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Qui sommes-nous?

Loïc Damilaville


Editeur de DNS News depuis 1998, Loïc Damilaville travaille depuis 1997 sur les problématiques liées aux noms de domaine.

Il a fondé en 2005 le Club Noms de domaine, destiné à réunir les personnes en charge des noms de domaine au sein des grandes enteprises.

Il est auteur du Livre blanc sur la gestion des noms de domaine parrainé par l'ACSEL, l'AFNIC, l'APCE, l'APRAM, la CCIP, le CEFAC, le CIGREF, le Club de l'économie numérique, l'INPI, l'ISOC France, le MEDEF, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, et l'Union des Fabricants.

Loïc Damilaville est adjoint au directeur général de l'AFNIC.

Il mène aussi des missions de conseil auprès des grands comptes pour les assister dans l'élaboration, la mise en place et le suivi de leurs stratégies de nommage et de présence sur internet.

Contact:
loic[at]dns-news.fr
ou 01 49 73 79 06


Edito janvier 2019 : tensions sur les nTLDs

Edito : tensions sur les nTLDs


Etat statistique des nTLDs au samedi 02/02/19 (données publiées)

Les nTLDs ont connu une chute de 200 000 noms en janvier, et une perte importante en noms utilisés (- 1,3 millions) peut-être due à un « caprice » de l’instrument de mesure de nTLDstats.
La moyenne sur 6 mois glissants n’est pas affectée mais pourrait marquer un « plus haut » à 29% avant de se dégrader dans les premiers mois de 2019. Faute de données plus détaillées, il est difficile d’expliciter cette variation significative en stock.

ICANN vs registres de nTLDs : la bourse ou la vie ?

Le titre de cette brève est assez agressif, mais il reflète la perception que peuvent avoir de nombreux registres de petits nTLDs de l’attitude monolithique de l’ICANN quant aux « frais fixes » de 25 000$ qu’elle exige d’eux tous les ans.
Tout récemment encore, le registre du .WHOSWHO qui demandait à l’ICANN une réduction de ces frais s’est vu répondre négativement (1, 2). L’argument du registre était que ces 25 000$ sont son principal poste de frais et qu’il ne peut boucler son budget à cause d’eux. Mais les commentateurs observent avec pertinence que le .WHOSWHO ne compte guère que 100 noms de domaine après quatre ans d’activité.
L’attitude de l’ICANN est-elle donc scandaleusement cupide, ou la seule possible face aux échecs prévisibles d’un certain nombre de projets, dont les candidats connaissaient les risques en s’y aventurant ?
Deux questions se posent en fait : la première porte sur la justification des 25 000$ annuels par TLD. La seconde, sur les chances de survie du .WHOSWHO ou de bien d’autres nTLDs dans son cas, indépendamment du niveau de la dîme prélevée par l’ICANN.
Quant à la première question, le sujet est vaste et l’on a spontanément envie de s’interroger sur ce niveau arbitraire (tous les registres paient le même tarif jusqu’à 50 000 noms en stock, et des frais variables ensuite). Ce point fait l’objet de récriminations répétées des registres de nTLDs mais jusqu’à présent l’ICANN a toujours réussi à éviter une révision de ce poste qui représente pour elle un revenu de 30 millions de $ en échange de « services » aux registres qui ne doivent pas coûter autant. Il est aussi certain que si elle acceptait de faire une exception, elle aurait le lendemain 1 200 demandes de reconsidérations sur son bureau.
La seconde question appelle une réponse en deux temps. Le premier serait qu’un nTLD ne pouvant survivre à 25 000$ de dépenses est peu viable et qu’il lui faut songer à faire évoluer son modèle, trouver d’autres financements, se vendre ou fermer ses portes. Un économie réalisée sur la dîme ICANN lui donnerait un peu d’air, mais pour mieux prolonger sa lente asphyxie. Le second temps consiste à se poser une question plus stratégique sur le profil des nTLDs que nous voulons avoir : parle-t-on de « macro-TLDs » ou de « micro-TLDs » ? Dans le cas des .BRANDs, le volume des noms est souvent faible, mais cela n’empêche pas leurs détenteurs de créer de la valeur pour leur entreprise en les utilisant. Hormis ces cas assez spécifiques, où la rentabilité attendue ne porte pas sur un chiffre d’affaires généré par le TLD lui-même, la dure réalité économique tend à s’imposer.
Cette réflexion n’est pas gratuite : elle devrait inspirer les futurs candidats à des extensions qui se présenteront dans les années à venir, quand l’ICANN organisera de prochains « rounds ». On voit se profiler quatre segments d’extensions, ayant chacun leur propre logique financière :

- les .BRANDs, fermés, dont les bénéfices s’expriment plutôt en termes de contribution aux stratégies digitales de leurs détenteurs. Les volumes attendus sont faibles et le « coût par nom de domaine » est donc élevé, mais compensé par la valeur ajoutée créée pour l’entreprise ;

- les geoTLDs et communityTLDs, qui ciblent des publics par nature restreints et qui ne peuvent espérer atteindre que des volumes moyens, de l’ordre de quelques dizaines à quelques centaines de milliers de noms. Le coût par nom de domaine est significatif et ces TLDs ne peuvent se permettre de pratiquer des tarifs trop bas. Ils doivent résoudre le problème délicat de convaincre leur « cible » de payer plus cher pour bénéficier une adresse liée à la région, la ville, la communauté qu’ils représentent. Ce sont en quelque sorte des « love-TLDs » ;

- les génériques ne pouvant toucher qu’une clientèle réduite, soit par leurs règles d’éligibilité, soit par leur terme clef. Le « .WHOSWHO » par exemple se donnait pour objectif de séduire les personnalités mentionnées dans le prestigieux Who’s Who. [Il devrait à présent songer à se revendre à l’éditeur du guide et à se transformer en .BRAND…] La logique financière de ces nTLDs sera proche de celles des geoTLDs et Community TLDs.

- les génériques « ouverts », aux termes mondialement utilisés, qui ont la chance de pouvoir adresser une cible mondiale ou en tout cas très large. Ces TLDs peuvent quitter les logiques de « niches » et de prix relativement élevés pour adopter des stratégies de masse et de low-cost.

Mais dans tous les cas de figure se pose la problématique de la « perception de valeur » par les cibles. Les TLDs low-cost engrangent des volumes phénoménaux en créations, qui se transforment l’année suivante en volumes phénoménaux en suppressions. Les autres sont contraints de rechercher un équilibre difficile entre la conquête du marché et la santé de leurs comptes.
De nombreuses structures se sont lancées en 2012 sur des paris tels que celui du .WHOSWHO. Mais le verdict du marché est sévère pour beaucoup d’entre elles. Est-ce à l’ICANN d’en payer les frais ? Même s’il y a matière à débat sur le niveau des frais qu’il impose aux registres, l’organisme californien n’a pas vocation ni à développer le marché au sens marketing du terme, ni à maintenir sous perfusion les TLDs n’ayant pas trouvé leurs clients. Affirmer ces limites dans ses missions n’est pas la tâche la plus facile lorsque le « public » est composé d’entreprises prises à la gorge par l’échec financier de leur belle aventure.

(1) Pay up or sell up, ICANN tells failing new gTLD
http://domainincite.com/23874-pay-up-or-sell-up-icann-tells-failing-new-gtld
(2) Another failing gTLD not paying its “onerous” dues
http://domainincite.com/23832-another-failing-gtld-not-paying-its-onerous-dues