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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito décembre 2015: gros volumes et grincements de dents




Indicateurs au beau fixe

Le chiffre astronomique des 300 millions de noms de domaine a été franchi au 4e trimestre 2015, si l’on en croit la Verisign Industry Brief publiée en décembre qui situait à 299 millions le nombre de noms déposés au 30 septembre (1). Selon Verisign, la croissance globale du marché aurait été de 5% entre septembre 2014 et septembre 2015 avec 15 millions de solde net. Les nTLDs pour leur part ont franchi en décembre le seuil des 11 millions de noms (2), réussissant presque à tripler leur stock par rapport aux 4 millions de la fin décembre 2014. En données très « brutes », on constate donc que les 7 millions de nTLDs gagnés en 2015 ont représenté entre un tiers et la moitié du solde net global de cette année, et ceci en dépit des premières vagues de renouvellements.
Les communiqués annonçant des « franchissements de seuils » ne manquent pas (3, 4) : ce mois-ci, ce sont les .WANG et .SPACE qui sont à l’honneur avec respectivement plus de 600 000 et plus de 100 000 noms. Les observateurs constatent par ailleurs que les .CORP commencent tout doucement à émerger dans les usages (5), ce qui augure bien de l’avenir car les grandes entreprises utilisant leurs nouveaux TLDs sont de puissants moteurs d’évangélisation et d’appropriation des nouvelles adresses par les utilisateurs.

SEO : « just other gTLDs »

Côté SEO, les informations en provenance de Google sont des plus rassurantes. Le moteur a récemment insisté sur le fait que les nTLDs étaient considérés « tout juste comme d’autres TLDs génériques » (6), suscitant l’enthousiasme des registres qui veulent s’assurer que le message a été bien compris. Donuts (7) insiste ainsi sur le fait que Google n’a pas dit que les noms de domaine ne comptaient pas dans le référencement, ni même qu’ils se valaient. Le moteur a indiqué qu’ils étaient traités de la même manière, ce qui laisse à chaque TLD la possibilité d’être valorisé dans les résultats en fonction des requêtes effectuées par les utilisateurs. Google elle-même insiste d’ailleurs sur l’intérêt intrinsèque des nTLDs, ce qui est un beau cadeau de fin d’année pour tous leurs promoteurs, après des mois d’un inquiétant silence.

Etat statistique des nTLDs au vendredi 1/01/16 (données publiées)

Notre tableau de suivi des nTLDs témoigne lui aussi de la vigueur des nouveaux venus, qui sont à présent 600 à avoir réalisé leur ouverture complète et près de 900 à avoir été insérés dans la racine. Les 75 dossiers restant à traiter ne représentent plus que 4% du nombre total de dossiers initialement soumis à l’ICANN et le rythme des sunrises en cours a légèrement repris du poil de la bête.
La moyenne du nombre de noms de domaine par TLD en post-sunrise, si elle ne signifie rien par elle-même compte-tenu des forts écarts constatés en termes de volumes, est néanmoins toujours orientée à la hausse. Cela témoigne de la vigueur encore intacte des nTLDs dans leur ensemble, en dépit toujours des renouvellements et des nouveaux arrivants dont le nombre devrait finir par faire chuter cet indicateur.

So what ?

Tous ces constats, qui sont factuels, devraient inciter à voir l’année 2016 sous les couleurs les plus chatoyantes. Mais le courant des Cassandre n’a pas désarmé et l’on a pu voir se développer dans la presse une polémique autour des nTLDs qui feront « faillite » dans les prochaines années, sinon dans les prochains mois. Curieusement, c’est un membre du comité de l’ICANN planchant sur la sécurité qui est à l’origine du débat. Dans un communiqué fracassant (8), sa société a prédit pour 2017 la disparition de « centaines » de nTLDs au vu des performances souvent médiocres de bon nombre d’entre eux en termes de volumes.
Quelques acteurs se sont immédiatement engouffrés dans la brèche (9, 10, 11) en produisant à l’appui de leurs inquiétudes des analyses paraissant tout-à-fait sensées. Il y aura en effet conjonction, dans les prochains mois, de plusieurs facteurs déterminants pour l’avenir de maint nTLD. Le premier sera la présence ou l’absence de demande chez les utilisateurs, et d’intérêt chez les registrars. Le second sera la rentabilité financière : un registre peut accepter de continuer à perdre de l’argent s’il existe une demande vigoureuse, mais la combinaison de l’indifférence du marché et de pertes financières peut conduire à des choix déchirants. Des modèles économiques seront revus, des systèmes de tarifs seront adaptés à la réalité du marché, des stratégies marketing seront amendées voire refondues notamment en termes de pricing, de distribution et de promotion (il ne reste plus grand-chose après ça ;-)). Pour ceux qui voudront continuer l’aventure, des levées de fonds auprès d’investisseurs échaudés sont à prévoir ; pour ceux qui préfèreront passer l’éponge ou seront obligés de « couper leurs pertes », la solution d’une cession à un autre registre s’imposera d’elle-même. Les acquéreurs devront à leur tour développer une approche de portefeuille, et sans doute se ménager de nouvelles ressources en attendant que leurs « dilemmes » aient atteint leur point d’équilibre financier.

Un « troisième marché » - celui des nTLDs ?

