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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A 10 ANS - DNS News n°32 – Décembre 2000



Bilan 2000


L’année 2000 fut particulièrement riche : si 1999 avait été marquée par la victoire de l’ICANN sur le monopole de NSI et la mise en place de l’UDRP, la procédure administrative de gestion des conflits, 2000 a vu les premières élections menées au niveau mondial grâce à l’internet, et l’annonce de la création de nouvelles extensions.

Passons en revue les « dossiers » les plus brûlants de l’année:

a) UDRP et cyberquatting: lorsque noms de domaines et marques se rejoignent

Bien qu’il soit encore prématuré de parler au passé du « cybersquatting » et de ses variantes (« typosquatting » etc), les résultats enregistrés par l’UDRP semblent assez probants: près de 2000 litiges ont ainsi été résolus par la seule OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle). Les décisions des experts ont certes été souvent critiquees comme faisant la part belle aux grandes sociétés détentrices de marques, mais c’est à mon sens une illusion d’optique (pour l’instant), les premiers dossiers traités concernant les cas les plus manifestes de cybersquatting. Dans l’avenir, les situations seront certainement plus ambiguës, les parties adverses détenant des droits équivalents sur un nom, quoique n’émanant pas forcement des mêmes systèmes juridiques; les Chinois notamment se montrent particulièrement sensibles à ce sujet.
Pourtant, la tendance qui voit les noms de domaines être associés, juridiquement parlant, à des « marques sur internet » n’a fait que se confirmer en l’an 2000, et l’OMPI songe à étendre l’UDRP à d’autres zones non couvertes par le droit des marques (noms patronymiques etc).
Quoique bénéfique pour faire de l’internet un espace de confiance où l’on pourra commercer en toute quiétude, cette évolution ne doit pas envahir tout notre champ de vision car elle finirait par étouffer la dynamique même qui a fait le succès d’Internet. Les noms de domaines ne sont en effet pas « seulement » des marques transposées dans le monde virtuel, du fait de la nature technique du réseau des réseaux, et le débat relatif à la « propriété » ou au simple « droit d’usage » qu’ont les détenteurs sur leurs noms de domaines n’a pas fini de faire couler de l’encre.

b) Noms de domaines multilingues

L’apparition des noms de domaines en caractères non-ascii, ou « noms de domaines multilingues » est l’une des manifestations du caractère fortement évolutif de l’internet. Alors que des règles commençaient à peine à être stabilisées sur les .com, .net et .org, voici que surgissent des noms de domaines en caractères chinois et japonais, et demain, arabes, cyrilliques ou scandinaves. Réponse naturelle au besoin légitime qu’ont les peuples non-anglophones à utiliser l’internet dans leurs propres langues; mais aussi menace sérieuse pour les détenteurs de marques qui doivent intégrer une dimension supplémentaire à leur stratégie de protection comme de visibilité: demain, l’internaute japonais ne fera plus l’effort de composer l’URL d’une société en caractères latins: il la tapera en japonais et malheur aux sociétés qui n’auront pas su prendre le pli...
Ce phénomène qui en Asie a déjà pris les proportions d’un raz de marée va certainement bouleverser en 2001/2002 notre manière d’appréhender les problématiques liées aux noms de domaines. Pour l’heure, le débat reste assez académique puisque ces noms ne peuvent pas fonctionner techniquement avant que l’IETF n’ait fixe des standards leur permettant d’être « vus » depuis tout l’internet. Mais il n’en reste pas moins que la possibilité d’utiliser l’internet (et de le faire évoluer) dans sa propre langue fait voler en éclat le modèle unitaire qui avait prévalu jusqu’a présent.

c) L’ICANN: entre Charybde et Scylla

Dans les « Perspectives pour l’an 2000 » publiées dans le DNS News de décembre 1999, je signalais que l’ICANN devrait répondre en 2000 à un double défi: d’une part préciser son rôle et d’autre part mettre en oeuvre la création de nouvelles extensions génériques (c’est-à-dire non liées à un pays donné).
Comme il fallait s’y attendre, le bilan est en demi-teintes sur les deux plans mais plutôt moins bon qu’en 1999. L’ICANN fête ses deux ans d’existence dans un climat qui lui est relativement hostile: elle n’a pas su s’imposer comme l’organe de « gouvernance de l’internet » que certains appelaient de leurs voeux et dont la nécessité se fera de plus en plus sentir. Louvoyant entre les groupes de pressions, accumulant les maladresses et les contradictions, insistant sur le caractère technique de sa mission mais régentée par des juristes, coupée au fond de la communauté des utilisateurs de l’Internet, l’ICANN n’a pas encore fait ses preuves de manière décisive.
Les élections at-large, qui ont remporté un succès inattendu et conduit à l’élection de deux directeurs fermement résolus à reformer l’organisation, sont l’expression même du malaise qui entoure l’ICANN: on en a certes besoin, mais on la voudrait différente, et l’on a presque perdu foi en ses capacités. L’arrivée de Vint Cerf suffira-t-elle à redonner à cette institution le lustre et la crédibilité dont elle a tant besoin? Exacerbée ces derniers temps, la tension entre l’ICANN et les gestionnaires des différents ccTLDs ne facilitera pas les choses. A travers ces conflits, c’est toute l’organisation « politique » du système des noms de domaines (et donc indirectement de l’internet) qui est en train de naître.
L’annonce de la création de nouvelles extensions est un autre exemple manifeste des incohérences de l’ICANN: alors que ce dossier traîne depuis des années, la sélection des 7 premières extensions en novembre (.biz, .aero, .info; .pro, .name, .coop, .museum) a donné une impression de précipitation et de bâclé qui n’est pas pour réjouir les candidats évincés.

