Chaque mois, l'actualité mondiale des noms de domaine


Pour vous abonner à DNS News

Pour vous abonner gratuitement à DNS News, veuillez écrire à

dnsnews-subscribe@yahoogroups.com


Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS - DNS News n°150 – Octobre 2010



Edito : l’ICANN se dote d’un « plan de travail » pour le lancement de nouvelles extensions

La réunion du Board du 28 octobre (1) a accouché d’un « plan de travail » posant les principaux jalons d’ici l’ouverture de l’appel à candidatures, en affichant le principe que le DAG v5 soumis à la réunion de Carthagène devrait (au conditionnel) être le dernier.
Il ne s’agit néanmoins pas d’un calendrier au sens où l’ICANN n’affiche aucun « commitment » sur les jalons posés. Ces « instructions » permettent surtout au Board d’exprimer sa détermination à voir avancer le dossier, toutes choses étant égales par ailleurs. On peut en effet douter de leurs conséquences concrètes en lisant les « avancées » réalisées sur les points jusqu’à présent considérés comme bloquants :

Vertical Integration – No resolution
GNSO New gTLD Recommendation 6 Objection Process – No resolution
GAC Issues Letter including Geographic Names – No resolution

En bref, ce Working Plan est-il autre chose qu’une lettre au Père Noël visant à dédouaner le Board d’éventuels retards supplémentaires, qui ne seraient plus imputables qu’au staff et aux parties incapables de se mettre d’accord entre elles ? Et si c’est le cas, le volontarisme affiché ne serait-il rien d’autre qu’un aveu d’impuissance, le Board répugnant à trancher le chapelet de nœuds gordiens qui bloquent le processus ? Ou prépare-t-il au contraire la prise de décisions fortes à Carthagène ?
A l’issue de la réunion de Trondheim qui devait tant apporter et qui, finalement, accoucha de si peu, les observateurs et acteurs du processus avaient tout naturellement reporté leurs espoirs sur la réunion du 28 octobre puis sur celle de Carthagène, annonçant à qui voulait l’entendre que le Draft Applicant Guidebook n°5 attendu pour la mi-novembre serait le bon (2). On éprouve cependant toujours une certaine réserve après deux ans de processus et de calendriers reportés (3). Il est certain que ceux des acteurs qui ont un intérêt économique à voir enfin figées des dates réclament celles-ci à cor et à cri, ne pouvant ni mettre la pression sur leurs clients et prospects, ni lever des fonds tant que les choses ne deviennent pas plus sérieuses. Et l’on sent l’amertume percer sous la plume alerte de ceux qui, dès avant la réunion du 28, considéraient déjà que Carthagène ne serait qu’une étape de plus (4).
Bien que son inclination personnelle le porte plutôt à s’intéresser aux aspects liés à la sécurité, Rod Beckstrom, patron de l’ICANN, se trouve bien obligé d’avancer sur ce dossier des nouvelles extensions s’il ne veut pas décrédibiliser son organisation (5, 6, 7). Le projet lancé la fleur au fusil en juin 2008 se retrouve embourbé dans une guerre de tranchées entre registres, bureaux d’enregistrement (8, 9), porteurs de projets (10) et ayant – droits (11, 12), sans compter des gouvernements fort soucieux de voir respectés des principes de morale et d’ordre publics bien difficiles à définir au niveau mondial (13). N’oublions pas non plus des signes de tensions apparus ces derniers mois entre le staff de l’ICANN et des membres du Board jugeant qu’ils ne sont pas bien informés et que les choses n’avancent pas comme elles le devraient.
