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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito avril 2021 : Verisign optimiste pour les .COM et .NET ; les grands nTLDs continuent de souffrir



Etat statistique des nTLDs au samedi 01/05/21 (données publiées)

La chute des nTLDs engagée en octobre dernier s’est poursuivie en avril, la perte dépassant comme en mars le million de noms. La « stabilisation » espérée le mois dernier ne s’est donc pas réalisée. Entre le plus haut d’octobre 2020 à 35,5 millions de noms et le stock actuel à 25,5, ce n’est pas moins de 10 millions de noms qui se sont vaporisés, dont 5,3 au cours des 3 derniers mois.
On contaste que les suppressions se font parfois par blocs : octobre 2020, février, mars, avril 2021. Leurs amplitudes sont inégales et correspondent à des vagues de créations en 2019/2020 ou les années précédentes (l’amplitude diminuant avec l’ancienneté de la « vague »).

L’analyse des performances des 5 principaux nTLDs en volume montre que la perte de 1 176 000 noms du mois d’avril leur est attribuable en totalité, leur perte consolidée étant de 1 500 000 noms. Les « Autres nTLDs » sont donc mathématiquement en croissance de 324 000 noms, ce qui montre combien il faut se méfier des chiffres d’ensemble. En réalité, le segment des nTLDs ne se porte pas aussi mal que ne le laissent croire les données globales.
Comme en février, c’est le .ICU qui fait l’essentiel de la perte avec 1 180 000 noms sur 1 500 000. Depuis son pic historique en avril 2020, le .ICU est passé de 6,7 millions de noms à 1,3 aujourd’hui, matérialisant les prédictions pessimistes quant au taux de renouvellement des noms déposés en 2019. Mais l’exemple du .XYZ peut l’aider à garder courage : ce nTLD était grimpé jusqu’à 6 millions avant de retomber à 2, et il est actuellement remonté à 3,6. On note aussi la forte perte du .SITE (260 000 noms en un mois).

Verisign optimiste pour 2021

Verisign a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour 2021 (1, 2). Elles étaient initialement calées sur un 2,5% assez raisonnable, mais les performances du 1er trimestre 2021 l’ont conduite à envisager plutôt 4,5% à 5%. L’argument mis en avant est le même facteur d’explication cité par tous les registres : la fameuse « accérélation de la transformation numérique ». On regrette que Verisign continue de ne présenter ses chiffres qu’en agrégeant le .COM et le .NET, dont les dynamiques sont bien différentes. Mais ces présentations sont destinées aux investisseurs, qui ont surtout besoin d’une vision globale, plus qu’aux pauvres analystes du marché des noms de domaine. Ceux-ci doivent donc reconstituer les données par eux-mêmes. En tout état de cause, le .NET étant à l’équilibre ou en léger déclin, la prévision de croissance pour le .COM doit être de l’ordre de 5%, soit 1 point de plus qu’en 2020. Elle reste assez raisonnable compte-tenu de la prolongation des confinements.
L’incertitude demeure toutefois sur la dynamique de ces créations : d’une part, l’effet rattrapage devrait se faire de moins en moins violent à mesure que le taux d’équipement atteindra des sommets ; d’autre part, la crise économique rampante ralentissant les créations d’entreprises, il pourrait y avoir une baisse structurelle des dépôts de nouveaux noms de domaine au 2e semestre (cela reste une hypothèse pessimiste). Dans le même ordre d’idées sinistre, les défaillances d’entreprises, qui sont déjà une réalité, se traduiront avec un certain décalage dans les suppressions / abandons de noms de domaine, sans parler des grands comptes ayant pratiqué de grandioses stratégies défensives et optant à présent pour des nettoyages sérieux de leurs portefeuilles (3). Là aussi, le 2e semestre 2021 reste une période remplie d’incertitudes.

