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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito Septembre 2018 : la hache de guerre n’est pas enterrée autour du RGPD



Etat statistique des nTLDs au samedi 29/09/18 (données publiées)

Le mois de septembre a vu une progression des nTLDs d’environ 500 000 noms de domaine, preuve s’il en est que l’heure est de nouveau à la croissance. Ces bonnes nouvelles s’accompagnent d’une amélioration assez nette du taux d’utilisation, lequel passe à 30% à la fin septembre.
Mais cette embellie n’est cependant pas le thème qui fait le plus couler d’encre dans la presse de ce mois-ci. Le « sujet » qui passionne les experts, sinon leurs lecteurs, concerne le RGPD et ses multiples rebondissements.

Une loi américaine pour contrer le RGPD ?

Inspirés par l’exemple contondant du RGPD, un certain nombre d’acteurs américains ont commencé à militer pour obtenir le vote d’une loi qui irait en sens exactement contraire, obligeant les registres et registrars situés sur le sol américain ou vendant à des clients américains à publier l’intégralité de leurs données WHOIS (1). Les ayants – droits seront heureux d’apprendre que le projet de loi bannit aussi fermement tout service d’anonymisation.
Le combat s’amorce à fronts renversés, les « libertaires » étant très favorables au maintien de la loi européenne et accusant leurs adversaires de vouloir « comme toujours réguler et contrôler l’Internet ». Ceux-ci en revanche, qui par nature cherchent plutôt à soumettre l’Internet aux lois constituant l’arsenal habituel de lutte contre « le crime » et la contrefaçon, se font les avocats d’un « WHOIS ouvert » (2). En somme, chacun cherche à se parer des plus riantes couleurs, mais le débat reste entier.
La situation qui résulterait de l’adoption d’une telle loi par les Etats-Unis serait ubuesque, les registres comme les registrars étant appelés à se doter sans délais du don d’ubiquité et devant respecter simultanément, dans le même espace virtuel, deux systèmes de lois parfaitement antagonistes. Ce scénario n’est toutefois pas exclu : le gouvernement américain n’a jamais caché son hostilité au RGPD et accueille vraisemblablement le projet avec une certaine bienveillance, d’autant qu’avec le temps les effets pervers du RGPD se feront de plus en plus sentir et que les « ennemis » de cette loi seront toujours plus nombreux Outre-Atlantique et sans doute aussi en Europe.

RGPD et SPAM : encore trop tôt pour se prononcer

Avec sans doute quelques arrière-pensées, des experts s’affligent de voir que le RGDP en vigueur depuis mai dernier n’aurait pas encore eu d’impact drastique sur le spam (3). Le pourcentage de spam dans les emails envoyés reste en effet sensiblement le même, mais cela n’a rien de très étonnant. Le monde du « spam » est assez spécialisé et ce sont des spécialistes qui s’occupent de collecter les données et de constituer les bases de destinataires, tandis que d’autres spécialistes s’occupent des envois etc. Beaucoup d’adresses email collectables avant mai, sinon la plupart, restent valides et figurent dans les bases actives des spammeurs. D’autres sources continuent d’exister, qui ne sont pas les bases WHOIS : annuaires en ligne, bases de commerçants tenant absolument à vous faire profiter « des offres de leurs partenaires » en négligeant de le faire selon un système d’opt-in, etc.
Ajoutons que le RGPD n’a pas pour vocation avouée de lutter contre le spam, mais plutôt de protéger les données personnelles – c’est son nom. Qu’après un certain temps les bases WHOIS cessent d’être des « filons » pour les spammeurs sera une très bonne chose. Reste que ceux qui les détiennent, registres comme registrars, peuvent s’ils en ont le droit ou la possibilité revendre – de manière légale ou illégale - les données à des tiers sans que celles-ci soient à aucun moment rendues publiques. Il serait donc trompeur d’associer trop étroitement RGPD, WHOIS « opaques » et lutte contre le spam, même si ce Règlement peut avoir des effets bénéfiques sur ce front.

