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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

Edito mai 2022 : l’émergence de la problématique des « blockchain domains »




Etat statistique des nTLDs au samedi 28 mai (données publiées)

Les nTLDs ont poursuivi leur progression en mai, mais le rythme semble en voie de se tasser. Ils frôlent à présent les 30 millions qui pourraient être dépassés en juin ou juillet, à moins que les « leaders » moteurs de la hausse constatée depuis l’été 2021 n’aient, au moins temporairement, épuisé leur potentiel de gain.
Cependant les « leaders » ne sont pas seuls en cause dans ce ralentissement. En effet, ils ont gagné 140 000 noms en mai (contre 480 000 en avril) pour une variation globale de 118 000 : le solde de – 22 000 est imputable aux autres nTLDs.

Un marché en ralentissement ?

L’annonce par Verisign qu’elle révisait à la baisse ses estimations de croissance en 2022, de 2,5% / 4,5% à 1,75% / 3,5%, a estompé ses excellents résultats en suscitant des questionnements sur les tendances du marché en 2022 (1 – 4). Les motifs mis en avant sont naturels. D’une part, la dynamique très forte induite par les confinements, qui s’est faite sentir jusque vers l’été 2021 pour le .COM, n’est plus aussi perceptible en 2022. D’autre part, la situation économique générale, et aussi l’exposition du .COM au marché russe (aucun chiffre précis ne circule à cet égard) pourraient peser sur les performances de l’extension. L’incertitude reste cependant de mise puisqu’on ignore l’impact qu’aura sur les créations et les renouvellements l’augmentation tarifaire de 7% annoncée pour le 1er septembre 2022, et qui fera suite à celle, de même ampleur, du 1er septembre 2021. Faut-il projeter ces perspectives en demi-teintes aux autres extensions ? La situation du .COM reste privilégiée à bien des égards, notamment en matière de réseau de distribution. Aussi, s’il « souffre », les Autres Legacys et de nombreux nTLDs souffriront encore plus. En revanche, les ccTLDs pourraient tirer leur épingle du jeu : bénéficiant de la perception de « proximité » et de plus en plus compétitifs grâce aux augmentations répétées des tarifs du .COM, ces extensions peuvent pour la plupart se montrer sereines, sinon optimistes.
A court terme, on relève que les statistiques recueillies par l’ICANN sont meilleures que les hypothèses budgétaires envisagées pour son exercice 2021/2022 (5), ce qui est aussi le signe que le marché dans son ensemble reste robuste.

Les acteurs du Second Marché s’interrogent aussi

Deux brèves nous renseignent sur l’état d’esprit des domainers, et cet état d’esprit est plutôt morose en ce moment. Un premier analyste relève surtout que les créations du .COM sont en berne début 2022 (6) et que Verisign, comme certains grands registrars, ont été contraints de réviser à la baisse leurs projections de croissance. Sur le chapitre du Second marché, il reste assez prudent, prédisant un déclin limité des ventes en scénario bas, et en scénario haut un maintien des niveaux de prix « si les financiers continuent à alimenter le système et que l’économie reste en bonne santé ».
La seconde brève (7) est plus intéressante puisqu’elle propose les résultats de sondages faits auprès d’un panel de domainers. Cela permet de voir le marché avec leurs propres yeux. L’un des premiers enseignements est que le ralentissement perceptible sur le « premier marché » l’a aussi été sur le second, près de 60% des domainers sondés déclarant avoir noté un « déclin important » dans l’activité au cours du mois passé.
L’analyse se poursuit sur les niveaux de prix et les volumes de transaction, pour finalement revenir sur les conclusions de la première brève : les incertitudes de l’économie mondiale pèsent aussi sur le Second marché. Dans le contexte spécifique des domainers toutefois se greffe la perspective angoissante de l’augmentation presque mécanique des tarifs du .COM de 7% par an pendant plusieurs années. Sauf à trouver une recette miracle, il va être difficile aux détenteurs de grands portefeuilles en .COM d’augmenter leurs revenus au même rythme. La conséquence logique sera le « nettoyage » de leurs portefeuilles par un certain nombre de domainers, phénomène qui pèsera sur la performance du .COM sans toutefois la déterminer. L’autre option est une augmentation des ventes – mieux vaut vendre qu’abandonner – ce qui pourrait faire baisser les prix moyens des transactions.

