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Alcuni uomini e alcune donne di Corsica, premurosi del rinverdimento della lingua dotta dei nostri antenati hanno deciso di pubblicare questa rivista in lingua italiana. Essa è un nostro retaggio e un puntello per mantenere viva la lingua còrsa.
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Pascal Marchetti

Interview de Pascal Marchetti


Pascal MARCHETTI, agrégé d’italien, a publié de nombreux ouvrages en corse ou sur la Corse. Dans le domaine linguistique, il a été l’un des auteurs du manuel d’orthographe Intricciate è Cambiarine (1971), et l’auteur de la méthode Assimil Le corse sans peine (1974), puis d’un traité historique et critique sur la langue corse, La corsophonie, un idiome à la mer (Prix du livre corse 1990), ainsi que des chroniques bimensuelles Le corse dans tous les sens (“Corse-Matin”, 1990 à 1995). Il vient enfin de publier en 2001 L’Usu Corsu, dictionnaire trilingue.
Paru dans le numéro de février 2002 du magazine Corsica.


Interview de Pascal Marchetti

 

Trente ans après “u sittanta” vous semblez dresser un bilan assez négatif de la période récente sur les plans linguistique et culturel. Quel est exactement votre point de vue ?

“ U sittanta “ avait suscité un grand espoir et créé beaucoup d’illusions. On devait donner à notre langue une place reconnue et respectée dans notre vie quotidienne et, avec une application rigoureuse, en élargir les possibilités, en illustrer les qualités. Cela, c’était l’espoir. Quant aux illusions, ce fut d’abord de croire à une volonté générale de défense et de réhabilitation de la langue, alors que dans l’usage courant on n’a cessé, depuis, de l’appauvrir et de la dégrader, la faisant passer, dans bien des cas, à l’état de simple patois du français. Je n’ai pas besoin d’illustrer ce propos par des exemples : chacun en connaît assez pour le confirmer. Ce fut ensuite de tout miser sur la baguette magique de l’État. Que celui-ci fournisse des moyens, des heures pour le corse, des postes d’enseignants à tous les niveaux, et tout ira bien ... Las ! Les moyens en question, généreusement accordés (il faut tout de même le dire), n’ont guère enrayé la régression du corse. Alors, dans une véritable fuite en avant, on a parlé “bilinguisme” et “co-officialité”, comme si de tels statuts étaient possibles entre, d’une part, une langue polynomique, c’est à dire essentiellement de tradition orale, non normée, variable sur un territoire restreint, et d’autre part une langue de tradition écrite, rigoureuse, séculairement établie et fortifiée, d’usage national et international. Pour la même raison, en dehors même des obstacles politiques que l’on sait, les articles de la Charte européenne des langues minoritaires, s’ils avaient été adoptés, seraient demeurés inopérants. Enfin, et surtout, on s’est appliqué à scinder la langue de la culture et de l’histoire, soit pour des motivations idéologiques (seule la langue héritée des Corses qui avaient été les plus pauvres et les moins lettrés devait être prise en considération), soit par déférence à des préjugés ou par pusillanimité routinière (on postula que le corse était étranger à “l’italien”, sans même que l’on se soit interrogé sur les diverses acceptions de ce terme). D’où la quête d’un impossible “basque de la Méditerranée”, à accréditer et imposer au plus vite ! D’où encore la confortable diversion d’une sociolinguistique hautaine, évacuant l’étude et la recherche sur la langue elle-même.

Puis on demanda à l’État et on obtint la création d’un Certificat d’aptitude à l’enseignement du corse ne comportant d’épreuves ni de latin, ni de linguistique romane, ni d’italien, ni de toute autre discipline probante, mais requérant seulement la pratique, plus ou moins assurée, d’un parler local. On aurait voulu faire une opération purement politique, sans le moindre souci culturel, ou simplement satisfaire des commodités personnelles, qu’on n’aurait pas agi différemment... Et que dire encore de media audiovisuels qui, incapables de mettre en oeuvre le corse que la population comprend, cherche à en imposer un autre : un calque grossier du français dans les mots et la syntaxe (et jusque dans les expressions argotiques), truffé au surplus de néologismes ridicules. Le bilan des vingt dernières années est, en effet, plutôt négatif, et correspond, tel que je viens de le dresser, à un sentiment assez généralement répandu dans l’opinion publique. Les recettes applicables à la situation des années 70 ne sont plus appropriées à la situation d’aujourd’hui. Il serait temps que nous fassions l’effort d’imaginer une autre voie, si nous voulons que le corse continue d’exister ailleurs que dans d’étroits cénacles, des catalogues revendicatifs, des simulacres et des attributions budgétaires.


