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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito juin 2019 : quelques aperçus sur le futur « round » des nTLDs

Etat statistique des nTLDs au samedi 29 juin 2019 (données publiées)

La baisse du volume de noms déposés sous les nTLDs s’est poursuivie en juin (- 170 000), soit une perte de 810 000 noms environ depuis le début de l’année (-3%). Le taux d’utilisation connaît cependant un léger redressement.

2019 : un mauvais cru pour les nTLDs ?

La vision « quotidienne » depuis le début 2019 montre la tendance baissière affectant les nTLDs, qui connaît quelques interruptions pour mieux se poursuivre ensuite.
Cette évolution a été relevée par les nombreux observateurs qui scrutent les évolutions du marché, l’un d’eux notant que le creux d’octobre 2018 a été cassé et que les pertes totales depuis le pic d’avril 2017 s’élèvent à environ 4 millions de noms (1, 2). Or la courbe de nTLDstats ne fait pas apparaître début 2018 l’une de ces vagues de créations majeures qui existèrent en 2015 / 2016 et qui “justifièrent” ultérieurement les suppressions massives de 2017.
Nous sommes donc en présence d’une situation nouvelle: à l’embellie du second semestre 2018 provoquée “mécaniquement” par l’épuisement des vagues de suppression a succédé une période d’atonie où les suppressions n’expliquent plus la décroissance. Phénomène plus préoccupant que les pertes brutales de stock constatées en 2017, la morosité actuelle est vraisemblablement liée à la faiblesse des créations.
Cette faiblesse est peut-être due à un report des activités de domaining vers d’autres cieux, notamment le .TW qui a gagné au moins 4 millions de noms en quelques mois (voir la rubrique “Vie des Extensions”). Le niveau des créations, pour décevant qu’il soit, serait donc plus conforme au “marché réel” qu’à celui qui a jusqu’à récemment alimenté le segment des nTLDs, caractérisé par un flux important et constant de dépôts sans lien avec des utilisations “réelles”: spéculation ou “fermes de liens”, quand ce n’était pas dans le cadre d’opérations de phishing.
Il est donc prématuré de se montrer pessimiste face à cette décrue des nTLDs, même si la vigilance est de mise. Car on ne sait pas vraiment, faute de comparables dans le passé, jusqu’où peut descendre le niveau “normal” des créations. Bien des registres doivent suivre ces évolutions avec une certaine anxiété, et ceci d’autant plus que la morosité du segment n’incite pas les registrars à y investir plus d’efforts que le strict nécessaire.

Le marché vu par Verisign

La Verisign Industry Brief (3) nous renseigne sur les tendances globales du marché au cours du 1er trimestre 2019.
Il faut noter que Verisign prend en compte tous les TLDs, y compris ceux qui, tels le .TK, affichent de très forts volumes sans que l’on sache bien comment ceux-ci pourraient se justifier par des usages “réels”. Les variations annoncées par Verisign sont donc à prendre avec précaution, car elles sont “inflatées” par ces TLDs très volatiles, qui peuvent stimuler la croissance ou au contraire induire des pertes de stock spectaculaires non reliées à la réalité tangible du marché. Ceux qui se passionnent pour les évolutions du marché et souhaitent avoir des chiffres plus exacts peuvent se référer à l’Observatoire 2018 publié récemment par l’Afnic (cf. Vie des Extensions).
On voit que d’après les chiffres de Verisign la croissance du marché serait de l’ordre de 5%, plutôt tirée par les ccTLDs (7%), avec un effondrement continu des “Autres Legacys” (-10%). Quant aux nTLDs, ils bénéficiaient encore à la fin mars des effets de leur rétablissement du second semestre 2018, mais ce beau score de +14% ne se reverra pas avant un moment. Le .NET suit d’ailleurs la tendance des Autres Legacys, ce qui pousse à s’interroger sur ces extensions qui ont plus ou moins prospéré jusqu’à l’introduction des nouveaux gTLDs.
Il semble clair que leur déclin est dû à l’afflux de nouveaux entrants, mais comme d’un autre côté ces nouveaux entrants se révèlent fragiles, sinon décevants, on peut conclure que ce qui “tue” les Autres Legacy à petit feu est surtout la pléthore d’offre.
D’une part, les nouveaux venus captent à leur profit des créations qui sans eux se seraient effectuées dans les Legacys. D’autre part ils dissuadent les ayants droits de conserver des noms défensifs dans des extensions d’intérêt secondaire, puisqu’il est devenu évident que personne à l’exception de Google ou d’Amazon ne peut protéger toutes ses marques dans toutes les extensions.
Le même processus de “purge” qui touche les nTLDs affecte donc les Legacy, mais ce phénomène est plus lent car concernant des noms défensifs en plus des noms seulement spéculatifs. En corollaire de ces “nettoyages de portefeuille”, on constate que les utilisateurs se tournent d’autant plus vers les “valeurs sûres” que représentent à leurs yeux le .COM et les ccTLDs de leurs pays respectifs.