La séquence ICANN

Je me montre parfois assez critique vis-à-vis de l’ICANN dans ces colonnes, mais ces avis (qui n’engagent que moi) restent malheureusement souvent en-deçà de la réalité. Plusieurs brèves témoignent ce mois-ci du fait que mes constats sont largement partagés par des personnes situées beaucoup plus près des cercles ICANNiens que je le suis.
Le Board lui-même s’interroge, en mode résolution de problèmes, sur l’incapacité de l’organisation à accoucher de quoique ce soit depuis des années (8). L’absence de vision commune sur les missions et les priorités est naturellement un puissant facteur d’inertie ou de blocage. On cite (9) le dilemme actuel, qui divise les parties prenantes : mettre l’accent sur le « second round » de nTLDs ou bien sur l’accès au WHOIS. Il est certain que les acteurs économiques privilégient le premier thème tandis que les ayants droits s’attachent plutôt au second, le rêve de chacun étant le cauchemar de l’autre. Les nTLDs représentent des revenus supplémentaires pour les acteurs économiques, mais des coûts et des risques supplémentaires pour les ayants droits. A l’opposé, l’accès aux données WHOIS aidera les ayants droits à lutter contre les abus (pour autant que cela se fasse dans des conditions décentes) tout en risquant d’augmenter le nombre de sollicitations dont seront l’objet les acteurs économiques en regard de leurs clients « border line ».
Il manque dans ce duel une force tierce qui pourrait aider à faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, au gré de ses intérêts. Les utilisateurs n’ayant pas voix au chapitre, les gouvernements pourraient avoir une carte à jouer au travers du GAC, mais eux-mêmes sont sans doute trop divisés sur ces questions pour pouvoir vraiment profiter de la situation.
Chose anecdotique mais révélatrice, l’ICANN n’a mis que tout récemment en ligne, avec un délai de 10 mois, les minutes de réunions de son Board s’étant tenues entre le 15 juillet 2021 et le 10 mars 2022 (10). Ces délais sont naturellement incompatibles avec les statuts qui préconisent une publication « rapide », mais surtout, ils paraissent totalement injustifiés compte-tenu du budget de l’organisation. Si ce n’est pas le manque de moyens, cela pourrait donc être dû à une volonté du CEO de ne pas publier de contenus trop « sensibles » et pouvant faire polémique, laissant le temps faire son œuvre. Mais on ne saurait aussi exclure l’absence de direction et une certaine désorganisation, voire un désintérêt complet à l’égard de ces formalités qui n’ont plus vraiment de sens dès lors que l’organisation fonctionne en vase clos, ignorant ce que peut penser d’elle la communauté au nom de laquelle elle est censée gérer le système racine du DNS. Cette hypothèse serait encore plus grave que la précédente.
Afin de montrer qu’elle ne reste pas inactive, l’ICANN annonce qu’elle développe un outil pour surveiller et combattre les « activités en ligne malveillantes » (10), mais sauf erreur de ma part, le communiqué reste à l’état de littérature. On peine en effet à trouver un lien vers l’outil lui-même ou vers des cas concrets déjà relevés et traités par l’ICANN. A suivre…

« Blockchains domains », NFT, adresses du Web 3.0 : un sujet émergent et de plus en plus préoccupant

Les articles de presse commencent à fleurir de nouvelles extensions encore peu connues : .ETH, .BITCOIN, .METAVERSE et alii. Le sujet n’est pas absolument nouveau, mais il a été mis sur le devant de la scène lorsque l’ICANN a refusé d’entériner la cession de certains nTLDs d’UNR, en 2021, au motif que la cession intégrait une dimension liée aux NFT (« Non Fongible Tokens ») et que ceux-ci étaient considérés comme susceptibles de menacer la sécurité et la stabilité du DNS (12).
Le concept est très innovant et il faut s’en remettre à des spécialistes pour essayer de comprendre les enjeux. Selon les experts de l’Afnic (13), ces NFT sont des « pointeurs » associés à des contenus internet – ce qui les rapproche des noms de domaine. Les différences apparaissent ensuite : inscrits dans des blockchains, les NFTs fonctionnent comme des titres de propriété sur les contenus vers lesquels ils pointent, plus que comme de simples « enseignes ». Si M. X… détient un NFT dans une blockchain N…, tous ceux qui font confiance à cette blockchain reconnaîtront M. X… comme le propriétaire des contenus vers lesquels pointe ce NFT.
Le « problème », s’il y en a un, est que ces NFT se présentent sous l’apparence de noms de domaine, certes dans des « extensions » non officielles comme par exemple les .ETH ou .METAVERSE. C’est une autre différence avec les noms de domaine du système ICANN : ils fonctionnent dans le cadre de certaines applications, ou si l’utilisateur procède à des configurations particulières ; ils restent inaccessibles au reste du monde. Ce sont en quelque sorte des systèmes d’adressage privés, « visibles » ou utilisables selon certaines modalités propres à chacun.
Pour résumer, les NFTs remettent en cause le dogme bien établi d’un système unique d’identifiants des contenus internet incarné par l’univers ICANN, ce qui est à l’origine de l’hostilité de celle-ci. Ils risquent de poser des problèmes de confusion dans l’adressage, un NFT identique à un TLD officiel pouvant conduire dans une application donnée à des contenus différents de ceux que l’on trouve sur internet. Autres motifs d’opposition, ces NFTs sont créés par des structures privées telles que Namecoin, Ethereum Naming Service, Unstoppable Domains, et Handshake, qui développent chacune son propre système de « nommage » en toute indépendance vis-à-vis des autres comme de l’ICANN. Pas de contrats ni de registrars dans les NFTs, mais pas non plus d’UDRP en cas de litige, pas de WHOIS sauf dans le cas d’ENS.DOMAINS (encore ce WHOIS est-il des plus discrets quant à l’identité des parties concernées), et naturellement aucune « concertation multipartite ». Les mécanismes laborieusement mis en place par l’ICANN depuis 20 ans sont nuls et non avenus dans ces nouveaux systèmes.
L’ICANN trahit son inquiétude – mais aussi son impuissance ? – en publiant des avis et mises en garde, comme un récent rapport de 15 pages où elle explicite ses préoccupations (14, 15) en finissant par conclure :