L’ICANN mal à son aise dans son rôle de « gendarme du marché »

L’ICANN a toujours été fort prudente (et même timorée) en matière d’interventionisme à l’encontre de comportements border line, sinon carrément délictueux. Nous en avons cité de nombreux exemples. Il est manifeste que la culture anglo-saxonne est beaucoup compréhensive à l’égard de certains abus que ne l’est la culture européenne moins obsédée par le « libre jeu » du marché. Mais cette prudence est moins compréhensible lorsqu’il s’agit de faire respecter de simples obligations contractuelles. Nous avons repéré plusieurs cas ce mois-ci.
Le premier concernait le .GDN (4), dont le registre ne respectait pas les SLAs contractuels en termes de disponibilité de son WHOIS (1). Le cas semble avoir été réglé sans autre complication.
Second dossier, le « breakdown » du grand registrar indien Net4 qui place de nombreux grands clients – institutions, hôpitaux… - dans des situations critiques car leurs infrastructures internet ont cessé de fonctionner. Or, d’après un article récent faisant suite à bien d’autres (5), l’ICANN avait les moyens d’intervenir il y a plusieurs mois et n’a rien fait. L’auteur reconnaît que les prédictions rétroactives sont faciles, tout en insistant sur les incohérences dans la gestion du problème par l’ICANN. Celle-ci, qui aurait apparemment les moyens techniques de faire migrer de force les noms de Net4 vers des registrars fonctionnels, s’y refuse en se réfugiant derrière la décision d’une cour de justice indienne, à l’autorité de laquelle elle n’est évidemment pas soumise en tant que structure de droit californien. Le respect par l’ICANN des décisions de justice et des législations locales est une ligne de conduite par défaut, pouvant expliquer son attitude actuelle, à défaut de justifier son indifférence à l’égard des victimes de cet incident.
Le problème réel se situe plus probablement en amont, dans le fait que la crise en gestation n’ait pas été adressée dès ses prémisses en 2019, ou que des mesures préventives n’aient pas été prises depuis. On sait que l’ICANN marche souvent sur des oeufs dans ses rapports avec les registrars. Son interventionisme est ressenti comme une agression par des acteurs préférant travailler sans avoir de comptes à rendre, et elle peut difficilement agir préventivement pour éviter que se produise une catastrophe qui justifierait seule son intervention. Mais aujourd’hui, les victimes de Net4 pourraient invoquer sa responsabilité morale, si elle avait réellement les moyens d’éviter la catastrophe.
Troisième cas, une breach notice envoyée à Phenix (6, 7), registrar spécialisé dans le drop-catching. Citons les motifs invoqués et le commentaire de l’auteur de l’article :

ICANN cites several infractions:
- Not making registration data available upon request by ICANN
- Not providing Whois data in the correct format
- Not paying its accreditation fees
The organization also cites several examples of Pheenix ignoring customer requests. It’s not responding to ICANN either, and the phone number ICANN has on file is apparently not working.
It’s rather stunning that ICANN hasn’t taken action sooner. According to the letter, ICANN has been trying to contact the registrar about various issues since October 2019 but hasn’t heard from the registrar.