Le .COM aussi plébiscité sur le Second Marché

Grand gagnant du processus engagé en 2014, le .COM est logiquement plébiscité par les domainers ainsi que par des entreprises ayant pignon sur rue et prêtes à débourser des fortunes pour s’assurer le contrôle de noms jugés stratégiques. Ainsi de Voice.com vendu pour le montant record de 30 millions de $ (4, 5, 6), ou de Links.com pour la somme plus modeste mais néanmoins conséquente de 700 000 euros (7).
Le Second marché est un baromètre intéressant pour juger de la santé d’un TLD, car tous les acquéreurs y votent en quelque sorte avec leur argent. Cinq ans après l’introduction des nouvelles extensions, de telles valorisations pour des .COM sont les signes patents que quelque chose ne tourne pas rond dans le programme de l’ICANN, et que les nouveaux venus n’ont pas réussi à détrôner le grand leader même en termes de perception. Est-il de ce fait si urgent que cela d’ouvrir un “Second Round”?

Vers le “Second Round”?

Une courte note de l’ICANN publiée quelques jours avant sa réunion de Marrakech (8) évoque l’un des sujets les plus brûlants de l’actualité: le prochain “round” de nouveaux TLDs. Si certains enthousiastes ont voulu y voir l’amorce d’un calendrier (9), il est à noter qu’on n’y parle pas vraiment de dates, mais de ce qui reste à faire, et de quelques hypothèses de base qui pourraient servir de fondations aux travaux préparatoires. Les points saillants sont:

1 – Jalons:
L’ouverture de la prochaine “fenêtre” de candidatures est soumise à l’approbation préalable par le Board du rapport final du groupe de travail en charge des procédures. Toutes les politiques et processus opérationnels devront avoir été finalisés avant cette ouverture. [En somme, rien ne sera lancé tant que tout ne sera pas prêt. Scoop! Mais l’ironie facile n’est pas de mise, car le 1er round a été précisément lancé avant que tout soit prêt…]

2 – Volumes attendus et délais de traitement.
L’hypothèse de l’ICANN est qu’il y aura autant de candidatures qu’au 1er round, c’est-à-dire environ 2 000. [On ne sait pas sur quoi se fonde l’ICANN pour avancer un tel chiffre, et c’est bien dommage, car en réalité tout dépendra des frais de dossier et de l’appétence des entreprises à l’obtention de leur propre TLD. Ce chiffre de 2 000 est peut être optimiste, mais il peut tout aussi bien se révéler plutôt bas].
Il conviendra d’établir des priorités dans le traitement des dossiers, et ceci d’autant plus que l’ICANN s’en tiendra au “plafond” de 1 000 délégations par an au maximum. [Ce seuil fixé initialement par le SSAC pour des raisons techniques est vraisemblablement aussi contraint par la capacité administrative de l’ICANN à gérer l’instruction des dossiers, bien qu’en réalité une grande partie de l’instruction ait déléguée à des tiers lors du 1er round, ce qui justifiait partiellement les frais de dossiers].
Pour les rounds ultérieurs, il y aura chaque année une fenêtre de candidatures qui durera de un à trois mois, chaque fois à la même époque. [Ce point est capital car il introduit le principe d’une approche plus linéaire qu’un “round” tous les 10 ans].

