valeur. En premier lieu, le spammer usurpe l’identité d’un acteur connu sur la place, et propose l’acquisition d’un nom de domaine détenu par le domainer en indiquant disposer d’un budget considérable. La réaction attendue de la part du domainer éperdu de bonheur est qu’il propose un prix répondant à ses rêves les plus fous, à la suite de quoi le spammer lui proposera de faire évaluer le nom de domaine via une entreprise lui appartenant ou travaillant en cheville avec lui. Dans ce schéma, l’usurpation d’identité est illégale, mais elle sert à mettre la victime en confiance. Une « cible » non prévenue pourra facilement tomber dans le panneau, aveuglée par le scintillement de l’or.

SEO et réseaux sociaux : aux frontières du marché des noms de domaine

Les praticiens, qu’ils soient domainers, registres ou simples utilisateurs, se posent fréquemment des questions presque aussi anciennes que le marché : quel est l’impact de « bons » noms de domaine sur le référencement ? Les réseaux sociaux sont-ils une menace pour ce marché en proposant des solutions alternatives aux traditionnelles « pages persos » consommatrices en noms de domaine.
Une intéressante étude se penche ce mois-ci sur la première question, en adoptant une approche aussi scientifique que possible (13). L’objectif est de tester l’impact SEO de noms déposés dans diverses extensions, incluant les nTLDs les plus célèbres tels que le .XYZ ou le .ICU sans oublier les « ténors » comme le .COM ou le .DE. L’opération fut effectuée entre le 30 décembre 2019 et le 15 janvier 2020. Les résultats – très partiels – communiqués par l’auteur de la brève semblent prouver que le TLD a une réelle incidence sur la manière dont les outils de Google traitent les pages à indexer. Par exemple l’allemand est apparemment la langue affectée par défaut à tous les sites ayant des adresses en .DE. La lecture de la brève laisse sur sa faim, son auteur espérant sans doute êre contacté pour de plus amples détails. C’est de bonne guerre…
Quant à la seconde question, il n’y a pas de résultats même sybillins à vous proposer aujourd’hui. Mais elle est posée aux utilisateurs russes par le registre du .RU (14) et l’on pourrait obtenir d’ici quelques mois d’intéressants aperçus sur les perceptions des internautes de ce pays.


(1) Industry growth driven by new gTLD(s) in Q1
http://domainincite.com/25556-industry-growth-driven-by-new-gtlds-in-q1
(2) Is the NTIA doing anything with domains?
https://domainnamewire.com/2020/06/01/is-the-ntia-doing-anything-with-domains/
(3) As the world burns, ICANN gives its richest execs huge pay rises
http://domainincite.com/25643-as-the-world-burns-icann-gives-its-richest-execs-huge-pay-rises
(4) Intel and Metlife terminate their top level domains
https://domainnamewire.com/2020/06/20/intel-and-metlife-terminate-their-top-level-domains/
(5) More dot-brands dump their gTLDs
http://domainincite.com/25608-more-dot-brands-dump-their-gtlds
(6) More Companies Buying TLDs Than Domain Portfolios
https://domaininvesting.com/more-companies-buying-tlds-than-domain-portfolios/
(7) Frank Schilling and XYZ to sell .car, cars and .auto registries
https://domainnamewire.com/2020/06/09/frank-schilling-and-xyz-to-sell-car-cars-and-auto-registries/
(8) .Cars .Car and .Auto to be sold in a no reserve auction
https://onlinedomain.com/2020/06/11/domain-name-news/cars-car-and-auto-to-be-sold-in-a-no-reserve-auction/
(9) GoDaddy Whois Records: No More Contact Information
https://domaininvesting.com/godaddy-whois-records-no-more-contact-information/
(10) Facebook files lawsuit against india-based proxy service over deceptive domains
https://goldsteinreport.com/facebook-files-lawsuit-against-india-based-proxy-service-over-deceptive-domains/
(11) How spammers find new domain registrations
https://domainnamewire.com/2020/06/10/how-spammers-find-new-domain-registrations/
(12) New domain name scam
https://onlinedomain.com/2020/06/23/domain-name-news/new-domain-name-scam/
(13) Top-Level Domain Bias in Search Engine Indexing and Rankings
http://www.circleid.com/posts/20200617-top-level-domain-bias-in-search-engine-indexing-and-rankings/
(14) Domains vs. social media: Who’s winning ?
https://cctld.ru/en/media/news/kc/26016/