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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS DNS News n°165 – janvier 2012



Les Etats face à l’Internet

Les Etats-Unis, s’ils ne veulent pas entendre parler de partager les clefs de l’Internet tout en prenant une part active dans la « cyber guerre », se retrouvent dans le même camp que les autres Etats dès lors qu’il s’agit d’y asseoir leur autorité. L’éventail des adversaires varie fortement selon les cas, allant des « cyber criminels » aux simples citoyens. Dans tous les cas de figure, les gouvernements se sentent en déficit de contrôle et cherchent à réparer cette situation en utilisant tous les moyens à leur disposition. D’où la floraison d’initiatives en ce sens dans les organismes internationaux comme au niveau des législateurs locaux. Face à un Internet protéiforme, échappant souvent à leur compréhension, les Etats cherchent à se doter d’un arsenal législatif et technique – et parfois technico-législatif – destiné à légitimer ce que certains appréhendent comme la mort de l’Internet.
Un des phénomènes les plus étonnants de ces dernières semaines est que « l’animal » menacé se défend avec la dernière énergie, et avec succès. Les lois SOPA-PIPA ont été remisées au placard après que les internautes et les gros acteurs économiques (GoDaddy, Google…) aient pu se faire entendre (25, 26, 27). Des milliers de sites essentiels dans la philosophie d’un Internet ouvert se sont mis en berne pour protester contre ces tentatives d’ingérences gouvernementales. Et cela a fonctionné.
Quelques jours plus tard, l’affaire MegaUpload.com (28) a suscité de violentes réactions (et maintes attaques) contre des sites gouvernementaux. Bien sûr, ces « hacktivistes » sont une poignée à l’échelle mondiale, et leurs motivations ne sont pas toujours très claires… Mais ces événements sont une preuve supplémentaire que la « population d’Internet » est une force en train de prendre conscience d’elle-même, un processus sans doute accéléré par les efforts déployés par les Etats pour juguler son espace de liberté.
Dans cette lutte de puissants Goliaths contre d’agiles Davids, les gouvernements semblent marcher main dans la main avec les ayants droits – lorsqu’ils ne sont pas poussés par eux. Personne n’a dit son dernier mot (29, 30, 31), mais il ne serait pas inutile de chercher de nouvelles approches du problème. Ce qui frappe dans l’affaire MegaUpload, c’est que e monde entier semble avoir au moins entendu parler de ce site (seuls ses éditeurs pourraient dire combien d’utilisateurs ils avaient, mais 150 millions de dollars rien qu’en souscriptions représentent une véritable foule, et cela ne couvre pas les utilisateurs n’ayant pas souscrit). Le fait qu’une activité illégale ait pu naître, se développer, attirer des millions d’internautes et susciter tant d’aigreur lorsque l’inévitable s’est finalement accompli a de quoi faire réfléchir.
Les ayants droits sont bien sûr dans leur rôle lorsqu’ils luttent contre les diverses atteintes à leurs intérêts. Il y va parfois aussi de leur image ou de la santé ou de la sécurité des consommateurs de produits contrefaits. Mais l’on pourrait aussi se demander si le vaste dispositif sur lequel repose la Propriété intellectuelle n’est pas condamné à devoir évoluer pour s’adapter à la « nouvelle donne » imposée par l’Internet. A moins que d’autres stratégies e doivent être mûries dans un environnement où le droit, même fondé, est de plus en plus complexe et donc coûteux à faire appliquer.
Les abus commis de part et d’autre conduisent à un constat en demi-teinte : tous sont collectivement pénalisés, puisque cette situation de non-droit conduit les Etats à réaffirmer le droit, même au péril de l’Internet. Les plus grands bénéficiaires de l’affaire MegaUpload ne sont ni ses promoteurs, qui ne profiteront plus guère de leur fortune, ni ses clients, ni les ayants droits, mais bien les divers services de sécurité qui ont pu ainsi justifier le renforcement de leur emprise sur le Net.

(25) Google says 4.5 million people signed anti-SOPA petition today
http://latimesblogs.latimes.com/technology/2012/01/google-anti-sopa-petition.html
(26) Domain Registrars “Blackout” in Opposition of SOPA and PIPA legislation
http://www.domainnamenews.com/miscellaneous/domain-registrars-blackout-opposition-sopa-pipa-legislation/10016
(27) Websites Go Dark Protesting SOPA and PIPA, Senators Change Course
http://www.circleid.com/posts/website_go_dark_protesting_sopa_and_pipa_senators_change_course/
(28) So long, MegaUpload.com
http://domainnamewire.com/2012/01/19/so-long-megaupload-com/
(29) Exporting SOPA-Like Rules to Other Countries
http://www.circleid.com/posts/exporting_sopa_like_rules_to_other_countries/
(30) Etat de différentes décisions judiciaires en Europe imposant des filtrages aux ISP (ou non)
http://thenextweb.com/eu/2012/01/14/german-courts-are-bucking-the-trend-ruling-that-isps-shouldnt-block-illegal-websites/
(31) Don’t Stop at SOPA. SOPA and PIPA are (almost) dead. Now can we talk about the law that already exists?
http://www.slate.com/articles/news_and_politics/politics/2012/01/sopa_and_pipa_are_almost_dead_now_can_we_talk_about_the_law_that_already_exists_.html


Vendredi 28 Janvier 2022
Loic Damilaville
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