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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito Juillet août 2019 : quelles motivations pour le prochain round des nTLDs ?



Edito : quelles motivations pour le prochain round des nTLDs ?


Etat statistique des nTLDs au samedi 31 août 2019 (données publiées)

Les nTLDs ont connu un rebond en août (les données du mois de juillet présentant peut-être une anomalie au vu du « retour à la normale » constatée sur le nombre de noms utilisés). A en croire nTLDstats.com, la croissance aurait été de 1,5 millions en stock, ramenant le volume global des noms à son niveau de la fin 2018. En termes de taux d’utilisation, nous constatons une certaine stabilisation autour des 25% qui met peut-être un terme à la dégradation notée depuis le début 2019.


Le calendrier des nTLDs : à Pâques… ou à la Saint Glin Glin ?

La conférence ICANN de Marrakech qui s’est tenue fin juin fut l’occasion de remettre une nouvelle fois sur la table le calendrier du « futur », « prochain », « second », « deuxième » etc. Round de créations de nouvelles extensions, mais comme à l’accoutumée les résultats furent décevants (1). L’ICANN sait faire preuve, lorsqu’elle le veut, d’une inertie bureaucratique capable de susciter l’envie des bureaucraties les plus légendaires (je ne citerai pas de noms) – mais au-delà de son absence manifeste d’envie « d’y aller », ses arguments ne manquent pas de force. Il y a des processus à respecter, et énormément de questions mal gérées au 1er round et qui doivent être impérativement résolues avant de passer au suivant. L’approche « bottom up, consensus based » est en ce cas strictement respectée, puisqu’elle arrange bien l’ICANN qui sait pourtant s’en abstraire lorsqu’elle le veut (cf. Article .ORG ci-dessous). Les choses peuvent donc traînasser encore un long moment, car elles dépendent au fond de la capacité de la Communauté elle-même à aiguillonner l’ICANN et à parvenir rapidement à des compromis sur les sujets les plus sensibles. Avec raison, Jean Guillon souligne (2) les inconnues restant à lever avant d’aborder les choses sérieuses : un calendrier précis (mais celui qui fut annoncé en 2008 « glissa » jusqu’en 2012…), un « Applicant Guidebook » (qui évolua jusqu’au moment de la remise des dossiers de candidature et même après) … et surtout, une vision claire et je dirais convaincue, de la part des futurs porteurs de projets, de ce qu’ils cherchent en voulant obtenir leur extension.

Les motivations

Les motivations étaient déjà assez diversifiées au 1er round, entre les entrepreneurs voulant développer une idée autour d’un TLD, les investisseurs ayant une approche de portefeuille, les ayants droits stressés par leurs prestataires préférés et voulant « protéger leurs marques », et quelques Groupes animés d’une réelle vision – en France, BNP Paribas fut de ceux-là et transforma immédiatement l’essai en migrant l’essentiel de sa présence internet sous son .CORP, d’autres adoptant une approche plus progressive mais voulant réellement utiliser leur TLD.
Ces motivations se retrouveront-elles à l’identique au prochain tour (que l’on me pardonne cette terminologie d’afficionado des jeux de plateau) ? C’est peu sûr.
Les entrepreneurs seront toujours là, mais (on l’espère pour eux) rendus plus prudents par les expériences de leurs devanciers. Les financiers aussi seront plus aguerris et si la sensibilisation sera meilleure, les échecs patents de nombre de nTLDs inciteront à plus de réflexion que d’enthousiasme.
Les gros acteurs pourront toujours se permettre une stratégie de portefeuille, mais il est douteux qu’ils raisonnent, comme ils l’ont fait en 2012, en suivant la stricte logique du domaining. En effet, acquérir un beau – ou mille beaux .COM et les revendre en gros ou en détail est une chose, mais lorsqu’on opère sur des TLDs intervient une nouvelle dimension, celle de la « commercialisation à des tiers ». Un TLD ne prend de la valeur que s’il est plebiscité par les utilisateurs, et cette dimension fut souvent absente des calculs des porteurs de projets en 2012.
Les ayants droits se précipiteront-ils fiévreusement sur cette nouvelle opportunité de « protéger » leurs marques ? Tout dépendra bien sûr des clauses du futur Applicant Guidebook, du coût d’un dossier et de la maturité desdits ayants droits par rapport à la décennie précédente. On ne peut guère tabler sur une explosion de ces dossiers défensifs.
Le segment des .CORPs en revanche offre de fortes perspectives sur le papier, mais sa motivation sera conditionnée par la vision évoquée par Jean Guillon. Aujourd’hui « nice to have » parce que généralement peu intégrés dans les stratégies digitales des entreprises, ces .CORPs ou .BRANDs pourraient devenir des « must have » s’ils étaient associés à des services innovants ou facilitaient l’appropriation de ces services par leurs délégataires.
Reste au moins une catégorie d’acteurs dont on parle fort peu, et que je ne vois pas énormément s’exprimer sur le sujet : les registrars.