Furthermore, the use of specially built applications to work with alternative naming systems poses significant risks. As seen in Section 5, the creation of new namespaces without any coordination (either among themselves nor with the DNS) will necessarily lead to name collisions, unexpected behaviors, and user frustration. The end result might very well be completely separate ecosystems, one for each naming system, further fragmenting the Internet. It is worth remembering that the vision of a single Internet necessitates a unique system of identifiers, in other words a unique namespace [...]

Pour l’heure, les usages réels des NFTs restent encore malaisés à établir. Ceux-ci sont plutôt des sources d’inquiétude et d’interrogations pour les ayants droits qui pourraient craindre d’avoir à l’avenir à rendre en compte des myriades de petits univers indépendants ne disposant d’aucun mécanisme adapté à la protection des marques. Il est d’autant plus difficile de se positionner que les « univers » de référence sont de qualité et d’importance très variables. Comment anticiper leur succès ou leur échec ?
Pour les spéculateurs au contraire, ces NFT font figure de terre promise : on cite ainsi le cas d’un quidam ayant multiplié sont capital par 6 en une semaine (16), juste avant que les cours ne s’effondrent quelques jours plus tard (17). Un sport réservé aux amateurs d’émotions fortes…
Pour finir sur une note d’humour grinçant, relevons que l’ICANN va sans doute enfin bientôt entrer en sympathie avec les ayants droits, ce qui pourrait peut-être la rendre plus réceptive à leurs arguments. Le NFT « ICANN.ETH » a en effet été déposé par un tiers, lequel s’est approprié de nombreux autres ETH très évocateurs…

(1) Verisign lowers guidance for domain growth
https://domainnamewire.com/2022/04/29/verisign-lowers-guidance-for-domain-growth/
(2) A sign of things to come? Verisign slashes outlook in post-pandemic slowdown
https://domainincite.com/27817-a-sign-of-things-to-come-verisign-slashes-outlook-in-post-pandemic-slowdown
(3) Verisign reports Q1 2022 Earnings beats earnings and revenue estimates
https://www.thedomains.com/2022/04/28/verisign-reports-q1-2022-earnings-beats-earnings-and-revenue-estimates/
(4) Verisign reports 7.2% revenue jump, 1.23 million domain base increase
https://domainnamewire.com/2022/04/28/verisign-reports-7-2-revenue-jump-1-23-million-domain-base-increase/
(5) Fewer domain companies closing down than expected
https://domainincite.com/27877-fewer-domain-companies-closing-down-than-expected
(6) How will shrinking demand for domains impact aftermarket?
https://domainnamewire.com/2022/05/03/how-will-shrinking-demand-for-domains-impact-aftermarket/
(7) Are We In A Domain Name Market Downturn?
https://www.namepros.com/blog/are-we-in-a-domain-name-market-downturn.1273935/
(8) ICANN highlights “not getting things done” risk
https://domainincite.com/27873-icann-highlights-not-getting-things-done-risk
(9) New gTLDs or Whois access? What’s more important?
https://domainincite.com/27903-new-gtlds-or-whois-access-whats-more-important
(10) After 10 months, ICANN board “promptly” publishes its own minutes
https://domainincite.com/27882-after-10-months-icann-board-promptly-publishes-its-own-minutes
(11) ICANN Develops Tool to Monitor and Combat Malicious Online Activities
https://www.centr.org/index.php?option=com_acym&ctrl=fronturl&task=click&urlid=569&userid=42&mailid=83
(12) ICANN is blocking 23 gTLD transfers over blockchain fears
https://domainincite.com/27303-icann-is-blocking-23-gtld-transfers-over-blockchain-fears
(13) NFT et noms de domaine, amis et partenaires ?
https://www.afnic.fr/observatoire-ressources/papier-expert/nft-et-noms-de-domaine-amis-et-partenaires/
(14) Blockchain domains pose “significant risks” to internet, says ICANN
https://domainincite.com/27852-blockchain-poses-significant-risks-to-internet-says-icann
(15) “Challenges with Alternative Name Systems”
https://www.icann.org/en/system/files/files/octo-034-27apr22-en.pdf
(16) Numeric .eth domains are the latest meme NFT
https://domainnamewire.com/2022/05/02/numeric-eth-domains-are-the-latest-meme-nft/
(17) .Eth domains pummeled in market correction
https://domainnamewire.com/2022/05/12/eth-domains-pummeled-in-market-correction/
(18) ICANN.ETH (« whois » du .ETH)
https://app.ens.domains/name/icann.eth/details

Samedi 28 Mai 2022
Loic Damilaville
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