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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS - DNS News n°143 – Mars 2010



Retour de Nairobi

Pour les esprits très constructifs, la réunion ICANN de Nairobi restera comme celle où, pour la première fois depuis 2008, le calendrier du processus de création n’aura pas subi de nouveau retard. D’autres esprits, plus chagrins, ne manqueront pas de remarquer qu’il n’y a de toute façon plus aucun calendrier depuis celle Séoul en octobre dernier, et que la seule décision importante en regard de ce processus a été négative (1) – il s’agit de l’abandon de l’Expression of Interest (EOI).
Cet abandon a été suscité par l’opposition de certains acteurs qui s’inquiétaient des risques de spéculation sur les nouveaux projets – le ticket de 55 000 $ à payer pour prendre position sur une extension n’étant pas dissuasif pour certains et plutôt rédhibitoire pour d’autres. Compte tenu des délais affectant l’EOI, il est aussi possible que ses promoteurs, qui envisageaient initialement son lancement pour mars 2010, aient préféré jeter l’éponge plutôt que de poursuivre sur cette voie qui offrait de moins en moins de chances d’accélérer quoique ce soit. Retour de Nairobi donc, mais aussi et surtout retour au Draft Applicant Guidebook (DAG) et à sa version n°4 qui sera publiée début juin, quelques jours avant la réunion de Bruxelles.
Autre décision forte, elle aussi négative, celle de maintenir jusqu’à nouvel ordre la séparation verticale entre registres et registrars. On savait que l’ICANN restait ferme sur l’obligation faite aux futurs registres de passer par « ses » registrars, quand bien même la chose serait absurde ou potentiellment fatale à certains projets trop petits pour espérer séduire un registrar. On sait aussi à présent que les registrars ne pourront pas devenir délégataires d’extensions. Il ne fait aucun doute que ce jugement de Salomon, visant à empêcher la reconstitution du monopole vertical qui avait fait la fortune de Network Solutions puis de Verisign, a été accepté avec hostilité par maints registrars. C’est ce qui explique la porte laissée entrebâillée par le board sur cette question, la décision pouvant être reconsidérée si le gNSO revient avec une proposition acceptable (« if a policy becomes available from the GNSO, and approved by the Board prior to the launch of the new gTLD program, that policy will be considered by the Board for adoption as part of the New gTLD Program.”). On peut donc voir dans la décision du board un message de fermeté à l’égard de certains acteurs, mais qui ne prétend pas à être définitif.
Troisième « décision », plutôt neutre celle-là, concernant le .XXX. Apparemment gêné aux entournures, le board a choisi de se laisser du temps en suscitant une consultation publique d’ici la réunion de Bruxelles. Peu de décisions structurantes donc, mais diverses avancées de détail qui montrent bien que la pression reste présente. Si l’on reprend les quatre questions jugées bloquantes par l’ICANN pour lancer le processus de création, le bilan n’est pas si mauvais que cela :

- sur l’évaluation technique de l’impact du processus de création sur le système racine, les experts ont déjà rendu leur rapport, évaluant le rythme d’insertion à 200 nouvelles extensions par an. Ce chiffre est important car il conditionne implicitement le nombre de dossiers qui participeront au « 1er round ». On peut imaginer que les rounds suivants se succèderont à des cadences assez rapprochées, mais l’avantage donné aux premiers entrants sera appréciable en regard de la saturation probable de la demande après quelques dizaines d’extensions (ne parlons même pas de la confusion au niveau des utilisateurs) ;

- sur les questions juridiques, le board a acté le principe d’une « clearinghouse » (liste de référence des marques) et d’une procédure de suspension rapide d’un nom dans les cas de nuisances manifestes (URS). Notons que nous en restons toujours au principe : les modalités d’utilisation de la clearinghouse par les futurs registres ne sont pas encore connues, ni les conditions d’accès à cette clearinghouse. Certaines questions devraient recevoir un début de réponse dans la version 4 du DAG ;