Le souhait de rendre à l’italien une plus large place en Corse est aujourd’hui largement partagé. Si on va au-delà des voeux pieux et de la simple critique de la situation existante, quels moyens concrets envisager.

?
La constatation que vous exprimez en prélude à votre question rend compte d’une évolution, perceptible depuis quelque temps déjà, et à laquelle les carences énoncées plus haut ne sont sans doute pas étrangères. Il me semble, pour répondre précisément à la question, qu’il faudrait d’abord laisser ouverte (comme elle le fut toujours) la communication entre le corse et l’italien, et donc de ne plus dresser, artificiellement et gratuitement, de barrières orthographiques injustifiées entre l’un et l’autre, tels, par exemple, le tronçonnement en corse des verbes pronominaux, le traitement différencié de la troisième personne du verbe “être” et celui de la conjonction “et”, dont on ne voit vraiment plus pourquoi elles ne s’écriraient pas de la même façon dans les deux langues, à savoir “è” pour la forme verbale et “e” pour la conjonction (la distinction avec l’article féminin “e” étant toujours assurée par le contexte). J’ai d’ailleurs eu l’honneur d’êre conforté dans cette opinion par le regretté Fernand Ettori qui, au reçu de mon dictionnaire “L’Usu Corsu”, m’écrivait le 7 mars dernier les lignes suivantes : “D’accord avec le retour que vous faites sur Intricciate è Cambiarine. Il est bon de rappeler dans quelles conditions a été conçu ce livre capital du Riacquistu des années 70”, conditions décrites dans la suite de la lettre, qui continue ainsi : “Aujourd’hui que nous sommes débarrassés des plus pénibles de ces contraintes, il est possible, à la lumière de l’expérience, d’adapter les règles d’alors (qui se sont imposées à tous) à une situation nouvelle”.

Un deuxième moyen concret, et urgent, réside dans la réforme du CAPES de corse, dont on peut faire soit un CAPES mixte de corse et d’italien, soit un CAPES de corse comprenant des épreuves de linguistique romane et d’italien. Il va de soi que les capésiens ancienne manière devraient bénéficier de stages et de séjours de recyclage. Car ce n’est qu’en sachant clairement où commence et finit l’italien, que l’on peut savoir où commence et finit le corse.


Autres moyens concrets : mettre à profit l’insertion (qui est en cours) des langues européennes dans l’enseignement élémentaire pour - partout où ce n’est pas l’anglais qui est introduit – familiariser les enfants avec la langue italienne. Encourager l’apprentissage de celle-ci dans le Second Degré, et développer les échanges scolaires, les jumelages de classes et d’établissements. Étendre les enseignements d’italien à l’Université de Corse, où ils ont été volontairement bridés (pas de LEA, pas de préparation au CAPES, alors que cela existe pour l’espagnol !) et faire servir prioritairement les crédits européens (Interreg, Erasmus) à des séjours d’étudiants dans les Universités italiennes, notamment aux cours de langue, ouverts aux étrangers, que certaines organisent. Des contacts sont possibles (et parfois amorcés) dans d’autres domaines, économiques notamment, qui ne peuvent qu’aller dans le sens souhaité.


Nous avons, dans une période relativement récente de notre histoire, acquis la pratique et la maîtrise du français, et il y a tout lieu de s’en réjouir. Pour autant, nul ne conteste que l’italien, dont nous nous sommes servis pendant une longue succession de siècles, comme en témoignent nos anciennes chroniques, nos vieux auteurs et la masse de nos archives, est partie intégrante de notre patrimoine. Ce n’est donc pas au temps où nous nous disons soucieux de racines et d’exploration du passé, que nous devons laisser naufrager cette richesse culturelle. Et ce n’est pas non plus à l’heure de l’Europe que la chance qui est la nôtre de participer de deux grandes langues et de deux grandes civilisations européennes, doit être délibérément gâchée. Certes, une évolution se dessine qui nous laisse espérer qu’elle ne le sera pas. Encore faut-il que nous sachions vaincre de vieilles pesanteurs. C’est affaire de lucidité et de raison.



 

 


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