Cauchemar de l’ICANN en 4 lettres : R..D

L’ICANN ne paraît pas en avoir fini avec le RGPD. Officiellement, elle a créé à la 27e heure un groupe de travail ad’hoc qui s’est donné l’objectif ambitieux dans l’univers ICANN d’accoucher d’une « policy » d’ici le printemps 2019. Mais on apprend que l’organisme californien a dû engager des « médiateurs professionnels » pour aider les membres de ce groupe de travail à surmonter leurs divergences d’opinion – c’est-à-dire, leurs divergences d’intérêts (4). Cette initiative mérite d’être saluée car elle démontre à la fois la volonté de la direction de l’ICANN d’arriver à un résultat, et de se donner les moyens de tout faire pour cela. Elle montre encore que l’ICANN suit cette fois avec une grande attention les travaux (ou les empoignades) de ce groupe, et qu’elle n’est pas dupe de l’antienne que l’on nous sert depuis 1998 sur les vertus de l’approche « consensuelle » et « bottom-up ». Il est apparemment des cas, sans doute extrêmes, où ce système ne fonctionne pas car les intérêts sont trop antagonistes pour être conciliés. C’est une bonne chose de l’admettre, mais on note que c’est seulement sous la contrainte d’une loi sur laquelle elle n’a aucune prise que l’ICANN s’est vue obligée de consentir à cet aveu implicite. Combien d’autres questions épineuses où aucune épée de Damoclès ne pesait sur les débats ont-elles été tout simplement enterrées sous l’apparence d’un consensus mou soigneusement étudié pour ne léser personne, et donc sans effet pratique ? L’intervention de ces médiateurs, en apparence anodine, est le symbole d’une évolution dans les esprits en matière de gouvernance de l’ICANN, et donc de l’Internet.
Rappelons aussi pour mémoire que l’ICANN continue de s’acharner contre EPAG (qui ne collecte plus un certain nombre de données WHOIS) et qu’elle vient une nouvelle fois d’être déboutée par la justice allemande. Le CEO de Tucows, maison-mère d’EPAG, souligne que cette n-ième procédure n’était « pas vraiment » conflictuelle, et que l’ICANN comme Tucows/EPAG voulaient seulement se faire confirmer des points obscurs du texte de loi. Comment vivraient tribunaux et avocats si les législateurs étaient jugés sur leur capacité à promulguer des lois et règlements clairs et faciles à appliquer ? On dit assez hypocritement que nul n’est censé ignorer la Loi, mais on s’est bien gardé de prétendre que celle-ci devrait être compréhensible par tous…

(1) Could a new US law make GDPR irrelevant?
http://domainincite.com/23371-could-a-new-us-law-make-gdpr-irrelevant
(2) Open Whois advocates push for U.S. legislation to counter GDPR
https://domainnamewire.com/2018/08/30/open-whois-advocates-push-for-u-s-legislation-to-counter-gdpr/
(3) Has GDPR Contributed To Spam Decline? 2 Organisations Say It’s Too Early To Tell
http://www.domainpulse.com/2018/09/12/gdpr-spam-decline-too-early/
(4) Mediators hired as Whois reformers butt heads
http://domainincite.com/23410-mediators-hired-as-whois-reformers-butt-heads
(5) German Courts Rebuff ICANN For Fourth Time Over WHOIS/GDPR Data Collection
http://www.domainpulse.com/2018/09/18/german-courts-rebuff-icann-whois-gdpr/
(6) German High Court once again rules against ICANN and its stupid GDPR crusade
https://onlinedomain.com/2018/09/18/domain-name-news/german-high-court-once-again-rules-against-icann-and-its-stupid-gdpr-crusade/
(7) ICANN loses in German court (again)
https://domainnamewire.com/2018/09/18/icann-loses/
German Appellate Court Rules on ICANN Request to Preserve WHOIS Data
https://www.icann.org/news/announcement-2018-09-17-en

Samedi 29 Septembre 2018
Loic Damilaville
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