Les changements de mains pourront naturellement être opérés au profit de structures n’appartenant pas au sérail mais intéressées par les potentialités d’un nTLD ayant le mérite d’avoir déjà franchi tous les obstacles du processus ICANN. Toutefois, dans ce cas de figure encore plus que dans celui d’une cession entre registres « professionnels », un phénomène de concentration des nTLDs entre les mains de quelques opérateurs techniques de registres est à prévoir.
Plusieurs acteurs de taille importante se sont déjà portés acquéreurs, dans le principe, des nTLDs n’ayant pas tenus leurs promesses : on cite Donuts ou Afilias, on peut aussi parler d’Uniregistry ou de Dot.XYZ. Mais ceux-ci ne sont qu’une poignée et il n’est pas certain qu’ils puissent absorber toutes les propositions qui leur seront faites. En revanche l’activité de courtier en nTLD pourrait se développer, l’objectif étant pour les opérateurs de continuer à gérer les TLDs défaillants en changeant seulement de client (registre) et pour les titulaires de pouvoir continuer à exploiter leurs noms.

Les risques pour les titulaires

Car il est un fait certain : au-delà des registres qui auront tout perdu, ce sont les titulaires ayant « parié » sur un nTLD s’avérant défaillant qui seront les plus impactés par les éventuelles disparitions. Les téméraires ayant construit leur marque en intégrant le nTLD y perdront tout le capital – notoriété acquis depuis le lancement de leur site et devront se choisir une autre marque ; les autres y perdront notamment les avantages acquis en termes de référencement.
Le choix d’un nTLD n’est donc pas une chose qu’il faut faire à la légère, car il crée de facto une dépendance forte vis-à-vis de l’extension et de son registre. Bien sûr, on peut espérer que les nTLDs étant des actifs appréciables, peu seront réellement détruits. Mais les changements de mains peuvent occasionner des évolutions dans les politiques d’attribution et tel nTLD choisi pour ses conditions d’éligibilité drastiques pourrait perdre de son intérêt (du point de vue du titulaire) s’il se trouve brutalement ouvert au premier venu – un scénario qui n’a rien de très extraordinaire puisqu’il s’est déjà réalisé pour la quasi-intégralité des TLD génériques « sponsorisés » lancés de 2001 à 2004.

Taille critique ou spécialisation

Dans cet environnement à forte volatilité, où de nombreux acteurs « se cherchent » encore, la taille critique est un des facteurs pouvant devenir une clef de succès. Donuts insiste ainsi (12) sur le fait que non seulement elle ne fermera aucun de ses TLDs, mais qu’en outre sa stratégie de portefeuille lui permet de mutualiser les coûts, de répartir les risques et de bénéficier d’économies d’échelle. Il n’en reste pas moins que cette médaille a son revers : les moyens induits par la promotion de centaines de nTLDs sont au-delà de la portée d’un acteur même aussi capitalisé que Donuts. A l’opposé du « gestionnaire de portefeuille », le registre mono-TLD, qui investit tous ses moyens sur sa seule extension, présente plus de risques d’un point de vue financier – s’il n’est pas une collectivité ou une grande entreprise – mais aussi plus de chances de succès, en évitant l’écueil de la dispersion.
L’année qui vient va voir se décanter certains modèles et apportera sans doute des réponses à des questions suscitées par certaines « anomalies » persistantes dans les activités des nTLDs – en particulier ces croissances démesurées ne reposant sur pratiquement aucune base d’utilisateurs réels. Elle ne sera en tout cas pas ennuyeuse.

(1) Close to 3.1 Million Domain Names Registered in the Third Quarter of 2015
http://www.circleid.com/posts/20151217_close_to_31_million_domain_names_registered_in_third_quarter_2015/
(2) 11 Million+ New gTLD Registrations
http://www.domaininvesting.com/11-million-new-gtld-registrations/
(3) .Wang Passes 600,000 Domain Name Registrations
http://www.domainnews.com/wang-passes-600000-domain-name-registrations/
(4) DotSpace Passes 100,000 Registrations
http://www.domainnews.com/dotspace-passes-100000-registrations/
(5) Usage of New gTLDs By Brands Growing
http://www.domainpulse.com/2015/12/15/usage-new-gtlds-brands-growing/
(6) New gTLDs Treated Equally In Search Rankings: Google
http://www.domainpulse.com/2015/12/11/new-gtlds-treated-equally-in-search-rankings-google/
(7) SEO and new TLDs
https://www.linkedin.com/pulse/seo-new-tlds-paul-stahura
(8) ICANN security advisor predicts “hundreds” of new gTLDs will “go dark”
http://domainincite.com/19667-icann-security-advisor-predicts-hundreds-of-new-gtlds-will-go-dark
(9) Schilling: registries could wind-down unprofitable gTLDs
http://domainincite.com/19671-schilling-registries-could-wind-down-unprofitable-gtlds
(10) Fears For Underperforming gTLDs. What Happens When They Fail? And What Does It Cost To Run A New gTLD?
http://www.domainpulse.com/2015/12/08/fears-underperforming-gtlds-fail-cost-to-run-new-gtld/
(11) Who Would Have the Most to Lose If a New gTLD “Goes Dark”
http://domainingtips.com/who-would-have-the-most-to-lose-if-a-new-gtld-goes-dark.html
(12) Donuts: We are not Going To Delete New gTLD Extensions
http://www.thedomains.com/2015/12/10/donuts-we-are-not-going-to-deleted-new-gtld-extensions/

Samedi 2 Janvier 2016
Loic Damilaville
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