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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS - DNS News n° 126 – Octobre 2008



Edito : les noms de domaine ne connaissent-ils pas la crise ?

Quelques articles parus ces dernières semaines notent que le marché des noms de domaine fait un peu figure de miraculé dans la crise ambiante. Pourtant, il ne peut que se ressentir de la récession économique à moyen terme. La raréfaction des liquidités induit une baisse de l’euphorie des investisseurs déjà sensible sur le second marché, les cours des sociétés de ce secteur cotées en bourse plongeant radicalement (1). Le ralentissement des créations d’entreprises et de la mise en œuvre de nouveaux projets, associés à la volonté de maîtriser encore plus fortement les coûts, pèseront probablement sur les nouveaux enregistrements comme sur les renouvellements. Dans ce contexte, le sens des extensions et la valeur ajoutée spécifique qu’elles apportent aux utilisateurs peuvent faire la différence : on note ainsi avec intérêt que les extensions géographiques continuent d’afficher des progressions honorables depuis le printemps alors que les génériques, et le COM au premier chef, connaissent un tassement sensible des nouveaux dépôts durant cette même période.

Ces « signaux faibles » ne sont guère encourageants pour un processus de création de nouvelles extensions en déphasage par rapport à l’humeur économique mondiale. Ayant longtemps mûri dans une atmosphère de croissance spectaculaire, pour être finalement approuvé à la veille de l’étranglement du système financier international, le projet de l’ICANN semble avoir encore pris du retard si l’on en croit les premiers échos qui nous parviennent de la réunion du Caire (2, 3). Les dates apparemment fixées sont à présent le l5 février 2009 pour la publication du nouveau projet de cahier des charges, incluant les commentaires reçus actuellement ; et le 31 mai 2009 pour la publication du cahier des charges définitif. Devrait suivre une période de 4 mois destinée à permettre aux candidats de peaufiner leurs dossiers et à l’ICANN de communiquer autour du processus. Les dossiers pourraient donc être remis aux alentours du 1er octobre 2009, pour entrer dans le « tunnel » des procédures abondamment décrites par les documents mis en ligne par l’ICANN (4). Il paraît donc illusoire de tabler sur l’apparition de nouvelles extensions avant le second semestre 2010 au plus tôt, sinon début 2011.

Même cet échéancier reste d’ailleurs relativement optimiste si l’on considère les points de discussion restant en suspens, et dont certains pourront difficilement être entièrement résolus d’ici le printemps prochain. En premier lieu, les coûts : en ajoutant les 75 000 $ de frais fixes annuels aux 185 000 $ prévus par l’ICANN pour « frais de dossiers », les candidats devront être capables d’aligner 260 000 $ sans compter les investissements nécessaires pour assurer le fonctionnement et la promotion de leur extension. Il est clair qu’à ce niveau d’engagement financier et compte-tenu des risques d’échec bien réels, seules des organisations puissamment dotées peuvent rester en lice. Ce qui exclut de facto, sinon de jure, les candidats issus de Pays du Sud ou porteurs de projets de micro-extensions visant une communauté restreinte.

Autre thème soumis à débat, le mécanisme d’enchères prévu pour départager des candidats ayant concouru pour la même extension. On comprend que cette solution soit la meilleure aux yeux de l’ICANN, qui engrangerait ainsi une manne conséquente tout en évitant d’avoir à prendre position entre deux ou trois dossiers également recevables. Mais cette approche fait grincer les dents des candidats potentiels, comme de tous ceux que cette initiative pousse à rappeler que l’ICANN ne devrait pas être « profit driven ».

Au rang des sujets lourds de tensions et difficiles à résoudre, on peut encore compter le cas des noms géographiques (5), avec des approches presque diamétralement opposées des membres du GNSO (acteurs économiques) et de ceux du GAC (gouvernements). L’écueil constitué par le souci d’éviter la création d’extensions « contraires à l’ordre public et à la morale » (6) est aussi l’un des plus complexes : l’ICANN ne veut ni ne peut prendre sur elle d’être l’arbitre de ces questions qui plongent dans l’infinie diversité de mœurs, de croyances et de conceptions de « l’ordre public » qui se rencontrent sur la planète.

