IL Y A DIX ANS - DNS News n°155 – Mars 2011



Imbroglio entre « Indépendance » de l’ICANN et renouvellement du contrat IANA

La situation devient de plus en plus difficile à décrypter lorsqu’on s’efforce de comprendre les stratégies respectives de l’ICANN et du Department of Commerce américain. Cette confusion provient probablement d’une compréhension différente de l’Affirmation of Commitment signé le 1er octobre 2009 et mettant formellement fin au contrôle total de Washington sur l’ICANN. Mais il faut aussi y voir l’effet des coups de boutoir des autres gouvernements, notamment des instances onusiennes, qui n’ont d’autre souhait que d’élargir les lézardes apparues dans l’édifice américain afin d’acquérir, enfin, leur mot à dire dans la gouvernance de l’Internet.
En témoignent les efforts du gouvernement américain pour tenir l’UIT (Union Internationale des Telecom) à distance des décisions de l’ICANN, tout en justifiant sa politique sévère vis-à-vis de l’ICANN par son souci de la faire échapper aux griffes des autres gouvernements (7). Patron de l’ICANN, Rod Beckstrom joue sur du velours lorsqu’il abat sa carte maîtresse (8, 9, 10), avec semble-t-il le soutien moral du décisionnaire de 1998, Bill Clinton. Le temps n’est-il pas enfin venu pour l’administration américaine de tenir les engagements pris il y a bientôt 13 ans et de finaliser le transfert au « secteur privé » (l’ICANN) des clefs de la gouvernance de l’Internet (la fonction IANA) ?
Cette vision des choses semble partagée par un certain nombre d’acteurs internationaux, telle la NRO qui regroupe les gestionnaires d’adresses IP (11). La position de cet organisme est toute simple : « We strongly believe that no government should have a special role in managing, regulating or supervising the IANA functions.”. La “transition” recommandée ensuite fait encore partie des voeux pieux.
Le CENTR pour sa part (12) reste plus concret dans les réponses qu’il fait au DoC, mais les points évoqués – la mise en place de Service Level Agreements, le déploiement de processus automatisés, la nécessité d’une plus grande transparence, une inquiétante absence de supervision (« lack of accountability ») – montrent que l’ICANN n’est certainement pas prête à gérer en toute autonomie cette fonction essentielle de l’Internet.
L’ICANN veut donc être indépendante, de tous les gouvernements y compris le sien. Le DoC en est pour l’instant à la « protéger », pour son propre bien, des influences pernicieuses des autres gouvernements, lesquels aimeraient bien la placer sous leur tutelle. Quant aux acteurs de l’Internet, s’ils ne sortent pas encore leurs revolvers au seul mot de « gouvernement », ils ne peuvent que considérer avec inquiétude le tour que prennent les choses. Peut-être les personnes qui ont assisté au « show » de Bill Clinton, à San Francisco, ont-elles à cet égard contemplé le passé de l’Internet plus que son avenir.

Samedi 27 Mars 2021
Loic Damilaville