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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06

IL Y A DIX ANS - DNS News n°35 – Mars 2001



New.net : beaucoup de bruit...

La campagne de communication lancée par New.net, émanation d’Idealab, a suscité beaucoup d’inquiétudes et de réactions en mars 2001.
On se souvient qu’Idealab est cette société qui commercialise le « .new » depuis 1997 sur une racine « alternative », c’est-à-dire sur un DNS propre, non connecté au Domain Name System sur lequel repose l’internet et qui est contrôlé par le gouvernement américain au plan politique (DoC), et par Verisign au plan technique (serveur racine n°1). L’ICANN quant à elle ne contrôle pas grand chose, comme chacun sait.
Bill Gross, patron d’Idealab, avait exercé une pression considérable sur l’ICANN au moment de la création des 7 nouvelles extensions génériques. Il avait même mobilisé en sa faveur deux sénateurs US qui avaient contribué à inciter le Conseil d’Administration de l’ICANN à transformer le « .new » prévu initialement en « .info », afin de ne pas irriter M. Gross.
Fort de cette victoire morale, celui-ci a déclaré début mars qu’il commercialiserait dorénavant une vingtaine de nouvelles extensions en se passant du consentement de l’ICANN : .law, .kids, .firm, .store, .chat, .shop, .mp3, .inc, .sport, .family, .video, .club, .hola, .soc, .med, .travel, .game, .free, .ltd, .gmbh, .tech et .xxx
Le principe est le même que pour le « .new » : les noms fonctionnent sur un système alternatif qui ne permet pas aux internautes de se connecter aux sites en « .law », par exemple, sans avoir au préalable installé un plug-in convertissant l’URL « http://www.lambda.law » en une URL reliée au DNS classique de la forme « http://www.lambda.law.new.net »..
Les ISPs doivent aussi paramétrer les serveurs racines alternatifs dans leurs DNS afin de permettre à leurs clients d’accéder à ces URLs d’un type nouveau. Selon New.net, 16 millions environ d’internautes américains et canadiens pourraient déjà le faire. Une course vitale à la taille critique douloureusement compromise par le refus d’AOL de s’associer à ce projet.
Cette tentative de New.net de créer de nouvelles extensions en mettant le monde entier devant le fait accompli n’est pas nouvelle : mais tous les projets précédents se sont écroulés, ou ont vivoté faute d’avoir su conquérir un public suffisant pour contraindre les principaux fournisseurs d’accès à s’y associer.
Le risque de « balkanisation » de l’Internet en une multitude de petits réseaux locaux qui ne correspondront plus entre eux est réel ; d’où une pression politique intense pour que l’on ne fasse pas éclater le système centralisé qui existe aujourd’hui (système politiquement centralisé mais techniquement éclaté sur 13 serveurs racines, dont 10 aux USA et 3 dans le reste du monde).
Outre la méfiance instinctive des fournisseurs d’accès envers cette évolution à laquelle ni eux ni leurs clients ne sont préparés, les besoins des internautes eux-mêmes peuvent constituer un facteur d’échec. Quoiqu’ayant certainement besoin de nouvelles extensions plus explicites, l’utilisateur d’internet « moyen » a aussi besoin de cohérence et d’un système qui ne l’égare pas plus qu’il n’est déjà. Or l’initiative de New.net ne prend pas le chemin de la simplification.
Dernier facteur, et sans doute l’un des plus importants : New.net passe assez rapidement sur les questions de propriété intellectuelle, évoquant brièvement l’UDRP (la première version du site n’abordait pas la question).
Que reste-t-il donc de cette initiative et que peut-on en penser ?
Derrière les déclarations nobles et fracassantes destinées à reporter l’attention des internautes sur les défaillances de l’ICANN, sa bureaucratie et ses lenteurs, New.net n’est rien de plus (ni de moins) qu’une initiative commerciale qui peut certes s’avérer payante et faire de M. Gross un milliardaire en dollars – au moins aura-t-elle été utile à quelqu’un.
Pour le reste, elle constitue un précédent dangereux – celui qui consiste à permettre à tout un chacun de s’attribuer une ressource publique, un morceau de l’internet, sans avoir de comptes à rendre à quiconque. Il ne serait pas impossible de voir cette idée développée par d’autres...
A court terme, l’annonce est accueillie avec une grande sérénité par l’ICANN. Vint Cerf se contente d’indiquer que News.net ne sait visiblement pas comment fonctionne techniquement l’internet. Il est vrai que ces noms au format étrange ne pourront pas servir de supports à des emails : impossible d’envoyer quoique ce soit à contact@lambda.law sans reparamétrer tous les serveurs DNS et MX de la planète.
Outre les problèmes d’ordre déontologique et politique que l’affaire New.net peut soulever en remettant en cause le système dont l’ICANN est la clef de voûte (certes branlante), la question à court terme est pour les sociétés détentrices de marques de savoir comment gérer ce nouveau cauchemar : doivent-elles déposer à nouveau toutes leurs marques dans les 20 nouvelles extensions alternatives, qui seront très probablement 200 demain ? Doivent-elles au contraire baisser les bras et renoncer à lutter contre les « cybersquatters » de tout poil ?
Il s’agit d’un pari – un pari sur le succès du projet New.net, qui contraint les ennemis les plus endurcis de la spéculation sur les noms de domaines à entrer dans une logique proche de la spéculation pure : si New.net est un succès, les fonds investis en .law etc s’avèreront avoir été un investissement prudent et rentable ; si New.net est un échec, ils auront été dépensés en vain.
La solution, comme dans d’autres cas de figure, consiste sans doute pour une part à modifier l’angle d’attaque du problème : puisque le risque ne peut plus être supprimé, il convient d’apprendre à le gérer.




Dimanche 3 Avril 2011
Loic Damilaville
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