Un dernier point mérite d’être signalé : l’approche monolithique de l’ICANN sur les questions financières et contractuelles. Face à la perspective de devoir traiter et contracter avec plusieurs centaines, voire milliers de nouveaux délégataires, l’ICANN a opté, et c’est compréhensible, pour une procédure la plus standardisée possible. Mais ce raisonnement ne tenant pas compte des profils et spécificités des dossiers risque fort soit de devenir un facteur de blocage du processus, soit de voler en éclat face à la réalité des faits. Tout en notant la grande complexité de ces questions, on peut s’étonner que l’ICANN paraisse les découvrir seulement maintenant – l’étude de bilan sur l’introduction des nouvelles extensions en 2001-2002 date d’il y a bientôt 5 ans. A plus court terme, les conseils confortablement rémunérés sur lesquels l’organisme s’est appuyé pour préparer les documents mis en ligne n’ont sans doute pas voulu s’engager dans des réflexions ou des recommandations qui auraient fait exploser le périmètre de leurs responsabilités. Le mot d’ordre probablement donné par l’ICANN à ces conseils, « Keep it global and simple », ne paraît malheureusement pas être des plus adaptés.

En marge de ce point d’actualité très fort, signalons des tensions autour d’un sujet potentiellement lourd de conséquences pour la gouvernance de l’internet : ce que les experts baptisent poétiquement la « signature de la racine ». En clair, la question est de savoir qui détiendra les « clefs » du système DNSSEC actuellement en bonne voie d’implémentation dans nombre d’extensions. Ce système destiné à accroître la sécurité du DNS fonctionne sur un schéma d’authentification des serveurs de proche en proche. Il est donc vital de savoir qui détient la clef ultime permettant d’authentifier les premiers serveurs, afin d’amorcer le processus. Cette « source de toute légitimité » est fort convoitée par un triumvirat d’acteurs bien connus des lecteurs de DNS News : le premier est naturellement le Department of Commerce américain, qui s’est réservé le privilège de lancer une consultation publique sur la question (7) tout en interdisant formellement de le faire à l’ICANN (8). Celle-ci avait allongé quelques pseudopodes dans cette direction et s’est faite remettre à sa place sans grand ménagements, pas assez toutefois pour la dissuader de publier sa proposition (9). Le troisième larron (10) n’est autre que Verisign, proche du Department of Defense et gestionnaire technique de la racine en même temps que registre des COM et NET, et opérateur technique de la racine ONS d’EPC Global. Les enjeux sont considérables mais le sujet, un peu technique, a encore tendance à rester dans l’ombre.

(1) Domain Stocks Pummeled
http://domainnamewire.com/2008/10/07/domain-stocks-pummeled/
(2) Adopted board resolutions Cairo [certaines parties sont encore à compléter au moment où je publie cette lettre]
http://www.icann.org/en/minutes/resolutions-07nov08.htm
(3) ICANN: wrangle over geographical top-level domains
http://www.heise-online.co.uk/networks/ICANN-wrangle-over-geographical-top-level-domains--/news/111917
(4) New gTLDs program
http://www.icann.org/en/topics/new-gtld-program.htm
(5) Proposed Process for Geographic Names Applications
http://www.icann.org/en/topics/geographic-names-22oct08.pdf
(6) Public Comment: Morality and Public Order Memorandum
http://www.icann.org/en/announcements/announcement-29oct08-en.htm
(7) Press Release: NTIA Seeks Public Comments for the Deployment of Security Technology Within the Internet Domain Name System
http://www.ntia.doc.gov/press/2008/DNSSEC_081009.html
(8) Lettre de Meredith Baker à Paul Twomey, 9 septembre 2008
http://www.icann.org/correspondence/baker-to-twomey-09sep08.pdf
(9) Proposal To Sign the Root Zone Made Public
http://www.icann.org/en/announcements/announcement-2-09oct08-en.htm
(10) VeriSign and ICANN Square Off Over the DNS Root
http://blog.wired.com/27bstroke6/2008/10/who-should-sign.html


Samedi 3 Novembre 2018
Loic Damilaville
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