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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito janvier 2021 : Ethos prend sa revanche



Etat statistique des nTLDs au samedi 30/01/21 (données publiées)

Les nTLDs ont poursuivi leur baisse en janvier, dans la continuité de la tendance observée depuis le décrochement du mois d’octobre. Ils sont à présent revenus au niveau de la fin 2019 avec une perte de 730 000 noms au cours des dernières semaines.
L’analyse des performances des 5 principaux nTLDs en volume montre que la perte de 730 000 noms du mois de janvier ne leur est attribuable qu’à 50%, leur perte consolidée étant de 370 000 noms.
Comme souvent, la variation est due à un ou deux nTLDs, ici le .TOP avec ses – 590 000 noms. Les pertes du .ICU continuent de se stabiliser et l’on observe que les .XYZ et .ONLINE sont revenus depuis au moins trois mois dans le vert, bien que modestement (à leur échelle). Les autres 50% de la perte constatée sur les nTLDs concernent donc les « challengers », des nTLDs présentant des volumes suffisants pour produire de telles pertes, mais n’ayant pas réussi à se hisser jusqu’au Top 5. La « purge » est de moins en moins un phénomène exceptionnel dû au .ICU, mais bien une tendance affectant un cercle élargi de grands nTLDs.


Ethos Capital is back

C’est surtout sur le front des nTLDs que l’actualité s’est focalisée ces dernières semaines, si l’on excepte bien sûr le rachat fracassant de Donuts par Ethos Capital (1), un mois après le rachat d’Afilias (back-end du .ORG) par Donuts (2). Vu la manière dont « Ethos » avait géré sa tentative d’acquisition de PIR, registre du .ORG, on peut penser que ces rachats en chaîne sont aussi bien le fruit d’une stratégie savamment mûrie que d’une volonté de faire comprendre à la « communauté de l’Internet » qui se trouve du côté du manche.
En tout état de cause, ce « mécano » fait sens puisqu’il combine à présent un grand détenteur de nTLDs sans doute moyennement rentable (Donuts) à un grand back-end de LegacyTLDs et de .Marque (Afilias) dont la rentabilité va permettre de compenser le déficit du premier. Les volumes de noms en gestion vont aussi permettre, à terme, de réaliser de solides économies d’échelles tout en se préparant activement au « prochain round ».
Pour autant, le calcul reste hardi et tout dépend du prix payé par Ethos Capital, qui s’était déclarée prête à verser plus de 1 milliard de $ pour PIR. En effet, les nTLDs de Donuts ne seront pas réellement rentables, pour la plupart, avant un très long moment, et les Legacys gérés par Afilias, comme le .ORG, le .INFO ou le .MOBI ont leurs meilleurs jours derrière eux. Leur rôle, dans le portefeuille d’Ethos, sera vraisemblablement celui de « vaches à lait » que l’on traira jusqu’à la dernière goutte sans rien en espérer de plus. Enfin, l’opération sur PIR prenait en compte le fait que la marge du registre reviendrait à Ethos ; ici il ne s’agit plus « que » de celle du back-end, nettement moins importante puisqu’aux dernières nouvelles (cf. DNS News n°272 de décembre 2020) Afilias ne récupère que 20% environ (18 M$ sur 97M$ en 2019) des recettes du .ORG.
Le prochain round sera un enjeu majeur pour le nouveau groupe, dirigé par des financiers plutôt que par des entrepreneurs.