3 – Politiques
Il y aura des changmeents apportés dans les modalités de réalisation du programme, avec des éléments de documentation significatifs qui n’existaient pas lors du round de 2012. Ces éléments seront élaborés en tenant compte des apports de la communauté, et devront être finalisés avant l’ouverture du prochain round. [En résumé: on repart potentiellement à zéro]

4 – Préparation
Le point capital ici est que l’ICANN prévoit la mise en place d’un dispositif pérenne, capable d’absorber le prochain round mais aussi les suivants, qui se dérouleront chaque année. [C’est un grand progrès par rapport à l’existant et cela permet aussi de diminuer le stress lié au fait de pouvoir ou non participer au “prochain round”.

Les points suivants évoquent la nécessité de préparer des infrastructures adaptées, de se doter de logiciels adéquats, de former les équipes et de recruter de nouvelles compétences, etc. L’ICANN qui emploie déjà 400 personnes entend donc apparemment augmenter encore significativement ses effectifs, par des embauches ou des contrats à durée déterminée. Le message ici est en substance: “vous voulez d’autres nTLDs? Vous les aurez, mais ce ne sera pas gratuit”.]

8. Coûts
Le programme “continuera” d’être opéré sur la base de la couverture des coûts induits. [Les guillemets que j’ai ajoutés sont de rigueur car les profits immenses générés par l’ICANN lors du 1er round via les frais de dossier et les enchères n’ont jamais été redistribués. Nous sommes largement au-delà du “cost-recovery”].

On chercherait donc vainement toute promesse de “calendrier” dans ce document, et l’énumération des conditions préalables à l’ouverture laisse penser que celle-ci ne se produira pas avant quelques années encore. Peut-être les esprits vont-ils s’orienter sur le jalon psychologique de 2022, qui offrirait l’avantage d’un “anniversaire” facile à “marketer” tout en offrant une limite à ce qui serait acceptable pour les opérateurs et pour les candidats. Plus de 10 ans entre deux rounds ne serait en effet pas une marque de profonde efficience de la part de l’ICANN.
En revanche, un certain nombre de principes sont posés, dont le plus important est la notion de gestion des candidatures par “paquets” annuels de 1 000 au maximum. Le reste va de soi ou demeure encore bien vague, comme la “prioritisation” qui ouvre la porte à toutes les hypothèses (en particulier une approche par nature de TLDs, en distinguant .BRANDs, .Geos etc.).
Ce document n’est encore qu’un memorandum destiné à servir de base pour les discussions de Marrakech. Nous verrons bientôt si celles-ci ont pu aboutir à des progès tangibles...

(1) New gTLDs slip again in Q1
http://domainincite.com/24349-new-gtlds-slip-again-in-q1
(2) New gTLD Registrations Lowest Since October 2018 And Down 4 Million Since April 2017 Peak
http://www.domainpulse.com/2019/06/18/new-gtld-registrations-lowest-since-october-2018-and-down-5-million-since-april-2017-peak/
(3) Verisign Q1 2019 Domain Name Industry Brief: Internet Grows To 351.8 Million Domain Name Registrations In The First Quarter of 2019
https://blog.verisign.com/domain-names/verisign-q1-2019-domain-name-industry-brief-internet-grows-to-351-8-million-domain-name-registrations-in-the-first-quarter-of-2019/
(4) Q & A with MicroStrategy, which just sold Voice.com for $30 million
https://domainnamewire.com/2019/06/19/q-a-with-microstrategy-which-just-sold-voice-com-for-30-million/
(5) Yes, Voice.com is the most expensive (publicly announced) domain ever sold
https://domainnamewire.com/2019/06/20/yes-voice-com-is-the-most-expensive-publicly-announced-domain-ever-sold/
(6) After $30 million deal, is a .voice gTLD now inevitable?
http://domainincite.com/24406-after-30-million-deal-is-a-voice-gtld-now-inevitable
(7) AllMyLinks buys Links.com for €700,000
https://domainnamewire.com/2019/06/24/allmylinks-buys-links-com-for-e700000/
(8) ICANN Org’s Readiness to Support Future Rounds of New gTLDs
https://mm.icann.org/pipermail/council/attachments/20190617/3ef07b78/Pre-EngagementCommsAttachment_AssumptionsPaper6.7.191-0001.pdf
(9) The Start of Something Big: ICANN Announces Planning for Round Two of New gTLDs
http://www.circleid.com/posts/20190620_icann_announces_planning_for_round_two_of_new_gtlds/