Un nœud gordien : les registrars

C’est pourtant de la motivation de cette catégorie que dépendra le succès de moyen – long terme de tous les futurs nTLDs « ouverts ». Or les registrars ne réclament pas le 2e round à cor et à cris comme ils le firent entre 2005 et 2012. Est-ce l’effet d’une déception ? Ou de la crainte de devoir encore une fois revoir leurs manières de fonctionner si les exigences de l’Aplicant GuideBook ou du futur contrat ICANN impliquent des évolutions drastiques dans les process ?
Si un marché fonctionne harmonieusement lorsque l’offre et la demande peuvent se rencontrer sans heurts ni freins d’aucune sorte, il serait assez légitime de questionner l’efficience du modèle actuel de distribution des noms de domaine en regard de l’échec relatif de nombreux TLDs. Les registres n’ont généralement pas les moyens financiers de toucher leurs cibles. Ils dépendent donc étroitement de l’action des registrars qui, eux, rêvent souvent d’un modèle où tout serait automatisé et où ils n’auraient rien d’autre à faire que de surveiller le bon fonctionnement de leurs systèmes . Ils jouent bien sûr le rôle de « supermarchés » en mettant en avant – ou non – les TLDs, du moins ceux qu’ils ont accepté de commercialiser. Mais cela ne va guère plus loin et ces efforts ne touchent au final que des visiteurs venus sur leurs sites pour acquérir un nom de domaine dans une extension généralement déjà connue d’avance.
Même les outils de suggestion de noms de domaine négligent souvent les nTLDs : un test réalisé chez GoDaddy.com sur le terme « icann » montre que les seules extensions mises en avant sont le .COM, le NET et le .FR (la provenance géographique de l’utilisateur étant apparemment prise en compte) :
J’ai pris l’exemple de GoDaddy parce qu’il est le poids lourd au niveau mondial et pourrait donc servir de référence : mais de nombreux registrars ne possèdent pas d’outils de suggestion de noms et peuvent encore moins mettre en avant les nTLDs dans les contextes spécifiques à chacun de leurs clients.
Les revendeurs sont plus proches des clients, mais il est douteux qu’ils connaissent toutes les subtilités des nTLDs et l’on peut penser qu’ils se contentent sauf exception de recommander les .COM aux côtés des ccTLDs nationaux, lorsqu’ils ne déposent pas eux-mêmes les noms pour le compte de clients encore moins avertis qu’eux en la matière.

Sans plus entrer dans des démonstrations qui pourraient lasser la patience des lecteurs de DNS News, j’en viens à une clonclusion qui me parait assez bien étayée par les éléments produits ci-dessus : les nTLDs actuels et futurs ne pourront être des succès commerciaux que si le réseau de distribution joue son rôle de facilitateur de la rencontre entre l’offre et la demande. De nombreux registrars s’efforcent de jouer ce rôle mais ils manquent peut-être des outils nécessaires pour le jouer à plein. D’autres répugnent à investir sur des extensions que personne ne leur réclame. Pourra-t-on sérieusement envisager de créer des centaines d’extensions supplémentaires sans étudier la problématique des canaux de distribution ? Sujet hautement tabou s’il en est au sein de l’ICANN car touchant à la fois aux intérêts de l’organisme californien et des registrars, cette question mériterait pourtant d’être posée.

(1) New TLD Applications: What's the Status of the Next Round?
http://www.circleid.com/posts/20190715_new_tld_applications_whats_the_status_of_the_next_round/
(2) Round Two of New gTLDs: No Crap
http://www.circleid.com/posts/20190629_round_2_of_new_gtlds_no_crap/



Samedi 31 Août 2019
Loic Damilaville
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