- les études économiques restent au point mort, les économistes devant rendre leur copie d’ici Bruxelles. C’est probablement le point qui suscitera le moins d’affrontements, les porteurs de projets étant prêts à prendre leurs risques et les autres à les laisser faire ;

- la « séparation verticale » a, comme on l’a vu, fait l’objet d’une sorte de semonce du board au gNSO, et reste sur un statu quo de principe établissant un cloisonnement strict entre registres (au sens de délégataires d’extensions) et registrars

Une ambiance pourtant délétère

Les préoccupations liées à la sécurité de la réunion ont peut-être pesé sur l’ambiance, un certain nombre d’habitués n’ayant pas jugé opportun de braver des menaces terroristes potentielles et les présents étant plus sensibilisés que d’habitude à ces aspects. Mais nul ne s’attendait aux déclarations faites par le CEO de l’ICANN aux représentants des gouvernements au sujet de la sécurité du DNS (2). Ces propos, qui furent jugés excessivement alarmistes et déplacés venant d’un haut responsable de l’ICANN, insistaient sur le fait que le DNS était « under attack » et qu’il était plutôt vulnérable à ces attaques. Il ne fait aucun doute que l’expérience acquise par Rod Beckstrom au Department for Homeland Security l’a rendu particulièrement attentif à cette dimension des missions de l’ICANN. Mais la manière dont il s’y prend pour les faire partager à « l’écosystème » semble plutôt prendre les experts à rebrousse-poil, faisant d’ailleurs craindre à certains gestionnaires d’extensions nationales des réactions angoissées de leurs gouvernements.
Mais Rod Beckstrom ne s’exprimait pas sans raisons personnelles : l’enjeu de ces déclarations alarmistes était essentiellement de « vendre » son projet de « DNS CERT », un CERT (Computer Emergency Response Team) comme il en existe déjà des centaines de par le monde, mais compétent au niveau mondial sur la sécurité du DNS – et naturellement supervisé par l’ICANN. La communauté des experts ayant accueilli assez fraîchement ce nouveau pseudopode avancé par l’ICANN pour asseoir un contrôle toujours plus étroit sur l’Internet, Beckstrom a cru pouvoir prendre ces experts à revers en faisant peur à leurs gouvernements. Une tactique assez risquée qui lui a coûté beaucoup de sa popularité dans le petit monde de la gouvernance de l’internet.
Jugé par certains plus médiatique qu’efficace, le nouveau patron de l’ICANN a subi un échec dans une réunion tendue en se créant un enjeu politique personnel autour du projet de DNS-CERT. Seule une approche très consensuelle aurait permis de slalomer entre les diverses réticences. Le discours tenu aux gouvernements a au contraire été perçu comme une volonté de passer en force, rappelant à certains les heures les plus noires de l’histoire de l’ICANN.
D’autres points de friction ont pu contribuer à effriter la confiance entre le staff de l’ICANN et les membres de son board. Ainsi du témoignage d’Avri Doria, qui s’interroge ouvertement dans son blog sur la « capture » de l’ICANN par l’équipe de permanents en concluant sur ce qui ressemble à une grave accusation : « How many decisions have been made based upon false information fed to the Board by the Policy Staff ? ». Avri Doria reconnaît que, bien sûr, les changements survenus à la tête de l’ICANN lui avaient redonné quelque espoir – tout en ajoutant qu’elle en est toujours au stade de l’espoir, neuf mois après l’entrée en fonctions du nouveau patron. Les amateurs « d’ICANNologie » apprécieront aussi une analyse de l’évolution du rôle du GAC au sein de l’ICANN, qui ne manque pas d’intérêt (4).

(1) Adopted Board Resolutions - Nairobi
http://www.icann.org/en/minutes/resolutions-12mar10-en.htm
(2) ICANN boss criticised for DNS scare story
http://www.pcadvisor.co.uk/news/index.cfm?newsid=3215018
(3) Secret Board Briefings a Method of ICANN Capture
http://avri.doria.org/post/438544387/secret-board-briefings-a-method-of-icann-capture
(4) GAC is raising its game
http://mariafarrell.com/?p=65



Samedi 28 Mars 2020
Loic Damilaville
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