Edito mai 2021 : le marché des noms de domaine poursuit sa lente maturation



Etat statistique des nTLDs au samedi 29/05/21 (données publiées)

La chute vertigineuse des nTLDs engagée en octobre dernier s’est poursuivie en mai, tout en se ralentissant. La perte n’a en effet été « que » de 350 000 noms ce mois-ci et le seuil des 25 millions de noms n’a pas (encore ?) été cassé. Cette réduction brutale du rythme de la décroissance laisse espérer que nous verrons bientôt les nTLDs repartir de l’avant.
La composition du « Top 5 » a évolué, le .ICU perdant 150 000 noms et passant en 6e place derrière le .CLUB à 1,13 millions de noms. Les autres nTLDs du Top 5 sont globalement à l’équilibre, sauf le « .TOP » qui perd 160 000 noms et poursuit lui aussi son déclin.

Des nouvelles du Second Round

Des nouvelles, c’est sûr… mais de là à dire que les choses avancent... Un article (1) évoque des échanges entre le président du Brand Registry Group et l’ICANN. Le premier cherchait à mettre la pression sur la seconde, arguant qu’il existait « une demande significative » d’ayants droits voulant obtenir leur .Marque. Le Brand Registry Group est composé de grandes marques américaines et d’acteurs de l’industrie. Même en faisant la part des objectifs bien compris de cette plate-forme de lobbying, il est certain que de plus en plus de grandes entreprises se posent la question et que d’autres, ayant obtenu leur .Marque en 2012 mais ayant changé de nom depuis, auraient besoin d’en prendre un nouveau. La réponse reçue de l’ICANN est du plus pur style icannien :

The 2012 Applicant Guidebook must be updated with more than 100 outputs from the SubPro PDP WG; we will need to apply lessons learned from the previous round, many of which are documented in the 2016 Program Implementation Review, and appropriate resources for implementing and conducting subsequent rounds must be put in place.
At present it appears that WG recommendations will benefit from an Operational Design Phase (ODP) to provide the Board with information on the operational implications of implementing the recommendations. As part of such an ODP, the Board may also task ICANN org to provide an assessment of some of the issues of concern that the Board raised in its comments on the Draft Final Report, as well as those topics that did not reach consensus and were thus not adopted by the GNSO Council.
The outcome of such an assessment could also add to the work that would be required before launching subsequent rounds.

En somme, cela pourrait encore durer un certain temps, et même un temps certain, s’il n’existe pas de volonté réelle d’aboutir. Or ces lenteurs nuisent beaucoup au développement du marché, pas seulement parce qu’elles bloquent la création de nouveaux espaces de nommage. Elles cassent une indispensable fluidité de l’obtention et de l’évolution des « adresses internet » qui doivent pouvoir coller au rythme de la vie des affaires. C’est un facteur clef de succès, ou d’échec, pour le segment des .Marques.


DotXYZ fait du neuf avec du « vieux »

Le registre DotXYZ s’est fait une spécialité de racheter des nTLDs détenus par des grands groupes qui ne savent pas quoi en faire, ou par des registres écœurés de voir que leurs rêves de richesse ne se sont pas réalisés. Un article évoque ce mois-ci (3) les efforts de DotXYZ pour « relancer » les .HOMES, .AUTOS, .MOTORCYCLES, .BOATS et .YACHTS.
Premier point, les tarifs de ces nTLDs vont être drastiquement revus à la baisse en prévision du « re-lancement » le 14 juin prochain : le prix de détail devrait être de 20$ au lieu de 50$ à 100$ actuellement.
Second point, les conditions d’éligibilité visant à établir un lien entre ces nTLDs et les industries concernées ont toutes été supprimées.
Troisième point (concomitant aux deux premiers), DotXYZ a cherché à stimuler l’intérêt des registrars pour ces extensions, car rien ne peut se faire sans le concours actif de ces canaux de distribution obligés.
Avec des prix relativement bas (mais encore plus chers que le .COM) et un processus d’enregistrement complètement automatisable, les registrars devraient se montrer un peu plus intéressés que par le modèle précédent de prix élevés (attirant donc moins de clients) et assortis de restrictions compliquant la vie de tout le monde et faisant s’envoler les coûts de traitement.
DotXYZ, qui exploite aussi les .CAR, .CARS et .AUTO, a maintenu pour ces derniers un prix de détail de 2 000$ à 3 000$ par an, peut-être pour éviter le cybersquatting dans le .AUTOS destiné à devenir son TLD phare pour l’industrie automobile.


Réflexions sur le marché des noms de domaine

En somme, le marché des noms de domaine reste encore bloqué dans une phase où tout doit être le plus automatisable possible, pour tendre au moindre coût. Cela rappelle le vieux Ford qui proclamait à qui voulait l’entendre que chacun pouvait choisir la couleur de sa Ford T, pourvu qu’elle soit noire.
Plus sérieusement, si les sources de valeur de ces nTLDs ne sont pas en amont, dans leurs conditions d’accès (éligibilité, prix…), elles devraient se trouver en aval, dans les usages et l’appétence que les « cibles » naturelles auraient pour ces nTLDs leur permettant de se démarquer, ou de s’identifier grâce à des noms de domaine plus porteurs de sens qu’un banal .COM.
Mais les utilisateurs sont encore loin de nourrir des réflexions aussi avancées lorsqu’ils choisissent leurs noms de domaine, et les grands registrars, qui vendent au kilomètre, ne voient pas dans les nTLDs les relais de croissance qui pourraient s’imposer face au déclin du .COM – un déclin annoncé depuis 20 ans et qui ne s’est toujours pas produit... Les nTLDs (et les .BIZ, .INFO etc.) ont été soi-disant lancés pour se porter au secours d’un .COM réputé mourant, mais celui-ci ne s’est jamais mieux porté avec ses quelques 155 millions de noms.
La clef fondamentale du succès, une fois que l’on a épuré les modèles économiques et les process, reste dans le regard porté par les utilisateurs sur les noms de domaine. Les registrars et leurs revendeurs, qui sont au contact des clients, seraient des vecteurs privilégiés pour faire évoluer ce regard et préparer l’avenir. Mais ils ne voient souvent pas si loin, se contentant de proposer ce qui se vend, et renforçant de ce fait le .COM tout en étranglant les nouveaux venus qui peinent à toucher les clients finaux.
Il est troublant que l’ICANN n’ait jamais publié d’analyse de fond du marché des noms de domaine. C’est précisément ce dont elle aurait besoin pour élaborer les conditions financières du 2e Round, car sans cela son opération ressemblera à une arnaque : hormis les grands groupes qui voudront seulement leurs .Marques, les candidats à des nTLDs ouverts partiront avec un tel handicap que leurs chances de succès seront presque nulles. Il était impossible de le prévoir en 2012, mais la situation est bien différente en 2021 puisque nous avons 7 ans de recul (les commercialisations ayant débuté en 2014).

(1) ICANN chair reins in new gTLD timeline hopes
http://domainincite.com/26726-icann-chair-reins-in-new-gtld-timeline-hopes
(2) About the BRG
https://brandregistrygroup.org/about-the-brg/
(3) XYZ to relaunch 5 TLDs in June at lower prices
https://domainnamewire.com/2021/05/17/xyz-to-relaunch-5-tlds-in-june-at-lower-prices/


Samedi 29 Mai 2021
Loic Damilaville