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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS - DNS News n°153 – Janvier 2011



Flottements sur le rôle du gouvernement américain dans la gouvernance de l’Internet

Plus que jamais, le rôle de Washington dans la gouvernance de l’Internet reste difficile à décrypter. Après avoir voulu « privatiser » celle-ci en conservant un droit de veto qui avait vite transformé l’ICANN en simple paravent de la politique américaine, l’administration Obama a signé le 30 septembre 2009 un « AOC » ou « Affirmation of Commitment » ouvrant la voie à une plus grande indépendance de l’ICANN. Mais l’on voit à l’usage les limites bien comprises de l’exercice. Pour sa part, l’ICANN n’a pas fait preuve de beaucoup d’enthousiasme à mettre en place ses propres organes de supervision – lesquels, étant constitués de membres fiables de la « communauté », doivent encore clairement définir leurs pouvoirs de contrôle sur l’organisme californien. Les affirmations récentes du CEO de l’ICANN comme quoi celle-ci est responsable « devant le monde entier » laissent perplexe quant à sa volonté réelle de rendre des comptes à qui que ce soit. De son côté, le gouvernement américain est visiblement mal à l’aise avec cette nouvelle donne, cherchant ses marques du côté du GAC, dont il se vit peut-être comme un « primus inter pares », mais cédant parfois aussi à de vieux réflexes en rappelant aigrement l’ICANN à l’ordre, comme quelques jours avant Carthagène à propos des Etudes économiques.
Ce flottement dans le contrôle de l’ICANN crée un appel d’air où s’engouffreraient volontiers certains Etats et organismes tels que l’UIT, ainsi que l’ont montré certaines velléités affichées lors de la réunion plénière de l’UIT au Mexique fin 2010. Et par contrecoup, des sénateurs américains craignant de voir leur pays abandonner les rênes de l’Internet font naturellement pression sur leur gouvernement pour qu’il mène une politique de fermeté.

Si vis pacem, para bellum

Or le contexte dans lequel s’inscrit aujourd’hui la gouvernance de l’Internet s’est profondément complexifié depuis les jours héroïques de la création de l’ICANN. En 1998, l’Internet n’était guère plus sûr qu’aujourd’hui, mais personne ne s’en préoccupait car les menaces étaient faibles. La plupart des gouvernements ne l’avaient pas identifié comme une problématique majeure en termes de sécurité et de stabilité nationales, pour paraphraser le slogan de l’ICANN. Seule aux commandes, ou presque, Washington faisait ce qu’elle voulait.
Aujourd’hui, tous les Etats, démocratiques ou non, ont bien compris l’importance stratégique de l’Internet pour leurs pays et pour eux-mêmes, les menaces vont croissant et la littérature sur les diverses formes de conflits qui se livrent dans le cyberespace devient pléthorique, posant de plus en plus le problème de ses répercussions sur les relations entre les Etats eux-mêmes. La cyber sécurité est un enjeu pour les gouvernements aussi bien que pour les entreprises ou les simples citoyens.
Certains experts, et non des moindres, s’interrogent d’ailleurs sur les risques réels de cyber guerre en cherchant à montrer que le bruit fait autour du phénomène est largement sans fondements. Mais il faut craindre qu’un processus de prédictions auto-réalisatrices ne soit déjà à l’œuvre. Redoutant de se voir démunis face à des cyber attaques, nombre de gouvernements ont déjà pris des mesures, parfois drastiques, pour anticiper des évolutions auxquelles ils n’étaient pas préparés. Les moyens affectés à ces programmes créent en retour une « course aux cyber armes » entretenue par les militaires et les acteurs économiques du secteur, mais aussi par des exemples concrets – entre autres, les attaques russes contre l’Estonie en 2007 ou la Géorgie en 2008.
Comment trouver l’équilibre entre la nécessité de contrôler, pour se protéger et être capable de porter des coups sévères à un éventuel adversaire, et celle de construire un dispositif international suffisamment sûr et stable pour qu’il ne devienne pas source de tensions dans un monde qui n’en manque pas ? Tel est le défi auquel sont confrontés les gouvernements, et si Washington est la première concernée parce qu’elle a toutes les cartes entre les mains, elle est aussi celle qui a le plus à perdre à toute évolution.




Samedi 30 Janvier 2021
Loic Damilaville
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