Prochain round : menaces et opportunités

Le rapport de l’EPDP Working Group (3) a permis d’y voir un peu plus clair sur les points de continuité (les plus nombreux) et d’évolutions par rapport au schéma de 2012. L’une des principales améliorations devrait être que les candidats pourront choisir leurs back-ends parmi une liste d’acteurs déjà sélectionnés (ou « validés ») par l’ICANN, ce qui simplifiera et accélèrera l’évaluation de la partie technique des dossiers. Il reste naturellement à définir quelles seront les exigences posées par l’ICANN à l’égard des back-ends potentiels, et l’on peut s’attendre à ce que les grands acteurs déjà en place ferment le marché au maximum.
D’autres points émergent : les frais de dossiers, qui – ô surprise ! – devraient rester volontairement élevés afin d’éviter une ruée ; l’interdiction de candidater pour une variante soit au singulier, soit au pluriel, d’un même terme (ainsi, il ne serait par exemple possible de candidater que pour .HOTEL tandis que .HOTELS serait bloqué, ou l’inverse).
Mais d’autres points de progrès font encore l’objet de discussions, comme la volonté d’empêcher les stratégies assez lucratives au 1er round ayant consisté à candidater pour des TLD avec pour seul objectif d’y renoncer contre monnaie sonnante et trébuchante lors d’enchères « privées » où les « perdants » se répartissaient l’argent payé par le « gagnant » (4). Enfin, et ce sujet mérite d’être mentionné ici bien que ne faisant pas partie du rapport de l’EPDP, la récente recommandation du GNSO d’interdire aux registres de jouer sur les « premiums » pour rançonner les ayants droits (5).
L’impression générale reste que l’ICANN orchestre comme elle peut une zone de « non-droit » où tous les abus sont permis du moment que l’organisation californienne ne veut ou ne peut pas les interdire. Et comme ses décisions sont en général prises dans un contexte de lobbying intense des parties les plus financièrement intéressées, on a le droit de craindre que cette zone de « non-droit » continue de prospérer au motif que l’ICANN ne saurait être un gendarme de l’Internet, etc., etc.
La situation se tend de plus en plus et continuera de se tendre entre ayants droits, gouvernements et ICANN, les deux premiers acceptant de moins en moins l’argument « d’incompétence juridique » de la troisième (6, 7). En ce sens, le « prochain round » sera aussi un test important pour l’ICANN, mais il est douteux soit qu’elle en ait conscience, soit qu’elle puisse y faire grand-chose, engluée qu’elle est dans un entrelacs d’intérêts divergents où elle a su trouver son compte. A court terme, elle s’efforce de montrer qu’elle est « active » en s’attaquant avec un retard considérable à la « lutte contre les abus » - mais sous forme d’un « audit » (8) qui prendra des mois et s’achèvera vraisemblablement par une simple remontrance à l’égard de certains acteurs ayant pu se rendre complices des pratiques délictueuses de leurs clients.




nTLDs : ça continue de bouger

La principale nouvelle en cette fin janvier fut l’annonce de la mise aux enchères par Franck Schilling (UNR) de 23 de ses nTLDs, le 21 avril prochain (9). UNR est ce qui reste d’Uniregistry après le rachat par GoDaddy en février 2020 du registrar, de la plate-forme marché et du portefeuille de noms de domaine.
UNR semble avoir décidé de se concentrer sur ses activités de back-end, peut-être plus lucratives que celles de registre. Et cette démarche purement financière n’a rien pour surprendre : tout comme les fondateurs de Donuts, Schilling est un « domainer » qui a abordé le 1er round sous son angle habituel, sans avoir l’intention, ni les moyens, de « développer » vraiment les nTLDs qu’il réussirait à obtenir. Le moment lui semble apparemment opportun pour « prendre ses profits » alors que se profile un 2e round qui diluera mécaniquement la valeur de ses nTLDs et pour lequel il a besoin de se préparer en réalisant des investissements qui seront financés par ces enchères.
On note enfin que Fuji Xerox a décidé d’abandonner son « .fujixerox » dans le cadre d’une opération de « rebranding » (10) tandis que DotXYZ lance les nTLDs liés à la beauté cédés par L’Oréal qui les avait obtneus lors du 1er round soit dans un but défensif, soit pour en faire des « génériques fermés », ce qui n’a pas marché si telle était bien l’intention de ce groupe (11).

(1) Breaking: Ethos Capital acquires Donuts
https://domainnamewire.com/2021/01/22/breaking-ethos-capital-acquires-donuts/
(2) Donuts acquisition of Afilias closes, integration work begins
http://domainincite.com/26147-donuts-acquisition-of-afilias-closes-integration-work-begins
(3) Rules for the next new gTLD round near the final straight
http://domainincite.com/26167-rules-for-the-next-new-gtld-round-near-the-final-straight
(4) Crackdown looms for new gTLD auction gaming
http://domainincite.com/26195-crackdown-looms-for-new-gtld-auction-gaming
(5) New rules could stop registries ripping off big brands
http://domainincite.com/26205-new-rules-could-stop-registries-ripping-off-big-brands
(6) More Warning Shots for ICANN, or the End of the Road?
http://www.circleid.com/posts/20210114-more-warning-shots-for-icann-or-the-end-of-the-road/
(7) .com Is A Clear and Present Danger to Online Safety
http://www.circleid.com/posts/20210108-dot-com-is-a-clear-and-present-danger-to-online-safety/
(8) ICANN org launches audit of registrar compliance with dns security threat obligations
https://goldsteinreport.com/icann-audit-registrar-compliance-dns-security-threat-obligations/
(9) UNR getting out of the registry business with $17 million no-reserve auctions on 23 new gTLDs
http://domainincite.com/26211-unr-getting-out-of-the-registry-business-with-17-million-no-reserve-auctions-on-23-new-gtlds
(10) Fuji Xerox kills off gTLD after rebrand
http://domainincite.com/26153-fuji-xerox-kills-off-gtld-after-rebrand
(11) XYZ launches .quest and beauty gtlds
https://goldsteinreport.com/xyz-launches-quest-and-beauty-gtlds/


Samedi 30 Janvier 2021
Loic Damilaville
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