Les motifs sont exclusivement contractuels – l’ICANN s’inquiète de ne pas avoir été payée, et du fait que les données WHOIS ne soient pas accessibles, ce qui doit fortement déplaire aux agences compétentes américaines. Là encore, l’observateur s’étonne des délais d’envoi de la breach notice, les problèmes ayant été relevés il y a un an et demi.
Autres cas encore plus « saignants », le refus de l’ICANN d’autoriser la cession de PIR (registre du .ORG) à Ethos Capital et son accord pour la cession d’Afilias (registre des .INFO et .MOBI, back-end du .ORG) dont les motivations semblent peu documentées (8, 9). Ces sujets ayant déjà été évoqués dans DNS News, je ne m’étendrai pas dessus.
Que manque-t-il au fond à l’ICANN ? Quelle est la source de ces apparentes inertie, indifférence, lenteur, incapacité de prendre des décisions, opacité qui lui sont constamment reprochées preuves à l’appui ? Au-delà de la recherche d’un « consensus » qu’elle sait opportunément ignorer lorsque ses intérêt l’exigent, il lui manque vraisemblablement une doctrine qui l’engagerait à intervenir en temps et en lieu, avec un niveau de réaction approprié : ne pas priver de son statut un registrar en difficulté, mais être en capacité d’anticiper toute défaillance pour protéger les clients de celui-ci ; avoir d’autres motifs pour mettre fin aux activités d’un registrar que les seuls sous-sous ou la protection des intérêts de la communauté du renseignement américaine, notamment quand ce registrar est manifestement complice d’opérations border line ; établir clairement, avec la force de l’évidence, pourquoi elle prend telle ou telle décision dans des cas sensibles comme les querelles autour du contrôle de grands TLDs (et l’on verra sans aucun doute la même chose dans le cas du .WEB, qui n’existe pas encore, mais dont les protagonistes ont tous les deux moyen de faire pression sur l’organisation californienne).
En somme, et c’est triste à constater, l’ICANN n’a toujours pas comblé le vide laissé par le gouvernement américain lorsque ce dernier lui a accordé son « indépendance », tout en continuant à tirer certaines ficelles. La racine est le déficit d’autorité qui provient du déficit de légitimité, ce qui est assez étrange dans un contexte où l’ICANN « indépendante » devrait plus qu’autrefois être forte du soutien de la « communauté internet » qu’elle incarne et dont elle est censée servir les intérêts. Certes, l’ICANN incarne une certaine communauté internet – celle des acteurs du marché. Mais il lui manque le soutien des utilisateurs, qui seul pourrait lui permettre de faire face aux pressions des premiers. Les utilisateurs, non représentés dans ses instances dirigeantes ou en tous cas pas assez, et dont l’absence se fait cruellement sentir en créant un déséquilibre, une absence de contre-pouvoir face aux registres et registrars de TLDs génériques. L’ALAC censé porter la voix des utilisateurs ne s’est même pas fendu d’un communiqué dans l’affaire Net4 (10). Son site est très beau, mais ne reflète que les préoccupations d’une bureaucratie qui semble ne pas souvent regarder par sa fenêtre… Se souvient-il qu’il a été créé pour représenter les utilisateurs, et non pour donner de l’activité à ses parties prenantes ?

(1) Verisign raises guidance after strong first quarter
https://domainnamewire.com/2021/04/23/verisign-raises-guidance-after-strong-first-quarter/
(2) Verisign expects huge domain growth in 2021
http://domainincite.com/26601-verisign-expects-huge-domain-growth-in-2021
(3) The BBC will not renew half of its domains. The corporation has 20 thousand of them
https://cctld.uz/news/?detail=1479&lang=eng
(4) ICANN threatens to seize gTLD after Whois downtime
http://domainincite.com/26548-icann-threatens-to-seize-gtld-after-whois-downtime
(5) Net4’s “complete breakdown” is bringing India to a screeching halt, and ICANN could have prevented it
http://domainincite.com/26587-net4s-complete-breakdown-is-bringing-india-to-a-screeching-halt-and-icann-could-have-prevented-it
(6) Formerly massive drop-catcher faces ICANN probe
http://domainincite.com/26608-formerly-massive-drop-catcher-faces-icann-probe
(7) ICANN sends breach notice to Pheenix
https://domainnamewire.com/2021/04/25/icann-sends-breach-notice-to-pheenix/
(8) Why ICANN Rejected ISOC's Billion-Dollar Attempt At Feathering Its Own Nest With .org Sale?
https://www.circleid.com/posts/20210410-why-icann-rejected-isocs-billion-dollar-attempt-dot-org/
(9) ICANN refuses to say why it allowed Donuts to buy Afilias
http://domainincite.com/26457-icann-refuses-to-say-why-it-allowed-donuts-to-buy-afilias
(10) At-Large (ALAC)
https://atlarge.icann.org/



Samedi 1 Mai 2021
Loic Damilaville
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