Quant aux utilisateurs ou « clients », ils se situent à deux niveaux : les .CORP et les futurs titulaires. Les premiers ont jusqu’à présent manifesté une réticence sans ambiguité, plutôt en contradiction avec les résultats de certaines études (14) – à moins que le temps « perdu » sur le processus ne soit en fait du temps « gagné » en termes de mûrissement du marché. Quant aux seconds, ils ne s’expriment guère et nul ne songe à leur demander si, vraiment, deux ou trois milliers de nouvelles extensions dans les cinq ans à venir combleraient leurs besoins inexprimés en matière de noms de domaine. La réponse, sans doute, serait pénible à entendre… car s’il est évident que certains projets trouveront leur public, il est probable que la plupart, arrivant sur le marché en bataillons serrés, seront pénalisés par l’effet de saturation momentané et ne parviendront pas à atteindre une taille critique en termes de notoriété et d’appropriation.
Le temps passe et la pression monte, ainsi que l’addition : l’ICANN vient de réviser (15) le budget de la « phase de déploiement » à la hausse, le faisant passer de 2,6 à 4 millions de dollars en 2010-2011. Une somme déconcertante au fond, car très importante s’il s’agit juste de gérer un processus, et presque dérisoire lorsqu’on considère le coût d’une campagne de communication sérieuse au niveau mondial – ici budgété à 500 000 dollars contre 300 000 en juin dernier, soit 12,5% seulement de l’ensemble des coûts de la phase concernée.
Le grand jeu actuellement est de faire des prédictions, mais Nostradamus lui-même y perdrait son latin. Il est clair que ce processus a mobilisé trop d’énergies et d’attentes pour pouvoir être interrompu. Il semble tout aussi difficile de poursuivre dans l’état actuel des choses en l’absence manifeste de consensus des parties intéressées. Lors de la réunion de Bruxelles, un membre du staff déclarait cyniquement que le consensus finirait bien par être trouvé lorsque tout le monde serait fatigué de discuter. Mais le coût pour l’ICANN en termes d’image est tel que cette politique risquerait bien de creuser sa tombe – n’oublions pas que le contrat IANA touche à sa fin en 2011 et que l’ICANN n’est rien sans la maîtrise des aspects administratifs de la gestion de la racine.
Une porte de sortie, au moins à court terme, serait donc de publier une véritable version finale du DAG en respectant les jalons fixés par le Board, mais un Applicant Guidebook qui ne couvrirait que les cas ne posant pas problème. Cette décision en trompe-l’œil ne résoudrait cependant pas grand-chose tant les intérêts sont liés. L’ICANN pourrait aussi prendre sur elle et envisager une solution souple à la question douloureuse de la « séparation verticale », qui inclurait pour les porteurs de projet, et notamment les .CORP, la possibilité de ne pas passer par des registrars accrédités ICANN en deçà d’un certain nombre de noms. Les exigences des gouvernements en matière de morale et d’ordre public sont, à bien y regarder, assez exorbitantes compte tenu du fait qu’il existe déjà 200 millions de noms de domaine déposés, tous bien visibles de n’importe quel point du globe connecté à l’Internet (hormis la Chine), et que les Autorités devront vivre avec cela tant que durera l’Internet. Aussi bien, ce ne sont pas quelques extensions « dérangeantes » qui changeront le monde, et l’on est presque tenté de croire que tous ces échanges ont pour but essentiel de profiter du processus pour asseoir de manière incontestable l’influence des pouvoirs régaliens sur l’ICANN, plutôt que de préserver les chastes esprits des populations.
La faiblesse de l’ICANN éclate au grand jour, mais n’est-ce pas parce qu’elle le veut bien ? N’a-t-elle pas su se montrer beaucoup moins « bottom-up oriented » dans le passé lorsque ses intérêts l’exigeaient ? Ne peut-on craindre que la conclusion recherchée soit que le mode consensuel a ses limites et qu’un jour, quelqu’un doit bien finir par trancher ? Ce qui est une réalité, mais différente selon qu’elle est admise comme une solution de dernier recours ou institutionnalisée en référence à des précédents malheureux.

Samedi 31 Octobre 2020
Loic Damilaville
Lu 40 fois

Présentation | Analyses générales | Gouvernance Internet | Juridique | Sommaires anciens n°