d) Les nouvelles extensions

Apres les noms de domaines multilingues, les nouvelles extensions génériques vont être la seconde grande secousse sismique qui va profondément modifier le DNS dans les mois à venir. Créées pour désengorger le .com complètement saturé, elles vont reposer des problèmes résolus à grand-peine sur les extensions d&jà existantes: quid des droits de propriété intellectuelle, et comment retrouver intuitivement un site s’il peut se trouver « sous » plusieurs dizaines d’extensions?
Car les 7 premières, qui apparaîtront dans les faits fin 2001, ne sont qu’un galop d’essai. Demain, ce seront plusieurs dizaines d’extensions qui seront créées chaque année. De quoi donner des cauchemars aux responsables de marques, mais surtout nous apprendre à considérer différemment les problématiques des noms de domaines.
Bien que cela ne concerne pas l’ensemble de l’internet, on ne doit pas oublier de mentionner l’apparition prochaine du .EU, extension de l’Union Européenne qui sera a priori attribuée aux sociétés et personnes de l’Union Européenne mais selon des conditions qui restent à fixer.

e) Le marché: gestion de l’explosion

Le marché des noms de domaines a été soumis à rude épreuve en 2000, du fait d’une demande énorme. Je parle bien sûr du marché des dépôts proprement dits, les chiffres publiés étant relativement pharaoniques.
Ce phénomène peut naturellement être attribué au développement d’internet, mais il faut sans doute y voir aussi une plus grande maturité des sociétés à l’égard des noms de domaines: rares sont celles qui n’en possèdent pas quelques-uns ou qui ne se sont pas encore penchées sur la question. Dans les grands groupes, les cellules de travail réunissant des représentants des départements juridiques, informatique, marketing et internet ne sont plus des exceptions. Et si l’on cite encore le cas de sociétés n’ayant pas su anticiper des fusions ou le lancement d’un produit et s’étant fait pirater leur nom, ce n’est plus comme une anecdote plaisante mais comme une véritable faute.
Surfant sur la vague de cette demande massive, les acteurs des noms de domaines n’ont pas éprouvé le besoin de développer aussi vite que prévu les services à valeur ajoutée que j’évoquais il y a un an. Les références du secteur, comme NSI ou Register.com, ont plutôt pratiqué une stratégie d’occupation de terrain en rachetant des structures spécialisées (revente de noms de domaines déjà déposés) ou en concluant des alliances qui ne se sont pas encore significativement traduites dans les faits (alliance de NSI et de Thompson & Thompson en juillet-août). Ces mouvements ne sont en fait que des préliminaires destinés à permettre aux différents leaders de rester « dans la course ». Ces concentrations stratégiquement valables à moyen ou long terme ne prendront toute leur valeur qu’au moment où le marché des dépôts sera réellement saturé.
Ce qui ne semble pas être encore le cas: les noms de domaines multilingues et les nouvelles extensions seront autant de relais de croissance pour les marchands de noms, pour autant qu’ils sachent eux aussi apprendre, avant leurs clients, à anticiper les mutations inévitables qui vont se produire sur les noms de domaines.
Le succès des .TV est l’indice patent que des extensions sectorielles et plus explicites répondent à un besoin réel; mais il n’y a pas cinquante .TV et je suis curieux de savoir comment les gestionnaires des .biz, .info, .pro ou .name commercialiseront leurs noms. En effet, la valeur des .com était étroitement liée à un certain sentiment de pénurie: il n’y en avait pas pour tout le monde. La profusion des nouvelles extensions risque bien d’inverser la tendance mais avec un résultat similaire: les .com vaudront d’autant plus cher qu’ils seront les seules extensions vraiment connues des internautes...

Dimanche 9 Janvier 2011
Loic Damilaville
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