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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito février 2022 : l’ICANN de plus en plus contestée pour son inefficacité




Etat statistique des nTLDs au samedi 26 février (données publiées)

Les nTLDs ont continué de progresser en janvier, frôlant à présent les 28 millions de noms. Le nombre de registrars proposant des nTLDs est toujours orienté à la hausse.
La reprise amorcée depuis l’été 2021 semble commencer à s’essouffler avec un solde net en février de l’ordre de 200 000 noms contre 500 en janvier et 900 en décembre.
Le point saillant en février est que la croissance nette n’a pas été imputable aux 5 leaders. Ceux-ci n’ont gagné que 10 000 noms (contre un solde net global de 212 000). De ce fait, leur part de marché s’est brutalement réduite de près de 5 points, passant à 32,8%. Ceci témoigne d’une dynamique persistante des « challengers ».


L’ICANN, toujours en questions…

L’ICANN a souvent été le bouc émissaire désigné pour bien des problèmes dans la « gouvernance » de l’Internet, parfois à raison, mais aussi parfois à tort. Cependant quelques observateurs ont récemment adopté une nouvelle approche pouvant se révéler redoutable pour l’organisation californienne. Plutôt que de l’inonder de reproches et de sarcasmes, ils se contentent de faire les comptes. L’un d’eux s’est ainsi récemment aperçu que l’organisation californienne n’avait pas mis en œuvre de nouvelle « policy » depuis 2016 (1). Il liste pourtant tous les dossiers en cours, bloqués à diverses phases du processus ICANN, et convertit les délais en années de processus, années qui pour certains dossiers sont devenues des décennies. Sa conclusion ma paraît extrêmement mesurée en regard de l’état des lieux qu’il a dressé :

I’m not sure what conclusions to draw from all this, other than that ICANN has turned into a convoluted mess of bureaucracy and I thoroughly understand why some community volunteers believe their patience is being tested.

« Tested » pourrait aussi bien être traduit par « mise à l’épreuve » ou « exaspérée ». Et c’est sans doute l’un des principaux risques que crée la situation. Nombre de process ICANN reposent sur la participation, formelle ou non, de « membres de la communauté » qui sont dans leur grande majorité des bénévoles. Si cette ressource bient à manquer, l’équipe de permanents de l’ICANN n’aura plus à faire qu’à une population très restreinte de lobbyistes financés par leurs entreprises pour participer aux discussions au sein de l’ICANN.
Cette « capture » n’en est pas vraiment une au sens où tous ces lobbyistes représenteront toujours des intérêts divergents (gouvernements, registres, registrars, ayants droits, etc) et où l’équipe de permanents est assez forte pour jouer son propre jeu. Les membres du Board eux-mêmes, dûment chapitrés à leur entrée en fonctions, sont juridiquement tenus de servir les intérêts de l’ICANN avant tout. En revanche une minorité d’acteurs détient la possibilité de bloquer une décision approuvée par la majorité et même par le Board, à plusieurs niveaux des processus. Nous sommes donc en présence d’un système de « capture par défaut », où le pouvoir n’appartient plus à la majorité mais à la minorité par la seule force de l’inertie induite par les innombrables processus.

L’ICANN se défend

Confrontée à des reproches fondés sur des données incontestables puisqu’elle les a elle-même produites, l’ICANN botte en touche en accusant la « communauté » de l’Internet (2) ou des contraintes imposées par l’extérieur (3). Un récent courrier adressé à l’ICANN mettait en effet le doigt sur des faits concrets :

Policies and projects related to Whois, new gTLDs and the Independent Review Process have been held up for a long time, in the latter case since 2013, she wrote, leading to community volunteers feeling “disempowered or discouraged”. […] The lack of board action on community work also risks ICANN’s legitimacy and credibility, Demetriou wrote.

Mais le représentant de l’ICANN n’a pas voulu admettre le bien-fondé du reproche, répondant en un langage ICANN que l’observateur traduit (heureusement) comme suit :

In other words, the community is providing badly thought-out policy recommendations, continuing to argue about policy after the implementation stage is underway, and using community reviews, rather than the Policy Development Process, to create policy.

Voulant malgré tout échapper à de futures critiques, l’ICANN a souligné qu’elle envisageait la mise en place d’un « Prioritization Framework » destiné à faire l’objet de futures discussions. La conclusion de l’article est judicieuse :

Because why fix something when you can instead create another layer of bureaucracy and indulge in more navel-gazing?

On peut ajouter pour la bonne forme que même les projets préparés au prix de longues années de travail et de compromis boiteux peuvent encore être « retoqués » par le Board, comme devrait l’être (4, 5) le SSAD (système d’accès aux données WHOIS), lequel ressemble plus à une usine à gaz ou à un jackpot pour heureux élus qu’à un système vraiment efficient répondant aux besoins des futurs clients.

Une touche d’espoir existe néanmoins dans ce marasme. Elle est donnée par un autre article (6) évoquant le processus d’accès à des données jugées confidentielles, ou DIDP pour Documentary Disclosure Information Policy. Cet article passe en revue tous les dysfonctionnements constatés, avant de finir par quelques recommandations de bon sens qui pourraient changer la donne. Même si l’ICANN est défectueuse, il est presque certain que des efforts réalisés en vue de simplifier la vie de ses équipes porteraient certainement leurs fruits.

L’approche est nouvelle et insuffle un air printanier dans des relations difficiles où la frustration de la « communauté » répond au sentiment du staff de travailler dans une « forteresse assiégée ». Peut-être que si toutes ces personnes parlaient autrement que par lobbyistes et juristes interposés, elles pourraient s’apercevoir qu’elles ont bien des points en commun, le premier étant de contribuer au bon fonctionnement de l’Internet pour le plus grand bénéfice de l’intérêt général, au-delà de leurs intérêts particuliers et corporatistes.

(1) ICANN hasn’t implemented a policy since 2016
https://domainincite.com/27434-icann-hasnt-implemented-a-policy-since-2016?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=icann-hasnt-implemented-a-policy-since-2016
(2) “It’s not our fault!” — ICANN blames community for widespread delays
https://domainincite.com/27518-its-not-our-fault-icann-blames-community-for-widespread-delays?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=its-not-our-fault-icann-blames-community-for-widespread-delays
(3) “GDPR is not my fault!” — ICANN fears reputational damage from Whois reform
https://domainincite.com/27436-gdpr-is-not-my-fault-icann-fears-reputational-damage-from-whois-reform
(4) ICANN board not happy with $100 million Whois reform proposals
https://domainincite.com/27418-icann-board-not-happy-with-100-million-whois-reform-proposals
(5) No SSAD before 2028? ICANN publishes its brutal review of Whois policy
https://domainincite.com/27426-no-ssad-before-2028-icann-publishes-its-brutal-review-of-whois-policy
(6) ICANN’s version of Freedom of Information requests
https://domainnamewire.com/2022/02/08/icanns-version-of-freedom-of-information-requests/


Samedi 26 Février 2022
Loic Damilaville
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