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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS - DNS News n°125 – Septembre 2008



Edito : Noms de domaine : de l’art de naviguer en milieu paradoxal

Le monde des noms de domaine semble parfois prendre un malin plaisir à accumuler les paradoxes. Le cas de l’ICANN, longtemps présentée comme un organisme « international » et rappelée à l’ordre par Washington à plusieurs reprises ces derniers mois (1), en est un bon exemple. Mais la gouvernance n’est que l’un des aspects de ce monde complexe.
La lettre trimestrielle de Verisign (2), bible des professionnels pour les données statistiques qu’elle propose, montre par exemple que la croissance est toujours au rendez-vous en 2008 avec 168 millions de noms déposés au 30 juin, le nombre de nouveaux noms déposés au 2e trimestre étant en progression de 22% par rapport au 2e trimestre 2007. Le graphique général montre toutefois que l’exubérance des années 2005-2007 tend à s’atténuer, notamment pour les extensions génériques. Un palier a peut-être été atteint, à moins que ce phénomène ne soit la conséquence de la conjonction de quatre facteurs (entre autres) qui pourraient être :

a) un début de saturation du marché, les entreprises ayant « fait le plein » et ne déposant plus de noms que dans le contexte de nouveaux projets ; cet argument me parait toutefois assez faible, car il existe encore beaucoup de gisements inexploités, notamment au sein des TPE/PME ;
b) le ralentissement des économies, qui freine d’autant le lancement de nouveaux projets ;
c) l’émergence du segment des particuliers comme relais de croissance, avec des comportements différents (hormis les « domainers », le particulier lambda dépose en moyenne moins de noms qu’une entreprise avertie) ;
d) l’apparition de plus en plus marquée d’une dynamique propre aux extensions locales, peut-être reliée au fait que les particuliers sont plus enclins à accorder une préférence à leur extension nationale, dont ils se sentent plus proches. Cette analyse, si elle se vérifiait, pourrait être encourageante pour les futures extensions « locales et culturelles » en gestation comme les geo-TLDs et autres city-TLDs.

Un élément clef du marché reste la perception de la valeur des noms de domaine par ceux qui les déposent – ou ne les déposent pas. Double paradoxe. Depuis 10 ans, les noms de domaine sont plutôt considérés comme des « utilitaires » - l’équivalent des prises électriques pour brancher un appareil, mais sur internet – ou comme des maux inévitables – dans le cas des stratégies de dépôt défensives consistant à déposer des centaines de noms en sachant pertinemment qu’ils ne serviront jamais à rien. Aussi voit-on souvent des titulaires être dans l’optique de réduire leurs portefeuilles de noms de domaine plutôt que d’essayer d’en retirer le plus de valeur possible – ce qui n’empêche pas le marché d’être florissant.
Les leçons apportées par certains « domainers » et experts du référencement (3, 4) pourraient pourtant profiter à tous. En faisant basculer les stratégies de nommage de conceptions « utilitaires » et « défensives » à des approches fondées sur la valeur, au travers de la visibilité et de l’utilité réelles qu’apportent les noms de domaine à leurs titulaires. De ce fait, ce marché à la santé déjà enviable lorsque ses clients finaux sont indifférents ou excédés, pourrait connaître une expansion plus saine et peut-être encore plus forte que celle qu’il a connue depuis ces dernières années, car fondée sur des principes plus positifs.
Deux inconnues majeures se profilent toutefois à l’horizon, renforçant le caractère paradoxal du « milieu ». Le projet d’introduction massive de nouvelles extensions sera certainement source d’opportunités et de profits, mais aussi de confusion pour les utilisateurs et de coûts exponentiels pour les acteurs restés campés sur des positions défensives. En proposant de départager les candidats au moyen d’enchères (5, 6), l’ICANN indique qu’elle n’exclut pas d’engranger des flux financiers qui auraient pu servir à la promotion des extensions auprès du public, fragilisant d’autant des chances de succès encore complexes à évaluer. Nouveaux paradoxes.
Seconde inconnue majeure, l’impact des stratégies des grands moteurs de recherche sur le monde des noms de domaine. Le lancement récent du navigateur Chrome par Google (7) renforce encore l’impression que ces deux mondes, complémentaires jusqu’à un certain point, pourraient devenir antagonistes, la confusion née de la multiplication des extensions pouvant conduire les utilisateurs, si le processus est mal géré, à ne plus privilégier que les outils fournis par les grands acteurs de « l’orientation » sur internet. Cette bataille est pourtant loin d’être perdue pour le système de nommage, comme en témoignent les statistiques mettant en exergue l’importance de la navigation directe et des liens entrants dans l’accès des visiteurs aux sites internet en regard des performances des moteurs de recherche.
Que peut-on conclure de l’énumération de tous ces paradoxes ? D’une part, que l’actualité du marché des noms de domaine risque fort d’être riche et passionnante dans les années à venir. D’autre part, que le milieu est toujours à la recherche d’un centre de gravité. Celui-ci ne devrait pas être très éloigné d’un point de rencontre imaginaire entre une meilleure perception des bénéfices apportés par les noms de domaine – du côté des utilisateurs – et une compréhension plus homogène des besoins des clients finaux – du côté des acteurs du marché.

(1) Au sujet des velléités de l’ICANN de « signer » elle-même la racine dans le contexte de DNSSEC par exemple, le DoC ne fait pas dans l’ambiguité, interdisant fermement à l’ICANN de se mêler de ce dossier où elle aurait sans doute été plus légitime qu’ailleurs, en tant qu’opérateur de la fonction IANA.
http://www.icann.org/correspondence/baker-to-twomey-09sep08.pdf
(2) Q2 VeriSign Domain Name Industry Brief
http://www.verisign.com/domainbrief
(3) Evaluating Direct Navigation Traffic
http://www.sedo.com/links/showhtml.php3?Id=2163
(4) Some SEOs Understand the Value of Domain Names
http://domainnamewire.com/2008/09/09/some-seos-understand-the-value-of-domain-names/
(5) ICANN's Allocation Method for New TLDs
http://www.circleid.com/posts/icanns_allocation_method_for_new_tlds/
(6) ICANN Auctioning New Top-Level Domains: Serving Public Interest or Its Own?
http://www.circleid.com/posts/88273_icann_auction_top_level_domains/
(7) Will Google Chrome Hurt the Domain Industry?
http://domainnamewire.com/2008/09/02/will-google-chrome-hurt-the-domain-industry/


Samedi 29 Septembre 2018
Loic Damilaville
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